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samedi 25 janvier 2020

Anecdotes et Réflexions d'hier pour aujourd'hui 106 Samuel Pepys ( Journal Angleterre )

Fliegende Fische treffen sich in der Torrid Zone, von Americae Tertia Pars ... von Theodore de Bry
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                                                                                                              1er Décembre 1663

            Lever et réunion toute la matinée à mon bureau. A midi dîner à la maison avec ma pauvre femme. J'ai ces temps-ci grand plaisir à me trouver avec elle et à lui enseigner l'arithmétique.
            A l'Hôtel de Ville pour assister à un procès au Banc du roi en présence du président Hyde. Toutes les preuves y étaient : comment l'argent avait été escroqué aux prêteurs à la grosse aventure et aux assureurs, et le vaisseau abandonné par le capitaine et les marins sur des écueils où il aurait dû périr à marée descendante. Le capitaine s'était vu proposé de l'aide, mais avait donné 20 sols à boire aux pilotes pour les prier de retourner à leurs affaires, disant que les rochers étaient vieux, alors que son vaisseau était neuf. Ce dernier fut réparé pour moins de 6 livres et vient d'être ramené sur la Tamise par un agent des assureurs, avec sa cargaison, des grands pots, non point de beurre, mais de suif couvert d'une couche de beurre, le tout ne valait pas plus de 500 livres, vaisseau et chargement ensemble, alors qu'ils avaient empoché, à ce qu'il paraît, plus de 2 400 livres. Le capitaine avait acheté la complicité de ses hommes et, en dépit de ces preuves accablantes, il fit comparaître plusieurs d'entre eux pour jurer qu'ils avaient été pris dans une tempête et avaient fait tout leur possible pour sauver le vaisseau, et qu'il y avait sept pieds d'eau dans la cale, et qu'il leur avait fallu couper le grand mât de misaine. Que le capitaine avait quitté le vaisseau le dernier et qu'ils avaient été contraints de l'abandonner alors qu'il était sur le point de sombrer et que le gouvernail avait cassé, et qu'on l'avait ramené au port après leur départ, tout rompu, à l'état d'épave et la cargaison perdue..... Les plus grands avocats du royaume étaient là, mais après qu'un ou deux témoins eurent déposé pour le plaignant on s'écria que c'était une escroquerie flagrante, et le jury sans être sorti pour délibérer trancha en faveur du plaignant.
            Mais il était amusant de voir quels témoignages extravagants étaient donnés par les marins, qu'il était impossible d'amener à ordonner leurs propos, et il y avait aussi les termes qu'ils utilisaient et que le juge n'entendait pas....... Et surtout il y avait un Français qui ne savait que le français, qui prêta en anglais un serment qu'il n'entendit point, et fit assermenter un interprète qui pût nous traduire ce qu'il disait, et ce fut le meilleur de tous les témoignages.
            A la maison fort satisfait de mon travail de cet après-midi, et j'ai l'intention de passer un ou deux après-midi ainsi à chaque session. A mon bureau pour souper, arithmétique avec ma femme et, au lit.                                                                                                       
            << J'ai aussi écouté d'autres procès, et j'ai vu en assistant à celui-ci, comment on plaide. J'ai aussi entendu et appris deux choses :
               -   La première est que chacun a le droit d'emprunter n'importe quel grand chemin, mais n'en a pas la propriété.
                -  La deuxième est que le juge n'a pas voulu souffrir que Mr Crowe, qui s'est libéré de ses fonctions d'échevin contre le paiement d'une amende, fût appelé par ce titre, mais seulement par celui de " maître " et s'est irrité huit ou neuf fois à cause de cela, et interrompait toute personne qui l'appelait de cette façon. >>

                                                                                                                  2 décembre

            Ma femme a été tourmentée toute la nuit et ce matin par une rage de dents.
            Me levai et à mon bureau fort occupé. A la maison pour dîner avec ma femme qui souffre maintenant moins de ses dents. L'après-midi visitai Mr Bland comme convenu, et l'accompagnai au Navire, une taverne voisine, où rencontrai son adversaire Mr Custos et son arbitre Mr Clerke, également négociant. Ils commencèrent à disputer du fret d'un vaisseau loué par Mr Bland pour transporter des provisions jusqu'à Tanger et qu'on lui demande maintenant de payer, alors, dit-il, qu'une partie des marchandises est arrivée gâtée, et l'autre n'a pu être livrée. Et pour tout cela il exige 1 300 livres. Ils ont l'esprit si échauffé, leurs exigences sont si éloignées et leurs paroles si souvent hostiles et violentes, que je crains que nous ne parvenions à rien. Cependant je suis content de voir que j'entends si bien cette affaire, et je vais m'efforcer de servir Mr Bland le mieux et le plus justement possible.
            Nous nous trouvions dans une méchante salle et c'est ce qui le fâcha le plus, mais la prochaine fois nous nous retrouverons dans une autre taverne. A midi à la maison et à mon bureau jusqu'à 9 heures puis rentrai auprès de ma femme pour lui tenir compagnie, arithmétique, souper et, au lit, son mal de dents est passé.


