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vendredi 1 avril 2022

Anecdotes et Réflexions d'hier pour aujourd'hui 153 Samuel Pepys ( Journal Angleterre )

 





                                                                                                                       16 Novembre 1665

            Levé me préparai pour mon expédition auprès de la flotte : envoyai mon argent et mon valet par le fleuve à Erith, puis empruntai un cheval au fils de Mr Boreman. Après m'être attardé une heure à plaisanter, boire et manger avec milady Batten et Mrs Turner, je montai en selle et partis pour Erith. Là, brève visite à Mrs William qui me dit que Will Howe avait acheté huit sacs de pierres précieuses prises au cou du vice-amiral hollandais, parmi lesquelles se trouvaient huit diamants que celui-ci avait payé    4 000 £ en Inde et dont il comptait tirer 12 000 £ ici, qu'elle tient cette information de l'homme qui lui a vendu un de ces sacs, rempli de rubis, pour 35 shillings, et que la preuve pourra être faite que Howe a tiré 125 £ d'un seul de ces rubis qu'il a achetés. Elle me demanda d'en avertir milord Sandwich, ce que je ferai.
            Allai rejoindre milord Brouncker à bord du Pooley, visitai la cale où ils me firent voir, épars, le plus grand amoncellement de richesses qui soit, du poivre dispersé dans chaque recoin, au point que l'on marchait dessus, des clous de girofle et des noix de muscade, qui m'arrivaient plus haut que le genou et à pleines cambuses, des balles de soie, des caisses de cuivre en feuille dont l'une était ouverte.
            Après un tel spectacle, l'un des plus beaux de ma vie, je m'en fus à bord de l'autre navire, désespérant de trouver le canot de plaisance des messieurs qui s'y trouvaient pour me conduire auprès de la flotte. Arrivèrent finalement Mr Ashburham et le colonel Wyndham qui, lorsque j'eus allégué le service du roi, m'autorisèrent sur le champ à utiliser leur canot. Montai et on mit à la voile, et grâce à Wydham j'obtins une bonne couchette. Après avoir fait voiles toute la nuit arriivâmes à Queensborough où tous les gros navires sont au mouillage

            < <17 >> Montai à bord de celui de milord qui eut plaisir à me recevoir. Après un bref entretien, allâmes rejoindre à son bord sir William Penn, où on fit conseil de guerre sur les multiples besoins de la flotte, en particulier sur la manière de fournir en hardes et en subsistances l'escorte qui va bientôt partir accompagner nos navires hambourgeois retenus si longtemps, quatre ou cinq mois, faute de convoyeurs. Une solution fut, tant bien que mal, trouvée. Puis, après force bavardages, sir William Penn nous fit servir un succulent dîner, meilleur, à mon avis, que tous ceux que j'ai pris chez lui, et je n'étais point le seul de cet avis.
            Après dîner parlâmes à loisir, entre autres choses, de l'argent qu'il toucherait sur les prises de guerre. A cela je lui fis une réponse assez froide, sans pour autant le froisser. Laissai tomber le sujet puis suivit milord Sandwich qui m'avait devancé de peu à bord du Royal James où je passai une heure tandis que milord jouait de la guitare, qu'il préfère à tout autre instrument, car elle est suffisamment grave pour tenir lieu d'accompagnement à une seule voix et il est aisé de la transporter et d'en jouer. Puis, ayant attendu que milord soit seul, lui fis part du cas de Will Howe dont le capitaine Cocke lui avait parlé, mais il n'avait guère prêté importance.. C'est chose faite à présent et le voici résolu à le faire mettre aux fers et à faire saisir tous ses biens, ajoutant que depuis un an ou deux il avait du mal à le supporter, si grandes étaient sa fierté et sa vanité. Mais, bien que je ne fusse pas mécontent de l'affaire, je le priai cependant de ne rien mettre en oeuvre avant que je lui en parle à nouveau et que j'ai le temps d'enquêter pour savoir la vérité, ce à quoi il agréa. 
            Nous parlâmes ensuite des affaires publiques. L'essentiel de notre conversation étant qu'il me déclara, sans l'ombre d'un doute, que Coventry était, et depuis longtemps, son ennemi. J'en ai donc le cœur net, milord me l'ayant dit lorsque, à ma suggestion qu'ils devinssent amis, il me répondit que la chose était impossible. M'est avis que Coventry n'a jamais songé à déplaire à milord dans le compte rendu imprimé ,qu'il fit de sa première bataille, mais je vois bien que milord n'est pas capable de l'oublier, ni l'autre de croire que milord en est capable. Je lui fis voir qu'il avait tout intérêt à quitter son poste dans la Marine, qu'elles qu'en fussent les conditions. Il me répondit que c'était aussi son avis, mais que jamais le roi ne le laisserait partir. Il me dit qu'à présent milord Orrery, qui lui eût servi d'intercesseur, lui manquait car il jouit d'un grand crédit auprès du roi. 
            Milord me dit, sous le sceau du plus grand secret, que la rivalité entre le Roi et le Duc est à sont comble, que les amours libertines causent grand émoi à la cour. Le duc d'York est passionnément  amoureux de Mrs Stewart, que, pis encore, la Duchesse elle-même s'est enamourée de son nouveau grand écuyer, un certain Harry Sydney, ainsi que d'un autre, Harry Savile. Dieu seul sait quel tour prendront les choses. Il ajoute que le Duc semble avoir récemment perdu de son obséquiosité, mais qu'il a gagné en arrogance, et se verrait volontiers à la tête d'une armée dont il serait général, que le bruit court qu'il aurait offert ses services au roi d'Espagne pour aller combattre en Flandre, que le roi est au courant de son empressement pour Mrs Stewart, si bien qu'il faut s'attendre au plus grand froid entre eux. Qu'il sait, en outre, que le duc d'York accepte qu'on médise de milord en public, devant lui, et ne fait rien pour s'y opposer, et depuis quand il a pu observer ce manège. Tout bien considéré, donc, milord en est venu à souhaiter de tout cœur se défaire dignement de sa charge. Puis, quand il m'eut remercié de mon aimable visite et de mes bons conseils, qu'il m'apparu apprécier, je pris congé et regagnai mon Bezan et là me mis à lire un très bel ouvrage français, La Nouvelle Allégorique ( nte Furetière ) qui traite de la rivalité entre la rhétorique et ses ennemis, fort plaisante lecture. Après souper, au lit. Avons navigué toute la nuit et accosté à Erith avant l'aube.


