jeudi 4 avril 2013

La femme de l'autre et le mari sous le lit 6 suite et fin Fiodor Dostoievski ( nouvelle Russie )





                                                                La femme d'un autre et
                                                                                    le mari sous le lit

             En effet le chien de la maîtresse de maison qui avait dormi sur un coussin dans un coin tout ce temps,  s'était soudain réveillé, avait flairé des étrangers et s'était rué sous le lit.
            - Ô mon Dieu quel chien stupide ! chuchota Ivan Andreievitch. Il va nous trahir. Il va nous obliger à sortir au grand jour.Voilà un châtiment de plus !
            - Allons, vous avez une telle frousse que c'est fort possible.
            - Ami, Ami, ici ! cria la maîtresse de maison. Ici, ici !
            Mais le chien n'obéissait pas et avait rampé directement vers Ivan Andreievitch.
            - Que se passe-t-il, mon petit coeur, pourquoi notre petit Ami n'arrête-t-il pas d'aboyer ? dit le vieillard.  Il y a certainement des souris ou notre chat Vasska qui se trouve par ici. J'entendais bien qu' il n'arrêtait pas d'éternuer. Vasska doit être enrhumé aujourd'hui.
            - Du calme, chuchota le jeune homme, ne vous retournez pas ! Peut-être va-t-il battre en retraite,  tout simplement.
            - Cher monsieur,  cher monsieur, lâchez mes mains ! Pourquoi les tenez-vous ?
            - Chut ! Silence !
            - Mais je vous en prie, jeune homme, il me mord le nez ! Vous voulez que je sois privé de nez !
            Il s'ensuivit une lutte et Ivan Andreievitch dégagea ses mmains. Le chien aboyait à n'en plus finir. Soudain il cessa d'aboyer et se mit à glapir.
            - Ah ! s'écria la dame
            - Monstre, que faites-vous ? Chuchota le jeune homme. Vous nous perdez l'un et l'autre ! Pourquoi l'avez-vous attrapé ? Mon Dieu,  il l'étrangle ! Ne l'étranglez pas, laissez-le partir!  Monstre ! Vous ne savez pas ce que peut faire le coeur d'une femme après cela ! Elle nous dénoncera l'un et l'autre si vous étranglez son chien.
            Mais Ivan Andreievitch n'entendait plus rien. Il avait réussi à attraper le chien et dans un sursaut de son instinct de conservation il l'avait étranglé. Le chien poussa un glapissement et rendit l'âme.
            - Nous sommes perdus, chuchota le jeune homme.
            - Mon petit Ami, mon petit Ami ! s' écria la dame. Mon Dieu, que font-ils de mon petit Ami ? Ami, Ami ! Ami, ici ! Ô monstres, barbares ! Mon Dieu, je me sens mal !
            - Que se passe-t-il ? Que se passe-t-il ? S' écria le vieillard en bondissant de sa chaise. Qu' as-tu mon petit coeur ? Ami ici ! Ami, mon petit Ami, criait le vieillard en claquant des doigts, en faisant des baisers et en appelant le petit Ami sous le lit. Ami, ici, ici ! Il n'est pas possible que Vasska l'ait mangé. Il faut fouetter Vasska, ma chère. Cela fait déjà un mois entier qu'on ne l'a pas fouetté ce filou. Qu'en penses-tu ? Je vais en parler demain à Praskovia Zakharievna. Ah, grand Dieu ! Ma chère, qu'as-tu ? Tu es toute pâle. Oh là, quelqu'un, quelqu'un !
            Et le petit vieux se mit à courir dans la pièce.
            - Scélérats. Monstres ! Criait la dame en se tordant sur le divan.
            - Qui ? Qui ? De qui parles-tu cria le vieillard.
            - Il y a là des hommes, des étrangers... Là, sous le lit ! Ô mon Dieu ! Ami, mon petit Ami ! Qu'ont-ils fait de toi ?
            - Ah, mon Dieu, Ciel ! Quels gens ! Mon petit Ami... Non ! Holà ! Des gens, qu'on vienne ici ! Qui est là ? S'écria le vieillard en saisissant un chandelier et en se penchant pour voir sous le lit. Des gens, des gens !...
            Ivan Andreievitch était allongé plus mort que vif à coté du cadavre sans souffle du petit Ami. Mais le jeune homme suivait chaque mouvement du vieillard. Soudain celui-ci passa de l'autre côté, s' approcha du mur et se pencha. En un instant le jeune homme sortit de sous le lit et se mit à courir pendant que le mari cherchait ses invités de l'autre côté de la couche nuptiale.
