jeudi 21 juin 2018

Tout seul Domenech Raymond ( récit autobiographie France )




            De défaites cuisantes en espoirs vains, les fans de foot ont vibré, vécu les affres d'attente désespérée de buts. Pour conduire à la victoire une équipe de onze, vingt-deux ou trente joueurs il faut un sélectionneur. De 2004 à 2010 ce fut Raymond Domenech. Sélection, présélection, malaise et entorses, colère et jalousie, le coach a le devoir d'être psychologue, un peu sorcier pour déjouer d'éventuels jeteurs de sorts " ... La superstition m'a fait hésiter à saluer... qui venait me dire bonjour... il m'a glissé quelques mots sur la chance... Je suis allé me laver les mains ensuite, réaction grave, je l'admets, mais j'avais quasiment senti chez lui la volonté de me prendre quelque chose. On devient fou dans ce métier !... " D'autres anecdotes nous rappellent qu'approcher et taper le ballon rond, joueur ou spectateur, excite l'homme, l'enfant, la mère pour toutes sortes de raisons. Dans ce livre passionnant qui a largement trouvé ses lecteurs, l'intrigue est le comportement d'hommes adulés, "... immatures... " dit-on, capables de mettre en cause la réussite d'un match pour un numéro sur le maillot, le 10 bien connu. Raymond Domenech tient un journal et d'après ses notes nous raconte les contentieux provoqués par des joueurs capricieux entourés des leurs, qui, avocat, un autre de son agent lors de la préparation des Coupes d'Europe, du Monde. L'histoire est d'autant plus excitante à lire que tous les spectateurs ont vécu en direct la déchéance de l'équipe de France en Afrique du Sud et l'usure du poste, manager autant que protecteur, habile et provocant. Sali par trop d'accusations, une ou des taupes au sein d'une équipe qui connut les affres de l'épopée Zahia, fournisseurs d'informations internes à une presse avide de papiers, Domenech joueur lui-même à Lyon où il est né, et dans différents clubs, selon un cursus classique, aime aussi le théâtre, il joua au petit théâtre de la Croix-Rousse dans sa ville natale après avoir été élève du Lycée Ampère,  et termine son livre par une tirade de Cyrano " Ha ! ha ! les Compromis,
                                                                  Les Préjugés, les Lâchetés !   Que je pactise ?
                                                                 Jamais, Jamais..............   
Un reproche pourtant à ce livre pour les femmes, les hommes, toutes générations, il manque un ballon sur la photo.           

mercredi 20 juin 2018

Le Marais ( extraits ) in Le PiéMton de Paris Léon-Paul Fargue ( Nouvelles France )

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napoleon.org

                                                Le Marais

            Tout jeune, j'ai compris ce que c'était que la splendeur du Marais en accompagnant un jour, à l'hôtel Soubise, où sont conservées aujourd'hui les Archives Nationales, un vieil homme de lettres qui allait serrer la main du Garde Général et jeter les yeux sur quelques pièces incomparablement belles et incommensurablement classées.......... Je ne le savais pas encore ce jour-là, et je ne savais pas non plus devoir trouver, dans les salles du Musée Paléographique et Sigillographique de Paris, un ensemble de documents qui me donnèrent le frisson.
            Le souvenir de ce premier choc est encore présent à ma mémoire........ Je demandai à voir le codicille au testament de Napoléon dont j'avais entendu parler par des amis de mon père. Mais l'armoire de fer des Archives ne s'ouvrit pas pour nous ce jour-là
            " - C'est parce que tu es encore trop jeune ", murmura le vieil homme de lettres.
            Les deux salons ovales de l'hôtel de Soubise et la chambre de la Princesse ont servi de modèle à toute l'Europe d'autrefois ; ce sont d'ailleurs, les documents les plus purs que nous ayons sur le goût français et sur l'art ornemental de la Renaissance. Il n'est pas une demeure du Vieux Monde digne de ce nom qui ne rappelle, par quelque détail........ les raffinements de Van Loo ou de Boucher.
            En quittant la rue des Francs-Bourgeois, mon vieil archiviste me dit à voix basse qu'il considérait l'hôtel de Soubise comme la plus admirable maison du monde. Pourtant, comme il était du " Marais ", il fut obligé de répéter ce compliment devant un nombre considérable d'hôtels, qui font de ce quartier une sorte de ville d'art de Paris.
            Le Marais est constitué par la partie orientale du troisième arrondissement et par la place des Vosges et ses environs, qui appartiennent au quatrième.C'est une province dont les frontières naturelles sont assez connues et très apparentes : l'église Saint-Gervais et les Archives de l'Est, la Seine, le boulevard Henri-IV au Sud ; au Nord, l'église Saint-Denis du Saint-Sacrement et le boulevard Beaumarchais.                                                                           paris1900.lartnouveau.com
Image associée            Avant d'être un véritable musée de vieux hôtels plus étincelants, plus distingués les uns que les autres, avant d'être le seul quartier de Paris qui dût avoir la chance de réunir les spécimens de toutes les époques françaises, le Marais était, tout simplement, un marais. A la fin du XVIè siècle, la région se composait de terrains maraîchers que la Seine recouvrait de limons pour peu qu'elle débordât. Cette partie de Paris était couverte de joncs, d'herbes aux longues tiges, de saules et d'absinthes. Une forte odeur de menthe y précédait les odeurs de poudre des marquises du XVIIè siècle et le renfermé qui y règne en maître depuis la fondation de la Troisième République.
            Deux grandes voies édifiées par les Romains coupaient seulement cette colonie marécageuse, les routes de Senlis et de l'Est, que les Parisiens devaient appeler un jour la rue Saint-martin et la rue Saint-Antoine. Pourtant, l'endroit était aimable, riant, la terre semblait fertile. Les premiers habitant du Marais n'allaient pas tarder à s'installer en bordure des bras de la Seine, à bâtir des maisonnettes, et à y élever une église qui n'est autre que Saint-Paul. L'ancien bourbier devait en quelques années donner naissance à un quartier aristocratique, comme on en vit peu en Europe, et y attirer l'histoire de France, de la galanterie à l'assassinat.
            Il faudrait des volumes et des bibliothèques pour raconter l'histoire du Marais, si profondément français par toutes ses pierres, si mêlé aux caprices de l'Histoire que l'oubli des hommes et les progrès de l'urbanisme n'y ont porté aucune atteinte. Rien n'a moins bougé que les hôtels de la rue des Guillemites....... Aujourd'hui comme hier, les propriétaires pourraient rentrer dans leurs demeures sans trop manifester de surprise. Il semble qu'on y ait distribué le progrès au compte-gouttes, par honte, par peur du moderne. Quelqu'un disait................... :
