mercredi 28 juin 2017

Le nouveau nom tome 2 ( l'Amie prodigieuse ) Elena Ferrante ( Roman Italie )



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                                                                   Le nouveau nom
                                                                                   tome II ( l'Amie prodigieuse )

            
            Lila et Linu. Elles ont 16 ans, la première a épousé Stéphano l'épicier. Dès la fin du tome 1
l'auteur a exprimé la colère et la déception se profiler à la fin du repas de noces. Et Lila riche joue à l'épicière, les dons qu'elle avait à l'école elle les utilise dans son métier de marchande. Stéphano lui apprend à tricher sur le poids, Stéphano acquière une deuxième épicerie, et Stéphano frappe, et Lila reste indocile et insolente, et si elle repousse méchamment les avances de Michele Solara, camorriste, la jeune femme trouve une proie qui va ravager outre elle-même et le jeune étudiant, sa famille et Linu amoureuse de son condisciple au lycée. Les scènes sont fortes. Eléna Ferrante détaille, entoure de mots simples, nous conte et nous raconte des scènes de la vie quotidienne, les jalousies des jeunes femmes de ce quartier pauvre, "..... Lila savait depuis longtemps que les gens se racontent des histoires pour se détendre de la réalité...... " Linu fuit les rumeurs et poursuit brillamment, vaillamment ses études, pour le plaisir de son père et une apparente rancoeur de sa mère, attentive pourtant à la santé de sa fille qui travaille dès que ses cours le lui permettent. Elle aura 18 ans, bientôt 1968 et la liberté des moeurs. Linu a des amours tristes, ternes. Les deux femmes se comparent, s'entraident, se défont. Leur vieille amitié est très compliquée, les deux filles sont intelligentes. Les garçons évoluent plus lentement, engagés dans des mouvements politiques, communisme, Interrogée lors d'un concours sur Leopardi "......- Vous écrivez très bien, me dit-elle avec un accent pour moi    indéchiffrable, mais à coup sûr très éloigné de celui de Naples. - Merci; - Vous pensez vraiment que rien n'est destiné à durer, pas même la poésie ? - C'est ce que pense Léopardi..... Je pense que la beauté est un leurre....... " Lila Ulysse, Joyce, compliqué mais à son goût. Impossible de se défaire de cette société, de ce dialecte que nous ignorons mais qui pose un problème à celle qui s'écarte de son quartier, de sa ville. "....... Voilà en gros ce qui m'arriva à Pise...... C'est si facile de parler de moi sans Lila ! Le temps s'apaise, et les faits marquants glissent.....  je les prends, je les mets sur la page, et c'est fini..... " Ada jalouse, essaie d'arracher sa proie à l'épouse, Gigliola vit  avec Felipe, Antonio, Enzo toujours présent pour Lila, et les autres, savent-ils qu'ils sont les héros immortels d'un livre qu'Eléna Gréco écritl, les manipulations des Solara, l'imprévisible Lila toute meurtrie par les coups d'un Stéphano qui se défend. Fort, sensible, le livre est meilleur que le tome 1, sans doute en raison de l'âge des héros, que seront les deux prochains volumes, nous verrons, ils sont très attendus. Plus de 500 pages de mots, de scènes, de personnages peut-être croisés ici ou là.  

mardi 27 juin 2017

Anecdotes et Réflexions d'hier pour aujourd'hui Samuel Pepys 78 ( Journal Angleterre )


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                                                                                                         16 Septembre 1662

            Levé et allai voir mes ouvriers, puis au bureau en réunion jusqu'à midi. En chemin vers la Bourse rencontrai le gardien qui m'a donné des explications si satisfaisantes au sujet de ma chambre que je suis très rassuré. A mon bureau tout l'après-midi, seul. Dans la soirée promenade avec sir John Mennes dans le jardin. Il fut fort amène et ne donna pas signe de vouloir me faire encore des ennuis à propos de ma maison. Le soir mangeai un peu de pain et de fromage et à mon logement et au lit, inquiet de la saleté de ma maison, et la probabilité de perdre ma plus belle chambre, de plus ma femme m'écrit qu'elle n'est pas satisfaite de mes parents ni d'aucun des domestiques et que mon petit laquais devient une franche canaille. Il faut que je paie 30 livres aux Cavaliers, puis la crainte d'être obligé d'abandonner toutes les affaires que j'ai ici quand je serai appelé au tribunal de Brampton, et enfin mon procès qui me contrarie profondément ne sachant que faire lors de la prochaine imminente session.


                                                                                                              17 septembre

            A mon bureau toute la matinée, et à midi à la Bourse. Rencontrant Mr Moore et Mr Stuckey, allâmes dîner à une table d'hôtes. Vers 3 heures avec Mr Moore au collège Saint Paul pour présenter nos devoirs à Mr Cromeholme, où un parent de Mr Moore, un garçon plein de promesse y étudie. Nous le trouvâmes, par grande chance et montâmes avec lui dans sa chambre où se trouvait aussi un ancien condisciple, Mr Newell. Il se montra tellement attentionné envers Mr Comeholme comme envers moi que par bonté il but plus que, je crois, il n'était son habitude, et commença à divaguer un peu, et plus encore quand dans la soirée il voulut sortir avec nous et nous offrir une bouteille de vin. Et à la taverne il rencontra une connaissance. Ce qui lui fit tenir des discours hors de propos, de sorte que j'ai beau l'estimer et qu'il se montre fort savant et homme de valeur, j'avoue avoir cependant une moins bonne opinion de lui. Que ce me soit donc un avertissement de ne pas trop boire, puisque cela a un pareil effet sur d'autres qui ont plus de valeur à mes yeux. Je n'ai pas pu m'empêcher de boire cinq verres avec lui cet après-midi. Après l'avoir quitté, chez moi avec Mr Moore, et après avoir mangé quelque chose j'allai à mon logement où le maître de maison, un homme des plus ordinaires, était tout disposé à me bien recevoir et m'emmena dans sa salle à manger où était sa femme, une jolie femme et digne d'être remarquée, certainement trop élégante pour lui, et trop spirituelle aussi. Je fus obligé de rester un bon moment, et j'ai encore bu car ils avaient des amis aussi. Enfin fatigué de sa futile compagnie j'ai dit bonsoir et allai dans ma chambre, et au lit avec Mr Moore, peu satisfaits, l'un et l'autre, de notre après-midi, d'avoir seulement été témoins du penchant de Mr Cromeholme.
            Aujourd'hui retour de Brampton de mon petit laquais, et ma femme, je crois, la semaine prochaine.

                                                                                                           18 septembre
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Résultat de recherche d'images pour "perles de valeur"            Au bureau toute la matinée. A midi, avec sir George Carteret et Mr Coventry invité à dîner chez le sherif Meynell, le grand banquier. Etaient présents l'échevin Backweell et de nombreux nobles et une élégante compagnie. Privilège d'une conversation distinguée, ce qui m'est une grande satisfaction, que rien au monde ne peut surpasser. Après un grand dîner et force conversation, je prends congé et à la maison pour les affaires du bureau où, Dieu soit loué, je prends grand plaisir. Et dans la soirée à mon logement et au lit.
            Entre autres propos, parlant de la grande charité qui prévaut dans les pays catholiques, Mr Ashburnham nous a dit que cette année, comme il y avait eu grande disette de blé à Paris et qu'on faisait une quête pour les pauvres, on apporta deux perles, personne ne savait de la part de qui, jusqu'à ce que la reine les voyant reconnut leur propriétaire, mais ne le révéla pas. Elles furent vendues     200 000 couronnes.

                                                                                                   19 septembre

            Levé de bonne heure et à mon bureau. A 9 heures seul à Deptford. Je repris là où ils s'étaient arrêtés hier soir et continuai de payer les ouvriers de l'arsenal de Woolwich et à midi dînai bien, étant le principal personnage à la table et si je ne me trompe je vois bien que tout le monde commence à m'accorder autant de considération et d'honneur qu'à d'autres. Après dîner repris la paie jusqu'à 9 heures du soir. Ce qui me peina c'est que je fus forcé de commencer une fâcheuse pratique, diminuer les gages des domestiques, ce qui me fit maudire, ce que je n'aime point. Le soir après avoir mangé un poulet froid, j'allai à pied par un superbe clair de lune avec trois ou quatre hommes en armes comme garde, à Rotherhithe, tout réjoui à la pensée de ma condition actuelle. On m'a spontanément fourni cette garde, sans que j'eusse rien dit. Il paraît que cette route est dangereuse la nuit à pied et qu'il s'y commet beaucoup de vols à main armée. Puis retour par le fleuve. Et à mon logement et au lit


                                                                                                                    20 septembre 1662

            Levé de bonne heure et allai à ma maison où je trouve mon frère Tom. Il me dit que la mère de sa maîtresse a écrit une lettre à Mr Lull exprimant sa pleine satisfaction de Tom, ce dont je me réjouis, et je crois vraiment que l'affaire va marcher. Toute la matinée réunion au bureau avec sir John Mennes, puis dînai à la maison et l'après-midi avec mes ouvriers. Et dans la soirée Tom m'a amené Mr Lull, un ami de sa maîtresse, un homme grave. Il me fit un rapport favorable sur elle et sur la satisfaction que leur donne Tom. Tout cela me fit plaisir. Nous nous promenâmes dans le jardin un bon moment et je lui donnai un verre de vin à mon bureau et il me quitta.
            Puis j'écrivis des lettres que j'envoyai par la poste et des nouvelles concernant Tom à mon père, et rentrai souper à la maison, puis à mon logement et au lit.
            Ce soir mon barbier m'envoya son domestique pour me raser. Il habitait depuis peu dans King Street, à Westminster, et il me dit que trois ou quatre personnes que je connaissais dans cette rue, des commerçants, sont récemment devenus fous, que quelques-uns sont morts et les autres toujours fous. Ils habitent tous des maisons tout à fait voisines les unes des autres.


