dimanche 31 mars 2013

La femme de l'autre et le mari sous le lit 5 Fiodor Dostoïevski ( nouvelle Russie ).




                                                                La femme de l'autre et
                                                                                    le mari sous le lit 5

            - Non, pourquoi vous dirai-je comment je m'appelle... Je suis seulement préoccupé par le fait de vous expliquer de quelle façon absurde...
            - Chut... Il recommence à parler...
            - Vraiment mon petit coeur, ils chuchotent.
            - Mais non voyons, c'est le coton que tu as dans les oreilles qui est mal placé...
            - Ah, à propos de coton, sais-tu qu'ici, en haut... atch !... atch... en haut... atch... atch... etc...
            - En haut, chuchota le jeune homme, par tous les diables, je pensais que c'était le dernier étage ! Se peut-il que nous soyons au premier ?
            - Jeune homme, chuchota Ivan Andréïévitch en tressaillant. Que dites-vous ? Au nom du ciel pourquoi cela vous intéresse-t-il ? Moi aussi je pensais que nous étions au dernier étage ! Juste ciel ! Est-il possible qu'il y ait ici un étage de plus ?...
            - Je t'assure quelqu'un remue par ici, dit le vieillard qui avait enfin cessé de tousser....
            - Chut ! Vous entendez, chuchota le jeune homme en serrant les deux mains d'Ivan Andreievitch.
            - Cher monsieur vous tenez mes mains de force. Lâchez-moi !
            - Chut !
            Il s'ensuivit une vague lutte et puis ce fut de nouveau le silence.
            - Voilà que je rencontre une mignonne,  reprit le vieillard.
            - Quelle mignonne ? L'interrompit son épouse.
            - Mais voyons, ne t'ai-je pas déjà dit que j'avais rencontré une jolie dame dans l'escalier, ou bien ai-je omis de t'en faire part ? Ma mémoire faiblit, tu sais. Il me faut du mille-pertuis... atch !
            -Quoi ?
            - Il faut boire du mille-pertuis. On dit que ça aide... atch,  atch... atch...
            - C'est vous qui l'avez interrompu, dit le jeune homme en maugréant de nouveau.
            - Tu disais que tu as rencontré aujourd'hui une mignonne ? Demanda l'épouse.
            - Hein ?
            - Tu as rencontré une mignonne ?
            - Qui donc ?
            - Mais toi !
            - Moi ? Quand ? Ah, mais oui !
            - Ah, quand même quelle momie, allez ! Chuchota le jeune homme pour aiguillonner le petit vieux distrait,
            - Cher monsieur,  je frémis de terreur ! Mon Dieu ! Qu'entends-je ? C'est comme hier !
            - Chut !
            - Oui, oui, oui, je m'en souviens. Une véritable petite friponne, avec des yeux comme ça ! Et un chapeau bleu.
            - Un chapeau bleu!  Aïe....
            - C'est elle ! Elle a un chapeau bleu ! Mon Dieu, s'écria Ivan Andreievitch.
            - Elle ? Qui cela elle ? Chuchota le jeune homme en serrant les mains d'Ivan Andreievitch.
            - Chut ! fit à son tour Ivan Andreievitch. Il parle.
            - Ah mon Dieu ! Mon Dieu !
            - Oh et puis...qui n'a pas de chapeau bleu... allons...
            - Une de ces friponnes ! Continua le vieillard.  Elle vient ici chez je ne sais quels amis. Elle n'arrête pas de faire les yeux doux. Et chez ces amis viennent d'autres amis...
            - Oh comme c'est assommant, l'interrompit la dame. Je t'en prie en quoi cela t'intéresse-il ?
            - Bon, d'accord, d'accord, ne te fâche pas, se hâta de répliquer le petit vieux.  Bon, je ne parlerai plus si tu le souhaites.Tu ne me sembles pas de bonne humeur aujourd'hui...
            - Mais comment vous êtes-vous retrouvés ici ? dit le jeune homme
            - Vous voyez, vous voyez ! Maintenant cela vous intéresse, alors qu'avant vous ne vouliez même pas m'écouter
            - Oh et puis qu'importe ! Ne parlez pas, je vous en prie. Ah ! Que le diable vous emporte, quelle histoire !