            J'avais accompagné, des jours entiers, dans le labyrinthe du Marais, quelque temps après la guerre, une fort jolie dame américaine que ces somptueuses demeures avaient grisée : " hôtel Lamoignon, hôtel Lefèvre d'Ormesson.......... " Bref, elle en rêvait. Du rêve elle fit un bond chez les marchands de biens et leur expliqua en ma présence qu'elle voulait absolument acheter un hôtel " avec rampes, bas-reliefs, tourelles d'entrée, moulures, escaliers de pierre, moucheurs de chandelle, etc. " Le malheur est que les maisons sur lesquelles elle jetait son dévolu étaient généralement occupées par des écoles de la Ville de Paris, des prêteurs sur gages, des musées, des bronziers, des notaires crochus et myopes, des associations ou des administrations ou des particuliers qui n'avaient pas la moindre envie du monde de quitter leurs vieilleries.                      paris1900.lartnouveau.com
            " - Mais, disait-elle, puisque je me propose, puisque je prétends inviter tout le monde chez moi ? Je veux donner des réceptions comme au grand siècle. Comme la reine Margot. "
            Ayant décidé que son charme et son argent feraient tout, même dans une ville comme Paris où les administrations sont lentes et indifférentes, elle résolut d'attaquer le Marais par le haut, c'est-à-dire par le gouvernement, et se mit à inviter des ministres, des archivistes, des ambassadeurs à sa table, dans un palace où le plus officiel des hommes se rend toujours avec plaisir.
            Un soir, excédé par les supplications de la dame, qui n'en finissait pas d'exiger un hôtel du troisième arrondissement afin de faire " histoire " dans sa famille, un diplomate lui dit, de l'air le plus sérieux du monde :
            " - J'ai enfin trouvé un hôtel à vendre. C'est la demeure la plus bourrée de passé que vous puissiez concevoir. Le meilleur de la France y a dormi, aimé, joué, tué. Des rois, des princesses, des ducs. Tout ce que Paris a de sonore, de distingué, de noble, de précieux se trouve réuni là comme par magie. Enfin, j'ajouterai que je puis m'entremettre, chère amie, pour la vente de ce trésor. Nous pourrions faire affaire tout à l'heure dans un petit salon. "
            Rouge de satisfaction, la jeune Américaine, qui croyait qu'il n'y avait pas trop de différence entre un collier de perles, une voiture et une vieille demeure parisienne, déclara qu'elle était prête à signer un chèque et qu'elle entendait emménager dès le lendemain.
            " - C'est deux cents milliards ", lui dit très sérieusement le diplomate.
            Depuis ce jour, ma pauvre amie n'a jamais plus manifesté le désir d'habiter dans un hôtel du XVIè siècle.                                                                                              juliesparis.wordpress.com
Image associée            Le chef-d'oeuvre du Marais aux cent hôtels, aux mille petites rues enchevêtrées, si sombres, si tortueuses, si curieusement nommées, si hostiles à la circulation moderne que les taxis ne s'y aventurent qu'en maugréant, le chef-d'oeuvre de ce vieux Paris si complet, c'est la place Royale, aujourd'hui appelée place des Vosges en l'honneur du premier département français qui solda ses contributions en l'an VIII. Il y a une grande idée au fond de cette récompense et, par ces temps de budgets difficiles, on devrait bien songer à décerner une médaille ou à donner un bureau de tabac au premier Français qui, chaque année, réglerait ses contributions sans tricher...
            La première maison de la place Royale date de 1605 et servait d'habitation aux entrepreneurs des manufactures de soieries. Passant un jour par là, Henry IV eut l'idée de faire construire, à côté de cette première habitation, d'autres constructions absolument semblables, dont l'ensemble constituerait une place quadrangulaire. La première préoccupation d'Henry IV fut de veiller d'abord à la constructions des deux bâtiments qui formeraient l'axe de la place, et qui ne sont autres que le pavillon du Roi et le pavillon de la Reine. Ce joli concert de maisons roses, calmes, attirantes et racées occupe la plus grande partie des anciens jardins de l'hôtel des Tournelles, encore une maison célèbre, qui vit mourir Henri II blessé à mort par Montgomery... Marie de Médicis, la Florentine qui avait le sens de l'harmonie et de la grandeur, inaugura la place Royale en 1612. Du jour au lendemain le Paris élégant s'y précipita, s'y installa, s'y promena, y donna des fêtes.
            Rien n'est moins élégant aujourd'hui que ce paysage de briques mariées aux pierres, que cette ordonnance chatoyante, qui ne convient ni aux stylographes, ni aux Bugatti, ni au linge peu encombrant des mondaines de 1939. Il faut un rude effort de pensée, au badaud pour concevoir sans effroi que Mme de Sévigné naquit place des Vosges que, plus tard, Marion Delorme, Richelieu, Dangeau, Victor Hugo, habitèrent cette petite ville dans la ville que soutiennent comme des pilotis, de fies et douces arcades. Peut-on imaginer aujourd'hui que Louis XII se soit marié là avec un cérémonial, une splendeur et dans un déhanchement de couleurs, d'armes, de panaches, dont le détail et la minutie ne nojus sont révélés que par un tableau conservé à Carnavalet ? ..............
            Peu d'endroits ont conservé autant de charme. Chaque après-midi, pendant les beaux jours, de grands bourgeois frais émoulus de la paine Monceau inspectent soigneusement la place rose et grise, palpent les arcades et promènent le regard sur la brique, dans l'espoir de dénicher un appartement aux longues et minces fenêtres, aux portes épaisses, un appartement " savoureux ", comme ils disent, et que l'on pourrait heureusement transformer pour " cocktails ".               linternaute.com
Image associée            Eux aussi rêvent de Mlle de Scudéry, au pays du Tendre, dont ce quartier était autrefois la capitale, à l'élite des précieuses, à Ninon de Lenclos, aux Estrade, à Rotrou, aux Chabot, à Cyrano de Bergerac. Les descendants de cette société logent maintenant avenue Foch ou à Neuilly, et n'en finisesnt pas d'étaler leur besoin d'air, de golf, de garages. La place Royale et les rues du Marais ont été abandonnées aux classes moyennes..................
            Tout serait donc dude ce passé fragile, unique, inconcevable ? Non. Parfois, de quelque vieil hôtel de la rue du Pas-de-la-Mule, de la rue Geoffroy-l'Asnier ou de la rue Barbette, sort un vieil aristocrate rabougri, sorte de capitaine Fracasse, décorré de la Légion d'honneur et soutenu " par un appareil Franck et Braun ", qui semble vouloir expulser l'Ennemi de son quartier, où logèrent les rois de France....