                                                                                                                      3 décembre
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            Lever et au bureau toute la matinée, puis, dans le carrosse de Mr Coventry, à la Bourse. Dîner à la maison, fort agréablement avec ma pauvre femme. Quelqu'un de Portsmouth, je ne sais pas qui, m'a envoyé un tonnelet de vin rouge. A mon bureau tout l'après-midi fort occupé jusqu'à une heure avancée. Retour auprès de ma femme, souper et, au lit.
            Aujourd'hui sir George Carteret nous a dit, à la table du Conseil, que la marine, à l'exception de ce qui est dû aux arsenaux pour ce trimestre en cours, et les quelques factures dont il n'a pas eu connaissance, n'a plus du tout de dettes, ce qui est une excellente nouvelle, et extraordinaire. Et à la Bourse, cela fait fort plaisir d'entendre que notre crédit est aussi bon que celui de n'importe quel négociant de la place. Dieu fasse que cela continue ! Je suis sûr que le roi en récoltera le bénéfice, et nous un peu de tranquillité et de crédit.


                                                                                                               4 décembre

            Levé de fort bonne heure, c'est-à-dire vers 7 heures, car maintenant il fait encore noir à ce moment-là. Puis je mis mes vêtements, mes chaussures et mes bas chauds, et me rendis par le fleuve avec Henry Russell, dans le froid, l'humidité et le vent, à Woolwich pour m'occuper d'un vaisseau chargé de chanvre. Je restai un moment à le regarder et donner des instructions pour le faire accoster, et retournai à la maison par un froid glacial. Rendu chez moi sans m'être nulle part arrêté, vers midi, redoutant d'avoir pris froid. Puis dînai à la maison, me changeai et tout l'après-midi à mon bureau jusqu'au soir. Puis à la maison pour tenir compagnie à ma pauvre femme, souper et, au lit.


                                                                                                                    5 décembre

            Lever et au bureau, réunion toute la matinée. Puis le Conseil au complet, sir John Mennes, sir William Batten et moi, accompagnâmes le capitaine Allin chez lui, non loin d'ici dans Market Lane, pour dîner. Le repas fut simple, mais fort bon et l'accueil aimable. C'est une jolie petite maison, mais si enfumée que nous en étions tous incommodés, jusqu'au moment où l'on éteignit ce feu-là pour en faire un de charbon de bois.
            Ce dîner me plut fort à cause des nombreuses et excellentes histoires que conta Mr Coventry, que j'ai notées dans mon recueil d'histoires et ne rapporterai donc pas ici.
            Nous restâmes jusqu'au soir, puis Mr Coventry s'en alla. Je rentrai bientôt à la maison, puis à mon bureau jusqu'à 9 ou 10 heures du soir, puis à la maison pour souper et, au lit, après avoir un peu causé et fait de l'arithmétique avec ma pauvre femme. Ma vie avec elle me donne maintenant de grandes satisfactions, et mon esprit est entièrement délivré de toute jalousie, que Dieu me pardonne !; et rien d'autre ne me trouble que la crainte que j'ai d'avoir encouru le déplaisir de milord.


                                                                                                                6 décembre 1663
                                                                                                        Jour du Seigneur
            Grasse matinée et seul à l'office. C'est ce qui me gêne le plus, n'ayant pas de domestique ni de petit valet pour m'accompagner. A la maison pour dîner. Ma femme, comme il faisait froid et qu'il commençait à neiger ( la première neige cette année ) garda le lit jusque après le dîner. Je restai seul en bas à étudier mes livres d'arithmétique et ma règle à cuber le bois.
            Ma femme se leva peu après et nous passâmes tout l'après-midi à faire de l'arithmétique. Elle sait maintenant très bien faire les additions, les soustractions et les multiplications. J'ai l'intention de ne pas l'importuner pour le moment avec la division, et de commencer maintenant mes leçons sur les globes terrestre et céleste.
            Dans la soirée le capitaine Grove vint s'entretenir avec moi de l'affaire Field et d'autres sujets. Après son départ allai à mon bureau où passai une heure ou deux à lire Rushworth, puis rentrai souper à la maison, prières et, au lit. A cause du froid je recommence à avoir des douleurs. Dieu fasse que cela n'empire pas !


                                                                                                                       7 décembre
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Résultat de recherche d'images pour "mât de misaine"            Levé de bonne heure et, comme il gelait ce matin, allai à pied à Whitehall, mais non sans craindre le retour de mes douleurs. Une fois arrivé j'apprends et je vois que tout Whitehall a été inondé hier soir par la plus grande marée qui se soit jamais produite de mémoire d'homme sur la Tamise. Il n'était bruit que de cela.
            Nous nous retrouvâmes tous bientôt, montâmes avec le Duc et expédiâmes nos affaires. Un peu plus tard, milord Sandwich fit son entrée. Sont-ce mes appréhensions ou non, je ne saurais le dire, mais je ne remarquai point qu'il m'adressât le moindre signe d'amitié ni de respect, ce qui me tourmente plus qu'aucune autre chose au monde. Quand nous eûmes fini, sir William Batte, le capitaine Allen et moi passâmes en voiture dans le quartier du Temple, où je descendis, tandis qu'ils rentraient chez eux, et pour la seule raison que j'étais tourmenté et voulais essayer de voir milord Sandwich pour le mettre à l'épreuve et voir comment il me recevrait, je pris un fiacre et retournai à Whitehall, mais ne pus l'y trouver. Je rencontrai le Dr Clarke et lui contai mes ennuis de santé, lui dis que mes douleurs revenaient en ce moment. Il m'écrivit une ordonnance que je prendrai si besoin est. Puis j'abordai le sujet du Dr Knapp, qu'il me dit être le médecin du roi, et devenu un grand solliciteur de places pour les gens, et m'importune fort. Clarke me dit que c'est l'homme le plus impudent du monde, qui se présente comme un médecin du roi, alors qu'il ne l'est pas. Il a été chassé de la Cour. Ce qui m'apprend quel degré d'impudence il y a dans le monde, et comment on peut se tromper sur les gens.
            Un peu plus tard, le roi, le Duc et la Duchesse vinrent dîner dans la salle de la girouette où je ne les avais encore jamais vus. Mais il paraît que depuis que les tables ont été démontées, c'est maintenant toujours là qu'il dîne.
            La reine se porte assez bien et peut sortir de sa chambre pour se rendre à la petite chapelle dans le palais. Le roi de France, à ce que l'on dit, va louer 60 vaisseaux aux Hollandais, mais on ne sait dans quel dessein.
            Bientôt, désespérant de voir milord, je me rendis à la table d'hôte de la Tête du Roi où fis un bon dîner, mais presque sans parler à personne. Après dîner rentrai en fiacre à la maison où trouvai ma femme sortant à peine du lit, car la journée est très froide, et, après une agréable petite conversation avec elle, à mon bureau où restai tard.
            Passai deux ou trois heures avec sir William Warren, à causer de commerce et d'autres sujets de manière fort intéressante, ce qui me fit un grand plaisir, puis, après avoir un peu lu Rushworth, à la maison, souper et, au lit.