            -  Mon Dieu ! Chuchota la dame en regardant de près le jeune homme. Qui êtes-vous ? Je pensais que...
            - L'autre monstre est resté, chuchota le jeune homme. C'est lui le coupable de la mort d'Ami...
            - Aïe ! S' écria la dame.
            Mais le jeune homme avait déjà disparu de la pièce.
            - Aïe ! Il y a quelqu'un ici. Il y a la botte de quelqu'un ici, s'écria le mari en attrapant le pied d'Ivan Andreievitch.
            - Assassin ! Assassin ! Criait la dame. Oh Ami,  mon Ami !
            - Sortez d'ici, sortez, criait le vieillard en tapant des deux pieds sur le tapis. Sortez ! Qui êtes-vous ? Partez ! Qui êtes-vous ? Mon Dieu quel homme bizarre !
            - Oui, ce sont des brigands...
            - Au nom du ciel, au nom du Ciel !  Cria Ivan Andreievitch en sortant. Au nom du Ciel votre Excellence, n'appellez pas des gens, Votre Excellence, n'appellez pas des gens ! C'est parfaitement inutile. Vous ne pouvez pas me chasser dehors... Je ne suis pas celui que vous croyez ! En fait, je suis... Votre Excellence tout cela est dû à une erreur ! Je vais immédiatement vous expliquer, Votre Excellence, poursuivit Ivan Andreievitch, en sanglotant et en pleurnichant. Tout vient de ma femme, c'est-à-dire non pas de ma femme mais de la femme d'un autre. Je ne suis pas marié, simplement je... Il s'agit de mon ami et camarade d'enfance. ..
            - Vous parlez  d'un camarade d'enfance ! Cria le vieillard en tapant du pied. Vous êtes un voleur,  vous êtes venu nous dévaliser... vous parlez d'un camarade d'enfance. ..
            - Non, je ne suis pas un voleur, Votre Excellence, je suis effectivement un camarade d'enfance. Je me suis seulement trompé par inadvertance, je me suis trompé d'entrée.
            - Oui, je le vois bien monsieur, de quelle entrée vous sortez en rampant.
            - Votre Excellence ! Je ne suis pas celui que vous croyez. Vous vous trompez. J'affirme que vous êtes dans un cruel égarement, Votre Excellence. Regardez-moi, examinez-moi et vous verrez certains signes et certains indices que je ne puis être un voleur.Votre Excellence !Votre Excellence, criait Ivan Andreievitch en joignant les mains et en s' adressait à la jeune dame. Vous êtes une dame, vous me comprendrez... C'est moi qui ai fait périr le petit Ami... Mais je ne suis pas coupable, je vous le jure, je ne suis pas coupable ! C'est toujours cette femme qui est coupable. Je suis un homme malheureux, je bois le calice !
            - Je vous en prie, qu'est-ce que cela peut me faire que vous buviez le calice. Peut-être n'est-ce pas le premier que vous buvez, à en juger par votre situation c'est évident.  Mais comment êtes-vous entré ici, cher monsieur ? Cria la vieillard tout trembant d'émotion,  mais en s'assurant effectivement que, d'après certains signes et certains indices, Ivan Andreievitch ne saurait être un voleur. Je vous le demande, comment êtes-vous entré ici ? Vous êtes comme un brigand...
            - Pas un brigand, Votre Excellence. Je me suis seulement trompé d'entrée.  Non vraiment pas un brigand ! Tout cela vient de ma jalousie. Je vais tout vous dire Votre Excellence, je vais tout vous dire sincèrement, comme à mon propre père, parceque vous avez un âge tel que je peux vous considérer comme mon père.
            - Comment cela, un âge tel ?
            - Votre Excellence, peut-être vous ai-je offensé ? En effet, une si jeune dame... à votre âge. Il est agréable de voir Votre Excellence, il est vraiment agréable de voir une telle union... dans la fleur de l'âge, mais n'appellez pas des gens... je vous en supplie, n'appellez pas des gens... Les gens ne feront que rire. Je les connais... je ne veux pas dire par là que je ne fréquente que les domestiques, j'ai aussi des domestiques, Votre Excellence, et ils n'arrêtent pas de rire. Les ânes ! Votre Grâce... je ne crois pas me tromper je parle à un prince...