                                                                                                                   21 septembre
                                                                                                     Jour du Seigneur
a1149            Levé de bonne heure et à pied à St James, vis Mr Coventry et restai une heure avec lui à parler des affaires du bureau avec grand plaisir. Je vois qu'il me dit tout ce qu'il pense. Puis au parc où, comme convenu, je trouvai mon frère Tom et Mr Cooke. Nous parlâmes de l'affaire de Tom de façon fort satisfaisante. La reine arrivant dans son carrosse, allant à sa chapelle dans le palais de St James, prête pour elle pour la première fois, je m'empressai de la suivre, et j'allai dans la pièce où se trouve son oratoire. Je pus rester et voir, le bel autel, les ornements et les moines avec leurs habits et les prêtres avec leurs belles chapes, et bien d'autres choses. J'entendis leur musique. Il se peut qu'elle soit bonne mais il ne m'a pas semblé qu'elle le soit, qu'il s'agisse de leur chant ou de leur harmonie des sons, quelles qu'en fussent les paroles/ La reine est très pieuse, mais ce qui m'a fait le plus grand plaisir ce fut de voir ma chère milady Castlemaine. Bien que protestante elle était venue à la chapelle accompagner la reine. La messe terminée un moine encapuchonné se leva et fit un sermon en portugais. Comme je ne la comprenais pas je me levai et me rendis à la chapelle du roi, mais l'office était terminé. J'allai donc à la chambre d'audience de la reine où on les attendait pour le dîner, mais comme elle restait au palais de St James ils furent obligés de tout emporter dans la chambre d'audience du roi où il dîna seul. Et moi avec Mr Fox, très élégamment, mais je vois bien qu'il ne faut pas que j'abuse de ce privilège, c'est pour moi une question d'honneur, non que je ne sois très bien reçu.
            Après dîner chez Tom puis chez moi. Et après une longue promenade dans le jardin j'allai chez mon oncle Wight. Je trouvai ma tante en deuil et racontant de tristes histoires à propos de la mort de sa bien-aimée soeur Nicholls. J'aurais été excédé si la jolie Mrs Margaret Wight n'était arrivée. Sa compagnie me charma et pendant tout le souper taquinai ma tante en faisant l'éloge de la messe où j'avais été aujourd'hui, mais m'excusai ensuite en disant que c'était une plaisanterie. Les quittai après le souper pour rentrer et après avoir mis de l'ordre dans mes notes pour demain, au lit.


                                                                                                                            22 septembre

            Montai de bonne heure parmi mes ouvriers pressant les choses pour le retour de ma femme. Puis en voiture au Palais de St James avec sir John Mennes, sir William Batten et sir William Penn. Je rendis compte au Duc de ce qui s'est produit ces temps derniers. Mais je souffrais terriblement d'une forte colique, pour avoir pris froid hier en ôtant mes bas pour m'essuyer les pieds. Mais elle a fini par diminuer et je me trouvai à peu près remis. Mais j'eus mal toute la journée à des degrés divers. Puis je les quittai et allai à pied chez Greatorex. Nous regardâmes beaucoup d'objets ingénieux, de nouvelles inventions et je lui commandai un thermomètre. Puis chez milord Crew où je dînai avec les domestiques, car il avait déjà dîné. Je montai ensuite le voir et parler des affaires publiques et des affaires privées de milord, avec beaucoup de satisfaction. Puis chez mon frère Tom où Mr Cooke m'attendait pour rendre visite, dans Blackfriars, à Mrs Young et Mrs Lull, parentes de la maîtresse de Tom. Je fus très bien reçu et je vois que cette affaire avance de façon satisfaisante. Allai ensuite voir Mr Townshend, je causai aussi avec Mr Young lui-même. Rentrai et dans mon cabinet, puis à mon logement et au lit.


                                                                                                        23 septembre
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Résultat de recherche d'images pour "chiens sauvages"            Levé de bonne heure et me rendis auprès de mes ouvriers. Le vis avec plaisir que mes travaux tiraient à leur fin, même si je suis tous les jours contrarié de leur lenteur.
            En réunion toute la matinée. Dînai seul à la maison et avec mes ouvriers tout l'après-midi. Dans la soirée, par le fleuve et par la route à Deptford pour donner des instructions au sujet de ma maison, et revins en voiture avec sir George Carteret et sir William Batten qui ont aujourd'hui effectué un paiement, puis à mon bureau où j'ai un peu travaillé, et souper à mon logement et au lit.
            Sur le chemin du retour sir George Carteret me raconta que dans la plupart des cabarets de France est écrit sur les murs, d'une belle écriture : " Dieu te regarde ", utile leçon à mettre dans toutes les têtes. Et qu'il y aussi, comme en Hollande, des troncs pour les pauvres, et que dans ces deux pays sur tous les contrats ou marchés conclus une certaine somme est due pour les pauvres, appelée le denier à Dieu.


                                                                                                          24 septembre  1662

            Levé de bonne heure et au milieu de mes ouvriers jusqu'à midi. Et puis chez milord Crew où je dînai seul avec lui. Entre autres choses il me conseille d'empêcher à tout prix milord Sandwich d'aller trop loin dans l'affaire de Tanger. D'abord parce qu'il est convaincu que le roi ne pourra pas trouver l'argent pour construire la jetée, ensuite parce que cela se fera comme nous le proposons, en réduisant la garnison. Alors milord devra s'opposer soit au duc d'York qui veut y laisser le régiment irlandais qui est sous le commandement de Fitzgerard, ou bien à milord Peterborough qui désire y laisser le régiment anglais. Il semble n'y être retourné que sur les encouragement de milord Sandwich.
            De là chez Mr Wotton le bottier où j'ai acheté une paire de bottes qui m'a coûté 30 shillings. Il m'a raconté que Bird s'était récemment cassé la jambe en croisant le fer sur scène dans Aglaure, et que le nouveau Théâtre sera prêt le trimestre prochain.
            Puis chez mon frère où avec Mr Cooke nous avons parlé du voyage qu'ils doivent refaire pour voir la maîtresse de Tom, et j'ai parlé avec Mrs Croxton de la façon de mesurer les pavillons de soie.
            Retour par le fleuve et jusque tard le soir à mon bureau où j'ai rédigé une lettre de Tom à sa maîtresse, lui envoyant une montre en gage d'affection. Puis rentrai souper et à mon logement et au lit.
            Satisfaction aujourd'hui d'avoir appris, de diverses sources, que j'ai la réputation d'être bon  auprès des pauvres gens qui viennent au bureau.


                                                                                                               25 septembre

            Levé de bonne heure et allai au milieu de mes ouvriers, et au bureau réunion toute la matinée. Rentrai dîner seul et au milieu de mes ouvriers jusqu'au soir. Et puis au bureau jusqu'à l'heure du coucher et après le souper à mon logement et au lit.
            Ce soir je restai un moment travailler chez sir William Batten avec sir John Mennes etc. Il nous a raconté, entre autres, qu'au Portugal ils dédaignent de faire un siège dans les cabinets d'aisance. On chie dans des pots qu'on va vider à la rivière.
            J'ai aussi appris que la femme qui avait été nourrice chez Mrs Leming, la fille de sir William Batten, avait eu son enfant mis en pièces par deux chiens cette semaine à Walthamstow, ce qui est des plus étranges.


                                                                                                              26 septembre

            Levé de bonne heure et allai au milieu de mes ouvriers. Puis retrouvai sir William Batten et sir John Mennes qui allaient à Chatham ce matin. J'étais en grande peine jusqu'à leur départ, de crainte que sir John dise un mot de ma chambre que j'ai peur de perdre. Mais il n'en a rien dit et j'ai l'esprit un plus en repos. Puis jusqu'au soir au milieu de mes ouvriers. Dans l'après-midi j'ai fait abattre la cloison entre le vestibule et la chambre du petit laquais, pour en faire une seule pièce. J'espère que j'en serai content et que cela rendra mon retour à la maison plus agréable.
            Tard à mon bureau le soir. Ecris une lettre à sir George Carteret pour m'excuser de ne pouvoir me mettre à son service demain à Chatham comme je l'avais promis. Je n'ai pas envie d'y aller à cause de mes ouvriers et parce que ma femme revient demain. Puis à mon logement et au lit.


                                                                                                             27 septembre
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Image associée            Levé de bonne heure et allai au milieu de mes ouvriers. Je vois avec un vif plaisir que les montants de mon vestibules sont ôtés, ce qui est plus que je n'espérais. De sorte que la chambre du petit laquais étant incorporée au vestibule, l'arrivée chez moi a beaucoup d'allure, ce qui était presque la seule imperfection de ma maison.
            En réunion toute la matinée. Et l'après-midi je fis faire de nombreux travaux à mon idée et fis bien préparer la chambre de ma femme pour son arrivée qui eut lieu le soir, car Will alla, avec ma permission, à sa rencontre sur la route, et le soir vint me dire qu'elle était sur mon ordre, arrivée chez mon frère. Aussi je fis ma toilette et j'arrangeai la maison, et je partis la rejoindre. Je la trouve, elle, sa servante et le chien, en forme, elle un peu plus grosse. Je suis ravi de la voir, et après souper au lit où sa présence m'a donné beaucoup de plaisir, et maints témoignages d'amour réciproque. Seulement je m'aperçois qu'il y a eu des querelles entre ma mère et elle et quelques brouilles avec mon père. Mais j'espère que tout est rentré dans l'ordre. Je vois qu'elle aime la maison et le domaine de Brampton encore plus que moi. Et elle me raconte que milord a dessiné le plan de certains aménagements, et qu'il a apporté ce plan à Londres. Je l'ai vu et il me plaît. Je vois que milord et milady ont été très aimables à son égard. Et le capitaine Ferrer a été tellement aimable que je m'aperçois que j'en conçois quelque jalousie. Mais je connais le comportement extérieur du capitaine, et par conséquent cela ne me fait rien. Elle me parle d'une session du tribunal qui va sans doute bientôt se tenir. Ce qui me tracasse car je n'ai pas envie de quitter Londres.


