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lundi 9 octobre 2023

Anecdotes et Réflexions d'hier pour aujourd'hui 164 Samuel Pepys ( Journal Angleterre )

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                                                                                                                       1er mai 1666

            Levé  er au bureau toute la matinée. A midi visite de mon cousin Thomas Pepys pour me consulter au sujet de devenir juge de paix auquel il est tout à fait hostile. Il me dit, à titre confidentiel, qu'il ne se sent pas libre pour des motifs religieux d'infliger des pénalités conformément à la loi contre les quakers et autres sectes. De plus il n'entend point le latin et n'a donc plus comme autrefois les capacités pour occuper ces fonctions, maintenant que les mandats sont rédigés en latin. De même ne réside-t-il point dans le Kent, encore qu'il soit originaire de la paroisse de Deptford, car sa maison est située dans le Surrey. Je ne l'en pousse pas moins à accueillir la chose avec faveur. J'ai vraiment le sentiment que d'avoir là-bas un parent juge de paix ne peut que servir ma réputation.
            Après son dépar, ma femme sortie, j'allai ici et là, voir et être vu. Entre autres j'entendais découvrir dans quel endroit de Thames Street Betty Howlett est venue s'installer maintenant qu'elle a épousé le fils de Mrs Mitchell. Je parvins à mes fins, près de la taverne de l'Ancien Cygne, mais point ne jugeai utile d'y aller ni de les voir.
          Par le fleuve à Rotherhite lisant un nouveau livre que milord Brouncker m'a donné aujourd'hui 
" L'histoire amoureuse des Gaules ", pamphlet fort bien tourné contre les amours de la cour de France.:
            Je parcours de long en large l'arsenal de Deptford où je n'étais point allé depuis mon retour de Greenwich. Je rencontrai Mr Castle, bûmes à la taverne de la Demi-Etape puis chez lui où je bus un bol de cidre et retour à la maison où je trouve Mr Norbury. Après son départ ma femme m'annonce une mauvaise nouvelle, notre Susan est malade et a dû se coucher avec de fortes douleurs à la tête et au dos, ce qui nous tracasse tous. Nonobstant nous nous mettons au lit attendant de voir comment les choses tourneront demain. Elle a, pensons-nous, un peu trop travaillé, ne disposant ni d'une bonne ni d'une petite servante qui la puisse aider.


                                                                                                                     2 mai

            Levé. Voyons que notre servante va mieux, ce dont nous nous réjouissons. En carrosse avec sir William Batten à Whitehall. Présentons nos respects au Duc comme à l'accoutumée. Avec le capitaine Cocke rencontré à mon bureau délibérer sur la façon de l'aider à gagner quelque argent car il est déjà las de l'état de servitude où il se trouve vis-à-vis de milord Brouncker ainsi que des sommes que cela lui coûte, alors que milord ne lui témoigne pour autant nulld espèce de courtoisie. 
            Rentré dîner à la maison, je vois que la servante va de mieux en mieux........  Fus par le fleuve à Whitehall assister à une séance de la commission de Tanger consacrée aux affaires de Mr Yeabsley. Puis chez ma régleuse de papier, demeurai un bon moment avec Nan, passant agréablement l'après-midi à musarder.
            Rentré tantôt chez moi puis un peu à mon bureau. Ensuite souper avec ma femme, la servante se portant à nouveau fort bien et, au lit.