            - Non, pas à un prince cher monsieur, vous avez affaire à moi-même. S' il vous plaît ne m'amadouez pas avec des " Votre Grâce ". Comment vous êtes-vous retrouver ici, cher monsieur ? Comment vous êtes-vous retrouvé ici .
            - Votre Grâce, je veux dire votre Excellence, excusez-moi, je croyais que vous étiez. Votre Grâce. .. Je me suis mépris, je me suis fourvoyé, cela arrive. Vous ressemblez tant au prince Korotkooukhov que j'ai eu l'honneur de rencontrer chez mon ami monsieur Pouzyriev. Voyez-vous je fréquente aussi des princes et j'ai aussi rencontré un prince chez mon ami. Vous ne pouvez pas me prendre pour celui que  vous me prenez, Je ne suis pas un voleur.Votre Excellence, n'appellez pas des gens, si vous appellez des gens qu'en resultera-t'il ?
            - Mais comment vous êtes-vous retrouvé ici, s'écria la dame, qui êtes-vous ?
            - Mais oui, qui êtes-vous reprit le mari ? Et moi, mon petit coeur,  je croyais que c'était notre Vasska qui était sous le lit et qui éternuait ! Et c'est lui ! Ah espèce de débauché, de débauché... Mais qui êtes-vous à la fin ?
            Et le petit vieux se remit à taper des pieds sur le tapis,
            - Je ne peux parler,  Votre Excellence.  J'attends que vous ayez terminé... Je saisis vos fines plaisanteries. En ce qui me concerne c'est une histoire ridicule. Votre Excellence je vais tout vous dire. On peut tout expliquer sans cela, enfin je veux dire, n'appellez pas des gens Votre Excellence, soyez magnanime avec moi !... Peu importe que je me sois retrouvé sous le lit... Je n'en n'ai pas perdu mon importance. Cette histoire est des plus comiques,  Votre Excellence, cria Ivan Andreievitch en adressant un regard implorant à l'épouse. C'est vous surtout qui allez rire, Votre Excellence... Vous voyez sur scène un mari jaloux. Vous voyez je m'humilie, je m'humilie moi-même de mon plein gré. Bien entendu j'ai fait périr Ami mais ... mon Dieu je ne sais plus ce que je dis,
            - Mais comment, comment donc êtes-vous entré ici ?
            - En profitant de l'obscurité de la nuit, Votre Excellence, en profitant de cette obscurité... Je suis coupable, pardonnez Votre Excellence ! Je vous prie humblement de m'excuser ! Je ne suis qu'un mari offensé rien de plus. N'allez pas croire Votre Excellence, que je suis un aamant. Je ne suis pas un amant ! Votre épouse est très vertueuse, si j'ose m'exprimer ainsi. Elle est pure et innocente...
            - Quoi, quoi, qu 'osez-vous dire ? s' écria le vieillard en tapant une nouvelle fois des pieds. Vous êtes fou ou quoi ? Comment osez-vous parler de ma femme ?
            - Ce scélérat, cet assassin qui a tué Ami, criait l'épouse en s'inondant de larmes. Et il ose encore !
            - Votre Excellence, Votre Excellence,  je viens encore de dire n'importe quoi, cria Ivan Andreievitch saisi de stupeur, j'ai raconté des histoires, rien de plus. Considérez que je n'ai pas toute ma tête ! Je vous donne ma parole d'honneur que vous me rendrez un immense service. Je vous tendrais bien la main, mais je n'ose le faire...je n'étais pas seul, je suis un oncle... en fin je veux dire qu'on ne peut me prendre pour un amant. .. Mon Dieu je recommance à dire n'importe quoi. Ne vous vexez pas Votre Excellence, cria Ivan Andreievitch à l'épouse. Vous êtes une dame, vous comprenez ce qu'est l'amour, c'est un sentiment délicat... Mais qu'est-ce que je dis ? Je me remets à dire n'importe quoi ! Enfin je veux dire que je suis un vieillard, c'est-à-dire un homme d'un certain âge et non un vieillard, que je ne peux être votre amant, et un amant c'est Richardson, je veux dire Lovelace... j'ai dit n'importe quoi, mais vous  voyez Votre Excellence que je suis un homme cultivé, je connais la littérature. Vous riez Votre Excellence!  Je suis ravi, ravi de vous avoir fait rire !
            - Mon Dieu, comme vous êtes un homme bizarre, cria la dame toute secouée de rires.
