lundi 2 janvier 2012

La vielle qui oint la paume au chevalier ( fableau )

La vielle qui oint  la paume du chevalier


          Je voudrais vous conter l'histoire d'une vieille pour vous réjouir. Elle avait deux vaches, ai-je lu. Un jour, ces vaches s'échappèrent ; le prévôt, les ayant trouvées, les fait mener dans sa maison. Quand la bonne femme l'apprend, elle s'en va sans plus attendre pour le prier de les lui rendre. Mais ses prières restent vaines, car le prévôt félon se moque de ce qu'elle peut raconter.
          - Par ma foi, dit-il, belle vieille, payez-moi d'abord votre écot de beaux deniers moisis en pot. 
          La bonne femme s'en retourne, triste et marrie, la tête basse. Rencontrant Hersant sa voisine, elle lui confie ses ennuis. Hersant lui nomme un chevalier : il faut qu'elle aille le trouver, qu'elle lui parle poliment, qu'elle soit raisonnable et sage ; si elle lui graisse la paume, elle sera quitte et pourra ravoir ses vaches sans amende. La vieille n'entend pas malice ; elle prend un morceau de lard, va tout droit chez le chevalier. Il était devant sa maison et tenait les mains sur ses reins. La vieille arrive par derrière, de son lard lui frotte la paume. Quand il sent sa paume graissée, il jette les yeux sur la femme.
           - Bonne vieille, que fais-tu là ?
           - Pour Dieu, sire, pardonnez-moi. On m'a dit d'aller vous trouver afin de vous graisser la paume : ainsi je pourrais être quitte et récupérer mes deux vaches.
           - Celle qui t'a dit de le faire entendait la chose autrement ; cependant tu n'y perdras rien. Je te ferai rendre tes vaches et tu auras l'herbe d'un pré.
           L'histoire que j'ai racontée vise les riches haut placés qui sont menteurs et déloyaux. Tout ce qu'ils savent, ce qu'ils disent, ils le vendent au plus offrant. Ils se moquent de la justice ; rapiner est leur seul souci. Au pauvre on fait droit mais s'il donne.


          MR         ( conte extrait de Fabliaux )
         

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