                                                                                                                       3 mai

            Levé, toute la matinée au bureau. A midi chez moi et, contrairement à mes espérances apprends que ma petite servante Susan va moins bien. En conçus du tracas, d'autant plus que je vois ma femme se consacrer à la peinture, sans se préoccuper des affaires domestiques. Elle entre pour la 2è fois dans une période de peinture. Tout cela me rendit maussade, aussi témoignai-je de la colère à ma femme et m'opposai-je à ce que Browne s'imaginât qu'il pût toujours partager mon dîner, à ma table, je souhaite en effet être maître chez moi sans qu'un étranger et qui de plus travaille de ses mains, soit instruit de toutes mes affaires personnelles. Eus à ce sujet une petite querelle avec ma femme, mais qui fut bientôt terminée. Puis il fallut faire chercher partout une garde-malade qui pût ramener notre servante chez elle. 
            J'aurais donné n'importe quoi pour en trouver une. Je proposai 20 shillings par semaine à la seule que nous pûmes trouver, et encore nous revient-il de procurer vêtements, literie et médecine. Au reste j'eusse volontiers donné 30 shillings d'abord exigés, mais je désirai disposer d'une heure ou deux de réflexion.                                                                                                         talivera.fr
            Ensuite par le fleuve à Westminster, là je fis quérir la mère de notre servante lui demandant de me venir trouver à la Grand-Salle. Elle vint et se charge de trouver un logement pour sa fille, une garde-malade tout à côté de chez elle, mais elle n'ose pas, par égard pour la paroisse dont son mari ests sacristain, l'héberger dans sa propre demeure.
            M'en retournai, m'arrêtai chez mon libraire et ailleurs de moindre iimportance. Le soir arrive la mère avec une garde-malade qu'elle a trouvée, qui exigea, j'étais d'accord, x shillings par semaine pour prendre Susan chez elle. Puis elle partit et ma maison donne une impression de bien grande désolation maintenant que si peu de monde y vit. Nous aurons, en conséquence besoin d'un ou deux domestiques.
            A la vérité j'eus le coeur un peu triste tout l'après-midi et en proie à l'inquiétude. Mais elle est partie et nous en sommes tous contents. Un peu au bureau, retour à la maison, souper et, au lit.


                                                                                                                     4 mai

            Levé et à Westminster par le fleuve, à Charring Cross avec Mr Gregory, chez sir Philip Warwick absent. J'emmenai alors Gregory à Whitehall où je m'entretins avec sir Williamson pour obtenir la permission de faire publier dans la prochaine Gazette qu'une distribution générale d'argent au titre de la Caisse des Invalides de Chatham aurait lieu tel jour du mois de juin. Je laissa là Gregory et retournai en voiture chez sir Warwick que je rencontrai dans le parc. Nous discutâmes de l'encochage de tailles pour le terme destinées à Tanger ......... Puis chez Mr Hayls pour voir où il en est du portrait de Mrs Pearse. Quoiqu'il puisse prétendre je ne pense pas que ce portrait sera aussi beau que celui de ma femme.
             Retour un peu au bureau, puis allai dîner. Derechef très vif échange avec ma femme à propos de Browne qui lui vient enseigner la peinture et qu'elle voudrait faire asseoir à ma table, point sur lequel je me refuse à céder. Je crois sincèrement qu'elle ne pense point à mal, mais nous nous mîmes fort en colère. Je mis un terme à tout cela en décidant que mes volontés seraient obéies sans discussion, quelle que puisse être la justification, et j'entends qu'il en soit ainsi.
            Après dîner sortis, fus à la nouvelle Bourse pour m'enquérir de pièces de théâtre imprimées et à Whitehall pensant rencontrer sir George Carteret, en vain.  Fus alors à la taverne du Cygne à Westminster, passai un quart d'heure avec Jane et rentrai chez moi, ma femme rentre aussi étant allée chez sa mère la prier de lui trouver une bonne. Allons en voiture par les champs jusqu'à Bow, puis retour tard le soir. Après souper, au lit, très préoccupés de ce que nous n'avons personne pour remplacer Susan. 
            < < Ce soir lassé de mes récentes nonchalances et du peu de services que je rendrai au roi ou à moi-même dans ma charge je m'astreignis à de très strictes règles jusqu'à la Pentecôte prochaine >> 


                                                                                                                              5 mai 

            Passé toute la matinée au bureau. Après dîner ayant reçu une lettre de la flotte de sir William Coventry, m'activai grandement afin de leur envoyer les entrepreneurs des subsistances qui se trouvent sur le fleuve, trop de choses pour ma mémoire. Jusqu'à 10 heures du soir m'occupai de mon courrier et d'autres affaires nécessaires au service. Aux alentours de 11 heures à la maison. Un beau clair de lune et ma femme et Mrs Mercer vinrent dans le jardin, et comme j'en avais terminé avec mon travail, nous chantâmes jusque ver minuit avec grande satisfaction, pour nous comme pour nos voisins à en juger par leurs fenêtres qui s'ouvraient. Puis rentrâmes, souper et, au lit.