pinterest.it                                                                                                                              18 novembr
            Vers 9 heures, débarquai et m'arrêtai en chemin, brièvement, chez milord Brouncker afin de donner à Mrs Williams des nouvelles de ses affaires. Pris ensuite une haridelle de louage et me rendis chez moi, à Greenwich où on me dit combien les soldats avaient été grossiers en mon absence, qu'ils avaient juré qu'ils s'en prendraient à moi, ce qui m'inquiéta. Quoiqu'il en soit, mangeai un morceau, me rendis au bureau où je restai tard à écrire des lettres, puis chez moi et, au lit.



                                                                                                                              19 novembre
                                                                                                                Jour du Seigr Lneur
                      Levé et une fois rasé, à Erith par le fleuve, seul et mon recueil de chansons à la main, chantai au fil de l'eau le long récitatif de Mr Lawes par lequel commence le livre. A bord du bateau de milord Brouncker trouvai le capitaine Cocke et d'autres ( sa femme est souffrante ). On se divertit fort en compagnie de sir Edmond Pooley, fort gai, gentilhomme de la vieille Angleterre et qui, comme d'autres Cavaliers dont il est, estime qu'on fait peu de cas de sa loyauté. Après dîner on mit pied à terre pour rendre visite à milady Williams, chez qui nous avons bu et bavardé. Seigneur ! elle est avec milord de la pire impertinence. Derechef je lui fis part de mon entretien avec milord au sujet de Will Howe, sur quoi elle me donna d'autres détails sur cette affaire et sur l'enquête qu'on menait.
            On se quitta et on reprit un bateau pour Woolwich où, en arrivant, nous trouvâmes ma femme souffrant de ses menstrues. Quant à moi, d'humeur maussade, je commençai à prendre sa peinture en dégoût, ses derniers tableaux me plaisant moins que les premiers, et je m'en veux d'avoir été si désagréable. Si bien que sans avoir mangé ni bu, car il n'y avait point de vin, ce qui me fâcha aussi, nous allâmes à pied, avec une lanterne, à Greenwich, manger quelque chose chez lui, puis chez moi et, au lit.