            - Jeune homme ne vous fâchez pas, je ne sais pas ce que je raconte, c'était juste comme cela. Je voulais seulement dire qu'il y a là quelque chose et que ce n'est pas en vain que vous prenez votre part. Mais, qui êtes-vous jeune homme ? Je vois que vous m'êtes inconnu. Mais qui êtes-vous, inconnu ?  Mon Dieu ! Je ne sais plus ce que je dis...
            - Hé, un instant je vous prie, l'interrompit le jeune homme, comme s'il réfléchissait à quelque chose.
            - Mais je vais tout vous dire, tout. Vous pensez peut-être que je ne vais pas vous dire, que je vous en veut, et bien non. Voici ma main. Je suis seulement abattu, un point c'est tout. Mais je vous en supplie,  dîtes-moi tout dès le commencement : comment êtes-vous ici vous-même, par quel  hasard ? En ce qui me concerne je ne suis pas fâché,  je vous le jure, je ne suis pas fâché, voici ma main. Seulement, il y a de la poussière par ici. Je me suis un peu sali. Mais ce n'est rien pour un sentiment élevé.
            - Eh, attendez un instant avec votre main ! Il est impossible de se retourner ici et vous arrivez avec votre main !
            - Mais cher monsieur vous avez vis-à-vis de moi la même attitude, si vous me le permettez, que si j'étais une vieille semelle, dit Ivan Andreievitch dans un accès de désespoir extrêmement bref, avec une voix où transparaissait une supplication. Ayez un comportement plus correct avec moi, et je vous dirai tout ! Nous pourrions nous aimer vous et moi. Je suis même prêt à vous inviter à déjeuner chez moi. Mais nous ne pouvons pas rester ainsi couchés,  je vous le dis franchement. Vous vous égarez, jeune homme ! Vous ne savez pas...
            - Quand l'a-t-il rencontrée ? Marmonna le jeune homme à l'évidence extrêmement perturbé. Peut-être m'attend-elle maintenant... Je dois absolument sortir d'ici.
           - Elle ? Qui ça elle ? Mon Dieu, de qui parlez-vous jeune homme. Vous pensez que là-bas en haut... Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi me châtier ainsi ?
            Ivan Andreievitch tenta de se retourner sur le dos en signe de désespoir.
            - Et qu'est-ce que ça peut vous faire de savoir qui elle est ? Au diable ! Qu'elle y soit ou non, je sors !...
            - Cher monsieur que faites-vous ? Mais moi, moi qu'est-ce que je deviens ? Chuchota Ivan Andreievitch qui, pris de désespoir, s' accrocha aux basques de l'habit de son voisin.
            - Qu'est-ce que cela peut me faire?  Eh bien, restez seul ! Si vous ne le voulez pas je pourrai toujours dire que vous êtes mon oncle qui a gaspillé sa fortune afin que le vieillard ne croie pas que je suis l'amant de sa femme.
            - Mais jeune homme, ce n'est pas possible ! Si j'étais votre oncle ce ne serait pas naturel. Personne ne vous croirait. Un gamin ne le croirait pas, chuchota Ivan Andreievitch désespéré.
            - Eh bien ne bavardez pas ainsi,  et restez couché tranquillement, sans bouger ! Passez la nuit ici peut-être, et demain vous sortirez d'une façon ou d'une autre. Personne ne vous remarquera, dès l'instant que l'un d'entre nous est sorti, on ne songera certainement pas qu'il en reste un autre. Pourquoi pas une douzaine ! D'ailleurs à vous tout seul vous en valez une douzaine.  Écartez-vous, sinon je sors !
            - Vous me mortifiez jeune homme. ?... Et que se passera -t-il si je tousse, il faut tout prévoir. ..
            - Chut !...
            - Que se passe-t-il ? Il me semble que j'entends de nouveau de l'agitation là-haut, dit le petit vieux qui avait réussi entre-temps à s'assoupir.
            - En haut ?
            - Vous entendez jeune homme, en haut !
            - Bon, j'entends !
            - Mon Dieu, jeune homme, je vais sortir.
            - Et moi je ne sortirai pas, peu m'importe ! Si l'affaire a échoué peu importe aussi !  Et savez-vous ce que je soupçonne? Je soupçonne que c'est vous qui êtes un mari trompé, voilà...