                                                                                                                             6 mai 1666
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            A l'église, à la maison. A Whitehall à pied après dîner pensant voir Mr Coventry mais n'y parvins point et refis donc tout le chemin à pied. Travaillai jusqu'au soir à mettre en ordre mes papiers relatifs aux subsistances, papiers qu'il y a des mois, j'en ai peur que je n'ai pas examinés en raison de mes multiples travaux et < plaisirs >. Retournai à pied chez moi puis au bureau des subsistances où je rencontrai Mr Gauden. J'en reçus un versement, bien inférieur à ce que j'attendais et à ce que l'on serait en droit d'attendre de lui. Puis souper et, au lit.


                                                                                                                          7 mai

            Levé de bonne heure afin de mettre de l'ordre dans mes papiers relatifs aux subsistances avant l'arrivée de Mr William Coventry, ce qui ne laisse point de m'attrister fort, conscient que je suis fort en peine de donner une réponse satisfaisante à ses questions concernant ces affaires. Travaillai d'arrache-pied au bureau et parvins à tout remettre de façon tout à fait plausible avant l'arrivée de Mr William, à qui je fus en mesure de rendre compte de toutes choses tout à fait convenablement. Fûmes au bureau où nous tînmes une réunion et examinâmes les affaires dont il s'occupe et la situation des subsistances de la flotte. Je rougis jusqu'au plus profond de moi-même de n'avoir pu en dire plus que je ne le fis ou ne le pus alors, mais plût au Ciel que jamais je ne me retrouve en pareille situation ! Nous nous quittâmes de fort bonne grâce de mon côté, puis rentré dîner chez moi, ma femme de plus en plus tracassée par sa fluxion à la joue. Dînâmes donc avec ma belle-sœur que je trouve de plus en plus spirituelle. Puis vais chez milord le trésorier général et à l'Echiquier pour m'occuper de mes affaires de Tanger. Et c'est avec la plus vive satisfaction que je vis au passage toutes sortes de choses et de gens sans seulement désirer m'arrêter ni de perdre un instant avec eux étant obligé par des vœux contraignants de m'attarder à l'extérieur sous aucun prétexte hormis ce qu'imposent mes charges officielles. Derechef à la maison où je trouve Mrs Pearse et Mrs Ferrer venues voir ma femme. Je passai un bref instant avec elle ayant beaucoup à faire, et au bureau où travaillai jusqu'à fort avant dans la nuit. Las n'étant point oublieux de mes manquements de ce jour, mais fier cependant qu'il se terminât sans critique supplémentaire de Mr William Coventry. Puis, au lit. Sommeil profond.


                                                                                                                          8 mai

            Levé et au bureau toute la matinée. A midi dînai à la maison, ma femme souffre encore de la joue. Retour au bureau, survient Mr Downing fabricant d'ancres qui m'avait le mois dernier donné 50 pièces d'or en échange d'un mot que je glissai en sa faveur à Mr Coventry pour lui faire obtenir un poste à Deptford, mais après l'avoir obtenu grâce à moi il ne se sent plus en mesure de poursuivre en ce sens et abandonne donc l'affaire, si bien qu'il n'a tiré aucun profit de mon initiative. Aussi, mû par mon honneur et par ma conscience je le ramenai chez moi et, quoi qu'il m'en coutât, ne l'en obligeai pas moins, en usant de persuasion et de contrainte à reprendre cette somme, alors que ce pauvre homme n'en  avait aucune envie. J'y parvins néanmoins et il s'en alla. Fus content de lui donner si belle occasion de chanter ma louange, puis retour à mon bureau, tard. Rentrai à la maison, soupai d'un bon homard avec ma femme, et un peu à mon bureau puis, au lit.