                                                             Léon-Paul Fargue
                                                                        in Le Piéton de Paris

                                                                      à suivre...............

                                               Jardin des Plantes - Halle aux Vins



         

lundi 18 juin 2018

Place du Théâtre-Français ( extraits ) 6 Léon-Paul Fargue ( Nouvelles France )


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parisrues.com



                                               Place du Théâtre-Français

            Ce sont les autobus qui ont transformé la place du Théâtre-Français. Une révolution, un incendie même ( et il y en a eu un fameux ) n'auraient pas mieux fait. La place du Théâtre Français, où l'on me conduisait autrefois par la main, comme dans un endroit tranquille, un peu sévère, mais de bonne influence, est aujourd'hui une gare régulatrice. Un alphabet mouvant. C'est le Corbeil du réseau de la Compagnie des Transports en Commun.
            On perd un temps précieux à passer du Ministère des Finances chez Molière..........
            Jadis on pouvait bavarder en pleine rue ; les joueurs d'échecs et les acteurs, les membres du Conseil d'Etat et les ombres du Palais-Royal ne craignaient aucun coup de trompe, aucun dérapage, aucun rappel à l'ordre des agents. On était libre.
            Pourtant, ce quartier n'a rien perdu de son pittoresque, de son air parisien, de ce cachet unique au monde et de ses manières bien françaises. Il n'y a pas une ville en Europe où se puisse concevoir ce mélange de palais et de boutiques, de ministères et de restaurants, de bourgeoisie et de prostitution, de sérieux et de dévergondage qui fait le charme du Théâtre-Français. Elle est petite, ramassée, sans commencement ni fin, sans axes, sans frontières bien tracées, et cependant le promeneur ou l'étranger ne savent comment s'y prendre pour en faire le tour.                     google.fr
Résultat de recherche d'images pour "place du théâtre français"            Aussi bien chaque mètre est différent de l'autre. Le client de la Civette n'est pas celui de la Librairie Stock. Celui qui descend à l'hôtel du Louvre n'entre jamais au Café de la Régence, préfère l'Opéra à la Comédie et achète ses livres dans les gares. Le fonctionnaire qui prend son apéritif au Rohan ne lève même pas les yeux sur l'Univers. La fleuriste du théâtre, celle qui tient commerce sous le buste de Larroumet, au milieu de débris de dieux et de fragments de décors, ne connaît pas la femme du kiosque et n'a sans doute jamais mis les pieds dans la salle.
            Un excellent endroit pour observer les allées et venues de cette place, qui a l'âme d'un manège et la majesté d'un musée, est le Café de l'Univers, qui se recommande pour sa brandade du vendredi. On y est comme au théâtre, non pas seulement parce que les acteurs du Français y tiennent conciliabule autour d'une choucroute, mais parce qu'on aperçoit de sa place un spectacle qui ne lasse jamais.
            ................Au premier plan, le chasseur de l'hôtel du Louvre évoque un souffleur de théâtre. A gauche on aperçoit une Muse qui somme Alfred de Musset de bien vouloir descendre de son socle et de consentir à perdre une soirée au Théâtre-Français. A moins que, maîtresse excédée, elle ne conjure son amant, cuvant sa cuite sur un banc, d'aller quérir un remède " antialcoolique " chez le pharmacien du coin. On se demande combien d'architectes ont collaboré à cet ensemble réussi de palais, de colonnades, de statues, de médaillons et de frontons. Les bistrots......... égayent sans le troubler, sans s'attaquer à la sérénité du lieu, le rez-de-chaussée de cette place.
            Au fond du restaurant, quelques jeunes auteurs déjeunent et n'en finissent pas d'épiloguer sur le métier, prenant à témoin les comédiens qu'ils ont rencontrés là, s'adressant parfois aux garçons, qui connaissent le Théâtre-Français sur le bout du doigt............
            Depuis qu'il existe, le Café de l'Univers a toujours été, de préférence aux autres, qui ne recueillent que des spectateurs, le rendez-vous des auteurs dramatiques. J'ai vu là des hommes illustres dont on ne parle plus. J'ai entendu, comme en répétition intime, des répliques fameuses que les intéressés essayaient entre eux avant que les pièces n'eussent été admises au répertoire.
            Les jeunes auteurs fréquentent toujours l'Univers et les acteurs aussi. Y viennent également ceux qui jouent sur le boulevard et que l'ombre du Théâtre-Français attire, car la maison est un peu la leur. J'y ai vu Steve Passeur, ou Marcel Vallée, qui me fait songer à Littré, ou Alcover.
            Mais les jeunes auteurs sur qui plane la corne d'abondance du cinéma et qui ressentent plus violemment la politique et les malaises sociaux qu'on ne le faisait autrefois m'ont paru moins buveurs, moins gros mangeurs, moins consciencieux bonshommes que leurs devanciers.
            Ce café est, à certaines heures, très curieux quant à la clientèle. Que de provinciales, que de Parisiennes n'y patientent devant un crème ou un petit porto que pour se précipiter sous les arcades du théâtre au moment de la fin d'une représentation................                       chefsimon.lemonde.fr  
Image associée            Quand on a longuement piétiné en l'honneur d'un ou d'une pensionnaire illustre, le frisson qui s'empare des badauds est le même que celui qui annonçait des signes d'admiration chez ceux qui attendaient Mounet-Sully...
            Mounet-Sully était un dieu, une sorte de Victor Hugo du peuple, un acteur qui vivait au-dessus des hommes. Arquillière pénétra un jour dans sa loge muni d'une recommandation. C'était la plus belle minute de sa vie. Il trouva le maître en train de se maquiller.
            " - Comment vous appelez-vous ? demanda Mounet-Sully
              - Archevêque.
              - Arquillière ! répéta le grand acteur en continuant de tendre le menton et de lever le cou devant son miroir. "
            La conversation du génie et du débutant ne fut qu'une suite de silences et de petits mouvements. Le jeune souhaitait d'être à dix pieds sous terre. Enfin, comme on ne lui facilitait pas une entrée en matière, il prit le parti de s'éclipser discrètement. Il n'avait pas fait vingt pas qu'il s'entendit brusquement appeler d'une voix de tonnerre :
            " - Arquillière ! Arquillière ! "
            Le jeune homme remonta les escaliers quatre à quatre et se précipita dans la loge qu'il venait de quitter, désolé d'être parti si vite et sans s'excuser.
            " - Qui êtes-vous ? demanda Mounet-Sully.
              - Je suis Arquillière... vous m'avez appelé...
              - Mais non, murmura Mounet-Sully, je me faisais la voix. Arquillière, c'est très sonore. "
            Et il continua de prononcer le nom d'Arquillière sur tous les tons.
            Les acteurs d'aujourd'hui n'éprouvent plus la même admiration mêlée de crainte pour leurs grands aînés. Il est vrai qu'il n'y a plus de grands aînés, et que les vedettes de cinéma ont brouillé les cartes et singulièrement élevé le nombre des acteurs admirables. Seule la foule, une foule pieuse, respectueuse des traditions, qui n'a qu'un oeil pour le cinéma, une oreille pour le concert, continue d'adorer en secret ceux qui savent bien dire les vers classiques et vivre avec véhémence les grandes scènes du théâtre moderne.........
            Ces badauds ont pour les comédiens la vénération presque sectaire que les amateurs de vélo ont pour les champions du Vel' d'Hiv' ou du Tour de France, les jeunes boxeurs du faubourg Saint-Denis pour les as du ring qui prennent l'avion pour aller se battre, les pelousards pour les jockeus, les maires de campagne pour le député du patelin qui devient ministre.           deslettres.fr
Résultat de recherche d'images pour "mounet sully"            J'admire ces sentiments lorsqu'ils sont sans mélange, comme chez la concierge du Théâtre-Français, qui a l'honneur d'assister à l'arrivée et au départ des grands premiers rôles de l'établissement et de les voir déposer leur clef dans le casier, ou leur perruque sur la table afin qu'on y fasse une mise en plis pour le lendemain..................
            Stock aussi a ses fervents, et la Civette les siens. Ceux-là feuillettent avidement quelques conseils pour la jeunesse ou les Dix commandements du Constipé, en ayant l'air de s'intéresser au Voyage en Orient, de Gérard de Nerval. Ceux-là pelotent les cigares et les respirent avant de les mettre en bouche, chacun cherchant à se montrer plus connaisseur que le voisin.
            Mais tournez le coin de la Comédie, longez ces barrières de gare-frontière où il faut faire la queue, quand on est désargenté, pour voir Electre, Ruy Blas ou Monsieur de Pourceaugnac, acheminez-vous vers la rue de Montpensier, étroite et spectrale comme une tranchée, un autre spectacle vous attend. Il ne présente en apparence aucun point commun avec le Théâtre-Français, et pourtant on ne l'imagine pas sans lui. De jour, si le promeneur est rare, et de nuit si le passant est nombreux, mais alors dans l'ombre savante des colonnes et presque sous le patronage de l'Institut de Coopération Intellectuelle, vous serez abordé par les marchandes d'amour dans une langue qui a quelque chose de scénique. Elles ne proposent pas un plaisir plus classique que celles de Notre-Dame-de-Lorette ou de la gare Saint-Lazare, et pourtant l'on ne peut s'empêcher de leur trouver un je ne sais quoi de plus digne qui indique l'influence de la première scène nationale. Les plaisanteries dont elles se servent pour invectiver, lorsque la mauvaise tenue du marché fait sortir les passions, sont tirées du vocabulaire de la maison, et les mots : pensionnaire, part entière, four, m'as-tu vu, entrent dans leur comportement...
            Ces dames sont d'ailleurs incapables d'assurer à elles seules le pittoresque de l'endroit, qui emprunte toute sa saveur et son sel aux boutiques.......... A côté d'un fabricant de toupets et de postiches, dont la présence ne se discute pas voici........ un artiste en pipes et fume-cigarettes de style baroque, un magasin de sous-bas, slips, cache-sexe, hérissons japonais, jarretières et produits divers.
            L'illusion de se trouver dans quelque coin de province, et particulièrement dans une station thermale, est si forte que, pendant quelques secondes, on découvre au Jardin du Palais-Royal......... un calme, une espèce de régularité chez le promeneur........                     parisrues.com
Image associée            Il faut se hâter vers le magnifique magasin d'armes de la rue de Montpensier pour retrouver la réalité. Les cabines de luxe, les couteaux à cran d'arrêt pour junkers, les brownings pour émeutiers distingués, les lames, les dagues à sanglier qui sont étalés là dans une ordonnance de musée, ne peuvent être que de Paris, ville des crimes passionnels et des coups de poignard................
            Au commencement de la rue de Richelieu, qui nous ramène vers l'avenue de l'Opéra et d'où l'on aperçoit de nouveau toute la place du Théâtre-Français avec ses autobus éperdus..................
Ce sont les étalages qui donnent à la place son prix inestimable dans un Paris qui se transforme aujourd'hui sans méthode. La population ne fait qu'y passer, bien qu'elle soit riche de personnalités curieuses, qu'on imaginerait logées dans les combles du théâtre............... : gardiens, préposés à l'entretien des fontaines, souffleurs, machinistes, maîtres d'hôtel, commis-libraires, élèves pharmaciens.
            Ce petit monde boit debout en échangeant des secrets que l'on entend pas ailleurs. Manies du directeur général des Fonds, amours de grande actrice, projets de jouets nouveaux pour les prochains Noëls. Ces conversations surprennent l'étranger qui se hasarde parfois dans les bars de la place, et l'agacent, comme s'il sentait qu'il n'est pas venu au monde où il fallait. J'en ai entendu un s'écrier un jour, comme on n'en finissait pas de parler devant lui de Sorel ( Cécile ) :
            " - Quoi ? Une femme est toujours une femme  ! "



                                                                    Léon-Paul Fargue 

                                                                                  ( à suivre............... )

                                               Le Marais
              




samedi 16 juin 2018

Sur les quais I et II extraits 5 Léon-Paul Fargue ( Nouvelles France )




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rfi.fr


                                                        Sur les quais I et II
                                                                extraits in
                                                         Le piéton de Paris

                         Au temps où je dansais la gigue,
                        J'aurais pu faire un bel enfant.
                        Mais à présent, ça me fatigue,
                        Je ne suis plus qu'un ci-devant.

                       J'en ai marre de l'élégance,
                       Des romans d'analyse et des chansons d'amour.
                       Adieu, Messieurs ! Vive la France !
                       Moi, je remonte dans ma tour.