                                                                                                                      20 novembre 1665

            Levé avant l'aube. Ecrivis des lettres afin qu'elles puissent partir chez milord. L'une au sujet de Will Howe qui, je crois, servira à le faire renvoyer. Partis ensuite, à cheval, pour Nonesuch, accompagné de deux hommes, par de fort mauvais chemins, et sous la pluie et le vent. Mais nous arrivâmes bientôt à bon port et je trouvai mes tailles prêtes. Sur ce à Ewell, en compagnie de qui voulait
et nous dînâmes fort bien. Vis ma Bess, la villageoise fort bien tournée de cette auberge. Après m'être bien diverti et avoir dépensé une pièce de huit, repartis à cheval et pris un chemin différent en fort bon état, malgré la pluie drue et le vent, arrivai chez moi sans encombre. Trouvai Mr Dering venu m'importuner pour quelque affaire qui fut réglée dans l'instant. Il m'apprit en partant que Luellin était mort de la peste depuis deux semaines, dans St Martin's Lane, ce qui m'étonna beaucoup.


                                                                                                                             21 novembre

            Levé, à mon bureau où je passai la matinée à travailler. A midi dîner chez moi et derechef revins vite à mon bureau où j'eus à faire jusqu'au soir. Tard écrivis à Mr Coventry un long discours traitant à sa demande d'une méthode plus stricte pour payer les factures de la Marine, ce qui sera fort satisfaisant, encore que son intention première soit, sans doute, de nuire à sir George Carteret.
            Las, mais satisfait d'en avoir ainsi terminé, rentrai, souper et, au lit.




                                                                                                                      22 novembre
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            Levé et, par le fleuve, chez le duc d'Albemarle pour expédier quelques affaires, et surtout pour me montrer. Lui et milord Craven m'ont toujours dans leurs petits papiers. De là au Cygne m'y désaltérer, puis descendis près du Pont et, de là, à la Bourse où je parlai de diverses affaires avec quantité de personnes, ce qui me mit en retard. On me dit aujourd'hui que Mr Harrington n'est pas mort de la peste comme nous l'avions cru, ce qui me fit grand plaisir, et d'avantage encore d'apprendre que la peste a beaucoup régressé, le total de morts est inférieur à 1 000, dont 600 et quelques de la peste. On espère une nouvelle diminution car le temps est aux fortes gelées et s'y maintient. 
            Aujourd'hui est paru le 1er numéro de La Gazette d'Oxford, joliment présentée, pleine de nouvelles et sans extravagance. Williamson en est l'auteur. 
            On craint que nos navires hambourgeois ne soient empêchés de partir, à cause des fortes gelées, là-bas, dit-on. Quant à nos navires ancrés à Pillau, ils n'ont pu obtenir de laissez- passer, si bien qu'ils y resteront bloqués, j'en ai bien peur. Quittai la Bourse, de nouveau fort animée, pour me rendre chez moi où je pris quelques affaires, puis regagnai mon logis par le fleuve, à Greenwich. Dîner puis à mon bureau quelque temps. Le soir, retour au logis où, ayant fait venir Thomas Wilson et William Hayter, nous passâmes la soirée, jusqu'à minuit, à parler de notre affaire de ravitaillement pour Tanger, et à la régler, de sorte qu'à présent je puis rédiger les instructions destinées aux intendants, ce qui devraient nous permettre de recevoir l'argent dont nous avons besoin. Sur ce, au lit, tard. Entre autres, j'ai eu la satisfaction de pouvoir démontrer qu'un commissaire de marine qui ne fraude à tout coup, perd à tout coup deux fois plus que ce qu'il gagne.