                                                                                                                         9 mai

            Levé pour 5 heures, ce qui ne m'était point arrivé depuis longtemps et descendis la Tamise jusqu'à Deptford. Il s'agissait, entre autres, d'examiner la situation de la ferronnerie afin de faire quelque chose pour Downing qui le pût pousser à me redonner les 50 pièces. Revins à pied lisant mon livre de droit civil. Fus en voiture à Whitehall où nous regardâmes nos affaires ordinaires en présence du duc d'York et l'écoutâmes louer le navire de Deane, le Rupert, davantage que le Defiance récemment construit par Castle et ce en présence de sir William Batten, ce qui me donna grande satisfaction. Par le fleuve jusqu'à Westminster où m'occupai de mon ordre de paiement relatif à Tanger, et en voiture chez Mrs Pearse pensant aller chez Hays, mais elle n'était pas prête, aussi rentrai-je dîner.
            Fus en voiture chez Lovett, mais je constate qu'avec sa jolie épouse il est parti chez moi pour me montrer quelque chose, m'en vais donc chez milord le trésorier général et de là chez Pearse où je trouve Mrs Knepp. Les emmenai chez Hays pour voir nos portraits achevés, qui sont très jolis, mais celui de Mrs Pearse est loin de me plaire autant que je l'avais d'abord cru, car il n'est ni aussi ressemblant ni aussi bien peint que je m'y attendais, ni que le mien ou celui de ma femme. Me rends avec elle à Cornhill afin de choisir une garniture de cheminée pour le petit salon de Mrs Pearse, puis chez moi où je trouve ma femme en proie à de vives douleurs et fortement contrariée que je fusse sorti avec ces femmes et, lorsqu'elles furent parties, les traita de " catins " et de je ne sais quels autres noms. Ce dont je fus contrarié, m'étant comporté si innocemment envers elles.                  music-in-painting.com
            Fus avec elles chez Mrs Turner où je demeurai un temps en leur compagnie. Ma femme me fait tantôt quérir. Je viens mais voilà qu'il ne s'agissait que de me gourmander et elle voulait sortir de ce pas prendre l'air, pour cela elle y était bien décidée. Je quittai donc cette compagnie et allai avec elle à Bow, mais étais contrarié et ne lui adressai point une seule parole tout le long du chemin à l'aller comme au retour, et même après notre retour à la maison, mais fus tout de suite au lit. Une demi-heure plus tard, alors qu'elle s'était appuyée sur moi en voiture comme souhaitant se réconcilier, la voici qui monte souffrant d'une violente crise de colique et en proie à de vives douleurs, et de me faire sortir du lit. Je me levai et la soutins. Elle me prie de lui pardonner et nous la mettons au lit en proie à de vives douleurs. Au lit la douleur cessa bientôt. Puis nous fîmes apporter des asperges à notre chevet pour le dîner puis, très bienveillants, nous nous endormîmes et nous étions réconciliés le lendemain.


                                                                                                                     10 mai 1666

            Levé et au bureau toute la matinée. A midi dîner chez moi où je travaillai tout l'après-midi, puis sortis avec ma femme en voiture, elle se sent désormais tout à fait dispose sa fluxion à la joue ayant percé de l'intérieur. Nous emmenâmes avec nous Mrs Turner venue rendre visite à ma femme au moment où nous sortions. Force babil sans grand intérêt. Elle m'apparaît, bien qu'à d'autres égards femme de grand discernement, comme la plus authentique des commères lorsqu'elle parle de ses voisines. Alors que nous voulions aller en voiture vers Harkney pour prendre l'air ce sot de cocher nous conduit à Shoreditch, ce qui fut si charmante naïveté de sa part et de la nôtre que nous nous en divertîmes fort, et retour tardif. Chaleur exceptionnelle toute la journée et toute la nuit avec énormément d'éclairs durant tout notre trajet mais sans qu'il tonnât. Sur le chemin du retour nous fîmes halte dans une petite taverne et nous fîmes servir un pâté d'anguille dont ma femme mangea un morceau et rapportâmes le reste à la maison. Rentrés donc à la maison soupâmes puis, au lit. Arrivée ce jour de notre nouvelle cuisinière Mary recommandée par Mrs Batters.