         Ne cherchez pas de qui sont ces vers, où triomphent l'insouciance et la rêverie. Ils sont exactement d'un illustre inconnu dans le plus noble sens du terme. J'ai vainement essayé de me faire présenter à ce poète, qui me paraît, à l'odeur de ses poèmes, passer la moitié de sa vie dehors. Il aime mieux garder l'anonymat. Tout ce que je sais, c'est que ce poète ignoré et peureux, est un homme des quais, un bouquiniste, célèbre parmi les collègues, mais si volontairement hostile à la gloire qu'il ne leur a jamais donné son nom.
            Ce que l'on ne saurait nier, c'est que les quais l'aient heureusement inspiré, car il est l'auteur de deux cents poèmes de ce genre désinvolte et charmant, deux cents poèmes qui se boivent facilement, comme le vin de Vouvray, le jaune, celui que l'on ne sert que sur place...
            Chef-d'oeuvre poétique de Paris, les quais ont enchanté la plupart des poètes, touristes,  photographes et flâneurs du monde. C'est un pays unique, tout en longueur, sorte de ruban courbe, de presqu'île imaginaire qui semble être sortie de l'imagination d'un être ravissant.
            Je connais tellement, pour l'avoir faite cent fois, la promenade qui berce le marcheur du quai du Point du Jour au quai des Carrières à Charenton, ou celle qui, tout jeune, me poussait du quai d'Ivry au quai d'Issy-les-Moulineaux, que j'ai l'impression d'avoir un sérieux tour du monde sous les talons. Ces seuls noms : Orsay, Mégisserie, Voltaire, Malaquais, Gesvres, aux Fleurs, Conti, Grands Augustins, Horloge, Ofèvres, Béthune et place Mazas me suffisent comme Histoire et Géographie.
            Avez-vous remarqué que l'on ne connaît pas mieux " ses " quais que ses sous-préfectures ? J'attends toujours un vrai Parisien sur ce point : " Où finit le Quai Malaquais, où commence le Quai de Conti ? Où se trouve le Quai de Gesvres ? D'après la réponse, je classe les gens. A ce petit jeu, on s'aperçoit qu'il n'y a pas beaucoup de vrais Parisiens, pas beaucoup de chauffeurs de taxi cultivés, encore moins d'agents de police précieux. Chacun se trompe sur la question des quais.
            Et pourtant, rien n'est plus de Paris qu'un quai de Seine, rien n'est plus à sa place, dans son décor.............
            De ce paysage, sur lequel ont poussé comme par goût les plus beaux hôtels, le Louvre des Valois, les monuments les plus étonnants, comme la Tour Eiffel, les plus suspects, comme la Chambre, les plus glorieux, comme l'Institut de France, c'est la partie centrale qui est à la fois la plus célèbre et la plus fréquentée, et ce sont certainement les quais de Conti et Malaquais qui arrivent ex-aequo en tête du concours.
            J'ai demandé à des pouilleux, à des sans-logis de la meilleure qualité pourquoi ils préféraient ces deux quais aux autres, surtout pour dormir sur les berges, mêlés aux odeurs de paille, d'absinthe et de chaussure que la Seine véhicule doucement :
            " - Parce que, me fut-il répondu, nous nous y trouvons plus à l'aise et comme chez nous. De plus, les rêves y sont plus distingués. "                                tripadvisor.se      
Image associée            Réflexion pleine d'intérêt, et qui me rappelle une anecdote. Il m'arrive très souvent de prendre un verre de vin blanc dans un petit caboulot des Halles que je ne trouve d'ailleurs qu'à tâtons la nuit. Je retrouve là des noctambules qui échangent quelques idées générales avant d'aller s'allonger sous un pont quelconque. Toutefois, je me mêle à leurs conversations. Nous nous serrons la main très noblement. Un jour, je fus présenté à une sorte de grand haillon animé, barbu, érudit et très digne, qui logeait précisément sous le Pont des Arts, et que l'on présentait ainsi : M. Hubert, de l'Académie française. Paris seul autorise ces raccourcis splendides.
            Les quais sont hantés par une double population. Je ne parle ni des touristes, ni des curieux, ni des voyageurs en transit, mais des êtres qui naissent, rêvent et meurent dans l'atmosphère séquane : ceux des berges et ceux des quais proprement dits, les couche-dehors et les bouquinistes, ceux d'en bas et ceux d'en haut. La population des berges s'étend d'Auteuil à Charenton, les jambes en l'ai, le visage caché sous le melon de la poubelle, le mégot à portée de la main, pour la première cigarette du matin, la meilleure. C'est encore sur les quais, c'est-à-dire un peu en-dessous de la surface parisienne, dans une patrie obscure et honteuse au sens que Shakespeare donnait à ces mots, que l'on peut faire connaissance avec les derniers petits métiers poétiques dont s'inspiraient naguère chansonniers, caricaturistes et poètes : le tondeur de chiens, le glaneur de charbon, le ramasseur de petits objets, tels que lames de rasoir usagées, fermetures de canettes de bière, boucles de ceinturon, épingles de sûreté, crochets à bottines et fragments de pipes en terre, le ramasseur que l'on voit longer les ruisseaux en baissant la tête, à la fin de la journée. Cour des Miracles dotée d'une plage, ce monde des berges, dont les dos se durcissent au contact des pavés, jouit d'un des plus grands bonheurs que connaisse notre époque : l'ignorance totale du journal quotidien. Certains, parfois, parcourent les journaux des Courses oubliés là, sans doute, par quelque suicidé, mais le journal des Courses fait un peu partie de la légende.
            M'étant hasardé une nuit parmi ces longs gaillards si bien portants, si hardiment barbus que je les compare volontiers aux hommes des cavernes, j'eus l'occasion d'entendre la voix même du rêve se manifester soudain par la bouche d'une de ces ombres. Après avoir enjambé quelques " chiens de fusil ", quelques thorax librement offerts, je m'installai, à mon tour, sur une borne, pour fumer une cigarette au fil de l'eau. Enormes et patients, de noirs chalands glissaient, pareils à des bêtes, sur le fleuve de crêpe. J'avais vaguement l'impression de déranger une secte. Je ne me trompais pas. Une voix s'éleva tout à coup derrière moi :
            " - Veux-tu fermer ta porte ! " me criait-on.
            J'avais visiblement affaire au Crocheteur Borgne de Voltaire...
           Tout autre est la population périphérique. Ce sont des savants. Je tiens les bouquinistes pour les êtres les plus délicieux que l'on puisse rencontrer, et, sans doute, participent-ils avec élégance et discrétion à ce renom d'intelligence dont se peut glorifier Paris.
            Le pays du livre d'occasion a ses frontières aussi. Il va du Quai d'Orsay au Jardin des Plantes sur la rive gauche....... au Châtelet, sur la rive droite. Les boîtes en sont, en principe, accordées par la ville aux mutilés de la guerre et aux pères d'une famille nombreuse, à raison de soixante-cinq francs par an, sur huit mètres de long. Quand un bouquiniste atteint l'âge respectable de soixante-dix ans ou qu'il tombe malade, il peut sous-louer son commerce à un remplaçant et se faire ainsi doubler jusqu'à sa mort. Mais il ne peut céder sa charge, comme ferait un agent de change. Une fois le dernier soupir poussé, la Ville intervient. La gent bouquiniste est la seule qui ne soit ni organisée ni syndiquée, qui ne donne aucun bal, aucun banquet annuel. Elle vit des rumeurs intellectuelles, de poussières d'idéal et d'indifférence. Elle eut pourtant un doyen, tout récemment, et
que l'on honorait sincèrement dans la profession, un doyen qui n'était autre que M. Dodeman, Charles Dodeman, auteur bien connu.......... temps où les marchands de livres étaient tenus de remporter chaque soir leurs boîtes chez eux.
            Mais, sur les quais comme partout, le vent de la modernité a soufflé en tempête. Il y a aujourd'hui des bouquinistes jeunes, actifs, très au courant des fluctuations des marchés. La raideur un peu professorale d'autrefois s'est perdue. L'été, quand il fait très chaud, les bouquinistes femmes n'hésitent pas à plonger dans la Seine..........
Image associée *         J'ai demandé à un marchand qui paraissait sérieux et renseigné si le commerce des livres à ciel ouvert était lucratif, et j'appris que la plupart des vieux bouquinistes arrivent assez facilement à posséder un peu de bien, une cinq-chevaux Citron, parfois même une maison. Et le plus surprenant est qu'aucun d'eux n'ait d'autre métier. Où trouverait-ils, d'ailleurs, le temps d'être chauffeurs ou détectives privés ? Un bouquiniste tenu de connaître son Histoire, ses textes, ses dates, ses éditeurs, aussi bien sinon mieux qu'un libraire, n'a pas trop de toute sa journée pour bien faire ce qu'il fait.
            Les quais aux livres sont divisés comme un catalogue. Il y a le parapet des livres classiques et celui des livres étrangers. Les boîtes sont assez bien fournies d'une façon générale, et il est devenu commun de se demander où se fournissent ces commerçants avisés.
            Selon une vieille habitude, le bouquiniste n'achète pas volontiers ce qu'on lui propose. Il aime mieux se rendre lui-même à l'Hôtel des Ventes, marchander à sa guise, se rendre à domicile chez des personnes " recommandées ", ou encore voyager en France, à Perpignan, au Puy, à Lille, où il est toujours sûr de faire bonne chasse. Pourtant son ravitaillement, si bien conçu, demeure assez mystérieux.
            " - N'est-ce pas, tout le secret est là ! " me disait l'un d'eux.
            Sur le plan littéraire pur, le quai joue le rôle d'un baromètre et remet les réputations en place. On aura beau lire et relire des courriers littéraires, examiner à la loupe les feuilletons de la critique, les tartines de publicité rédactionnelles, interwiever des mandarins ou des experts, il faudra toujours revenir auw quais pour obtenir une parcelle de la vérité. Car la question, comme pour le sucre ou le papier à cigarettes, demeure la même :
            " Qu'est-cee qui se vend, qu'est-ce qui ne se vend pas ? "
            Enigme que M. Robert Ganzo, bouquiniste sur les quais et libraire rue Mazarine, débrouille devant vous avec science et brio. Je n'ose énumérer les noms de mes confrères dont les bouquins ne trouvent pas acheteur, malgré le tapage,, les coups de sifflet du snobisme, ou l'influence des corps constitués. Je préfère annoncer à mes amis, Paul Valéry, Valéry Larbaud, Claudel, Gide,  entre autres, et, par-dessus les nuées et les ombres, au cher Proust, qu'ils se vendent admirablement...........
            Il faut avoir une santé de vieux chêne pour vendre des livres sur les quais, car il n'est pas un élément qui ne s'occupe de vous agacer : le vent, la chaleur, le gel, le bruit, le marchandage des clients, étant entendu qu'on n'achète jamais un livre sans marchander.
            C'est pourquoi j'admire la belle résistance et la belle nature des bouquinistes et, entre toutes, l'humeur divine du poète inconnu des quais qui trouve encore le moyen d'écrire des vers...

*     rfi.fr


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pinterest.fr                                                        Sur les Quais II
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            Les quais ont toujours été pour les Parisiens de bonne race un endroit de prédilection. Tout le long de la Seine, maintenue dans une atmosphère de haute distinction par le voisinage des bâtiments augustes qui la font royale, et pourtant bohémienne par la présence des bouquinistes, le passage des chalands et les brusques apparitions de sombres poètes au bord des boîtes, la flânerie s'est toujours sentie là chez elle. Lorsque j'étais jeune, et que les romans à bon compte m'intéressaient, nous nous donnions rendez-vous, quelques amis et moi, sur la margelle du quai Malaquais, pour regarder Anatole France, prince des chercheurs et vieil ami des marchands, Jules Lemaître, qui promenait son lorgnon, Faguet, qui n'achetait jamais rien, le jeune et magnifiquement olivâtre Barrès, qui méprisait la poussière mais adorait l'air léger de ce quartier, Albert Besnard, Rostand, qui ressemblait à un ténor de salons, Forain, Barthou, Bourget ou Capus, qu'encadraient des salonnardes charmantes, menteuses et trompeuses comme toutes les autres, et particulièrement cette marquise de Sauve, héroïne de Cruelle Enigme, qui faisait alors courir un frisson dans les départements français.
            Mais à côté de ces illustres personnages dont le profil se médaillait déjà dans l'histoire littéraire ou artistique de la nation, nous prenions souvent en filature de vieux Parisiens sans importance, tout pimpants de guêtres et de pantalons gris, le favori délicatement peigné, le tube impeccable, la canne sous le bras, une forte cravate voyante ou diaphane sous un col de belle proportions, la fleur à la boutonnière, un sourire installé sur des lèvres heureuses. Vieux messieurs rentés, soignés, gâtés, qui cheminaient voluptueusement le long des cartes du ciel, des timbres postes, des gravures pornographiques et des éditions originales, en attendant l'heure d'aller retrouver au Bois, dans quelque thé, dans quelque boudoir aussi, quelque petite femme généralement dressée par un dompteur ou par un montreur de puces.