                                                                                                                        23 novembre

            Levé de bon matin et, une fois rasé, commençai à rédiger des documents en vue de mon rendez-vous avec sir Hugh Cholmley récemment rentré de Tanger. Il arriva bientôt et tout fut fait de manière à ce qu'il fût payé. Il se déclara fort satisfait de moi et résolu à me donner 200 £ l'an.
            Le temps étant toujours au grand gel, ce qui nous donne l'espoir de voir finir la peste une bonne fois pour toutes, allâmes tous deux nous promener dans le parc où nous parlâmes avec affliction des malheurs de notre époque, de la façon dont on servait le roi, du gouvernement de Tanger confié aux soins d'un homme qui, bien qu'honorable, ne s'occupe guère que des moyens de s'enrichir et de presque rien d'autre, si bien que la place ne pourra jamais prospérer. Je le menai chez moi et lui fis servir un bon dîner. Le capitaine Cuttance nous rejoignit par hasard. Il m'a appris que Wil Howe avait été mis aux arrêts, assigné à demeurer à bord du Royal Catherine, et que ses marchandises avaient été saisies. Il me dit qu'à cause d'une querelle, que m'avait aussi racontée milord l'autre soir, le capitaine Ferrer, pour avoir rossé de belle façon un autre serviteur de milord, dut quitter son service.
            J'envoyai chercher la petite Mrs Tooker et, quand ils furent partis, passai une heure à la lutiner, à promener ma main sur elle partout où j'en avais l'envie, quelle belle petite créature. Le soir pris congé d'elle et me rendis à mon bureau où j'écrivis des lettres, tard. Puis je regagnai mon logis où je rédigeai les douze derniers jours de mon journal et, au lit. 
            On se demande quel autre mauvais coup nous réservent les Français, une guerre inévitable. S'il nous faut prendre la mer l'an prochain, nous n'avons pas le moindre sou et manquons de tout le reste. Milord Sandwich a quitté hier la flotte pour regagner Oxford.



                                                                                                                  24 novembre

            Levé et, après quelque besogne au bureau, à Londres. Chemin faisant m'arrêtai chez mon ancienne marchande d'huîtres de Gracious Street et achetai deux bourriches d'huîtres à la jolie propriétaire toujours en vie après la peste. C'est désormais la première remarque à faire ou la première question à poser à Londres au sujet des gens qu'on connaissait avant l'épidémie. A la Bourse, où s'affairaient des gens que j'eus plaisir à voir si nombreux. On espère une nouvelle décroissance de l'épidémie la semaine prochaine, rentrai ensuite dîner chez moi avec sir George Smith, après avoir fait livrer l'une de mes bourriches d'huîtres, fort bonnes bien que provenant de Colchester où la peste a tant sévi. Ce fut un bien bon dîner, bien qu'impromptu. Seigneur. C'est la marque de la grande bonté que Dieu a eu pour moi et de la bénédiction qu'il m'accorde pour le mal que je me donne et ma ponctualité en affaires. Après dîner allai travailler avec le capitaine Cocke, puis rentrai à Greenwich avec ma deuxième bourriche d'huîtres que je fis transporter en barque chez Mrs Penington, tandis que le capitaine Cocke et moi débarquions pour aller rendre visite à Mr Evelyn, avec qui on eut une excellente conversation. Il me montra notamment un grand livre de paie, vieux de tout juste cent ans, ayant appartenu à son arrière-grand-père trésorier de la Marine. Le livre parut tant me plaire qu'il m'en fit présent. Cet ouvrage est, à mes yeux, une grande rareté, et espère en trouver d'autres encore plus anciens. Il me montra aussi plusieurs lettres ayant appartenu au vieux lord de Leicester au temps de la reine Elisabeth, de sa main même, de Marie Stuart, reine d'Ecosse, et d'autres encore, vénérables signatures. Mais Seigneur ! comme on écrivait mal à mon goût, en ce temps-là, et sur quel papier grossier et mal découpé ! De là, Cocke ayant fait venir sa voiture, allâmes chez Mrs Penington, où nous eûmes grand plaisir à rester bavarder et manger nos huîtres, puis rentrai chez moi, à mon logis et, au lit.


                                                                                                                                  25 novembre
                                                                                                                                pinterest.it
            Levé, occupé à mon bureau toute la journée, hormis le moment du dîner et restai fort tard dans la soirée, puis chez moi et, au lit.                      
            Nous avons à présent pour seule préoccupation notre flotte de navires hambourgeois, dont on ne sait si elle pourra partir cette année, à cause du temps qui est au gel. L'attente n'était due maintenant qu'au manque de pilotes. J'ai écrit à ce sujet à Trinity House, mais ils m'ont fait si piètre réponse que j'ai adressé un courrier, ce soir même, à sir William Coventry à la Cour.