                                                                                                                        11 mai

      Levé de bonne heure puis vais avec Mr Yeabsley chez milord Ashley où arrivent tantôt sir Hugh Cholmley et Creed, puis fûmes introduits auprès de milord et nous mîmes alors à examiner les comptes de Mr Yeabsley. Il m'apparaît dans cette affaire comme dans beaucoup d'autres comme l'un des hommes les plus doués de discernement. Il souleva maintes objections auxquelles il sera répondu une autre fois, puis s'en fut m'avertissant ainsi qu'il me faudra me prémunir en prévision du jour où ce sont mes comptes qui devront être approuvés.
            A Westminster pour voir ce qu'il en est de l'encochage de mes tailles, mais rien n'est fait ni ne le sera. A la Bourse afin de causer avec le capitaine Cocke, entre autres de la remise des pièces d'argenterie qu'il promet de me donner. Mais au cours de notre entretien il me dit que je devais me méfier de mes collègues et me déclara nommément que milord Brouncker avait dit, alors qu'il le pouvait entendre, en présence de sir William Batten et à mon sujet qu'il était en son pouvoir de
 " défaire cet homme " s'il le voulait, ce qui je pense est grande sottise. Il me faute néanmoins impérativement me protéger de cet homme. 
            A la maison je dîne seul ma femme étant sortie, m'emploie ensuite à mettre certaines choses en ordre dans ma salle à manger, et ma femme de rentrer tantôt avec Mrs Pearse, ce qui me fit perdre la plus grande partie de cet après-midi, et je sortis avec elles dans la soirée, notre grande excursion en voiture à Hackney, puis à Kingsland et à Islington où je les traitai de belle façon à la lueur de la chandelle. Puis retour, déposâmes Mrs Pearse chez elle, à la maison et, au lit.


                                                                                                             12 mai

            Levé, au bureau de très bonne heure afin de rédiger une lettre pour le duc d'York l'avertissant de l'état déplorable de ce service par manque d'argent. Cela étant fait dans des délais raisonnables, nous nous réunîmes au bureau et y passâmes la matinée. A midi chez moi où je trouve ma femme encore contrariée de ce que je l'ai tancée hier soir dans la voiture à propos de ses longues histoires tirées du Grand Cyrus qu'elle voulait raconter, bien que cela manquât totalement de pertinence et de bon goût. Elle se formalisa, et je crois à la vérité que j'étais en tort. Mais il lui semble, non sans raison qu'en la compagnie de Mrs Pearse, de Mrs Knepp ou d'autres femmes que j'affectionne, je ne lui rends point justice ni ne lui témoigne l'attention que je devrais. Ce nonobstant fûmes tantôt réconciliés. Dîner, et après montâmes mettre de l'ordre dans notre salle à manger qui aura bientôt recouvré sa netteté, mais n'est point encore telle qu'elle devrait être, du fait des tableaux qui ne sont point arrivés. 
            Au bureau où travaillai beaucoup. Le soir à Westminster e't à Whitehall pour le travail. Entre autres rencontrai sir George Downing sur le pont de Whirehall, marchandâmes alors une demi-heure, causant de la nouvelle loi récemment adoptée. Et au vrai c'est bien cette loi qui nous a valu l'occasion de nous procurer 800 000 livres depuis Noël pour un total qui ne doit se monter qu'à 1 250 000 £. Aussi je tiens de sa part qu'il y a une réalisation tout à fait considérable, car la chose doit être portée à son crédit d'un bout à l'autre. Rentré chez moi par le fleuve, travaille d'arrache-pied jusqu'à minuit achevant cette importante lettre au duc d'York en prévision de demain matin, puis à la maison et, au lit.
            Ce jour retour de ma servante Susan, son affection s'est révélée une fièvre intermittente et elle fut saisie d'un accès dès son retour.
            La flotte n'a toujours pas quitté l'estuaire, la peste augmente en maint endroit et nous avons cette semaine 53  victimes.


                                                                                                                        13 mai

            Levé, à pied à Whitehall où nous nous réunîmes tous pour présenter au duc d'York une lettre où nous exprimons de solennelles doléances devant le manque d'argent. Cela fait parcourus plusieurs fois Westminster, pensant m'attarder quelque peu avec Sarah à la taverne du Cygne ou avec Mrs Martin, mais mon attente fut déçue. Aussi fis-je à pied la plus grande partie du trajet me séparant de chez moi où vient me trouver Mr Simons, ma vieille connaissance, pour dîner avec moi. Je m'efforçai de lui être d'aussi agréable compagnie que possible mais il fut, me semble-t-il, fort impertinent nonobstant. Ce qui montre la différence entre mes sentiments d'aujourd'hui et ce qu'il en était naguère, à l'époque où je le tenais pour un fort plaisant garçon.
           Après le dîner allâmes tous deux à pied jusqu'à Cheapside puis poursuivis en marchant tout du long jusqu'à Westminster et me trouvai par hasard en l'église St Margaret où j'entendis un jeune homme dire des sottises au sujet de la doctrine du purgatoire. Dans cette église j'aperçus Betty Howlett vraiment fort jolie, ce dont je ne fus pas peu frappé. Comme après le service je me tenais dans l'enclos de l'église elle m'aperçut aussi m'approchai-je d'elle, ses parents, beaux-parents et son mari se trouvaient avec elle. Ils souhaitèrent, ce que j'acceptai, que j'allasse chez lui avec Mr Mitchell. J'eus là l'occasion d'embrasser Betty deux ou trois fois et de me lier davantage avec eux. Ils en sont heureux, mais point autant que moi, et ils n'imaginent pas à quel point je le suis. Je passai une heure ou davantage avec eux, bavardant dans leur petit jardin misérable près de Bowling Alley. Puis les laissai et rentrai par le fleuve fort mal à l'aise à l'idée que sir William Penn qui se rend auprès de la flotte ne me vînt voir ou me fît quérir pour s'informer de la situation et en particulier de l'état des subsistances, ce qui lui eût permis, grâce à mes efforts, de paraître plein de prudence. Après avoir passé une heure agréable avec ma femme en son petit salon, fus au lit, alors même qu'il faisait encore jour.                  