                                                                                                                  8 décembre

            Grasse matinée, puis lever et au bureau toute la matinée. Entre autres, Mr Berkeley blâma son commis, Mr Davis pour quelque chose que sir William Batten et moi lui avions dite hier, mais je fis mon possible pour réduire l'importance de l'incident, et tout s'arrangea.
            A midi à la Bourse. Entre autres affaires je parlai au capitaine Taylor, et je pense que le fret de ses vaisseaux va presque certainement me rapporter 20 livres dans l'immédiat, sans compter de possibles gains à l'avenir.
            A la maison pour dîner et à Whitehall en fiacre où me promenai longuement avec Mr Treviot. Il m'apparaît comme un homme extrêmement prudent, réfléchi et habile, ce que j'ai toujours pensé de lui. Il nous présente aujourd'hui les comptes d'après lesquels le roi lui doit déjà 10 000 livres au titre de l'entretien de la garnison de Tanger. Il ne demande pourtant pas à être payé en espèces, mais propose d'autres façons de régler la somme par la vente de vieilles provisions gâtées, de quoi l'enrichir de belle façon. Cependant, je vais faire en sorte de savoir s'il l'est ou non.
            La réunion terminée, je pris un fiacre et rentrai à mon bureau où restai tard, puis souper à la maison et, au lit, craignant le retour de mes douleurs à cause du temps très froid, mais je vais prendre toutes les précautions possibles pour l'éviter.
 

                                                                                                                     9 décembre
                                                                                                       eyeofthewind.net
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            Aujourd'hui restai très longtemps au lit, de crainte de me rendre malade. Puis me levai et allai très bien à la selle, de la manière recommandée par ma femme qui veut absolument que je reste assis bien droit et longtemps. Après m'être habillé, au bureau où ma femme m'envoya bientôt chercher car elle était souffrante. Je me rendis auprès d'elle et la trouvai fort malade de ses affaires. Retournai à mon bureau et ressortis à la recherche d'un brasero où brûler du charbon de bois dans mon bureau, et en trouvai un à ma convenance au marché de Newgate. Comme je rencontrai le domestique de Foley dans la rue, je lui donnai comme instruction de le livrer demain au bureau pour le compte du roi. A la maison pour dîner et, après avoir causé avec ma femme, qui a passé toute la journée souffrante au lit, retournai à mon bureau la plus grande partie de la soirée, puis rentrai auprès de ma femme. < Aujourd'hui Mrs Russell a donné à ma femme  un très beau saint George d'albâtre qui décorera fort bien son petit salon. >
            Ce soir au bureau, après avoir noté les événements de la journée, j'ai reçu la visite de mon cousin Angier de Cambridge, le pauvre homme, et entendu ses lamentations. Il a obtenu de moi que je ferai embarquer son fils sans brevet, et je vais m'appliquer à tenir ma promesse. Mais comme on oublie facilement l'amitié dans les heures d'adversité ! Comme je fus soulagé quand il s'en fut allé, car j'avais peur qu'il ne me demande de me porter caution pour lui ou de lui prêter de l'argent.