            Ils le savaient bien, les bougres, qu'ils étaient trompés et surtrompés par de jeunes gaillards aux cuisses tendues et aux fines moustaches, mais ils avaient une sagesse solide et ne demandaient à l'amour que ce qu'il pouvait leur donner. Nombreux étaient ceux qui croyaient encore dérober des plaisirs à la jeunesse confiante et versatile. Ce type d'homme, immanquablement généreux, et spirituel, on le retrouve non pas seulement dans les pièces de l'époque, qu'elles soient de Tristan................ de Willy qui rima , à ce propos, des vers demeurés célèbres :

                         Deux grammairiens se disputaient pour Lise                 academie-francaise.fr                                
Résultat de recherche d'images pour "académie française"                         Mais un juge, plus preste, ou plus tendre, l'a prise
                         Et la loge en garni près de la gare de l'Est.
                                                   Morale
                         Grammatici certant, sub judice Lise est.

            Gracieuse époque. Les quais traduisaient pour nous, qui n'avions encore droit aux salons, aux cabinets particuliers, aux " boudoirs confidentiels ", cette sorte d'animation heureuse qui tremblotait dans Paris, et Paris se réduisait alors pour nous à une synthèse où nous voyions une jolie femme, une jolie femme..... un trottin, un vieux général, une bouquetière....... La rue de Paris n'était pas autre chose. Sur les quais, aux abords de l'Académie, c'était une rumeur de jupes et de murmures qui donnait à l'avenir un goût violent et nous faisait grogner contre notre jeune âge...............

            Puis nous allions coller nos yeux chez Groupy ou chez Champion pour voir passer les érudits, des messieurs très graves qui craignaient, selon le conseil d'Anatole France, " les femmes et les livres, pour la mollesse et l'orgueil qu'on y prend. " Ainsi, les érudits préféraient bavarder avec les marchands, les libraires, et s'en retourner à leurs cahiers poussiéreux et sans danger............. Ces vitrines bien fournies et ravissantes, combien de fois ne virent-elles pas le visage de Charcot, alors hôte illustre de l'hôtel de Chimay........., de Poincaré ou d'Hanotaux.......... C'était le beau temps des conférences, plus attirantes alors que ne le seront jamais les plus célèbres matches de tennis, des premières communions sensationnelles, des mariages qui donnaient le vertige à des faubourgs entiers. Le moindre événement prenait de l'importance, et nous sentions bien que Paris était à l'extrême bord de la civilisation, qu'il terminait le monde moderne comme un bouquet termine quelque feu d'artifice, qu'il vibrait " au point doré de périr ", eut dit Paul Valéry.
            Douce et lointaine actualité des quais, à cette époque où les bouquinistes savaient tout, et que l'Académie Française dominait de sa majesté dorée.......... Déjà nous étions possédés par les redresseurs magiques pour mauvaises attitudes, les voyantes ultrasensibles, les talons tournants, les rénovateurs dus à des curés, les philtres et les procédés inouïs contre les poils superflus.
            Stern, jockey français, gagnait le Derby d'Epsom avec Sunstar. Un nommé Orphée enlevait la course à pied Lyon-Troyes-Paris en 75 heures 8 minutes. On prenait des porto-flips et des whisky-cocktails dans des décors qui feraient rire Bobino. La comtesse de Kersaint ou le baron de Coubertin faisaient, d'une kermesse du Palais Royal, quelque chose de plus osé et de plus excentrique que l'Exposition............ Ces événements arrivaient jusqu'aux quais, lesquels m'on toujours fait songer à quelque forum où se seraient disputés les mérites respectifs des maîtres de l'heure artistique ou littéraire.
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Image associée            L'Académie Française, qu'illustrèrent à l'époque Loti et France plus que l'ensemble de leurs collègues, puis Rostand, dont ce fut un numéro que d'en être, et l'ambassade d'Allemagne, située tout contre les quais et lui tournant le dos, sont les deux bâtiments essentiels de ce quartier en longueur qu'ornent des livres et des images..................
            Il n'était pas interdit non plus de prendre une dame dans un coin et de lui souffler à l'oreille :
            " - Ma chère amie, il vient de m'arriver une bien curieuse aventure. Vous connaissez cette petite Zozy qui veut bien parfois m'accompagner à Longchamp ? Eh bien, figurez-vous qu'elle a les meilleures relations du monde. Tel que vous me voyez, je reviens d'un thé à l'ambassade d'Allemagne, où j'ai eu l'honneur d'être interrogé par ce sacré Radolinsky de Radolin, et par la comtesse Kessler. Il paraît que l'Europe va mal... etc. ".......................
            J'ai même connu un bouquiniste qui avait en réserve toute une série de Romantiques à l'intention d'un client qui arrivait en courant, payait et s'en retournait au galop chez lui. Quand on voulait lui acheter un Gautier ou un Hugo, à ce brave marchand, il répondait :
            " - Impossible, c'est pour le comte, qui doit passer à cinq heures et qui est censé fouiller dans mes boîtes depuis trois heures de l'après-midi... "




                                                                         Léon-Paul Fargue

                                                                                   à suivre............

                                             Place du Théâtre Français
            




         



            
         


         



jeudi 14 juin 2018

Le Feu et la Fureur Michael Wolff ( Document EtatsUnis )


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                                                      Le Feu et la Fureur

            C'est l'histoire d'un candidat qui concourait et luttait pour gagner sans gagner. Donald, Mélania qui pleura de dépit lorsqu'il fut élu, et ce proche entourage si sceptique furent surpris et pas préparés. Jared vit sa tâche de gendre compliquée, Ivanka s'accommoda et s'appropria un rôle de conseillère et pratiquement première dame en l'absence de l'épouse restée à NewYork. Entré officiellement à la Maison Blanche en janvier 2017, sans culture politique, n'aimant pas et ne lisant jamais "........ La politique est devenue de plus en plus discrète. Son attrait est le B to B - business to business....... La politique est partie d'un côté, la culture d'un autre........... Et pourtant, s'opposant à toute logique culturelle et médiatique Donald Trump produit au quotidien un récit impossible à ne pas suivre......... Il n'y a presque plus d'autre sujet de conversation en Amérique et ailleurs. C'est la nature radicale de la présidence Trump : elle captive le monde......... " Michael Wolff a suivi les derniers mois de la campagne puis a obtenu un poste d'observateur de la vie à la Maison Blanche que le nouveau Président trouva défraîchie et fit rénover. Il se voulut ".... mouche sur un mur..... ". Indescriptible en peu de mots cette prise de pouvoir racontée minutieusement. Les noms qui courent au long des pages ne nous sont plus familiers, remplacés par de nouveaux directeurs de cabinet, de communication, du FBI, ou de postes plus modestes. Celui-ci "....... raconte des histoires et dévastatrices........La presse se nourrit de l'histoire des gens, elle décide qui va connaître la gloire et qui va sombrer dans l'oubli........ Les médias ont le dernier mot. " Une affaire très trouble gêne durablement le nouveau Président, l'affaire Russe. L'administration à peine installée ne sait comment gérer cette affaire, et celle-ci ajoutée à d'autres pourrait pousser le Président vers la sortie, ce qu'attendent des prétendants de tous bords. Katie Walsh reconnaît son impuissance "........ Le Président tout en s'écartant de façon radicale de normes et de traditions gouvernementales vieilles de plusieurs générations, manque d'idées précises pour transformer son venin en politique, et n'a pas d'équipe capable de s'unir derrière lui....... Non seulement il ne lit pas, mais il n'écoute pas non plus....... s'il ne lit pas il regarde la télévision........ " Réussir à devenir Président des EtatsUnis est un exploit comme " faire passer un chameau par le chas d'une aiguille........ Trump doit savoir ce qu'il fait, il a beaucoup d'intuition..... " Murdoch, magnat de la presse, a l'oreille du nouveau Président. Mais le Président commence à dicter ses lois, notamment celle sur l'environnement, et les conséquences du changement climatique ne sont pas une priorité. Trump croit en lui et aime les flatteries. Habitué à vivre à sa guise, outre le business, le golf était sa principale préoccupation, mais le Moyen Orient, la Chine et le Mexique, le Japon et la Corée vont l'accaparer. "....... La Corée du Nord, pense-t-il, est un problème complexe....... créé par des esprits inférieurs et faibles, et il a du mal à y prêter attention......... Son entourage ne l'a pas préparé à cette question............il s'aventure par des propos qu'il a souvent répétés en privé........ - La Corée du Nord ferait bien de cesser de menacer les EtatsUnis. Elle se heurtera au feu et à la fureur........... " Quelques mois plus tard Kim et Donald signent quelques accords gênants pour certains. Ainsi nous quittons une biographie et retrouvons le personnage, le héros de notre livre, vivant, embourbé dans de nouveaux problèmes, très ouvert, frondeur, chanceux. La petite histoire de la grande histoire, surprenante.



