                                                                                                                        
                                                                                                   26 novembre
                                                                                                             Jour du Seigneur
            Levé, bien que couché fort tard, avant le point du jour, afin de me préparer pour partir à Erith, par voie de terre, car il gelait trop dur pour y aller par le fleuve. Empruntai donc deux chevaux, l'un à Mr Howell, l'autre à son ami et, après force cérémonie, me mis en route, les chevaux ayant dû d'abord être ferrés à glace, ce dont je n'avais encore jamais entendu parler, et mon petit valet ayant perdu l'un de mes étriers et l'une de mes genouillères alors qu'il les portait chez le maréchal-ferrant. Mais, après en avoir emprunté une, sautai en selle accompagné de Mr Tooker, on partit pour Erith
            Là, à bord du navire de milord Brouncker, rencontrai sir William Warren au sujet de son affaire, entre autres, et nous expédiâmes force besogne. Sir John Mennes, grâce à Dieu ! n'était point là pour nous faire subir ses impertinences. Nos affaires terminées allâmes dîner, fort gaiement car il y avait aussi sir Edmond Pooley, gentilhomme de qualité. Pour ce qui est des prises de guerre, ils en sont maintenant aux coffres de cuivre, et espèrent avoir tout débarquer cette semaine. Prîmes congé après dîner et allâmes à terre rendre visite à Mrs Williams, à qui je voulais parler de la lettre que milord m'avait envoyée au sujet de Howe, qu'il a mis aux arrêts sur la présomption qu'il détient les pierres précieuses. Elle me donna copie de l'interrogatoire que milord Brouncker avait fait de cet individu, où il déclare les avoir en sa possession. Ensuite on remonta en selle, mais le chemin étant des plus mauvais, le sol dur et glissant à cause du verglas, nous ne pouvions guère aller plus loin que Woolwich la nuit tombée. 
            Pourtant, ayant grande envie de me rendre auprès du duc d'Albemarle je m'entêtai à poursuivre mais, la nuit venant et la route étant impraticable, je mis pied à terre, laissai mon cheval à Tooker, et revins à pied chez ma femme à Woolwich. Je la trouvai, comme je le lui avais demandé, au milieu des préparatifs d'un bon dîner prévu le lendemain, auxquels avaient été conviés des gens des arsenaux. Il s'agissait de fêter son départ, car elle avait résolu de revenir habiter avec moi, pour de bon, d'ici un à deux jours. Mais voici qu'on me dit que l'une des maisons voisines des arsenaux a été contaminée, si bien que je dus patienter là-bas un bon moment, le temps qu'ils ouvrent leur porte de derrière, ce qu'ils ne parvinrent point car elle avait été barricadée. Il me fallut alors repasser à côté de cette maison, près des lits des malades qu'ils enlevaient, ce qui m'ennuya fort. Je leur demandai donc d'annuler leur invitation pour le lendemain, et de venir plutôt chez moi. Puis, avec une lanterne, allai à pied, tout fatigué que j'étais, à Greenwich, mais ce fut une plaisante marche par ce temps de gel. Chez le capitaine Cocke, mais en arrivant on me dit qu'il m'attendait chez Mrs Penington. Je m'y rendis et on y soupa fort gaiement. Cocke, qui avait sommeil, partit tôt, si bien que je restai seul à bavarder et folâtrer avec elle jusqu'à plus de minuit. Elle me laissa " a hazer " tout ce que " ego voulus avec ses mamelles, et je la convainquis presque, à force de discours de " tocar mi cosa " toute nue, ce qu'"ella " fit presque sans  rechigner. 
            Heureux de sa compagnie, je pris congé et rentrai chez moi à une heure passée, tous mes gens étant couchés, croyant que je passais la nuit hors de la ville.