                                                                                                          28 septembre 1662
                                                                                           Jour du Seigneur
            Eveillés de bonne heure et nous mîmes à bavarder avec plaisir de ma maison de Brampton et de celle d'ici et d'autres choses. Elle me dit quel gredin est mon petit laquais et les étranges fautes dont elle l'a convaincu, trouvé coupable, dont il serait inconvenant de mentionner, ce qui me contrarie. Mais surtout la vie impossible que ma mère fait mener à mon père et qu'elle mène elle-même faute de raison.
            Je me levai enfin et j'allai avec Tom à l'église française du Savoy, où je n'avais encore jamais été. C'est un bel endroit. Et ils se servent du livre de prières publiques lues en français, et ce que je n'avais encore jamais vu, le pasteur prêche tête découverte, je pense afin de se conformer aux pratiques de notre église.
            Puis dîner chez Tom avec ma femme, arriva Mr Cooke et Joyce dîna aussi avec nous. Ensuite, Mr Cooke et moi avons parlé de son voyage avec Tom dans un ou deux jours, à propos de sa maîtresse. Nous échangeâmes nos opinions.
            Nous rentrâmes à pied. La maison un peu nettoyée me plaît de plus en plus. A l'église dans l'après-midi et après le sermon dans mon cabinet où je me suis un peu préparé pour demain, où je vais voir le Duc. Et de nouveau à pied chez Tom. Souper et au lit, l'esprit rempli de contentement.


                                                                                                   29 septembre
                                                                                        Saint Michel
            Aujourd'hui mes serments pour ce qui est de prendre du vin et d'aller à la comédie sont à terme, aussi je me décide à m'accorder une licence et puis à m'y soumettre de nouveau. Levé et en voiture à Whitehall prenant en route Mr Moore. Nous nous promenons un bon moment dans le parc de St James. Je l'y laissai pour me rendre chez Mr Coventry et avec aussi sir William Penn allâmes trouver le Duc. Le roi vint aussi et resta jusqu'à ce que le Duc eût fait sa toilette. Comme c'était jour de collier nous n'eûmes pas le temps de lui parler d'affaires. Ils sortirent ensemble et nous nous séparâmes. Mr Cooke, comme convenu, me retrouva dans le parc et je lui communiquai mon sentiment concernant le mariage de Tom et leur voyage de demain, et l'amenai par le fleuve chez Tom où, prenant ma femme, la servante, le chien et lui, je les amenai chez moi, et ma femme est fort satisfaite de ma maison, et moi aussi tout à fait. J'envoyai chercher à dîner et nous dînâmes avec Mrs Margaret Penn à qui j'avais proposé de nous accompagner à la comédie cet après-midi, et puis au Théâtre du roi où nous vîmes Le songe d'une nuit d'été que je n'avais encore jamais vu, et que je ne reverrai jamais, car c'est la pièce la plus insipide, la plus absurde que j'aie jamais vue. Je vis, il est vrai, quelques bonnes danses et quelques belles femmes, ce qui fut mon seul plaisir.
            Puis je déposai ma femme chez Mrs Turner et rentrai en voiture, et ayant remis Peg Penn à son père sans encombre, rentrai à la maison. Je vis que Mr Deane de Woolwich m'a envoyé la maquette qu'il m'avait promise. Mais elle est tellement mieux que ce que j'attendais que je regrette presque qu'il ne fasse pas ce présent à un plus grand personnage. Mais j'en suis extrêmement heureux et chercherai une façon de lui faire une politesse en récompense.
            Puis à mon bureau et écrivis une lettre à la mère de la maîtresse de Tom à envoyer demain par Cooke. Puis arrivée de Mr Moore dans l'intention d'examiner le dossier de mon affaire de Brampton en vue de l'audience. Mais j'avais l'esprit si plein d'autres questions, comme c'est ma nature lorsque j'ai été si longtemps éloignée d'une affaire que je l'ai presque oubliée, je répugne à y revenir, que je n'ai pas pu m'y remettre. De sorte que nous passâmes la soirée à bavarder, puis à mon logement et au lit.


                                                                                                       30 septembre

            Nous nous levâmes, lui alla à ses affaires et moi à la maison pour inspecter mes ouvriers. Mais grand Dieu ! comme la licence que j'ai prise hier me rend pénible la reprise du travail  ! Mais enfin il le faut, vu la douceur, le plaisir et la paix de l'esprit que j'ai depuis que j'ai renoncé au vin et à la comédie et à d'autres plaisirs et que je me donne à mon travail.
            Puis réunion à mon bureau jusqu'à midi, et dînai avec sir William Penn. Pendant le dîner ma femme arrive au bureau et je la fis monter. Après le dîner nous prîmes une voiture pour aller au Théâtre du duc d'York, où nous avons vu La Duchesse d'Amalff bien jouée, mais Betterton et Ianthe à la perfection. Retour à la maison en voiture, et la chambre de ma femme est prête pour qu'elle y couche ce soir. Mais mon travail me réclamait à mon bureau, de sorte que je restai tard et ne couchai pas avec elle à la maison, mais en mon logement.
            Il est singulier de voir avec quelle facilité mon esprit revient à sa vieille habitude d'aimer la comédie et le vin, m'étant accordé cette double licence depuis deux jours, mais ce soir je me suis de nouveau lié par serment jusqu'à Noël prochain, en quoi je voudrais que Dieu me bénisse et me garde car, s'il plaît à Dieu, je vois là la meilleure façon de m'inciter à m'appliquer à mon travail.
            J'ai aussi fait ce soir mes comptes mensuels et je trouve qu'en dépit de la perte de 30 livres à payer aux Cavaliers fidèles et pauvres en vertu de la loi, j'ai environ 680 livres, ce pour quoi Dieu soit loué. Voici quelle est ma situation présente.
            Je suis en travaux depuis longtemps, et ma maison, à ma grande satisfaction est presque achevée, mais pas au point qu'il n'y ait plus de saleté, ce qui me tracasse aussi, car ma femme était à Brampton ces deux mois et la voici de retour une ou deux semaines avant que la maison soit prête à la recevoir.
Résultat de recherche d'images pour "campagne londres"            Je suis un peu tracassé par la question de ma belle chambre. Je me demande si je pourrai la conserver. Je suis tracassé aussi par l'obligation où je suis obligé de me rendre de façon imprévue au tribunal de Brampton, mais surtout parce que je ne suis pas prêt à comprendre mon affaire, car il y a très longtemps que je ne m'en suis pas occupé et, au mieux, je n'arriverai à m'en occuper que mal.  Mais Dieu, je l'espère, réglera tout ceci pour le mieux, et je suis décidé à m'y mettre sérieusement dès demain. Je prie Dieu de m'y faire réussir, car mes parents et toute notre prospérité dépendent du soin que j'y mettrai.
            Milord Sandwich a été ces temps derniers très poli avec ma femme et a pris soin de dessiner personnellement le plan de certains aménagements à apporter à la maison que nous avons et que j'exécuterai quand j'aurai l'argent.
            Quant au bureau, je m'y suis si bien appliqué ces temps derniers que j'y ai acquis la meilleure réputation qui soit et que j'ai une influence certaine sur Mr Coventry et sur sir George Carteret, que je suis décidé, et elle m'est nécessaire, à conserver par tous moyens honnêtes.
            Tout est calme, mais le roi est pauvre, et il n'y a presque pas d'espoir qu'il en soit autrement. Ainsi donc tout ira à vau-l'eau, particulièrement dans la Marine.
            La récente expulsion du clergé presbytérien pour leur refus de dénoncer le Covenant comme la loi les y oblige, est la plus grande affaire d'Etat dont on parle actuellement. Mais autant que je vois ils sont partis sans faire d'esclandre et le peuple s'y intéresse moins qu'on ne s'y attendait.
            Mon frère a quitté Londres aujourd'hui pour aller voir une deuxième fois sa maîtresse à Banbury, ce dont j'attends beaucoup, et je prie Dieu pour sa réussite. Mon esprit, je l'espère, est de nouveau disposé au travail, car je m'aperçois que négliger le travail pendant deux jours suscite en moi une satisfaction telle que le plaisir dix fois plus grand que m'apporte le travail quel qu'il soit ne saurait l'effacer.


                                                                                à suivre......
                                                                             
                                                                                                       1er Octobre 1662

            Levé l'esprit à peu près en repos........       





                                                                                         



                                                                                                              

dimanche 25 juin 2017

La tombe sans nom La Poupée in Les Chansons de BilitisPierre Louÿs ( Poèmes France )

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                                    Le Tombeau sans nom

            Mnasidika m'ayant prise par la main me mena hors des portes
de la ville, jusqu'à un petit champ inculte où il y avait une stèle de marbre.
Et elle me dit : " Celle-ci fut l'amie de ma mère. "

            Alors je sentis un grand frisson, et sans cesser de lui tenir la
main, je me penchai sur son épaule, afin de lire les quatre vers entre
la coupe creuse et le serpent :

            " Ce n'est pas la mort qui m'a enlevée, mais les Nymphes des
fontaines. Je repose ici sous une terre légère avec la chevelure coupée
de Xantho. Qu'elle seule me pleure. Je ne dis pas mon nom. "

            Longtemps nous sommes restées debout, et nous n'avons pas
versé la libation. Car comment appeler une âme inconnue d'entre les
foules de l'Hadès ? "


°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°


                                   La Poupée                                                                  3petitesmailles.wordpress.com 
Résultat de recherche d'images pour "poupees"
            Je lui ai donné une poupée, une poupée de cire aux joues roses.
Ses bras sont attachés par de petites chevilles, et ses jambes elles-
mêmes se plient.

            Quand nous sommes ensemble, elle la couche entre nous, et
c'est notre enfant. Le soir elle la berce et lui donne le sein avant de
l'endormir.