                                                                                                                       10 décembre

            Me levai fort dispos car le temps s'est beaucoup radouci. Réunion au bureau toute la matinée. J'avoue qu'ayant reçu un cadeau de Mrs Russel, il y a quelque temps, je me suis senti gêné du fait que nous ne lui achetons pas de suif ( elle l'a acheté hier à dessein, mais fort malencontreusement, et c'est une grosse perte pour elle, car elle était sûre de nous en vendre ), tant il est difficile de celui qui reçoit un pot de vin de ne pas se laisser détourner de son devoir et de l'intérêt de son maître. Mais il faudra bien qu'elle fasse contre mauvaise fortune bon coeur, je lui rendrai service quand je pourrai sans léser le roi.
            A la maison pour dîner. J'ai bu un verre de vin et de bière avec d'autant plus de joie que c'est aujourd'hui le jour le plus court de l'année, ce qui est une plaisante considération. avec ma femme. Elle est alitée mais se sent assez bien. Ayant reçu de mon frère le message qu'il est souffrant et ne sort pas de chez lui, j'allai le voir et le trouvai en bas. Il ne se sent pas bien mais n'est pas malade. Je le trouvai réglant la distribution du charbon de Mrs Ramsey, chose dont mon père s'est chargé de nombreuses années, et il a pris sa succession. Ceci m'a fait plaisir, et aussi que Mr Wheatley recommence à chercher à le voir, j'espère que c'est au sujet de sa fille.
            Puis à l'enclos de Saint-Paul chez mes libraires, et comme, aujourd'hui, j'ai gagné 2 ou 3 livres en faisant payer par le roi ma fourniture de bureau, je passai là deux ou trois heures, me faisant apporter une vingtaine d'ouvrages dans le dessein de dépenser cet argent. Je me trouvai fort embarrassé pour faire mon choix, et je vois bien que mon inclination naturelle m'entraîne bien volontiers de nouveau à dépenser de l'argent pour ce genre d'articles. Je me demandai si je n'allais pas acheter des livres divertissants, tels que des pièces, vers quoi mes goûts me portaient le plus, mais finalement, après avoir feuilleter Chaucer, l'Histoire de Saint-Paul  de Dugdale, le Londres de Stow, l'Histoire de Trente de Gesner, en plus des pièces de Shakespeare du Dr Fuller, La Cabale ou Recueil de lettres d'Etat, et un petit livre, Délices de Hollande, ainsi qu'un ou deux autres petits ouvrages, tous fort utiles ou mêlant le sérieux et l'agréable, et aussi Hudibras, les deux parties, le livre qui est en ce moment le plus à la mode pour sa drôlerie, quoique je ne parvienne pas, je l'avoue, à bien voir où réside l'esprit que l'on y trouve. Une fois mon choix ainsi arrêté je rentrai à la maison accompagné par un porteur de torches. Puis à mon bureau où lus Rushworth, puis à la maison, souper et, au lit.
            Je suis allé aujourd'hui chez Wotton, mon bottier qui me dit que sir Henry Wright est mourant, et que Harris est revenu au Théâtre du Duc, et il me parle d'une excellente pièce de sir William Davenant qui doit être jouée cette semaine, l'Histoire d'Henri VIII et de toutes ses femmes.


                                                                                                                       11 décembre 1663
seemotive.de
Résultat de recherche d'images pour "mât de misaine"            Lever et partis en direction de la Garde-Robe. Comme je sortais Mr Clerke m'annonça que Field avait obtenu un commandement contre moi au sujet de cette dernière affaire, pour la somme de 30 livres 10 shillings, et qu'il croit qu'il va me faire porter un exploit ce matin. Et quoiqu'il m'eût dit que cela ne pourrait se faire de bonne heure et qu'il allait arrêter l'affaire chez le shérif, Tom aurait peine à imaginer la peur dans laquelle j'étais en marchant dans les rues, et comme je soupçonnais chaque homme que je voyais et sursautai entendant quelqu'un tousser derrière moi.
            Arrivé à la Garde-Robe ne trouvai point Mr Moore, puis chez Mr Holden à qui je réglai tout ce que je devais pour des chapeaux. Allai ensuite à l'enclos de Saint-Paul, et après avoir passé un petit moment chez mes libraires et acheté dans une boutique le testament du cardinal de Mazarin en français, j'allai au café où j'eus, entre autres, une intéressante conversation avec un négociant en fer qui me dit que c'était un grand mal de décourager la production nationale de cette marchandise en Angleterre, en souffrant que les Suédois exportent chez nous trois fois plus qu'ils ne l'ont jamais fait et en laissant nos forges faire faillite, ce qui est déjà arrivé, dit-il, à presque la moitié d'entre elles. Puis j'allai m'asseoir à côté de Mr Harrington et d'autres.