                                                                                                                            27 novembre

            Levé, devant présenter mes respects au duc d'Albemarle qui doit quitter la ville pour se rendre à Oxford demain, mais n'ayant point envie de m'y rendre par le fleuve, car il fait grand froid, allai à pied, accompagné du petit valet de ma logeuse, Christopher. A Lambeth, après une marche plaisante et un arrêt à la Demi-Etape où me désaltérai.
            Chez le duc d'Albemarle, où chacun vient lui rendre visite avant son départ, il se montre fort aimable avec moi. Après avoir sollicité de Sa Grâce qu'il parle favorablement de moi au duc e'York, si l'occasion se présentait, il me dit qu'il avait toutes les raisons de le faire, car sans moi rien ne serait jamais fait dans la Marine. J'ai appris qu'il partait pour régler l'affaire de la flotte et que, selon certains parmi ses proches parents, il brûle d'envie de partir en mer l'an prochain. Une lettre de sir George Carteret m'attendait. Il est arrivé à Cranborne, m'informant qu'il serait ici dans l'après-midi et souhaitait me voir, si bien que le duc me pria de rester dîner avec lui. Comme ce n'était point encore l'heure du dîner me rendis au Cygne où je trouvai Sarah, seule à la taverne, et profitai de l'occasion pour hazer ce que je tena l'envie à haze con ella, mais juste con les mains. Elle se fâcha quand je voulus a tocar la dessous sus jupes, mais j'y parvins tout de même une fois nonobstant cela.      maicei.com
            Je revins ensuite chez le duc d'Albemarle et on dîna. Il eut les plus grandes amabilités pour moi et devant tous les autres convives. Sir George Carteret arriva pendant le repas. Après dîner j'eus un long tête à tête avec lui. Il m'apprend que milord a dû souffrir de plus en plus de médisances de la part de vils courtisans, mais qu'il a toujours la faveur du roi et, selon toute apparence, celle du Duc, et que milord le Chancelier lui aurait fait ce serment ! " Par Dieu, je jure de ne point abandonner milord Sandwich. " 
            Nous parlâmes ensuite de cette loi devant permettre d'obtenir de l'argent, sir George Carteret étant allé demander quelles sommes elle avait fait rentrer, on lui répondit aucune, pensée qui le réjouit car, au cas ou l'Echiquier réussirait il perdrait son office. Pour ma part, j'ai tendance à penser qu'en ces temps de confusion, de perte et de paralysie de tout commerce, ce n'est point cette nouvelle procédure, que peu de gens comprennent, qui fera rentrer de l'argent. Allâmes nous promener dans le parc, avec Cocke, puis comme nous devions rencontrer le vice-chambellan le lendemain à Nonsuch, pour discuter de cette affair avec sir Robert Long, pris une voiture de louage, à la nuit tombée, pour me rendre à Londres. C'est la première fois que j'ose prendre, depuis longtemps et non sans éprouver mille craintes, mais comme il était imprudent de m'y rendre par le fleuve, de nuit par ce froid et ce gel, et que je me sentais incapable d'y aller à pied, trop fatigué par la marche de ce matin, je n'avais pas d'autre choix.
            Il y a encore fort peu de monde dans les rues, et de boutiques ouvertes, une vingtaine de personnes ici et là, bien qu'il ne soit guère que 5 ou 6 heures du soir. Chez Vyner, qui me parla de Cocke que j'allai retrouver à la Tête du Pape où il buvait en compagnie de Temple. Me joignit à eux. En tant qu'orfèvres, ils décrient fort la nouvelle loi selon laquelle l'Echiquier encaissera dorénavant tout l'argent et effectuera les paiements, et ajoutent qu'ils ne lui avanceront pas un liard. Ce qui est d'ailleurs de dire et de faire.
            Puis, Cocke et moi, chez sir George Smith, à la nuit tombée. Montâmes l'attendre et bavarder dans sa chambre, où je me rasai en prévision du lendemain. Vers 9 heures, sir George Smith arriva, ainsi que le lieutenant de la Tour. Et là, causer et boire jusqu'à minuit passé, et fort gaillardement, le lieutenant de la Tour étant d'excellente humeur pour chanter. Il a l'oreille fort juste et la voix forte, mais aucun talent. Sir George Smith me fit voir le petit boudoir de sa dame, fort élégant. Puis, après force gaieté, allai me coucher dans une magnifique chambre, car j'étais traité le mieux du monde. 
            C'est la première nuit que je passe à Londres depuis longtemps.