            Elle lui a tissé trois petites tuniques, et nous lui donnons des
bijoux le jour des Aphrodites, des bijoux et des fleurs aussi.

            Elle a soin de sa vertu et ne la laisse pas sortir sans elle,
pas au soleil surtout, car la petite poupée fondrait en gouttes de
cire.


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                                          Jeux

            Plus que ses balles ou sa poupée, je suis pour elle un jouet.
De toutes les parties de mon corps elle s'amuse comme une
enfant, pendant de longues heures, sans parler.                                              
Résultat de recherche d'images pour "arles antique rodin"
            Elle défait ma chevelure et la reforme selon son caprice,
tantôt nouée sous le menton comme une étoffe épaisse, ou
tordue en chignon ou tressée jusqu'au bout.

            Elle regarde avec étonnement la couleur de mes cils, le
pli de mon coude. Parfois elle me fait mettre à genoux et poser
les mains sur les draps :

            Alors ( et c'est un de ses jeux ) elle glisse sa petite
tête par-dessous et imite le chevreau tremblant qui s'allaite
au ventre de sa mère.


°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°


                                  La Jeune Mère

            Ne crois pas, Myromêris, que, d'avoir été mère, tu
sois moindre en beauté. Voici que ton corps sous la robe a
noyé ses formes grêles dans une voluptueuse mollesse.
Résultat de recherche d'images pour "rodin femmes enceinte"
            Tes seins sont deux vastes fleurs renversées sur ta
poitrine, et dont la queue coupée nourrit une sève
 laiteuse. Ton ventre plus doux défaille sous la main.

            Et maintenant considère la toute petite enfant qui
est née du frisson que tu as eu un soir dans les bras d'un
passant dont tu ne sais plus le nom. Rêve à sa lointaine
destinée.

            Ces yeux qui s'ouvrent à peine s'allongeront un jour
d'une ligne de fard noir, et ils sèmeront aux hommes la
douleur ou la joie, d'un mouvement de leurs cils.  


°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°


                              La Purification

            Te voilà ! défais tes bandelettes, et tes agrafes et ta                                 musee-rodin.fr
Image associéetunique. Ôte jusqu'à tes sandales, jusqu'aux rubans de tes
jambes, jusqu'à la bande de ta poitrine.

            Lave le noir de tes sourcils, et le rouge de tes lèvres.
Efface le blanc de tes épaules et défrise tes cheveux
dans l'eau.

            Car je veux t'avoir toute pure, telle que tu naquis
sur le lit, aux pieds de ta mère féconde et devant ton père
glorieux.

            Si chaste que ta main dans ma main te fera rougir
jusqu'à la bouche, et qu'un mot de moi sous ton
oreille affolera tes yeux tournoyants.


°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°


                            La Berceuse de Mnasidika

            Ma petite enfant, si peu d'années que j'aie de plus
 que toi-même, je t'aime, non pas comme une amante, mais
comme si tu étais sortie de mes entrailles laborieuses.

            Lorsqu'étendue sur mes genoux, tes deux bras frêles
autour de moi, tu cherches mon sein, la bouche tendue, et me
tettes avec lenteur entre tes lèvres palpitantes.

            Alors je rêve qu'autrefois, j'ai allaité réellement cette         culturebox.francetvinfo.fr     
Résultat de recherche d'images pour "rodin "bouche douillette, souple et baignée, ce vaste myrrhin couleur
de pourpre où le bonheur de Bilitis est mystérieusement
enfermé.

            Dors. Je te bercerai d'une main sur mon genou qui
se lève et s'abaisse. Dors ainsi. Je chanterai pour toi les petites                                                        
chansons lamentables qui endorment les nouveau-nés.                


                                                                            Pierre Louÿs
                                               in Les Chansons de Bilitis

                                     

vendredi 23 juin 2017

Sur les chemins noirs Sylvain Tesson ( Roman France )


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                                  Sur les chemins noirs

            Sur de petits chemins, parti de l'extrême sud-est, Sylvain Tesson caresse le pays de ses semelles d'homme qui a réchappé à un grave accident. Il s'était fait le voeu de la traverser à pied cette France, s'il arrivait à remarcher. Et c'est un peu raide, avec des clous dans le dos qui l'empêche de dormir sur ce dos. Mais avant de remonter vers le nord il veut oublier la modernité et cette arrière-pensée "...... assurer une conformité psychique de ce peuple impossible.... " et " ..... quelle était cette langue étrangère..... le plaisir de s'essuyer la bouche d'un revers de la veste après une goulée de vin de Savoie...... " Les épaules portent le sac et les jambes moins douloureuses il avance sur les routes et à travers les sous-bois de Haute-Provence. La pensée de sa mère morte récemment, et puis celle de son idole, François Villon. Il ne parle guère, achète 300 grammes de tome pour 3 euros à une fermière, boit du bouillon et du sirop, pas d'alcool dangereux mélange avec les médicaments. Le 9 septembre il est dans le Comtat Venaissin "..... Les matins étaient difficiles. Il me fallait secouer les mauvais rêves, chauffer les cartilages...... La combe où je descendis dans l'aube était moussue, ombreuse...... " Il poursuit sa route évitant une campagne en miettes. Plus tard vers Tours un ami le rejoint. Ils parcourent 10, 15 kilomètres dans une journée, tous deux habitués des grandes randonnées, lui a aussi un deuil qui l'enveloppe. " Le 17 septembre dans le bois de Païolive.... " Sylvain Tesson poursuit ".... me frayer le plus possible un chemin noir..... j'avais réussi à me tenir sur le réseau des pistes oubliées.... " Il rencontre des Autrichiens, des Anglais installés récemment hors circuit touristique. Plus tard il atteint le Contentin, son but. Sa soeur le rejoint quelques heures. " ..... Je passai la See et allai vers Genêts..... L'âme me montait à la peau, comme disait Théophile Gautier..... " 24 août frontière italienne, deux mois et demi plus tard, jambes raffermies, le 8 novembre ".... Le bord de la carte et la fin du territoire....... "  

jeudi 22 juin 2017

Sélection officielle Thierry Frémaux ( Autobiographie France )



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                                           Sélection officielle

          Vie entre deux films, entre deux villes, de Lyon à Paris voler dans la journée à NewYork, rencontrer Scorcese, le préparer à un hommage à l'institut Lumière, à Lyon où il restera une semaine pour dans le même temps poursuivre le montage de son futur film, puis à Buenos Aires, au festival de Toronto, ainsi Thierry Frémaux parcourt la planète et tient un journal.  Prenant un TGV à 7h 21 à Lyon, arrivé à Paris ( il loge rue de Lyon ) il sillonne la ville allant du 7è arrondissement où se trouvait alors les bureaux du Festival de Cannes, en bicyclette, ailleurs dans la ville. Les fins de semaine sont souvent consacrées à quelque course de vélo. Devenu délégué général du plus couru des festivals, à la suite de Gilles Jacob, il visionne cette année-là, de juin 2015 à mai 2016, 1867 films. L'équipe en repoussera 1800. Ce qui était une passion pour le jeune homme né à Lyon, est devenu un travail parfois harassant. Assez discret, il lui faut convaincre ou repousser. Des noms connus, Sean Penn, Almodovar, Catherine Deneuve, Scorcese, mais aussi beaucoup d'inconnus pour visionner les dizaines de DVD emportés les fins de semaine, mais le courage est compensé par la fréquentation des meilleurs restaurants, des lieux les plus agréables du moment. Le 12 mars à 2 mois de l'ouverture la sélection est à peine ébauchée, certains films en montage, tel celui de Woody Allen prévu pour l'ouverture, hors compétition. L'organisation de 10 jours de festivités cannoises est une ruche. A Cannes le Blue Bar disparu au profit de l'Agora est regretté. Cannes et son important marché du film. Pourtant à Odessa le délégué général du festival cannois est touché par la ferveur du petit festival. A Lyon où il mène une vie familiale assez discrètement évoquée dans le livre, ce grand amateur de cinéma s'occupe de l'Institut Lumière qui ces dernières années a vu passer le gotha des réalisateurs et des comédiens. " ....... Le Festival de Cannes a deux activités principales : la Sélection officielle et le Marché du Film..... " S'il vit cinéma, il fréquente les librairies, dans le Vieux Lyon. Feuilletant le journal de Cocteau " ...... Il y a un moment de fatigue où les films n'entrent plus en nous. Une sorte de sommeil qui ne fait pas dormir ressemble à celui des enfants qui n'écoutent plus le conte mais seulement le murmure de la voix de leur mère. Je suivais et je ne suivais pas..... " Sélection des membres du jury. Différentes sections, Un Certain Regard, Cannes Classic..... Horaires et jours de passage, matin, après-midi, minuit, "..... On n'a pas idée de l'énergie qu'il faut pour réussir un film. Ou le rater. Certains en sont morts de trop de désirs, de désespoir, de solitude..... " Supporter de l'Ol, lors d'une soirée d'après-match il cite Ventura dans un film de Lautner " ..... Je critique pas le côté farce, mais pour le fair-play y aurait quand même à dire..... " Gros bouquin, près de 600 pages,




mardi 20 juin 2017

Les obus jouaient à pigeon vole Raphaël Jerusalmy ( Roman France )