mercredi 13 juin 2018

Passy-Auteuil in Le Piéton de Paris 4 ( Nouvelles France )

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                                                       Passy-Auteuil in
                                                    Le Piéton de Paris ( 4 )

            Un vieil ami, que j'ai malheureusement perdu de vue, mais dont je n'oublierai jamais qu'il s'était enrichi dans la vente d'un excellent chocolat, prit un jour la résolution d'installer dans ses meubles, avec quelques Renoir et un matelas de tapis d'origine, une splendide maîtresse qu'il avait pêchée dans une pâtisserie du Quartier latin. Une belle fille au teint abricot, aux cheveux gras, couleur d'encre à stylo, et qui, je crois, n'avait jamais quitté le boulevard Saint-Michel que pour aller montrer ses jambes aux Folies-Bergères. Le couple orienta ses recherches vers ce pays inconnu de lui qu'il nommait , avec une certaine admiration, Passy-Auteuil. Une bonne voiture de bourgeois assuré de vieillir sans angoisse les conduisit d'abord avenue Mozart, mais aucun appartement ne convint à leurs yeux. Ce qu'il voyait était trop petit ou trop grand. A la vérité, la demoiselle était déçue. Ce grand village tranquille et propret qu'elle découvrait après le curieux Trocadéro ne lui convenait qu'à demi. Elle n'apercevait ni dancings, ni cinémas, ni bars, ni restaurants. Et, brusquement, elle renonça à la félicité qu'on lui avait fait entrevoir : elle avait peur de se trouver seule, abandonnée, perdue dans une foule nouvelle qui ne comporterait que très peu d'éléments nettement parisiens. On la reconduisit à l'angle de la rue des Ecoles et du boulevard Saint-Michel, où elle vit encore dans l'atmosphère de cris et de galopades du Quartier latin. Beaucoup de Parisiens font le même raisonnement. Passy-Auteuil est " trop loin, top calme, trop nouveau... "
Image associée   *       J'ai habité Passy autrefois, du temps que j'allais au lycée Janson. Mes parents avaient un appartement rue Gustave-Courbet. A cette époque, l'avenue qui va du Trocadéro  au Rond-Point  de Longchamp était presque toute en terrains vagues, souvent dépourvus de palissades, et l'on y pouvait apercevoir des veine géologiques avec leurs fossiles. L'avenue Victor-Hugo d'aujourd'hui s'appelait alors l'avenue d'Eylau. Ce changement de nom n'a guère été suivi d'un changement d'aspect. La même et grande pâtisserie souffle toujours son haleine tiède au coin de la rue de la Pompe, accueillante aux dames bien nées qui se restaurent de crème fouettée ou de parmesanes, avant ou après l'adultère rapide de notre temps. La maison Thominet, si bien pourvue en boîtes de couleurs, en pinceliers, en balais divers, en râpes, en insecticides, en peaux de chat, existe toujours, très digne. Il y a bien, en plus, deux ou trois bijoutiers et poissonniers qui n'ont rien apporté de nouveau à ce quartier pour rentiers. Mais il n'y manque vraiment que l'hôtel de Victor Hugo, le petit hôtel à deux étages, coiffé de son toit plat.
            La rue de Passy, elle, a passé par les studios modernes. Elle a posé pour l'opérateur d'actualités. Elle dégage dans le ciel parisien de bonnes et rassurantes odeurs de frigidaires et de postes de T.S.F., qui " prennent " Moscou ou Washington. Elle a été touchée par la masse fantastique des grands buildings-columbariums, par quelques bistrots et bureaux de tabac qui se sont mis à la mode, et qui n'ont plus ni bois ni charbons, mais des billards russes, des dixièmes de la Loterie Nationale, des briquets, lames Gilette, papiers timbrés, etc. ; par quelques immeubles crayeux de grande série qui commencent à s'enfoncer dans les vieux jardinets du front d'Auteuil avec leurs maîtresses de pianistes et d'exportateurs. La rue Boislevent sent venir l'haleine froide des galères du béton. Avenue Mozart, la rue de la Source n'est plus qu'un souvenir. L'autobus a déjà remplacé le tramway. On court, ici comme ailleurs, vers le perfectionnement. On " transforme " sans relâche, depuis le fameux jour où Franklin, qui séjourna à Paris, 1, rue Singer, de 1777 à 1785, installa pour la première fois en France un paratonnerre dans une dépendance de l'hôtel Valentinois...
            Au carrefour de Passy, qui était, vers 1891, un rond de dames et de mondanités bourgeoises, la vieille pâtisserie Petit, où les familles venaient acheter un gâteau le dimanche et faire goûter les collégiens du lycée Janson de Sally, a disparu, chassée dans un duel d'artillerie par les bombes pralinées de la pâtisserie Coquelin. M. Bauer, ancien chef d'achat aux Galeries Lafayette et cousin de M. Bader, administrateur des dites Galeries, vient d'ouvrir, non loin de la place, un grand magasin de confections des plus modernes, qui ne désemplit pas et qui évoque la première marée de Lafayette... De mon temps, sur cette petite place de Passy, que de sentiments, que de jeunes filles aux joues d'amande pure, rougissantes, que de premières communions, que de fierté d'être premier en latin, que d'émotions, que de prescience, après la première communion, de ces mariages qui s'amorceraient un jour à l'Opéra Comique, à Mignon...                                                                              blogarchiphotos.com
Capture d’écran 2016-08-04 à 16.44.01            Car le quartier " Passy-Auteuil " est celui des grands mariages, des photographies pour Vogue, des grosses commandes en voyage de noces, chez Cook. Une seule différence se remarque chez l'habitant de cette région privilégiée : la demoiselle de Passy est plus " affranchie " que la demoiselle d'Auteuil. Anna de Noailles habitait Passy. La princesse de Polignac, grande animatrice et ministre moral de la musique moderne française, habite Passy. Auteuil a moins d'art, moins de manière. Mon vieil ami Jacques-Emile Blanche, je ne le vois qu'en homme de Passy, bien qu'on puisse discuter ici une petite question de frontières dans ce musée européen de l'intelligence qu'il s'est constitué pour son usage personnel, d'une tête subtile et brillante.
            Auteuil est comme la campagne de Passy avec son boulevard de Montmorency, ses quais, son viaduc, près de l'église, son restaurant du Monton Blanc, curiosité historique, ancien lieu de rendez-vous de La Fontaine, de Molière et de Racine. Les gens de Passy vont à Auteuil comme les gens de la rue Etienne-Marcel vont à Brunoy le dimanche. C'est tout juste s'ils n'emportent pas de quoi manger. Vers quatre heures, Passy-Auteuil se vide d'une portion importante de ses habitants : car on prend encore l'apéritif à Paris, on va au restaurant dans le centre, on reste au cinéma avenue des Champs-Elysées, boulevard de la Madeleine, ou rue d'Athènes. Une fois lancé, on perd une ou deux heures de plus chez Florence ou au Mélody's, et l'on rentre dans la nuit... Passy, Auteuil, sont des endroits où les voitures et les taxis grincent et se précipitent jusqu'au petit jour, ramenant de Montmartre ceux qui ne se lèvent pas avant midi.
            Passy-Auteuil est une grande province où les familles se connaissent, se surveillent et parfois se haïssent, pour peu que l'une ait eu plus d'invités, plus de politiciens ou de poètes que l'autre à son thé hebdomadaire, mensuel ou annuel ; pour peu que le fils Untel ait été reçu avec ou sans mention au baccalauréat. Pâtissiers, bouchers, teinturiers ou concierges sont au courant des disputes des ménages, des divorces et des héritages.
            Ils sont presque frères de lait, presque cousins, pleurent aux enterrements, se réjouissent aux baptêmes, envoient, comme leurs clients, leurs filles au Cours d'anglais, et mettent des gants le dimanche. Le prolétariat ni le pauvre n'ont de place dans cette perpétuelle garden-party qui se donne bon an mal an de la place Victor Hugo à la Seine. Toutes les cérémonies de Passy-Auteuil voient revenir à l'église ou aux lunchs la même troupe d'invités qui confèrent aux manifestations mondaines du seizième arrondissement un petit air d'opérette et de Congrès s'amuse non dépourvu de charme; et parfois d'imprévu. Convié un jour à une bénédiction nuptiale de haute volée à l'église Saint-Honoré-d'Eylau, un ami à moi, poète à ses heures, se rendit à l'heure dite place Victor-Hugo pour présenter ses voeux aux jeunes époux. Une assistance nombreuse, dont il connaissait tous les visages, se pressait dans la nef. Il s'approcha, serra des mains, distribua des sourires, et s'aperçut qu'il ne connaissait pas plus le marié que la mariée, s'étant tout simplement trompé de jour. Il ne voyait à l'église que les mêmes personnalités parisiennes, quasi engagées par contrat à assister à toutes les cérémonies de la petite patrie Passy-Auteuil. Comme il se trouvait sur place, il ne songea pas un instant à rebrousser chemin et se joignit aux cousins, oncles et grand-mères pour embrasser très affectueusement les époux, ainsi qu'un certain nombre de femmes qui lui parurent alliciantes.
Résultat de recherche d'images pour "caricatures 1900 paris bourgeois" **           La chronique scandaleuse ou dramatique de Passy-Auteuil est assez pauvre. Le crime ne s'y manifeste qu'avec d'infinies précautions. La police ne s'y promène guère. Tout se passe dans une atmosphère éthérée où les ragots n'on pas de prise.
            Un fait divers pourtant me revient à l'esprit, qui eût pu inspirer à Edgar Poe, mais à un Poe nourri de Rowlandson, une histoire assez affolante, s'il eût été de Passy comme Abel Bonnard ou Pierre Louÿs, Bergson ou le docteur Boucard. Elle vaudrait d'être mêlée à l'histoire de l'arrondissement, qui manque parfois un peu de ton.                                         
            J'ai connu jadis une poétesse américaine, fille adoptive de Paris, qui n'aimait de chair blanche que celle des femmes. Sur le chapitre de la nourriture, elle ne supportait la vue, l'odeur et le goût que de la seule viande rouge, et de préférence crue, jusqu'à l'abus. Comme elle avait le coeur délicat, son médecin la mit au régime. Mais sa passion de la viande était trop forte, l'habitude en était prise, et les prescriptions du médecin ne furent observées qu'avec mille difficultés. Le médecin insistait. La poétesse en fit une maladie. De guerre lasse, elle résolut un jour de finir en beauté, c'est-à-dire en artiste, c'est-à-dire en... Châteaubriant. Elle inonda son lit d'essence, y déposa quelque dix kilos de beurre, cinq à six livres de persil, s'étendit languissamment sur ses draps, déposa encore sur sa poitrine une motte de beurre, par coquetterie, comme font les bons chefs, et mit le feu à une allumette.                                                                                                                    bdzoom.com
Résultat de recherche d'images pour "caricatures 1900 paris bourgeois"            Au bout d'une petite heure, tout le quartier sentait la grillade. Les narine de Passy-Auteuil finirent par déceler d'où provenait l'odeur de grill-room qui se répandait jusqu'au bois de Boulogne, et guidèrent enfin les domestiques jusqu'au lit de leur maîtresse sur lequel ils aperçurent un rumsteck mammouth. Historique.
            Passy-Auteuil reçoit chaque année de nombreux émigrants du Nouveau-Monde, qui se décident brusquement à venir habiter Paris. On m'a raconté l'histoire d'une autre Américaine, qui s'était établie rue La Fontaine pour étudier chez nous les moeurs des domestiques. Elle les suivait dans la rue, les acculait dans les cafés, les interrogeait, les obsédait. Chauffeurs et maîtres d'hôtels ne savaient pas très bien à quelle sorte de folle ils avaient affaire et sortaient furtivement dans la rue, le col de veston relevé, prêts à décamper. Ils croyaient lasser la vieille demoiselle qui les harcelait comme une salutiste excitée. Mais la moraliste tenait bon. Les premiers éléments de son enquête la remplissaient de bonheur. Certaines histoires de sucre, de lacets de chaussures, de pourboires, l'enivraient. Un soir, elle tomba sur un gâte-sauce ravissant qui faisait sa petite visite nocturne à un aide-pharmacien. Elle le suivit avec une souplesse et des contorsions de chauve-souris. Affolé, le jeune homme se réfugia dans un de ces petits établissements qui sont exclusivement réservés aux hommes, et y resta trois heures. Puis il disparut sans se retourner. Le lendemain, des agents cyclistes ramassèrent sur un banc des quais une pauvre folle endormie qui réussit, après quelques mois de traitement, à se faire rapatrier aux Etats-Unis. L'aventure n'a bénéficié d'aucune publicité. Pourtant, quelques domestiques parlent parfois à leurs enfants du fantôme d'Auteuil...