            - Mon Dieu, quel cynisme... Est-il possible que vous soupçonniez une chose pareille ? Mais pourquoi  *   au juste un mari ? Je ne suis pas marié.
            - Comment vous n'êtes pas marié ? Des clous !
            - Peut-être suis-je moi-même un amant !
            - Il est beau l'amant !
            - Cher monsieur, cher monsieur, bon d'accord je vais tout vous dire. Voyez mon de désespoir ! Ce n'est pas moi ! Je ne suis pas marié, je suis aussi célibataire, comme vous... C'est mon ami, un camarade d'enfance... mais je ne suis pas l'amant. Il m'a dit, " je suis un homme malheureux,  m'a-t-il dit, je bois le calice, je soupçonne ma femme. - Mais, lui ai-je dit sensément, pour quelle raison la soupçonnes-tu ? Vous ne m'écoutez pas. Écoutez, écoutez. La jalousie est ridicule ai-je dit, la jalousie est un vice... - Non, a-t-il dit, je suis un homme malheureux, je bois... la coupe, c'est-à-dire je la soupçonne.  Tu es m'a-t-il dit, mon ami, tu es le camarade de ma tendre enfance. Nous avons cueilli ensemble les fleurs du plaisir, et nous nous sommes noyés dans les édredons de la jouissance.  " Mon Dieu, je ne sais plus ce que je dis...  Vous n'arrêtez pas de rire jeune homme. Vous me rendrez fou.
            - Mais maintenant vous êtes déjà fou.
            - Bien sûr, je pressentais bien que vous diriez cela... quand je parlais de folie. Riez, riez jeune homme, moi aussi j'ai eu mon heure, moi aussi j'ai séduit ! Ah ! J'ai une congestion cérébrale !
            - Que se passe-t-il mon petit coeur, c'est comme si quelqu'un éternuait chez nous, gazouilla le petit vieux. C'est toi mon petit coeur qui a éternué ?
            - Ô mon Dieu ! dit l'épouse.
            - Chut ! Retentit sous le lit.
            - C'est certainement en haut que l'on cogne, remarqua l'épouse, effrayée parce que le dessous du lit était réellement devenu bruyant.
            - Oui, en haut, dit le mari. En haut ! Je te disais que j'avais vu un gandin,.. atch. .. atch un gandin avec des moustaches, atch, atch ! Oh mon Dieu, mon dos, je viens de croiser un gandin avec des moustaches !
            - Avec des moustaches ! Mon Dieu,  c'est sûrement vous, chuchota Ivan Andreievitch.
            - Ô ! Grand Dieu, quel individu ! Je suis ici, je suis ici avec vous ! Comment aurait-il il pu me croiser ? Mais ne m'attrapez pas le visage !
            - Mon Dieu,  je vais défaillir.
            Pendant ce temps on entendait effectivement du vacarme en haut.
            - Que peut-il bien se passer là-haut ? chuchota le jeune homme.
            - Cher monsieur, j'ai peur, je suis effrayé. Aidez-moi !
            - Chut !
            - En effet mon petit coeur,  il y a du vacarme, ils font un véritable chahut.  Et en plus au-dessus de ta chambre. Ne faudra-t-il pas envoyer quelqu'un leur demander. ..
            - Et quoi encore, que ne vas-tu pas chercher !
            - Bien, je ne le ferai pas. Vraiment aujourd'hui tu es si irritée !
            - Ô mon Dieu, vous devriez aller dormir...
            - Liza ! Tu ne m'aimes pas du tout.
            - Ah, je t'aime! Pour l'amour du ciel, je suis si fatiguée.
            -  Bon, bon, je pars.
            - Ah non, non ! Ne partez pas, s'écria l'épouse. Ou plutôt si, allez, allez.
            - Mais enfin qu'est-ce qui t'arrive?  Partez, ne partez pas. Atch,  atch.  Il faut vraiment que j'aille dormir... atch... atch ! Chez la fillette des Panafidine atch,  atch,  la fille atch. .. Chez leur fille j'ai vu une poupée de Nuremberg, atch,  atch...
            - Voilà les poupées maintenant !
            - Atch,  atch ! Une belle poupée,  atch,  atch.
            - Il prend congé d'elle,  dit le jeune homme,  il s'en va, et aussitôt nous partons.  Vous entendez ? Réjouissez-vous donc.