                                         Les obus jouaient à pigeon vole

            24 heures dans la vie d'un poète. 1916 le poète, lui et ses camarades, attendant le passage du zeppelin qui précède les déferlements d'obus des ennemis s'occupent. les fraises Tagada avalées, la faim encore, le poète lit une revue Le Mercure, mécontent car Paul Léautaud lui a refusé un poème pour ce numéro, mais des vers trottent dans sa tête depuis ce matin, s'envolent. Ils les rattrapent juste à ce moment et les note au crayon à papier sur la revue entre les lignes du poème d'un autre choisi pour ce numéro.  Ce jour-là le zeppelin passa à l'heure précise habituelle, 16 h 15. Un éclat d'obus atteignit la tempe du poète. Il ne mourut pas ce 17 mars 1916 au lieu-dit le Bois des Buttes. Gui de Kostrowitzky, Guillaume Apollinaire pour son public, échappa à la mort et la revue tâchée de sang s'envola vers le guetteur allemand. Des milliers moururent dans cette plaine où brillaient les canons. L'auteur qui connaît bien le sujet commence le livre, court, le 16 mars, très exactement 24 heures avant l'impact, 23, 22 heures etc. avant la blessure. Et dans ces chapitres de très peu de pages, il nous conte le quotidien de ce groupe d'hommes. Apollinaire leur a donné des surnoms, Père Ubu, lui Cointreau-whisky, Trouillebleu le meilleur tireur de l'équipe "..... un snaille-peur comme disent les anglais....... - ....... Cette guerre n'apportera rien de nouveau..... - Les hommes n'ont pas attendu Verdun pour avoir des gueules cassées..... Ils ont laissé Picasso leur coller le nez au milieu du front..... narines carrées.... " Cointreau-whisky reçoit des lettres de partout, de Cocteau qui lui propose d'écrire le livret d'une pièce, Parade. Il répond à sa mère, à sa marraine de guerre, lettres sages, et puis à Madeleine, amour d'un temps, Les hommes vivent dans la boue utilisée pour faire un dossier, un accoudoir, cachés tant bien que mal derrière les sacs de sable. Chapitres séparés par quelque vers d'Alcolls et de Calligrammes. Pour qui aime Apollinaire, le livre complète bien les Lettres à Madeleine où le poète décrit aussi ces moments cruels. Un très joli volume dans un format carré. Il se glisse dans la poche. Ecrire des lettres, donner des nouvelles, problèmes pour tous sauf Cointreau-whisky "........ Mentir à ceux qu'ils aiment. Il fait beau...... Cointreau-whisky tartine des pages entières avec de la suie diluée. L'encre manque..... "

lundi 19 juin 2017

Catéchisme laïc Georges Darien ( Nouvelles France )

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claudialucia-malibrairie.blogspot.com


                                             
                                       
                                   Catéchisme laïc

            D - Qu'est-ce que c'est que la France ?
            R - C'est un pays libre.
            D - Pourquoi est-elle libre ?
            R - Parce qu'elle est en république.
            D - Comment savez-vous qu'elle est en république ?
            R - Parce que c'est écrit sur les feuilles des contributions.
            D - Qu'est-ce que c'est que le Parlement ?
            R - Travailler sans relâche au bonheur du peuple.
            D - Le Parlement s'acquitte-t-il toujours de sa mission ?
            R - Toujours.
            D - En quoi consiste le bonheur du peuple ?
            R - Il consiste à payer les impôts.
            D - Pouvez-vous dire pourquoi ?                                                               editionsdelondres.com 
Résultat de recherche d'images pour "georges darien"            R - Certainement. Le produit des impôts entre dans les caisses de l'Etat, et comme l'Etat c'est tout le monde, plus il devient riche, plus tout le monde devient riche.                                                                                      
           D - Quels doivent être les sentiments d'un citoyen à l'égard d'un   * membre du Parlement ?
           R - L'admiration et le respect.
           D - Cette règle souffre-t-elle des exceptions ?
           R - Pas une.
           D - Qu'est-ce que c'est que l'Etat ?
           R - C'est la forme agissante de la Patrie.
           D - Qu'est-ce que c'est qu'un fonctionnaire ?
           R - C'est la forme de cette forme.
           D - Quels sont les devoirs d'un citoyen à l'égard d'un fonctionnaire ?
           R - L'obéissance et le respect.
           D - Cette règle est-elle absolue ?
           R - Oui. Si l'on cessait de respecter les fonctionnaires et de leur obéir, ils disparaîtraient.
           D - Quelle serait la conséquence de cette disparition ?
           R - L'anarchie. La barbarie.
           D - Comment pouvons-nous tenir en échec cette barbarie ?
           R - Par le libre jeu de nos institutions, qui nous mettent au premier rang des peuples civilisés.
           D - Qui nous a dotés de ces institutions ?
           R - La Loi, c'est-à-dire la volonté populaire.
           D - Comment s'exprime cette volonté ?
           R - Par la voix des mandataires du peuple.
           D - Que représentent donc ces mandataires ?
           R - La Patrie.
           D - Qu'est-ce que c'est que la Patrie ?
Image associée           R - La portion du globe où un homme s'est donné la peine de naître, et où il peut continuer à vivre tant que l'argent ne lui manque pas, qu'il paye ses impositions et qu'il ne gêne point le gouvernement.
           D - Jusqu'à quel point un citoyen doit-il aimer sa patrie ?
           R - Jusqu'à la mort.
           D - Comment appelle-t-on un citoyen qui remplit tous ses devoirs ?
           R - Un contribuable.


             

      * editionsdelondres.com                                                           Georges Darien
                                                                                                                 1901
     
                 




samedi 17 juin 2017

Mille vies valent mieux qu'une J.P. Belmondo ( Biographie Cinéma France )

     
De "
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                                         Mille vies valent mieux qu'une            

            Bebel l'Imprévisible... Des mots reviennent en boucle : " père, mère, copains ". Ces derniers les mêmes depuis le Conservatoire. Ils s'appellent Claude Brasseur, le père Pierre déjà ami du père de Jean Paul Belmondo, Vernier à l'affiche à ses côtés depuis les débuts de même que Charles Gérard dit Charlot, Michel Beaune, Rochefort. Enfant pendant la guerre il connait les routes et les maisons cachées mais joue toujours avec son frère Alain. A l'heure sérieuse des études l'écolier puis l'étudiant répugne à suivre les cours. Il n'aime pas qu'on lui impose d'apprendre, mais prêt à toutes les cascades, il se pend, entre autres par les pieds, comme un cochon à l'abattoir, à la balustrade de l'immeuble de la rue Denfert Rochereau où il habite. Le père sculpteur et la maman comprennent son besoin d'activité, mais s'inquiètent pour son avenir. Manuel, commercial. Chacun cherche puis un jour, la future star choisit, il sera comédien. 10 ans de galère avant A bout de souffle, d'échecs à l'entrée et à la sortie du Conservatoire. Un professeur Pierre Dux lui prédit " ..... ne pourra jamais prétendre tenir une femme dans ses bras  avec ce visage  ". Il est vrai, il a le nez cassé, Germanopratin, il quitte son quartier pour le faubourg St Denis, les salles de boxe, et fréquente les bistrots et les habitants du quartier tout en poursuivant sa quête du plus petit rôle au théâtre. Les péripéties ne manquent pas et la camaraderie joue son rôle. Blagueur, rieur, acrobate, athlète, il ne sera jamais doublé lors des scènes folles où son rôle lui fait sauter sur le toit d'un métro, d'un hélicoptère sur un bateau ( l'Homme de Rio ) et tant d'autres acrobaties où il avoue se " régaler ". Mais dit-il et il le rappelle lors des derniers César lors d'un hommage avec ses amis "...... Quand je serai découragé d'avoir raté ma première tentative d'être comédien, elle me le rappelle : - De la volonté, mon fils. Avec de la volonté tu y arriveras  il ajoute " .... J'aimais tant ma mère qu'il m'était odieux de la contrarier et de voir disparaître de son visage ce magnifique sourire, limpide et franc, qui la rendait si belle ". Belmondo fut très critiqué, tant pour son jeu que pour son physique, pourtant rien ne pouvait le faire dévier de sa route. A partir de son premier film, Godard, il se sentit à l'aise devant les caméras, plus acteur que comédien. Son goût pour les blagues extravagantes s'amplifia. Chaussures des clients déposées à leurs portes ôtées et clouée sur les dites portes, la boisson aidant, il en est une qui reste obscure pour moi, pourquoi jeter les meubles par les fenêtres des hôtels des villes où ils tournaient. L'un sinon le plus populaire de nos comédiens a été dirigé par les meilleurs metteurs en scène, outre Godard, Melville, Verneuil, dit les dialogues d'Audiard dans 15 films. Les plus jolies femmes ont tourné avec lui, ou vécu, ainsi Ursula Andress. Sa rencontre avec Gabin un peu rugueuse au début : "..... Il me fascine. Quand je ne fais pas le con avec lui je l'observe. Il n'y a aucune différence entre lui et les personnages, qu'il ne joue pas, mais auxquels il fait jouer Gabin.... " L'encore jeune Jean Paul Belmondo fait part de ses incertitudes quant à l'avenir dans leur métier et Gabin répond " Regarde ta fiole ! Quand t'auras les pailles blanches, tu plairas encore aux gonzesses. Te magne pas la devanture et laisse couler l'Orénoque. " Calmé, las de traverser la planète pour tourner des films qui pourtant lui tiennent à coeur, Belmondo d'acteur redevient comédien, et joue Kean, de Dumas adapté par Jean Paul Sartre, puis rachète le théâtre des Variétés, et joue Feydeau. Un drame personnel très douloureux ne l'épargne pas, alors qu'il est en scène, puis un grave accident de santé, mais la volonté et ce besoin de continuer à vivre le poussent à se réparer. Le comédien doublé de l'homme ne déçoit pas et le livre montre l'homme sympathique qui ne comprend pas pourquoi il faut devenir adulte.








mercredi 14 juin 2017

Anecdotes et Réflexions d'hier pour aujourd'hui Samuel Pepys 77 ( journal Angleterre )

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                                                                                     1er Septembre 1662

            Levé de bonne heure dans mon logement et allai dans mon bureau et au milieu de mes ouvriers. Puis en voiture au palais de St James avec sir William Batten et sir William Penn. C'était la première réunion que nous devions avoir une fois par semaine par ordre du Duc. Mais il partait avec la Duchesse. Il nous dit qu'il s'en allait en compagnie de la reine, à Durdans, paraît-il, pour dîner avec milord Berkley, là où je me suis bien amusé enfant. Nous nous rendîmes donc chez Mr Coventry restâmes un moment dans son cabinet, et j'allai chez milord Sandwich parti présenter ses respects au roi et à la reine. Alors, comme Pr Paget était là, avec Will Howe, lui avons rejoué quelques morceaux de Lucke que nous jouions autrefois en mer. Ce qui nous fit grand plaisir à tous les trois, car c'est la première musique que j'entends depuis bien longtemps, tant mon travail m'a, ces derniers temps, enlevé à mes joies anciennes.
            Au bout d'un moment rentrai chez moi par le fleuve et dînai seul. Ensuite, avec les deux ouvriers de mon frère Tom, je retirai toutes mes affaires de chez sir William Batten pour les déposer dans une seule pièce que j'ai, avec bien des difficultés, préparée dans ma maison. Et je suis heureux de n'avoir plus d'autre obligation envers lui. Puis à mon bureau, mais ne trouvant pas la clef que je tenais à la main l'instant d'avant, je fus très fâché et agité, car ne pas faire attention à ses clefs est une chose que je déteste chez lez autres et plus encore chez moi. Je pense que celui qui laisse traîner ses clefs ne mérite pas qu'on lui fasse confiance. Quelque chose encore me contrarie, ma femme m'écrit de la campagne que son petit laquais se conduit mal là-bas et qu'elle en est excédée, elle se plaint aussi de sa suivante Sarah, ce qui me fâche aussi.
            Etant d'aussi mauvaise humeur je ne pus faire grand-chose au bureau, mais rentrai, mangeai un peu, puis à mon logement et au lit.