*       michellagarde.fr
**   posterswelove.com


                                                                            Léon-Paul Fargue

                                                                                      ( à suivre........... )

                                                      Sur les quais 

dimanche 10 juin 2018

Cafés des Champs-Elysées in Le Piéton de Paris 3 Léon-Paul Fargue ( Nouvelles France )

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                                                               Le Piéton de Paris ( 3 )

                                                           Cafés des Champs-Élysées

            Il y a des cafés qui éclatent d'atmosphère, même quand ils sont vides. Des cafés qui sont, par eux-mêmes, de bons rabicoins, et qui se satisfont d'une confortable célébrité de statue ou de paysage. Tel est encore le café Lipp, tout chaud d'âme et d'intimité. Tels furent jadis le Clairon de Sidi-Brahim de la Place du Tertre, ou le Chat Noir, du temps de Narcisse Lebeau rimait :

                                               Dans la passage Vivienne,
                                               Elle me dit ; " Je suis de la Vienne .
                                               Et elle ajouta :
                                               J'habite chez mon oncle,
                                               C'est le frère à papa.
                                               Je lui soigne un furoncle,
                                               C'est un sort plein d'appas.
                                                Je devais r'trouver la donzelle
                                                Passage Bonne-Nouvelle.
                                               Mais en vain je l'attendis
                                               Passage Brady...
                                                                                                                                                                                                                                                                                   Les voilà bien, les amours de passage !...         culturebox.francetvinfo.f  
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            Comme on le voit, les Parisiens, à cette époque, ne connaissaient pas l'angoisse, et ce genre de petits poèmes faisaient fureur. Les cafés ont changé d'aspect, mais les amours de passage demeurent... C'est même un peu à une femme que je dois d'avoir connu les cafés des Champs-Élysées, si différents des autres, et qui ne supporteraient pas sans mourir l'absence des clients. Mon excellent confrère François Fosca a écrit que les cafés parisiens étaient trop nombreux, et qu'il faudrait certainement des années pour les visiter et pénétrer leurs secrets. Ceci est exact, si l'on considère la multitude des établissements, leur variété et leur tournure. Pourtant, il ne faut pas plus d'une journée pour se livrer à une enquête approfondie dans un quartier précis.
            C'est à une femme, je le répète, que je dois d'avoir pris contact avec les grandes verrières des
Champs-Élysées. Et quand je dis à une femme, c'est, comme on le verra, façon de parler.
            Rien ne désignait spécialement les Champs-Élysées au rôle de Foire aux Cafés qu'ils sont devenus en peu d'années. Foire aux Cafés qui va même parfois, jusqu'à la foire d'empoigne. C'est là, en effet, que se jouent à peu près toutes les parties du commerce parisien. Pourtant, la denrée en vogue, du Rond-Point à l'Étoile, est d'abord le cinéma. Sont-ce les cafés des Champs-Élysées qui ont donné naissance au marché cinématographique ? Est-ce le cinéma qui a fait sortir du bitume tant de terrasses ? Telle est la double question que je me posais, un matin, au Sélect, en attendant devant un quart Vichy, disons-le, une admiratrice. Celle-ci, que je ne connaissais que par son écriture, m'avait écrit de province pour me donner rendez-vous avenue des Champs-Élysées, au Sélect précisément. Elle désirait avoir mon avis sur un certain nombre de problèmes, dont le premier mettait en relief la nécessité où elle se trouvait de faire du cinéma pour être heureuse. Pourquoi s'adressait-elle à moi ? Je veux bien croire, puisqu'elle le spécifiai, que c'est parce que nos grand-mères s'étaient autrefois connues dans le Berry, et qu'elle-même avait composé quelques poèmes en prose avant d'être visitée par le Démon de l'Ecran. Bref, averti que, la photo aidant, on me reconnaîtrait facilement, j'attendais devant mon quart Vichy, en remuant dans ma tête les conseils de prudence que je pouvais donner à une jeune provinciale.                           parisinfo.com
Image associée            Le Sélect commençait de vivre. Dans la salle du fond plus obscure et comme secrète, des oisifs s'engageaient déjà dans des parties de cartes qui dureraient jusqu'au déjeuner. Non pas des joueurs de cartes comme ceux de Toulon ou des bars de Ménilmontant, tous chômeurs joyeux, rentiers corrects ou bricoleurs sincères, mais des personnages singulièrement sérieux, préoccupés, noceurs sans argent, anarchistes du snobisme ou resquilleurs de la belle vie, qui subsistaient grâce à de savants dosages de cafés-crème. Ils jouaient dans un silence de complot, avec une application de bureaucrates. Peu à peu, la grande salle s'emplit de gigolos qui fuyaient le lycée, un bouquin dans la poche, de journalistes sans journaux, et de ces fils à papa besogneux qui attendent du ciel parisien que les situations leur tombent toutes rôties dans la bouche. On commandait les premiers cocktails. J'avais le sentiment de me trouver dans le salon d'attente de quelque professeur d'aventure, ou dans une gare cosmopolite où chacun espérait un train merveilleux à destination de la fortune. Impression que l'arrivée de Paris-Midi, sur lequel on se jetait comme sur un communiqué officie, renforçait encore. Quant à ma provinciale, d'elle pas la moindre trace. Il y avait bien des femmes, cousues aux tables comme des ornements, et toutes assurément rêvaient au film qui les sauverait de la médiocrité, mais aucune ne portait le signe provincial, aucune n'était venue à un rendez-vous...
            L'heure de l'apéritif marqua le départ de quelques joueurs de bridge, et l'entrée en groupe d'un haut personnel cinématographique, discrètement salué par les disponibles de toutes sortes. Le haut personnel cinématographique, qui venait, selon toute vraisemblance, de s'éveiller, semblait de mauvaise humeur. Les ordres furent transmis aux garçons dans un français dont les hésitations ou l'accent trahissaient tantôt le russe, tantôt l'anglais, tantôt l'allemand, tantôt le hongrois et tantôt un idiome inconnu. Le café-crème l'emportait nettement sur les vermouths, picons, vins sucrés ou alcools. C'était dans ce lieu une véritable nourriture. De fortes épouses, aux bijoux voyants et grisâtres comme des autos d'avant-guerre, vinrent bientôt retrouver les membres de l'état-major du film. On parlait millions, centaines de mille francs, pellicules, histoire de France, studios. Et pourtant, il était plus que certain que le plus important de ces personnages n'avait ni bureaux, ni employés, ni domicile. La grande affaire était de monter une société. On commence par engager en principe des acteurs, on téléphone à des distributeurs, on fait miroiter de gros bénéfices possibles devant les directeurs de salles, et l'on se procure ainsi une dizaine de mille francs, qui servent à régler des notes d'hôtels ou des taxis qui attendent. Puis, on cherche ce qui s'appelle un scénario, on écrit aux artistes, on décommande les distributeurs : on entre tout vivant dans un cauchemar de cafés-crème, d'annuaires téléphoniques, de projets, on croit à ce qu'on dit, on ne dit pas ce qu'on croit, on se satisfait de mots, de promesses, on re-commande des cafés-crème, on câble à des êtres imaginaires, qui acquièrent de ce fait une espèce d'existence, on attend des réponses, on caresse des esquisses de films propres à bouleverser Paris, et l'on s'aperçoit finalement qu'il est quatre heures de l'après-midi. Alors, on décampe, on va installer un camp de conversation dans un autre café, et l'on recommence à divaguer avec une abondance telle que le souci du lendemain n'ose jamais se lever dans l'âme...