            - Oh, plût au Ciel ! Plût au Ciel !
            - Que  cela vous serve de leçon. ..
            - Jeune homme, de quelle façon voulez-vous parler ? Je le sens bien... Mais vous êtes encore jeune,  vous ne sauriez me donner une leçon.
            - Et je vous la donnerai malgré tout. Écoutez. ..
            - Mon Dieu, j'ai envie d'éternuer !
            - Chut, essayez un peu ...
            - Mais que puis-je faire? Ça sent tellement la souris ici, je ne peux pas. Prenez le mouchoir dans ma poche, je vous en supplie. Je ne peux faire un geste...Ô mon Dieu, mon Dieu, pourquoi un tel châtiment ?
            - Voilà votre mouchoir.  Pourquoi un tel châtiment ? Je vais vous le dire maintenant. Vous êtes jaloux. En vous fondant sur Dieu sait quoi, vous courez comme un dément,  vous vous engouffrez dans le .logement d'un étranger,  vous provoquez des désordres. ..
            - Jeune homme ! Je n'ai provoqué aucun désordre.
            - Silence !
            - Jeune homme vous ne pouvez pas me faire un cours de morale. Je suis plus moral que vous.
            - Silence !
            - Ô mon Dieu, mon Dieu. ,
            - Vous provoquez des désordres, vous faites peur à une jeune dame, un femme timide qui ne sait où s'enfuir tant elle a peur, et peut-être en sera-t-elle malade. Vous alarmez un respectable vieillard, accablé par les hémorroïdes, qui a besoin de calme avant tout, et tout cela pour quelle raison ? Parce que vous avez imaginé je ne sais quelle absurdité,  au nom de laquelle vous courez dans tous les coins et les recoins ! Comprenez-vous, comprenez-vous donc dans quelle sale situation vous vous trouvez maintenant ? Le sentez-vous ?
            - Cher monsieur, d'accord ! Je le sens mais vous n'avez pas le droit...
            - Silence ! De quel droit  s'agit-il ici ? Comprenez-vous que cela peut se terminer tragiquement ?
Comprenez qu' un vieillard qui aime sa femme pourrait devenir fou en vous voyant sortir de sous le lit ? Mais non,**  vous êtes incapable d'en faire une tragédie ! Quand vous sortirez je pense que n'importe qui en vous voyant éclaterait de rire. J'aimerais vous voir à la lumière des bougies.  Vous serez sans doute fort ridicule.
             - Et vous alors ? Vous êtes aussi ridicule en l'occurrence ! Je veux aussi vous regarder.
            - N'y comptez pas !
            - Il y a certainement sur vous le sceau de l'immoralité jeune homme.
            - Ah, vous parlez de moralité.  Mais que savez-vous de la raison pour laquelle je suis ici ? Je suis ici par erreur. Je me suis trompé d'étage.  Et le diable sait pourquoi on m'a fait entrer ! Elle attendait sûrement quelqu'un en effet, pas vous bien entendu. Je me suis caché sous le lit quand j'ai entendu votre démarche stupide et que j'ai vu la frayeur de la dame. En outre, il faisait sombre. Et pourquoi devrais-je me justifier devant vous ? Vous êtes ridicule monsieur. Vous êtes un vieux jaloux. Pourquoi je ne sors pas, donc ? Vous pensez sans doute que j'ai peur de sortir ? Non monsieur, il y a longtemps que je serais sorti, et ce n'est que par charité pour vous que je reste ici. Et bien, de quoi aurez-vous l'air en restant ici sans moi ? Vous serez comme une souche devant lui, vous serez ahuri...
            - Non, pourquoi comme une souche ? Pourquoi donc serais-je donc ainsi ?  N'auriez-vous pas pu me comparer à autre chose, jeune homme,  pourquoi serais-je ahuri ? Non, je ne perdrai pas ma présence d'esprit.
            - Ô mon Dieu comme ce chien aboie ,
            - Chut ! Ah, en effet, c'est parce que vous n'arrêtez pas de bavarder. Vous voyez,vous avez réveillé le chien. Maintenant nous sommes fichus.
            En effet.............


                                                                                            ......./     ( suite et fin dans le n° 6 )
*   picasso       
**  peggy sue

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