                                                                                                                         28 novembre

            Levé avant l'aube puis, Cocke et moi montâmes dans la voiture de louage, à quatre chevaux, venue nous prendre, et nous fit passer par le Pont de Londres. Repensant soudain à quelque affaire, je mis pied à terre au pied du Pont et, à la lumière d'un chandelier posé dans une échoppe où travaillaient des poseurs de pavés, écrivis une lettre à Mr Hayter, comme quoi j'avais grand raison de toujours porter sur moi plume, encre et cire à cacheter. A Nonsuch, par de fort mauvais chemins, chez Robert Long, belle demeure où nous arrivâmes à l'heure du dîner. Nous avions pris un petit déjeuner peu copieux chez Mr Gauden bien qu'il fût sorti, et lui avons emprunté les sermons du Dr Taylor, fort excellent livre qui mérite que je l'achète. Nous mangeâmes fort bien et dans la plus étrange des tenues. Il y avait là deux dames, des parentes à lui guère avenantes, mais riches, qui avaient entendu parler de moi par la Turner, et nous fîmes joyeuse bombance. 
            A près dîner parlâmes de notre affaire, à savoir la loi votée par le Parlement. En un mot, sir Robert Long me parut fort acharné à en défendre les qualités, et avec une telle ténacité pour cette affaire, comme pour d'autres, qu'à mon avis il manque de jugement, ou du moins n'en montre pas autant que j'espérais de lui. Ils ont déjà fait en sorte de ne plus recevoir à l'Echiquier les gens venus encaisser leurs billets à ordre.
            Voilà qui irrite sir George Carteret, mais avons tous deux résolu de tirer le meilleur parti possible pour le roi, mais nous pensons que tous nos efforts seront impuissants à lui faire rendre les services qu'elle devrait. Une fois seuls il me reparla de milord et s'oppose vivement à ce qu'il parte en essayant d'épargner ses anciens amis car, reconnut-il, il avait des raisons de le faire, sachant qu'on s'acharnait à lui faire ombrage, mais que pour sa part il avait, et du fond du coeur, le plus grand respect pour milord Sandwich. Sur ces paroles on se quitta, la séance fut levée et on se mit en route.
            En passant, avec le capitaine Cocke, par Wandsworth, nous nous arrêtâmes boire chez sir Allen Brodrick, grand ami de Cocke, plus précieux que quiconque pour son humour et sa bonne compagnie. Puis à Vauxhall, d'où on descendit par bateau jusqu'à l'ancien Cygne et de là à Lombard Street, par nuit noire, et à la Tour. où nous descendîmes par le fleuve à Greenwich. Cocke alla chez lui et moi au bureau, où je fis quelques besognes avant de regagner mon logis où ma femme est arrivée, ce qui me réjouit. L'ennui au sujet de ce logis est que la maîtresse des lieux pratique des tarifs si honteusement élevés pour la moindre chose, que nous résolûmes de déménager dès que nous connaîtrions les chiffres de la peste pour la semaine, et nous espérons qu'elle sera en nette régression. Au lit.


                                                                                                                    29 novembre 1665

            Levé. Ma femme et moi avons débattu du moyen de déménager nos affaires, et résolu d'envoyer à la maison nos deux servantes, Alice qui a passé un jour ou deux à Woolwich avec ma femme, croyant que nous ferions une fête, et Susan. Après dîner, ma femme les conduisit donc à Londres avec quelques-unes de nos affaires. L'après-midi, après m'être occupé d'autre chose, partis rejoindre le capitaine Cocke, puis de chez lui me rendis chez sir Roger Cuttance, au sujet de l'argent que Cocke lui devait pour ses dernières prises de guerre. Sir Roger craint de ne point recevoir le paiement promis et l'autre de devoir payer sans être sûr de pouvoir jouir en toute quiétude de son bien. En outre Cocke me dit que certains pressent tant le roi afin que la lumière soit faite sur les prises de guerre volées, que je crains que l'avenir ne nous réserve des ennuis, si bien que je m'en débarrasserai dès que possible, et dès que l'on m'aura payé.
            Rentrai chez moi, voir ma femme. Revînmes ensemble à Greenwich par le fleuve, et passâmes la nuit ensemble.


                                                                                                                     30 novembre
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            Levé et travaillé toute la matinée. A midi visite de sir Thomas Allin que j'invitai à dîner. C'est un homme fort agréable et fort bon, mais quelqu'un qui, à mon avis, ne cache pas son amour du gain et de l'épargne. Il y avait à dîner également ma femme et Mrs Barbara que me femme fait venir de Woolwich aussi longtemps que celle-ci désire rester ici. Après dîner, à mon bureau où je restai fort tard à écrire des lettres, puis je revins chez moi où ma femme et les gens m'avaient attendu et, après souper, au lit.
            Cette semaine nous nous réjouissons fort de ce que le bulletin hebdomadaire ne donne que 544 morts, dont seulement 333 de la peste, ce qui nous encourage à retourner habiter Londres au plus tôt.
            Mon père m'annonce la grande nouvelle qui nous réjouit tous, cette semaine il a revu circuler pour la première fois la diligence d'York à Londres, et qu'elle était bondée. Il ajoute que ma tante Bell est morte de la peste, il y a sept semaines.


                                                       à suivre...........

                                                                                                                         1er Décembre 1665

            Ce matin........................