            < Histoires des contrées de l'est > Négociants qui traitent avec les contrées de l'Est, à propos de la région de Königsberg et de ses environs, il nous dit lui-même que personne là-bas, même les plus pauvres d'entre les pauvres, ne daignerait acheter un poisson mort, il faut qu'il soit vivant, à moins que ce soit l'hiver. Puis on nous conta comment ils jetaient leurs filets dans l'eau par des trous creusés dans la glace épaisse. Ils tendent un filet d'un quart de lieue, et il a vu prendre 130 ou 170 barils de poisson d'un seul coup. Ensuite les gens arrivent sur la glace avec des traîneaux dont le fond est garni de neige, et les emportent ainsi jusqu'au marché. Et il a vu les poissons gelés dans le traîneau, si durs qu'il en a pris un et l'a cassé en morceaux. Et pourtant ces mêmes poissons sortis de la neige et apportés dans une pièce chaude, sont vivants et sautent en l'air. Ils retirent souvent dans leurs filets des hirondelles prises dans la boue des rivières, suspendues ensemble à quelque branche, cadavres en chapelets. Si on les approche d'un feu elles revivent. Des volailles tuées en décembre, l'échevin Barker nous dit qu'il en avait achetées. Les ayant placées dans le coffre sous son traîneau, il oublia de les en retirer pour les manger jusqu'au mois d'avril suivant. Il les retrouva grâce au gel, nullement gâtées, mais aussi bonnes et fraîches à manger que si elles venaient d'être tuées. Il y a là-bas de jeunes ours dont on vend la chair sur les marchés aussi communément que le boeuf chez nous, et c'est une viande excellente et savoureuse. On nous dit que les ours ne font jamais de mal à personne, mais fuient les hommes, sauf si on les poursuit ou on les attaque, mais les loups causent de grands dommages. Mr Harrington nous conta comment ils récoltent tout ce miel qu'ils envoient à l'étranger. Ils évident un grand sapin, ne faisant qu'une petite entaille verticale à un endroit, ils la rebouchent ne laissant qu'un petit trou par lequel les abeilles entrent dans l'arbre et le remplissent d'autant de cire et de miel qu'il peut en contenir. Et les habitants, au moment voulu, retournent ouvrir l'entaille et prennent ce qu'ils veulent, sans tuer les abeilles qu'ils laissent vivre pour qu'elles continuent à produire toujours plus de cire et de miel. Les sapins sont toujours plantés serrés, car ils se garantissent ainsi mutuellement de la violence des vents et, quand on fait une coupe on laisse ici et là, un arbre adulte pour qu'il protège la croissance des arbrisseaux.
            Le plus grand divertissement et amusement du duc de Courlande et des princes de là-bas est la chasse, qui ne se fait pas avec des chiens, comme chez nous, il désigne certain jour et convoque tous les paysans comme pour une campagne militaire. Il les répartit en plusieurs compagnies et assigne à chacun son circuit, et ils se mettent d'accord sur l'endroit où doivent être tendus les rets. Et ainsi, les compagnies en allumant des feux au fur et à mesure de leur avancée, rabattent toutes les bêtes sauvages, ours, loups, renards, sangliers, cerfs et chevreuils vers les rets. Et les grands seigneurs ont pris position à tel ou tel endroit et tirent ce qui leur fait envie, et c'est comme cela qu'ils chassent.
            Là-bas, la population n'est pas très nombreuse, car les hommes, ils ont en général entre 30 et 40 ans, épousent en général des femmes qui approchent ou dépassent la trentaine.
            En prévision d'une chasse publique le Duc mande qu'aucun loup ne soit tué par les paysans et, quels que soient les dégâts que causent ces animaux, le Duc dédommage celui qui a subi le préjudice. Mr Harrington nous donna l'exemple d'une maison où il logeait, où un loup pénétra dans une porcherie et arracha trois ou quatre morceaux de chair sur l'échine du porc, avant que la maisonnée ne lui porte secours, ses cris avaient donné l'alerte, et le fermier lui dit qu'il y avait trois ou quatre loups dans les environs qui leur causaient de grands dégâts...........
            Ensuite à la maison et montai à l'étage car ma femme gardait le lit, et je fis un fort bon dîner, puis à mon bureau où restai tard à travailler. Entre autres, le capitaine Taylor vint me voir au sujet de sa facture pour le fret, et outre qu'il est d'accord pour que je touche les 30 livres que j'ai obtenues, il me propose 6 livres si je me charge de lui faire payer sa facture, ce que je suis prêt à faire, mais je répugnerais à ce que cela se sût jamais. Je vais cependant lui rendre ce service, et je m'en remets à sa bonne volonté quant à ce qu'il voudra bien me donner.
            Rentrai tard souper à la maison. A ma grande joie, je suis presque parvenu, grâce aux bons conseils de ma femme, en allant souvent à la selle et en prenant mon temps, à évacuer mes selles naturellement, comme auparavant, et je prie le Seigneur que cela continue.