                                                                                                 2 septembre

            Levé de bonne heure et fait ma toilette seul, puis à mon bureau l'esprit très troublé par ma clef perdue hier. J'allai trouver mes ouvriers et leur donnai des instructions, puis à mon bureau en réunion toute la matinée. Dînai chez sir William Batten avec William Penn, puis retour à mon bureau tout l'après-midi. Dans la soirée écrivis une lettre à Mr Cooke pour le compte de mon frère Tom, à sa maîtresse et c'est la première fois que je joue un rôle dans cette affaire. Si elle est comme Tom la représente ce peut être fort bien pour lui. Puis rentrai, mangeai un peu, puis à mon logement et au lit.


                                                                                                          3 Septembre
museeprotestant.org
Résultat de recherche d'images pour "presbytériens anglais"            Levé de bonne heure, mais comme les jours commencent à raccourcir, je ne me lève plus avant 5 heures au lieu de 4 heures, car il ne fait pas jour avant. A mon bureau et vers 8 heures allai à Rotherhite et à pied à Deptford où Mr Coventry et sir William Penn commencent le versement de la paie. Car j'ai le désir d'être présent aujourd'hui car c'est la première paie de Mr Coventry, et je souhaite passer pour l'un de ses amis, autant que possible. A midi nous avions fini de payer le désarmement du Breda, et dîner à la taverne où j'ai obtenu que nos repas fussent dorénavant moins abondants, ce que je constate avec plaisir. Allai ensuite par le fleuve au bureau. Nous nous retrouvâmes et vendîmes la carcasse du Weymouth, du Success et du Fellowship. Il est amusant de voir comme les gens hésitent à enchérir, mais quand la bougie est sur le point de s'éteindre, comment ils hurlent et se disputent à qui a le premier le plus enchéri.
            Je remarquai quelqu'un de plus malin que les autres. Il ne manquait jamais d'être le dernier à enchérir et ainsi de l'emporter et comme je lui en demandais la raison, il m'expliqua qu'à l'instant où la flamme s'éteint la fumée redescend, ce que je n'avais pas remarqué, il connaît ainsi l'instant où faire la dernière enchère, ce qui est fort ingénieux. En causant dans le canot Mr Coventry me dit que ceux des fanatiques et des presbytériens qui voulaient se soulever avaient choisi ce jour comme le plus propice à leur lutte contre la monarchie, puisqu'il a été deux fois fatal à leur roi et que c'est le jour de la mort d'Oliver ( cromwwel ). Mais, Dieu soit loué, tout restera calme, je l'espère.
            Après la vente à pied chez mon frère. Rencontrai en chemin le Dr Fairbrother à qui je demandai les nouvelles des affaires ecclésiastiques. Il m'a dit, ce qui a été confirmé depuis, qu'il avait été pleinement décidé par le roi et le Conseil qu'une déclaration d'indulgence serait accordée aux presbytériens, mais que le discours de l'évêque de Londres, dorénavant un des hommes les plus puissants d'Angleterre avec le roi, leur avait fait complètement changer d'avis, et on dit que c'est milord Albemarle qui s'est le plus fortement opposé à lui, mais je pense que ce n'était qu'en apparence. Il me dit aussi que la plupart des ministres presbytériens commencent à regretter de ne pas s'être soumis à la loi, voyant qu'on ne leur accordera pas l'indulgence qu'ils espéraient, et que l'évêque de Londres a soigneusement veillé à ce que les places soient remplies par des hommes très bien et très capables, la seule façon de maintenir le calme.
            Je l'emmenai à la taverne à Puddle Dock, mais nous ne bûmes pas la moindre gorgée du vin commandé, nous l'avons laissé, et après avoir causé nous nous séparâmes. Et Mr Towshend absent je fus chez mon frère où j'appris que ses affaires de coeur avancent, ce qui me plaît. Puis par le fleuve à Whitehall au logis de milord où, comme il part demain matin pour Hinchingbrooke, je restai jouer avec Will Howe quelques airs nouveaux, fort agréables, et puis milord est arrivé et nous avons longuement parlé de façon très amène, et puis au lit avec Mr Moore qui était là, seul, après avoir pris congé de milord. Je résolus de partir tôt sans davantage lui parler.


                                                                                                               4 septembre

            Ce que je fis et fus de bonne heure par le fleuve à la Tour et à la maison. Me changeai devant dîner en ville, et après m'être aussi fait raser, ce qui m'est très rarement arrivé depuis quelque temps, je partis pour le bureau et réunion toute la matinée. A midi à Trinity House où nous avons donné un déjeuner à grands frais aux officiers du bureau de l'artillerie. Il y avait sir William Compton et les autres et le lieutenant de la Tour.
           Nous eûmes beaucoup de musique, et de la bonne, ce qui fut mon principal plaisir. J'écoutai avec une grande satisfaction sir William Compton parler de la différence entre la flotte d'aujourd'hui et celle du temps de la reine Elisabeth qui, en 88, n'avait que 36 voiliers, grands et petits, en tout et pour tout. Et de la poudre pour dix salves, c'était là ce qu'on leur octroyait à cette époque pour guerroyer contre les Espagnols. Après le départ des plus distingués je fus excédé par la compagnie des deux sirs William, d'autant plus que milady Batten et sa bande ( une dizaine ) arrivèrent dans la salle. Je crois bien que cela va nous coûter cher, mais il est fort agréable de la voir en cheveux sous son capuchon et comment elle cherche à devenir élégante, peu à peu. Mais Dieu ! la compagnie qu'elle rassemble autour d'elle lui ressemble et la fait connaître pour ce qu'elle est. Tout à fait excédé je les quittai à pas furtifs pour aller à mon bureau où je travaillai jusqu'à 9 heures du soir. Puis à mon logement, et au lit.  etsy.com
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                                                                                                                                                  5 septembre

            Levé au point du jour, à 5 heures, par le fleuve à Woolwich. Je vis en chemin le yacht construit par mon " virtuosi ", milord Brouncker et d'autres, avec aussi l'aide du commissaire Pett parti de Greenwich avec le petit bateau hollandais pour faire la course, et avant d'arriver à Woolwich le Hollandais les a battus d'un demi-mille, et j'apprends qu'au retour ce fut plus de trois milles. Nous en sommes tous contents.
            Je restai pour faire l'appel du personnel et examiner les magasins, puis j'allai tout seul, à pied, à Greenwich et par le fleuve à Deptford pour inspecter certains magasin et m'occupai un peu de mes propres affaires, pressant le travail que je fais faire, puis à pied à Rotherhite. Passablement fatigué et tout en nage pris un canot pour la Tour, ce qui me causa quelque crainte car la matinée était froide et de grand vent.
           Puis à mon logement où je me suis lavé et frotté tout le corps, et été chez Mr Bland le négociant sur invitation, seul de tous les employés du bureau. Je trouve tous les officiers des douanes, de beaux messieurs très graves, que je suis fort heureux de connaître. On parla de sir Jerome Bowes, ambassadeur de la reine Elisabeth auprès de l'empereur de Russie qui, parce que deux nobles de l'endroit voulaient monter l'escalier pour aller chez l'empereur en le précédant, refusa de monter jusqu'à ce l'empereur ordonnât qu'on traînât ces deux hommes au bas de l'escalier, la tête cognant sur toutes les marches, jusqu'à ce qu'ils en perdissent la vie. Et quand il fut monté on exigea de lui qu'il remette son épée avant de le laisser entrer. Il leur dit que si on voulait son épée on aurait aussi ses bottes, et il fit tirer ses bottes et chercher sa robe de chambre, son bonnet de nuit et ses pantoufles, et fit attendre l'empereur jusqu'à ce qu'il fut en vêtement de nuit, puisqu'on ne lui permettait pas d'entrer en soldat. Quand finalement l'empereur ordonna avec dédain et pour montrer son pouvoir ordonna à quelqu'un de sauter par la fenêtre et que cet homme se rompit le cou sous les yeux de notre ambassadeur, celui-ci répliqua que sa maîtresse attachait davantage de prix au cou de ses sujets et en faisait un meilleur usage. Mais il dit que pour montrer ce que ses sujets étaient prêts à faire pour elle, il jetterait, et il jeta en effet, son gant devant l'empereur, pour mettre toute la noblesse de l'endroit au défi de le relever pour défendre l'empereur contre sa reine. Pour ces actions le nom de sir Jerome Bowes est célèbre et honoré là-bas.
            Rentrai et apprends que sir John Mennes est arrivé aujourd'hui. J'allai le voir chez sir William Batten. Je fus content de voir combien les deux sirs William se méfient de moi parce que je vais à Woolwich, et fais ce que j'ai à faire désormais, et dîne avec les fermiers des Douanes.
            Puis à mon bureau jusqu'à 9 heures du soir, puis coucher à mon logement. J'ai appris aujourd'hui que le roi a fait chevalier Mr Martin Noell, ce qui m'étonne fort. Mais il est certain que c'est un homme très utile.