            - Oui bizarre, et qu' est-ce qu' il est sale, dit le vieillard ravi de voir sa femme se mettre à rire. Mon petit coeur il ne peut pas être un voleur. Mais comment est-il entré ici ?
            - C'est vraiment étrange ! Vraiment étrange, Votre Excellence, c'est comme dans un roman ! Comment ? En pleine nuit, dans une capitale, un homme sous un lit ? C'est ridicule, c'est étrange ! Rinaldo Rinaldini en quelque sorte, mais ce n'est encore rien,  Votre Excellence.  Je vais tout vous dire. Et pour vous Votre Excellence, je trouverai un nouveau bichon... un bichon étonnant ! Avec de longs poils, des petites pattes qui ne savent pas faire deux pas ! S'il se met à courir il se prend dans ses propres poils et tombe. On ne le nourrit qu'avec du sucre. Je vous l'apporterai Votre Excellence, je ne mangerai pas de vous l'apporter.
            - Ha ! Ha ! Ha ! Ha, ha, ha ! La dame se jettait d'un côté à l'autre du divan à force de rire. Mon Dieu ! J'ai une crise de nerfs... Oh, qu'est-ce qu' il est drôle !
            - Oui, oui ! Ha, ha, ha ! Hi, hi, hi ! Il est drôle tout sale comme cela, hi, hi, hi !
            - Votre Excellence, Votre Excellence,  maintenant je suis parfaitement heureux ! Je vous aurais bien tendu ma main, mais je n'ose pas, Votre Excellence, je sens que je me suis égaré, mais maintenant j'ouvre les yeux. Je crois que ma femme est pure et. innocente. J'ai eu tort de la soupçonner...
            - Sa femme, sa femme ! cria la dame qui pleurait de rire.
            - Il est marié ! Est-ce possible, je ne l'aurais jamais cru ! Reprit le vieillard
            - Ma femme, Votre Excellence, et elle est coupable de tout,  enfin je veux dire que c'est moi qui suis coupable, je la soupçonnais. Je savais qu'un rendez-vous avait été fixé ici, là-haut, j'ai intercepté un billet, je me suis trompé d'étage et je suis resté couché sous le lit...
            - Hé ! Hé ! Hé ! Hé!
            - Ha ! Ha ! Ha ! Ha !
            - Ha ! Ha ! Ha ! Ha ha ! Ivan Andreievitch finit par rire. Oh, comme je suis heureux!  Oh, comme il est attendrissant de voir que nous sommes tous d'accord et heureux. Et ma femme parfaitement innocente ! J'en suis presque sûr. Il doit certainement en être ainsi, Votre Excellence ?
            - Ha ! Ha ! Ha ! Hi ! Hi ! Tu sais qui sait qui c'est mon petit coeur ?  Finit par dire le vieillard en cessant enfin de rire.
            - Qui ? Ha ha , ha , Ha, Qui ?
            - C'est la petite mignonne qui fait des oeillades avec le gandin. C'est elle,  je parie que c'est sa femme !
            - Non Votre Excellence, je suis sûr que ce n'est pas elle, j'en suis absolument sûr !
            - Mais mon Dieu, vous perdez votre temps, s'écria la dame en cessant de rire. Courez, allez en haut ! Peut-être les trouverez-vous...
            - En effet,  Votre Excellence, je file. Mais je ne trouverai personne, Votre Excellence, ce n'est pas elle, j'en suis sûr par avance.  Elle est maintenant à la maison. C'est bien moi. Je ne suis qu'un jaloux, rien de plus...? Qu' en pensez-vous est-il possible que je les trouve là-haut,  Votre Excellence ?
            - Ha ! Ha ! Ha !
            - Hi ! Hi ! Hi ! Hi !
            - Filez, filez ! Et quand vous reviendrez, venez nous raconter, cria la dame, ou plutôt non. Amenez-la demain matin je veux faire sa connaissance.
            - Adieu Votre Excellence, adieu!  Je ne manquerai pas de l'amener. Enchanté d'avoir fait votre connaissance. Je suis heureux et content que tout soit terminé et se soit si bien dénoué, de façon aussi inattendue.
            - Et le bichon ! Ne l'oubliez pas, avant toute chose apportez un bichon !