                                                                                                                 12 décembre
                                                                                                 zvab.com
Résultat de recherche d'images pour "mât de misaine"            Lever et toute la matinée au bureau. Obtins, entre autres, de sir George Carteret qu'il apposât sa signature sur la facture du capitaine Taylor. J'ai ainsi l'espérance de gagner 6 livres, ce qui me réjouit le coeur.
            Nous avons assisté ce matin à une grande querelle entre Mr Gauden, entrepreneur des substances de la marine et sir John Lawson ainsi que les autres capitaines qui vont partir attaquer Alger, au sujet de leur poisson et de l'observance du carême. Sur quoi Mr Gauden insiste fortement car c'est la seule chose qui compense les pertes de son onéreux contrat tout le reste de l'année.
            Rentrai à midi à la maison, et j'apprenais qu'un certain Abraham, qui souhaitait devenir fournisseur de la Marine royale, a envoyé à ma femme une robe japonaise. Elle lui plaît beaucoup et à moi aussi, et elle vient fort à propos, mais je ne sais comment me conduire, car je suis déjà tellement l'obligé de Mrs Russell ! De sorte que maintenant je leur suis redevable à tous les deux.
            A la Bourse où j'avais fait aviser Llewellyn que je viendrais le retrouver. Je le ramenai à la maison pour dîner. Il me dit que la femme de Will Symons est morte, ce dont je suis bien marri, car c'était une femme de bien. Et il me conte l'étrange histoire qu'elle aurait contée avant de mourir, alors qu'elle avait tous ses esprits : qu'elle voyait debout devant elle son oncle Scobell.
            Puis il entreprit de me dire que Mr Dering avait eu un entretien avec lui, et l'avait prié de me parler : si j'acceptais de le débarrasser des marchandises qu'il avait sur les bras, il me donnerait 50 pièces d'or. Et de plus, si je voulais être son ami et l'aider à faire fructifier sa patente de marchand du roi, il pourrait me céder 200 livres par an sur ses bénéfices. Je fus heureux d'entendre ces deux propositions, mais je répondis sans m'engager, disant que s'il était vrai que je ne me laisserais jamais acheter pour agir injustement, je ne poussais pas le scrupule au point de refuser les témoignages de reconnaissance des gens quand j'avais eu la bonne fortune de leur rendre, grâce à mes soins, de bons et justes services. Et donc je ne conclurais pas d'accord avec lui, mais m'efforcerais de lui rendre ce service, comptant qu'il m'en remercierait plus tard, de la façon qu'il jugerait bonne. Je m'attends donc à ce que l'affaire n'en reste pas là.
            Je fis force compliments à Llewellyn car j'ai l'espoir de gagner quelque chose dans cette affaire, et après son départ allai à mon bureau travailler. Dans la soirée reçus de l'argent de la part de Mr Moore et allai donc mettre notre compte à jour dans mes livres. J'espère découvrir à Noël non seulement que je suis aussi riche, ou plus riche que je ne l'ai jamais été, mais aussi que mes comptes sont moins complexes et comportent moins de dettes et de créances qu'ils n'en ont jamais comporté depuis plusieurs années. Et c'est en effet le cas. Dieu dans sa bonté augmente mes espérances et mes perspectives de prospérité. Aujourd'hui j'ai entendu milord Berkeley dire à sir George Carteret qu'il avait appris par des lettres de France que le roi a privé douze ducs de leurs titres de noblesse, dans le seul dessein de montrer son pouvoir et d'écraser sa noblesse dont il voyait bien, disait-il, qu'elle s'était, jusque-là, employée à le contrecarrer. Et cela, milord Berkeley le loua fort, car c'était pour lui le signe d'un esprit brave et vigoureux qui osait appliquer ce qu'il jugeait bon de faire.
            Le soir, après avoir terminé mon travail au bureau, à la maison, souper et, au lit.
            J'ai oublié de noter un incident très remarquable. Après le départ de Llewellyn j'allai au bureau. Il commençait à faire sombre et je trouvai l'endroit désert, car mes commis étaient à l'enterrement d'un des enfants de Mr Griffith. J'allai donc faire un petit tour dans le jardin en attendant leur retour, et tandis que je me promenais, la jolie servante de Mrs Penn passa près de moi et entra dans le bureau et, comme il n'y avait personne, je l'y suivis, ravi de l'occasion. Elle me dit, alors qu'elle s'apprêtait à ressortir, qu'il n'y avait personne et qu'elle était venue chercher une feuille de papier. Je lui dis alors que j'allais la lui donner, la laissai dans le bureau, entrai dans le mien et ouvris ma porte qui donne sur le jardin, pensant la faire entrer et la caresser. Tout en faisant mine de chercher du papier, je lui dis qu'elle aurait aussi vite fait de passer par ici, mais elle me dit qu'elle avait laissé la porte ouverte et n'entra pas. Je lui apportai donc du papier et lui donnai un baiser, la pris par la main pour la reconduire à la porte du jardin et la laissai partir. Mais, Seigneur, comme cette surprise me bouleversa, et comme mon envie de patiner cette fille et me montrer tendre avec elle aurait pu facilement subjuguer ma raison ! Et comme par la suite je m'inquiétai en pensant à ce qui se passerait si elle venait à en parler ! Je me demandai si j'avais fait ou dit quoi que ce fût qui pourrait me faire du tort si elle le répétait. Mais je pense qu'il ne s'est rien passé de plus que ce que j'ai écrit plus haut.