Résultat de recherche d'images pour "cafés champs elysees peinture"   *        Il est, au Sélect comme ailleurs, une clientèle de Parisiens sensés qui ont juste le temps d'avaler un apéro avant de déjeuner dans le quartier, des Parisiens qui travaillent sans espérer à faux et lesquels, cependant, ces rêveries, ce culot monotone et cette blaguologie, " comme on dit au village ", font impression. Des demoiselles qui n'ont pas encore mal tourné n'en finissent pas de dévisager ce bataillon de Russes, de Bavarois, de Viennois, de Polonais, d'Américains pour bals champêtres, d'où s'élèvent  des fumées prometteuses. Voici bientôt cinq ans que ces faux banquiers, ces faux producteurs parlent et reparlent des mêmes choses sans bouger de place, et il se trouve encore des consommateurs pour envier leur sort. Pas un qui ait mis un film debout, si l'on peut dire, et, pourtant, le courage de continuer à cafécrémer au Sélect ne l'abandonne pas. Mon voisin de gauche caresse de sa main ganglionnée de bagues un paquet sur lequel je lis l'adresse de quelque personnage californien. Le paquet s'en ira dans l'inconnu et, des mois durant, l'expéditeur vivra de revenus d'espérance. Peu d'escrocs, assurément, dans cette clientèle des Champs-Élysées. Des fous. Les escrocs sont occupés. Ils tournent réellement. Ceux qui demeurent assis sont des intoxiqués à leur manière. Le cinéma a remplacé pour eux les mystiques agonisantes de leur pays...
            Je me proposais de révéler toutes ces choses à ma provinciale. Mais celle-ci ne se montrait pas. Déjà, les gens sérieux du quartier, entrés là par habitude, reprenaient le chemin de leurs occupations. Les autobus remontaient, vers les ateliers ou les bureaux, les Parisiens de la couture ou de l'automobile. Seuls restaient à leur table les grands malades du cinéma. Un frisson d'inquiétude traversait parfois l'établissement. L'obligation de payer certaines notes se lisait sur des visages de faiseurs de films. Admirablement insensibles à ces espérances ou à ces angoisses, les garçons passaient, polis et mécaniques, entre les tables.                                          sortiraparis.com
Image associée            Vexé comme celui qui aurait attendu en vain une jolie femme sous les yeux de la foule, je pris brusquement la résolution de sortir et d'aller déjeuner. Quand on sort d'un immeuble quelconque des Champs Élysées, on a la sensation du large. Je me promenai longuement, comme sur un pont de paquebot, avant d'entrer au Fouquet's, capitale indiscutée de l'endroit. Si le Sélect absorbe comme une administration ce que le quartier a de plus douteux, de plus éphémère, le Fouquet's ne donne asile qu'à ce que Paris compte de moins contestable. On va au Sélect, on a l'air d'être reçu chez Fouquet. Le haut personnel cinématographique, qui, de temps à autre, a besoin de changer d'air, quand il vient au Fouquet's choisit de préférence le soir et se confine dans les coins. Par coquetterie, dit-il, il tient la terrasse jusqu'aux premiers froids un peu vifs. A la vérité, il est profondément humilié par la clientèle heureuse de vivre du Fouquet's, dans laquelle il reconnaît ceux qui font pour de bon d'authentiques films et qui passent dans les salles. Il voit Tourneur, au nom prédestiné, Raimu, qui ne passe pas inaperçu, Murat, Pierre Benoit, qui fit des dialogues, tous gens qui ne rêvent pas. D'autres encore, mêlés au monde de la Bourse ou à celui des Courses, et pour qui le Fouquet's à la cuisine excellente est une antichambre délicieuse.
            Fouquet's est un de ces endroits qui ne peuvent passer de mode qu'à la suite, il faut bien le dire, d'un bombardement. Et encore ! D'autres cafés, d'autres restaurants périclitent, perdent leur clientèle, ferment leurs portes et font faillite. Le Fouquet's persiste, comme un organe indispensable au bon fonctionnement de la santé parisienne. C'est là qu'en des temps de rentrées les hommes vont se conter leurs bonnes fortunes de l'été. C'est là qu'ils se mendient des tuyaux de Bourse ou de Courses dont la plupart n'ont pas besoin, car le Fouquet's peut se vanter de donner asile aux grosses fortunes, mais, comme dit l'autre, il faut bien vivre comme on vit à Paris. Quel Paul Bourget nous donnera le roman de l'homme-avion, de l'homme- cocktail, à la fois sportif et mondain, affecté et cultivé, insupportable et charmant, des années 1930-1938 ? S'il existe et qu'il manque de documentation, qu'il aille au Fouquet's, Bibliothèque Nationale du parisianisme élégant.
Image associée **         A qui souvient-il encore de l'époque où, sur le plan des cafés, les Champs Élysées ne brillaient que par le Fouquet's ? Ils étaient nobles et nus. Soudain, des cafés ont surgi comme une équipe de coureurs ! Le Berry, devenu le Triomphe, le Colisée, le Marignan, le Longchamp, le Normandy, le Florian, flanqués des escadrilles George V, de Champs Élysées, de Marly. Une vraie flotte. Il semble qu'il y ait eu dans le passé une nuit pendant laquelle les Parisiens auraient pris d'assaut ces établissements nouveaux, étincelants, immenses ou minuscules, qui surgirent l'un après l'autre du vieux trottoir... D'où vient cette clientèle, qui s'étale comme un auditoire électoral, les soirs d'été, jusqu'au passage des taxis ? Entre ces expositions d'apéritifs et ces cascades de café-crème, les cinémas éclatent comme des feux d'artifice, les carrossiers font des merveilles d'incendie. L'avenue devient une des plus éclairées, des plus fréquentées de l'Europe. La clientèle est venue de toutes les capitales à la fois pour goûter à nos huîtres, pour se mêler à nos mannequins, à nos directeurs de maisons de couture, clientèle pourrie malheureusement en son centre, comme une prune par un ver, par le peloton de cinéastes errants qui vont depuis vingt ans du Sélect au Fouquet's, du Fouquet's au Triomphe et du Triomphe au Sélect, dans l'espoir de trouver non pas les cent mille francs qui manquent encore pour donner le premier tour de manivelle, non pas la star qui fera frémir d'aise les provinces, mais le hasard qui les dégoûtera du cinéma...
            En quittant ce jour-là le Fouquet's, je ne me décidai pas à abandonner le quartier sans avoir jeté un coup d'oeil, par acquit de conscience, dans les cafés. La crainte de savoir que ma provinciale avait pu être happée au passage par monstre cinéma me tourmentait autant que l'espoir, très humain, de faire sa connaissance. Pouvais-je faire mieux que de m'offrir à la vue des clients des cafés ? Personne, hélas, ne se leva pour me reconnaître. Lorsque je m'éloignai enfin de l'avenue, je la vis brusquement, ce soir d'automne, comme une immense plage formée par la réunion de tous les cafés où les Parisiens viennent prendre un brin de fraîcheur et de lune, après dîner. Et l'on sent très bien, le Fouquet's mis à part, que tous ces établissements où personne ne se connaît, où l'on manque parfois ses rendez-vous, où l'on se tasse comme pour une cérémonie, sont placés " sous le signe " éphémère des plages. Il suffirait que la clientèle se portât en masse vers un autre endroit de Paris pour qu'ils se volatilisent. Le Fouquet's, seul, émergerait vivant du brouillard, et, plus bas, le Francis, d'une part, le Rond-Point de l'autre, que font vivre et durer les théâtres, les couturiers et les journalistes. Aujourd'hui, les Champs Élysées sont aux cafés. D'autres, d'ici quelques mois, naîtront sans doute sur ce trajet unique au monde. Mais, demain ?


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**  lorgnonmelancolique.blog.lemonde.fr


                                                                             Léon-Paul Fargue
                                                                                                      
                                                                                                        ( in Le Piéton de Paris )

                                                                                                             (  à suivre.................)

                                                                      Passy Auteuil