            - Soyez sans craintes,  Votre Excellence,  je ne manquerai pas de l'apporter, reprit au bond Ivan Andreievitch qui était entré de nouveau en courant dans la chambre, parcequ'il avait déjà pris congé et était sorti. Je vous l'apporterai sans faute. Il est si mignon ! Comme si un confiseur l'avait fait avec des bonbons. Et il est comme ça,  $il se met à marcher, il s'emmêle dans ses propres poils et il tombe. Il est ainsi fait, vraiment. Je disais encore à ma femme: " Mon petit coeur pourquoi tombe-t-il toujours ? - Oui, il est si mignon, " a-t-elle dit. En sucre Votre Excellence, je vous le jure, il est en sucre ! Adieu Votre Excellence,  ravi, absolument ravi d'avoir fait votre connaissance, tout à fait ravi !
            Ivan Andreievitch prit congé et sortit.
            -  Hé vous là-bas ! Cher monsieur, attendez, revenez ! Cria le petit vieux derrière Ivan Andreievitch qui partait.
            Ivan Andreievitch revint pour la troisième fois.
            - Je n'arrive pas à trouver Vasska notre chat. Vous ne l'auriez pas rencontré quand vous etiez sous le lit ?
            - Non, Votre Excellence. Je serais d'ailleurs enchanté de faire sa connaissance, et je considérerais comme un grand honneur...
            - Il est enrhumé en ce moment et il n'arrête pas d'éternuer ! Il faut le fouetter !
            - Oui, Votre Excellence, bien sûr. Les châtiments expiatoires sont indispensables avec les animaux domestiques.
            - Quoi ?
            - Je dis que les châtiments expiatoires, Votre Excellence, sont indispensables pour rétablir la discipline chez les animaux domestiques.
            -  Hein ? ... Bon, adieu,  adieu,  je n'ai rien d'autre à vous demander.
            Une fois dehors Ivan Andreievitch resta longtemps dans la position de celui qui semble s'attendre à avoir une attaqued'un instant à l'autre. Il ôta son chapeau,  essuya la sueur froide de son front,  se renfrogna, songea à quelque chose et partit chez lui.
            Quel ne fut pas son étonnement quand il apprit chez lui que Glafira Petrovna était revenue depuis longtemps du théâtre, qu'elle avait eu depuis longtemps une rage de dents, qu'elle avait envoyé chercher un docteur, qu' elle avait envoyé chercher des sangsues et qu' elle était maintenant au lit et attendait Ivan Andreievitch.
            Ivan Andreievitch commença par se frapper le front, puis il ordonna qu'on le laisse se laver et se nettoyer, et il finit par se décider à se rendre dans la chambre de sa femme.
            - Où passez-vous votre temps ? Regardez de quoi vous avez l'air ! Vous avez le visage defait ! Où aviez-vous disparu ? De grâce monsieur, votre femme se meurt et on ne vous trouve pas en ville. Où étiez-vous ? N'étiez-vous pas encore en train de me chercher, ne vouliez-vous pas empêcher un rendez-vous que j'aurais donné à je ne sais qui ? Vous devriez avoir honte, monsieur, d'être un mari pareil ! On va bientôt vous montrer du doigt !
            - Mon petit coeur !  repondit Ivan Andreievitch        
           Mais là il éprouva une telle confusion qu'il fut contraint d'aller chercher son mouchoir dans sa poche et d'interrompre le discours qu'il avait commencé,  parce qu'il manquait de mots, d'idées et d'esprit.  Quelle ne fut pas sa surprise, sa peur, sa terreur, quand avec son mouchoir tomba de sa poche le défunt Ami ? Ivan Andreievitch n'avait même pas remarqué que dans un accès de désespoir, forcé de sortir de sous le lit, il avait fourré Ami dans sa poche, saisi d'une peur bestiale, avec le vague espoir d'effacer les traces, de cacher la preuve de son crime et d'éviter ainsi un châtiment mérité ?
            - Qu' est-ce que c'est ? S'écria l'épouse. Un petit chien mort ! Mon Dieu, d'où sort-il ?... Qu'est-ce que vous... Où étiez-vous ? Parlez immédiatement... Où étiez-vous ?
            - Mon petit coeur ! Répondit Ivan Andreievitch plus mort qu'Ami, mon petit coeur...
            Mais ici nous laisserons notre héros jusqu'à la prochaine occasion  parce qu' ici commence une nouvelle aventure, tout à fait singulière. Un jour je dirai, messieurs, tous ces malheurs et ces persécutions du sort. Mais reconnaissez vous-même que la jalousie est une passion impardonnable, et bien plus même un   malheur !...


                                                                                6 Fin


                                                                                                 Fiodor Dostoïevski

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