                                                                                                                       14 mai

           Arrivée de bonne heure d'une lettre de sir William Coventry m'apprenant qu'il a reçu l'ordre, ainsi que Sir George Carteret de se rendre incontinent auprès de la flotte. Me levai et vis aussi que sir William Penn les avait suivis. Aussi voyant que cette journée serait pour moi une journée de loisir me mis à nettoyer mon bureau. Je m'en tirai à ma satisfaction et je remis mes cartes en place, étant aussi fort séduit par la bonne de Griffith qui fit le nettoyage, car elle est jolie fille.
            Je la laissai à son travail et m'en fus vers Westminster, en voiture, moi et ma femme et, le voyant, prîmes avec nous Mr Lovett, le vernisseur, un homme à la conversation et à l'humeur agréables qui plaît donc à ma femme, et je crois que je lui procurerai largement de quoi faire.
            Je laissai ma femme à la nouvelle Bourse et fus quant à moi à l'Echiquier voir ce qu'il en est de mes tailles de Tanger. Rencontrai sir George Downing qui me montra l'usage qu'il vient de mettre en pratique de coller sur la porte de l'Echiquier une affiche précisant quels ordres de paiement ont été acquittés aux termes de la nouvelle loi et lesquels sont en train de l'être. Milord d'Oxford survenant également il le prit à part et ne lui cela rien de la façon dont il tient ses livres de comptes, lui expliquant tous les détails, la méthode est de fait fort belle. Et à ce jour 804 000 livres ont été assignées en vertu de cette loi.
            A la nouvelle Bourse repris ma femme et retour à la maison pour le dîner. Puis derechef à mon bureau pour mettre de l'ordre. Le soir sorti avec ma femme et ma tante Wight pour prendre l'air. Se déroula une plaisante course entre notre fiacre et celui d'un monsieur. A Bow nous mangeâmes et bûmes avant de rentrer car la soirée était très fraîche. Ayant déposé ma tante chez elle et rentré chez moi, je me mis à examiner le livre de comptes de la cuisine de ma femme. Découvre une erreur de 20 shillings ce qui me mit dans une belle colère et produisit une grande dispute entre nous. Puis, nous disputant de la sorte, au lit.


                                                                                                                     15 mai 1666

            Levé et au bureau où nous restâmes réunis toute la matinée. A midi dîner chez moi, après en voiture chez sir Philip Warwick qui m'avait fait quérir mais n'était point chez lui. Aussi fus-je chez milord Crew arrivé tout récemment à Londres et avec lui de causer une demi-heure des affaires de la guerre. A cet égard, en raison de notre manque d'argent il craint fort que nous ne perdions, ce dont je suis d'accord avec lui. Après nous être quelque peu entretenus de questions ordinaires m'en retournai chez Philip Warwick qui était rentré puis reparti chez milord le trésorier général où je le suivis. On avait besoin de moi pour me dire que milord le trésorier général tient à notre disposition pour la marine
 10 000 £ destinées à faire face à nos grands besoins. De cela je ne manquai point de le remercie, encore que cette somme ne soit guère considérable. Rentrai travailler tout l'après-midi jusqu'au soir, et à la maison, souper et, au lit.


                                                                 à suivre..........


                                                                                                              16 mai 1666

            Levé de très..........