                                                                                                   13 décembre 1663
                                                                                          Jour du Seigneur
            Lever et me préparai pour l'office. Mais ma femme et moi nous querellâmes au sujet de sa vieille manie d'accuser ses servantes de mensonge, et c'est maintenant le tour de Jane. Ce que j'ai vu ne suffit pas à me convaincre qu'elle ait menti, et je n'ai donc pas à me ranger à l'avis de ma femme.
            A l'office et, après le sermon, à la maison et à mon bureau avant de dîner pour relire mes résolutions. Tom me rejoignit et nous mangeâmes tous les deux, ma femme ne s'étant pas levée. Après le repas je lui réglai son dû, et passai tout l'après-midi dans mon cabinet à parler de maintes choses avec lui : de la possibilité qu'il épouse la fille de Wheatley et puis de Joyce et de leur père, Fenner, qui sont parfois tout miel les uns envers les autres, et parfois tout fiel, et qui mènent une vie bien étrange et fruste.
            Le soir, après son départ, allai à mon bureau pour lire dans Rushworth les chefs d'accusation contre le duc de Buckingham et sa réponse, ce qui est fort intéressant. Puis m'occupai un peu de préparer certaines choses pour demain. Ensuite retour auprès de ma femme pour souper puis, au lit.


                                                                                                              14 décembre
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Image associée            Me levai à la chandelle, ce qui n'est pas mon habitude, quoi qu'il fût fort tard, c'est-à-dire presque 8 heures. Partis en fiacre pour Whitehall où nous nous retrouvâmes tous, et chez le Duc. Entendis un long discours que nous fit un homme qui doit partir pour Livourne et dans les environs pour faire cesser les désagréments dont sont victimes ses vaisseaux à qui l'on refuse la libre pratique, ce qui ne s'emploie plus aujourd'hui que comme un subterfuge, car on peut acheter un certificat de santé pour une pièce de huit et mon ennemi peut s'entendre avec l'intendant de la santé contre environ dix pièces de huit pour que celui-ci ne me le donne pas et ainsi contrecarrer mes projets, quels qu'ils soient. Cela le roi ne le tolérera pas et a résolu soit de faire mettre un terme à ces agissements soit d'empêcher tout vaisseau d'entrer ou de sortir de ce port, tant que l'on immobilisera ses propres navires en leur refusant la libre pratique.
            Puis milord Sandwich étant arrivé nous entrâmes tous dans le cabinet de travail du Duc et nous mîmes à nos affaires. Mais, entre autres, Seigneur ! quel récit nous firent sir John Mennes et sir William Batten sur la manière dont a été démontée et brûlée la figure de proue du " Charles " qui représente Cromwell écrasant des gens sous les sabots de son cheval, et Peter, comme l'appelait le Duc, qui lui adressait une prière. Et sir John Mennes voulait absolument tirer une conclusion sur l'état d'esprit des gens du fait qu'ils se réjouissaient de voir faire cela, et du fait qu'ils avaient construit un gibet pour y pendre la tête de Cromwell alors que, Dieu le sait bien, cette affaire signifie à coup sûr le gaspillage de 100 livres prises dans les coffres du roi pour en sculpter une autre. Apparemment ce sera un Neptune.
            Puis je parcourus Whitehall, juste pour voir ce qui se passait, mais ne rencontrant personne de ma connaissance, je traversai le jardin et me rendis dans les appartements de milord Sandwich. J'appris que milord était arrivé avant moi, ce qui n'entrait pas dans mes plans et à quoi je ne m'attendais pas. Il travaillait à une composition musicale dont il veut faire une anthem à trois parties. Je ne sais si c'est pour la Chapelle royale ou non, mais il semble s'y consacrer avec passion. Mais je fus fâché de l'entendre proférer des " Tudieu ! " et autres jurons, comme il le faisait de temps à autre sans raison ce qui, à mon avis, lui sied fort mal, et j'espère que cela me servira d'avertissement , tant c'est chez lui chose laide.
            Quand il en eut fini avec sa musique, sans me faire ni bon ni mauvais visage, il me salua et adieu, puis descendit pour partir en carrosse, sans me dire un mot. Après son départ je parlai un bon moment avec William Howe. Il me dit que milord, en effet, a été mécontent après avoir reçu ma lettre et, à maintes reprises, a montré pour moi du dédain, mais que maintenant milord est de bonne humeur, et il pense que désormais il va me témoigner autant de respect que jamais, et il me prie de ne pas éviter de venir le voir.
            Cette nouvelle, je l'avoue, m'inquiéta fort, mais quand j'entendis qu'il est maintenant revenu à la raison et a complètement abandonné Chelsea et cette catin, et quand je le vois prendre de nouveau soin de ses affaires et gagner en réputation, je me réjouis, quoique cela me coûte d'être en disgrâce quelque temps. Car, si d'aventure son bon naturel et son intelligence n'y suffisaient pas, je crois que sa mémoire ne conserverait pas éternellement le souvenir de cette affaire. Mais c'est mon réconfort de penser que c'est cette chose-là, après tant d'années de bons et loyaux services, qui a fait de lui mon ennemi.
             Puis à la table d'hôte de la Tête du Roi où dînai en compagnie d'élégants gentilshommes. Certains d'entre eux parlaient de la grandeur du roi de France et de la façon dont il en est venu à donner aux princes du sang la préséance sur tous les ambassadeurs étrangers. Il semble que cela soit accepté par Venise et d'autres États et que l'on attende autant de milord Holles, l'ambassadeur de notre roi là-bas et que, à cause de cela ou d'autre chose, il n'a pas encore fait son entrée à Paris, mais a reçu plusieurs affronts, notamment, le harnais de sa monture a été coupée et les gentilshommes de sa garde à cheval tués, ce qui sera cause de rancoeurs, si c'est vrai. ( nte de l'éd. Information fausse ). Ils disent aussi que le roi de France a loué soixante vaisseaux à la Hollande, et 40 aux Suédois, mais personne ne sait pour quoi faire. Mais il a certains grands desseins pour l'année prochaine.
            Rentrai en fiacre à la maison et à mon bureau, où je passai toute la soirée jusqu'à la nuit avec le capitaine Taylor, à causer de la conservation des mâts, et après son départ, avec sir William Warren qui me fit aussi un excellent exposé sur la même question, que j'ai couché par écrit. Puis nous en vînmes à sa récente visite à Chatham et là, le commissaire Pett parlant de ses mâts laissa tomber plusieurs viles remarques au sujet de ma prétention d'en savoir autant sur les mâts que quiconque. Je sais que cela remonte au jour où je lui ai dit que je savais cuber un madrier aussi bien que n'importe quel ouvrier du roi. Quoiqu'il en soit je me souviendrai de lui comme d'une brebis galeuse pour longtemps, avec toutes les belles paroles qu'il me dit par-devant, et peut-être lui ferai-je savoir que mon ignorance bénéficie autant au roi que toutes ses connaissances, qui accompliraient davantage, il est vrai, si elles étaient utilisées à bon escient.
            Puis nous en vînmes à parler de sir John Mennes et sir William Batten qui ont fait brûler la tête d'Olivier alors que Pett se trouvait là. Alors s'est déroulé avec une abondance d'insultes et un ridicule inouïs, et ils ont fait venir la milice de Rochester pour la cérémonie, alors qu'en fin de compte, dit le commissaire Pett, on a pas du tout fait cela à cause de Cromwell........
            Après son départ, fort content de sa conversation ( il m'apprend toujours quelque chose ), j'allai lire un peu de Rushworth, puis retour auprès de ma femme pour souper. Aujourd'hui était jour de lessive. Puis au lit, l'esprit un peu tourmenté, je l'avoue, par le déplaisir de milord Sandwich. Mais Dieu me donnera la patience de supporter son mécontentement, puisqu'il a pour origine une si bonne cause.