                                                                                                       6 septembre 1662
                                                                               historyextra.com
Résultat de recherche d'images pour "sir jerome bowes"            Fait la grasse matinée, jusqu'à 6 heures du matin, et plus, pour me lever et guérir en transpirant du rhume que je craignais d'avoir pris hier, mais Dieu merci ! je vais bien. Puis levé et allai à mon bureau. Réunion jusqu'à midi, très affairés. Puis avec sir John Mennes et les deux sirs William à Trinity House où nous dînâmes de deux pâtés de chevreuil. Je mangeai très peu, écoeuré d'avoir mangé cinq pâtés en trois jours. Rentrai et au bureau tout l'après-midi à travailler jusqu'à 9 heures. Et à mon logement et me couchai.
            Cet après-midi j'ai fait faire une nouvelle clef et changer la serrure de mon bureau.


                                                                                                            7 septembre
                                                                                             Jour du Seigneur
            Levé de bonne heure et allai en faisant un détour par les rues au bureau où je me promenai dans le jardin, et allai à mon bureau jusqu'à ce que mon domestique Will se fut levé. Je l'envoyai dire à sir John Mennes que j'irais avec lui à Whitehall. Ce que nous fîmes incontinent dans sa voiture, et nous allâmes à la chapelle où j'entendis un bon sermon du doyen d'Ely sur le retour à l'ancienne pratique et un fort excellent motet entremêlé de symphonies, chanté par le capitaine Cooke. Puis chez Mr Fox et sa femme où je dînai et arriva une nombreuse compagnie. Nous nous préoccupâmes surtout de savoir quels pasteurs sont chassés parmi ceux qui ne veulent pas se conformer, et fîmes remarquer avec quel soin l'évêque de Londres veille à ce que nous soyons ici pourvus d'hommes de bien.
            Puis chez milord où il n'y avait personne qu'une femme qui m'a fait entrer et Sarah à l'étage. J'allai la trouver et jouer et causer et, Dieu me pardonne, je l'ai caressée, ce dont j'ai grand honte. mais je n'ai pas été plus loin, bien que j'en eusse tellement envie que je déchargerai dans ma culotte. Au bout d'une ou deux heures je fis une brève visite à Mr Hunt, seul chez lui et je suis rentré à pied. Rencontrai Mr Pearse le chirurgien qui m'emmena à Somerset House et me fit entrer dans la chambre d'audience de la reine mère, notre propre reine assise à sa gauche ( que je n'avais encore jamais vue et bien qu'elle manque un peu de charme elle a une expression de vertu pudique et innocente qui plaît ). J'ai vu également Madame Castlemaine et surtout, ce qui m'a fait plaisir, Mr Crofts, le bâtard du roi, très joli damoiseau d'environ 15 ans. Je vois qu'il admire beaucoup milady Castlemaine et est toujours en sa compagnie. Et j'apprends que les deux reines sont extrêmement attentionnées à son égard. Au bout d'un moment arrivent le roi, et aussitôt le Duc et la Duchesse, de sorte que tous réunis cela faisait un spectacle que je n'aurais jamais pu avoir la chance de voir avec tant de facilité et de loisir. Ils restèrent jusqu'à la nuit tombée et s'en allèrent, le roi, la reine, milady Castlemaine et le jeune Crofts dans un carrosse, et les autres dans d'autres carrosses. Il y avait là abondance de grandes dames, mais bien peu étaient belles.
            Le roi et la reine étaient fort gais, et il voulut faire croire à la reine mère que sa femme était grosse d'enfant. Il dit qu'elle le lui avait dit, et la jeune reine lui répondit : " vous mentez ", ce qui est le premier mot d'anglais que je lui ai entendu dire. Ce qui a bien amusé le roi et il aurait voulu lui apprendre à dire en anglais  "Avouez et allez vous faire pendre ! "
            La compagnie partie je rentrai à pied, aussi content que je puis l'être d'avoir vu ce spectacle des plus rares, mais quelque peu tracassé de l'avoir vu avant le retour de ma femme, puisque je lui avais promis de l'attendre. Mais je ne l'ai pas cherché ni fait exprès, ce n'était que par hasard.
            A mon bureau me préparer à me mettre au service du Duc demain avec mes collègues. Puis à mon logement et au lit.

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            Levé de bonne heure et allai à mon bureau préparer un rapport pour le Duc sur ce que nous avons fait au bureau ces temps derniers. Vers 7 heures je sortis, pensant y aller avec sir John Mennes et les autres, mais je m'aperçus qu'ils étaient partis, ce qui me contraria. J'allai donc directement à l'ancien Cygne et pris un canot avant eux et allai au logis de sir George Carteret à Whitehall. Bavardai avec lui pendant qu'il terminait sa toilette et nous allâmes à St James où les deux sirs William et sir John Mennes étaient arrivés. Nous montâmes, avec Mr Coventry chez le Duc qui, une fois sorti du lit, nous fit entrer. Et quand il eut tout à fait fini sa toilette il nous emmena dans son cabinet et nous dit qu'il veut rétablir l'ancienne coutume qu'avaient les amiraux de réunir leurs principaux officiers une fois par semaine pour lui rendre compte de ce qu'ils avaient fait cette semaine-là, ce dont je me réjouis. Les autres ont déclaré à Son Altesse Royale que c'était moi qui était le plus à même de faire ce rapport pour le passé, de sorte que je tirai mes notes succinctes et je lui rendis compte de tout ce que nous avions fait ces temps derniers et je lui proposai plusieurs ordres à donner. Il nous les donna et nous congédia. Les autres allèrent à Deptford et moi à l'Echiquier pour trouver Mr Townshend, on me dit là qu'il était allé à la taverne du Soleil. Je l'y trouvai en compagnie de quelques amis, et je déjeunai avec eux. Puis nous avons passé le fleuve ensemble et en marchant je dis les intentions de mariage de mon frère Tom, ce en quoi il est disposé à agir de tout son pouvoir en ma faveur auprès de Mr Young. Nous reprîmes un canot au Faucon et nous séparâmes. Je fus à l'ancien Cygne et puis à la Bourse et rencontrai sir William Warren. Nous entrâmes dans une taverne et parlâmes du prix des mâts et d'autres choses, puis nous partîmes et j'allai à mon bureau pour voir ce qu'il y avait à faire, et nous reprîmes un canot à la Tour.
            Puis je passai à Rotherhite où je le laissai dans le canot et allai à pied à Deptford. Je parcourus l'arsenal dans tous les sens, parlant aux gens. Puis sir William Penn sortant de la paierie me prit à part pour me dire le mécontentement de sir John Mennes de ce que j'enlevais le jour à son escalier, ce qui est en effet très fâcheux, et que j'empêchais l'accès aux lieux d'aisance de la terrasse. Ce qui me tracassa et j'allai à la paierie et eus l'occasion de lui parler seul à seul et de le rassurer, de sorte que je suis content et espère avoir mes chambres sur la terrasse sans autres ennuis, car il n'a pas d'objection à ce que j'aie une porte qui donne sur la terrasse à condition que toute la maisonnée n'en fasse pas un passage, ce qui me satisfait.
            Puis allai à la paie et rentrai dans la soirée par le canot major, et à mon bureau et, après avoir travaillé à mon logement et au lit.


                                                                                                          9 septembre 1662

            A mon bureau de bonne heure et avons tenu notre réunion. A midi avec Mr Coventry, sir John Mennes et Mr Pett par le fleuve à Deptford où nous avons retrouvé sir George Carteret, sir William Batten et sir William Penn occupés au paiement de l'équipage d'un navire. Nous dînâmes ensemble d'un excellent cuissot de chevreuil cuit à l'eau, sommes ensuite retournés au bureau où nous avons trouvé, leur ayant donné rendez-vous, plusieurs marchands pour connaître les prix les plus bas qu'ils demandent pour les diverses provisions. Car je suis résolu à m'informer et à ne pas acheter plus cher, afin que si nous payons plus cher ce sera la faute du trésorier et non la nôtre.
            Cet après-midi avec sir John Mennes et Mr Coventry au logis de sir John où il nous a montré que j'ai aveuglé toutes ses fenêtres et bloqué sa porte sur le jardin, et il est décidé à m'interdire d'autres choses qu'il nous fait remarquer, ce qui me contrarie tellement que de toute la soirée et de la nuit dans mon lit, grand sot et bien peu maître de mes passions que je suis, je n'ai pas dormi à l'idée de perdre mes droits d'user de la terrasse et d'autres choses qui, en elles-mêmes sont insignifiantes et ne méritent pas que je m'en tracasse un tant soit peu. Je suis d'autant plus sot, et je lutte contre, tant j'ai honte, surtout moi qui autrefois prônais la maxime d'Epictète  " ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. "
            Resté tard à mon bureau, l'esprit tracassé et au lit, mais presque sans dormir de la nuit.


                                                                                                            10 septembre

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Résultat de recherche d'images pour "maison angleterre 17è  SIECLE"            Levé et allai dans ma maison, où j'ai trouvé un moyen pour que sir John Mennes ait accès à la terrasse et que je garde quand même une partie de la chambre que j'espérais avoir, et si cela ne lui plaît pas je serais fou de m'en tracasser.
            A mon bureau puis à ma maison au milieu de mes paresseux d'ouvriers toute la journée. Dans l'après-midi à la Garde-Robe pour parler avec Mr Townshend. Il a parlé avec Mr Young de l'affaire de mon frère Tom et a su qu'il a pris des renseignements sur lui et qu'il en entend tellement de bien qu'il ne doute pas que l'affaire ne marche, moyennant quelques efforts. J'allai alors chez mon frère et trouvant le haut et le bas de la porte ouverts, j'entrai et frappai trois ou quatre fois sans que personne vînt, ce qui me tracassa beaucoup. Enfin arriva Margaret qui se plaignit de Peter, qui arriva au bout d'un moment, et je le tançai vertement.
            Je saisis plus tard l'occasion de parler en tête à tête avec Margaret que je vois être femme de bien et d'un très bon jugement et elle me dit que son maître administre sa maison et s'occupe de son métier très bien, mais il a tort de n'avoir point d'autorité sur ses deux domestiques, car ils font ce qui leur chante et ne se soucient pas de ses ordres, en particulier le dimanche ils vont où ils leur plaît et non à l'église, ce qui me contrarie beaucoup et je suis décidé à le réprimander vertement. Cela est si différent de ce que faisait mon père que je ne puis le souffrir, de lui ou de moi.
            Puis rentrai à pied, rencontrai mon oncle Wight à la Bourse. Nous allâmes dans une taverne à bière puis nous partîmes et je rentrai. Et à mon bureau jusqu'à 9 heures et au-delà et à mon logement.
            J'oublie de dire que hier soir Mr Cooke est venu me voir pour faire la paix après avoir récemment invité mon frère à quitter Londres sans ma permission, mais il me fait un tel portrait de la femme qu'il lui a découverte que je m'en réjouis fort, et j'ai, ce soir, écrit à cette femme une lettre qu'il a jointe à une lettre de sa propre main. J'avoue que je suis très content de ce mariage.


                                                                                                           11 septembre

            Levé mais pas aussi tôt que ces derniers temps. Les petits tracas et la brièveté des jours me faisant rester au lit un peu plus longtemps qu'auparavant, mais il faut en revanche que je veille plus longtemps le soir. A mon bureau. Mon frère Tom est venu et je l'ai suffisamment grondé pour l'affaire d'hier. Puis réunion toute la matinée. Quelques-uns d'entre nous à Deptford pour payer la solde de l'effectif ordinaire. A midi sir William Penn m'emmena  à son logis pour dîner. Retournai ensuite à mon bureau et allai de temps en temps voir comment mes travaux avancent. A mon bureau tard puis à mon logement. A ma musique, à jouer de mon luth, au lit. Ce soir Tom est venu me montrer une lettre fort courtoise que lui a envoyée sa maîtresse. Je suis passablement content de cette affaire.


                                                                                                            12 septembre

            Levé de bonne heure et à mon bureau. Je montai voir mes ouvriers, tout avance lentement et me tracasse fort, de plus je le serai encore tant que je ne saurai pas comment John Mennes se comportera avec moi à propos de mon logis, car toute ma crainte c'est qu'il prenne ma meilleure chambre, car quant à la terrasse je m'en soucie comme d'une guigne.
            A mon bureau toute la matinée. Mr Lewes m'apprit à comprendre la manière de faire les comptes des commissaires de la Marine, ce qui m'est bien nécessaire et bien difficile. Dînai à la maison toute sale et moi las d'être ainsi dérangé. J'espère de toutes mes forces que cela passera, mais à l'heure actuelle je suis tout mélancolique, et depuis longtemps.
Image associée            Tout l'après-midi, jusqu'à 9 heures du soir à mon bureau, puis à la maison je mangeai un ou deux oeufs, puis à mon logement et au lit.
            Aujourd'hui une lettre de mon père m'apprend que le capitaine Ferrer, à la campagne avec milord, s'est rendu à Brampton avec Mr Creed pour le voir, et qu'il y a un ou deux jours poussé à frapper un des valets de pied de milord, ce valet tira son épée et manqua lui trancher les doigts d'une main. Ce que je regrette, mais c'est la vanité qu'engendre le pouvoir de donner des ordres et de frapper.


                                                                                                                                                                  13 septembre 1662
mathieu.wordpress.com
            Levé de bonne heure et au bureau en réunion toute la matinée. Puis à midi dînai seul à la maison, puis au milieu de mes ouvriers à chercher une façon de m'assurer l'accès à la terrasse. Je crains bien qu'il faudra, en fin de compte, que j'apprenne à me passer. J'en ai quand même l'esprit tracassé. L'après-midi nous avons repris notre réunion pour balancer les comptes entre le roi et les capitaines des navires affrétés pour le transport des provision à Lisbonne. Dans la soirée Mr Moore vint me voir et a dormi avec moi dans mon logement. Sa compagnie et sa conversation sont un grand plaisir pour moi. Nous avons aussi parlé de mon procès dont je dois recommencer à m'occuper, la session des tribunaux approchant rapidement. Et au lit.


                                                                                                              14 septembre
                                                                                               Jour du Seigneur
            Levé de très bonne heure et comme Mr Moore me disait au revoir le barbier est venu me raser. J'ai recommencé à le faire venir après m'être longtemps servi d'une pierre ponce, non que cela me déplaise quand je ne puis avoir de barbier. Et par le fleuve à Whitehall. En chemin j'apprends que l'évêque de Londres a donné des ordres stricts interdisant aux canots de sortir le dimanche, et au retour dans un autre canot nous fûmes inspectés par les maîtres de la corporation, mais je leur dis qui j'étais. Comme la porte n'était pas ouverte je dus aller à l'appontement de Westminster et j'entrai à la Jambe où je pris une chope de bière et une rôtie, ce que je n'ai pas fait depuis bien des mois, mais aujourd'hui cela a remplacé mes deux verres de vin. De là à St James voir Mr Coventry, restai à causer une heure dans son cabinet des affaires de notre bureau et je le vois admirablement sérieux et appliqué. Je le crois mon plus fidèle ami en tout ce qui est juste. Il me confie librement ce qu'il pense de tout et de tous.
            De là à la Chapelle de Whitehall. Le sermon était presque achevé et j'ai entendu la nouvelle musique du capitaine Cooke. C'est le premier jour que des violes et d'autres instruments jouent une symphonie entre chaque verset de l'antienne. La musique a plus d'ampleur que dimanche dernier et est fort belle. Mais je m'aperçus que le capitaine Cooke forçait la note en chantant, je ne m'en étais jamais aperçu. Puis à la chambre d'audience et avons revu la reine comme nous l'avons vue dimanche dernier, et quelques belles dames avec elle, mais, sur ma foi, peu nombreuses.
            De là chez sir George Carteret. J'apprends qu'il s'est foulé le pied et qu'il boite, mais qu'il a quand même été à la chapelle et que milady est fort inquiète au sujet d'une de ses filles malade. Je dînai avec eux et une très jolie femme, leur parente. C'est ma joie que j'ai un soutien solide en George et Mr Coventry. Sir George m'a parlé d'une commode donnée à sir William Batten par Hugues le cordier, qu'il a depuis privé de son emploi, et maintenant cet homme réclame son meuble. Rentrai par le fleuve et à l'église. Les deux sirs William et sir John Mennes allèrent au jardin, puis avec sir William Penn parlai de mon logis et de sir John Mennes. Je lui confiai tout ce que j'en pensais et il me dit ce qu'il en savait, et je vois bien que je ne pourrais sans doute pas conserver ma meilleure chambre, ce qui me tracasse. Mais j'ai fait chercher Goodenough, le plâtrier, qui me dit qu'elle a toujours fait partie de mon logis, qu'elle avait été prêtée par Mr Payler au commissaire Smith. Je veux faire mon possible pour ne pas la perdre.
            Puis soupai avec eux chez sir William Batten. Je fais semblant d'être content mais j'ai le coeur troublé et offensé par tous ces gens-là. Puis à mon bureau pour préparer mes notes que je dois lire au Duc demain matin, et à mon logement et au lit. Je suis un peu soulagé parce que j'ai décidé de savoir demain nettement à quoi m'en tenir sur mon logis.
            Sir William Penn m'a parlé d'un de mes domestiques qui regarda par la fenêtre de la chambre de sir John Mennes quand milady Batten y était couchée, ce qui, je le crains, me fera complètement perdre la terrasse. Une autre chose qu'il m'a dite, c'est que mon James coupa les longues moustaches d'un charpentier et que cet homme en pleura et que sa femme n'a pas voulu l'approcher de longtemps croyant qu'il avait été voir certaines de ses catins. Ce qui me fit rire, bien que je voie qu'ils en parlent comme d'un crime commis par cette femme, ce que je ne comprends pas.


                                                                                                                15 septembre

            Levé de bonne heure pour voir le plâtrier et le maçon qui ont au début divisé notre logis. Ils me disent tous deux que la chambre en question a toujours fait partie de notre logis, ce qui me rassure bien.
            Puis par le fleuve avec sir William Penn à Whitehall, et avec bien de la peine je fus contraint de passer le Pont en marchant sur les piles, tandis que sir William Batten et sir John Mennes étaient échoués contre le Pont et durent attendre longtemps pour passer. A Whitehall on nous dit que le duc d'York est à la chasse aujourd'hui de sorte que nous revînmes, eux chez le duc d'Albermale où je les laissai après avoir remarqué quelques excellents tableaux, puis chez moi j'ai pris la décision de ne plus faire d'efforts pour conserver l'accès à la terrasse, et de bien fermer mes portes, de peur que, si elles étaient ouvertes, ils n'eussent des raisons de désirer ma chambre, ce qui est ma plus grande crainte.
            Puis allai à Deptford et emmenai avec moi milady Sandwich et sa fille et Mrs Turner, car elles se rendaient là en passant par le jardin. Puis de mon côté à la paie et vers 3 heures avec sir William Penn dîner, ensuite recommençai les paiements et le soir nous rentrâmes tous ensemble par le canot major. Et à mon logement et au lit, l'esprit plein de tracas à propos de ma maison.


                                                                            à suivre................

                                                                                    16 septembre 1662

            Levé et allai.......