                                                                                                                         15 décembre 1663
                                                                                                                       vrin.fr
Image associée            Avant mon lever le domestique de mon frère vint m'annoncer la mort de mon cousin Edward Pepys, il est mort chez Mrs Turner, ce qui nous attriste beaucoup ma femme et moi, d'autant plus que son épouse était de toutes les femmes qui portent notre nom la seule à être belle.
            Puis lever et au bureau où l'affaire la plus importante fut l'attaque que lancèrent contre moi sir John Mennes et sir William Batten au sujet du contrat de sir William Warren pour l'achat de mâts. Je peux en référer à mes tablettes pour en lire les détails. Mais j'en sortis victorieux, et Mr Berkeley et Mr Coventry sont parfaitement convaincus que nous n'y perdrons pas.
            A la maison pour dîner. Je reçus la visite de Mr Mount et Llewellyn, à moitié ivres je crois. Ils dînèrent avec moi. Je fus aussi gai que possible, fâché que cela se passe ainsi au Conseil, quoiqu'il n'en résulte pour moi rien de désobligeant.
            Pendant le dîner arrive un messager du Comptoir, porteur d'un exécutoire par lequel je suis enjoint de payer les 30 livres x shillings accordés à Field lors du dernier jugement. L'homme s'appelle Thomas, du Comptoir de Poultry, J'envoyai Griffith avec lui au Dauphin où dînait sir William Batten et comme il était d'accord pour que je lui paye cette somme, je fis en sorte que l'argent lui fut versé et demandai à Griffith de le compter et de le lui donner au bureau. Il me proposa d'aller avec moi chez sir Richard Ford, mais je ne jugeai pas cela nécessaire et le laissai partir avec l'argent. Il me dit qu'il n'avait pas été délivré de reçu, mais j'ai de bonnes preuves que la somme a été payée.
            Avant de partir Llewellyn me dit à nouveau que Dering serait heureux de me donner 50 livres si je veux vendre pour lui ses planches au roi. Non point que j'aie jamais proposé de prendre cet argent ni demander à Llewellyn de marchander pour moi avec Dering, mais j'ai tacitement paru disposé à lui rendre ce service, si je le pouvais, en attendant de lui les remerciements qu'il jugerait bon de me donner.
            Ensuite à Whitehall en fiacre. En chemin je rattrapai Mr Moore que je fis monter dans ma voiture. Il ne put rien me dire de ce que milord pense de moi, ni de la place que j'occupe dans son estime. Mais sa conclusion est que s'il est peut-être en colère en ce moment, il ne fait aucun doute qu'il en viendra à être de nouveau content de moi, et il dit qu'il s'occupe bien de ses affaires et fréquente la Cour.
            A Whitehall je vois que certains membres de la commission de Tanger sont en réunion, comme ils en ont reçu l'ordre, milord Sandwich était du nombre. Je m'inclinai mais c'est à peine s'il parut me voir, et cela m'inquiète fort.
            J'eus bientôt fini et ramenai Mr Moore à Saint-Paul. En chemin il me proposa une possibilité de gagner rapidement de l'argent avec des fonds provenant de baux concernant des locaux de la Garde-Robe. Mais de quelle façon je ne l'entends point, et laissai cela pour une conversation ultérieure.
            Puis repris le chemin de la maison. J'allai voir Mr Fenn, comme me l'avait commandé sir George Carteret, et lui montrai la facture du capitaine Taylor sur laquelle j'espère, à juste titre, obtenir quelque chose.
            A la maison et à mon bureau où restai fort tard avec sir William Warren à parler fort sérieusement de la façon dont les choses se sont passées aujourd'hui. Et vers la fin nous parlâmes à coeur ouvert des affaires de ce bureau et ( peut-être me montrai-je un peu trop libre en lui disant où se trouvait mon intérêt, ce qui est ma faute ) il me donna des conseils tout à fait admirables, qui dénotent un homme extrêmement compétent et estimable, et dix fois plus intelligent que je ne l'aurais jamais cru. Il passa en revue chaque officier et capitaine, et me montra les raisons de me défier de chacun d'eux, soit à cause de leur malhonnêteté, soit à cause de leur pouvoir excessif, quand ils sont trop haut placés pour pouvoir sceller une amitié véritable. Et il me cita un dicton bien connu mais tout à fait excellent dont je devrais me souvenir dans toutes les circonstances de ma vie. Il me le donna en vers, mais le sens était le suivant : que l'on devrait parler et s'ouvrir à chaque ami en pensant qu'il pourrait plus tard devenir son ennemi. Il me conseilla aussi de saisir toutes les occasions de faire savoir au monde le soin et les efforts que j'apporte à mon travail et, par-dessus tout, d'acquérir une connaissance approfondie de ce qui a trait à ma charge et d'ajouter à cela tous les appuis que je peux obtenir à la Cour. Ce à quoi j'espère parvenir.
            Il demeura à parler avec moi presque jusqu'à minuit, puis je lui souhaitai une bonne nuit, bien marri de me séparer de lui, et plus encore qu'il allait devoir marcher jusqu'à Wapping cette nuit. Ensuite à la maison, souper et, au lit.


                                                                         à suivre...........

                                                                                                     16 décembre 1663

            Lever et l'esprit..................