samedi 20 octobre 2012

Anecdotes et Réflexionsd'hier pour Aujourd'hui - Choses vues Victor Hugo ( France )


Fichier:Alexandre Dumas 1.jpg
               Dumas                                                  Choses vues

                                                                                                                          Octobre 1846

            On vient d'envoyer Alexandre Dumas en Espagne comme " historiographe du mariage " de M. de Montpensier. Voici comment ont été faits les fonds pour ce voyage : le ministère de l'Instruction publique a donné quinze cents francs, pris sur " les encouragements et secours aux gens de lettres" ; puis quinze cents francs sur " les Missions littéraires " ; le ministre de l'Intérieur a donné trois mille francs pris sur la caisse des fonds particuliers ; M. de Montpensier a donné douze mille francs ; au total dix-huit mille francs. En recevant la somme, Dumas a dit : - " Bon ! cela paiera toujours mes guides ! "                                                   
                                     

                                                                                                               1er Octobre

            Le tabac fameux de la Civette doit sa réputation d'excellence à l'idée qu'eut la débitante de cette boutique de mettre son tabac en dépôt dans une tinette. De là un goût qui fit les délices des priseurs et la fortune du marchand. De temps en temps il envoie sa tinette à rétamer.
                                          
                                         
    
                                                                                                                 9 Octobre 1847

            Ma femme est tombée malade aujourd'hui de la maladie de Toto. Fièvre typhoïde. Dieu nous    
            ait en pitié.


                                                                                                                  18 Octobre
            Aujourd'hui lundi, ma femme est hors de danger. Dieu soit loué.


                                                                                                                  21 Octobre

            La première nuit de la maladie de ma femme, je la veillais. Je m'étais étendu dans un fauteuil près de son lit, les yeux fermés. Depuis un certain temps, je l'entendais s'agiter et je sentais qu'elle ne dormait pas. tout à coup elle poussa un cri terrible, j'ouvre les yeux et je la vois sur son séant. Je me lève.
            - Ah ! dit-elle, vous vous levez ! C'est  bon ! Je rêvais que j'étais morte et que j'étais en enfer. Et voici quel était mon enfer ; je vous voyais toujours et vous ne remuiez jamais.
            Cet enfer m'est resté dans l'esprit et m'a paru effrayant.
                                        Rue de la Tour-d'Auvergne . © Photothèque des musées de la ville de Paris *
                                         1848 rue de la tour-d'auvergne                                                                          
                                                                                                                    15 octobre 1848
            J'ai quitté le n°5 dela rue d'Isly pour le n°37 de la rue de la Tour-d'Auvergne.
            Pendant que mes meubles déménagent de la rue d'Isly, les principes déménagent de la Constitution. Je m'occupe le plus que je peux du premier de ces déménagements pour ne pas prendre part à l'autre.
            Du reste, Lord Byron, Rossini et Paganini auraient refusé d'entrer chez moi dans les circonstances où j'y entre : J'ai quitté ma chambre à coucher de la place Royale le vendredi 23 juin, mes premiers meubles sont entrés dans ma chambre à coucher de la rue de la Tour-d'Auvergne le vendredi 13 octobre. En déposant la glace de la cheminée de cette chambre, on a trouvé écrit au charbon derrière cette glace le n°13
La chambre - mansarde que j'occupe provisoirement dans la maison, au quatrième, porte le n°13. Les présages sont mauvais comme dit Nuno Saledo.


                                                                                                             Hugo


mercredi 17 octobre 2012

Notes sur Paris Mark Twain ( Contes humoristiques USA )



           Caillebotte
                                                              Notes sur Paris


            Le Parisien voyage très peu, ne connaît pas d'autre langue que la sienne, ne lit pas d'autre littérature que la sienne. Ainsi a-t-il l'esprit très étroit et très suffisant.Cependant, ne soyons pas trop sévères. Il y a des Français qui connaissent une autre langue que la leur, ce sont les garçons d'hôtel. Entre autres ils savent l'anglais. C'est à dire qu'ils le savent à la façon européenne. - Ils le parlent, mais ne le comprennent pas. Ils se font comprendre facilement, mais il est presque impossible de prononcer une phrase anglaise de telle sorte qu'ils puissent en saisir le sens. Ils croient le saisir. Ils le prétendent. Mais non.Voici une conversation que j'ai eue avec une de ces créatures. Je l'ai notée aussitôt pour en avoir le texte exact.
            Moi - Ces oranges sont fort belles, d'où viennent-elles ?
            Lui - D'autres. Parfaitement. Je vais en chercher.
            Moi - Non, je n'en demande pas d'autres.Je voudrais seulement savoir d'où elles viennent, où elles ont poussé.
            Lui - Oui ( la mine imperturbable et le ton assuré ).
            Moi - Pouvez-vous me dire de quel pays elles viennent ?
            Lui - Oui ( l'air aimable, la voix énergique ).
            Moi ( découragé ) - Elles sont excellentes.
            Lui - Bonne nuit, Monsieur ( il se retire en saluant tout à fait satisfait de lui-même ).
            Ce jeune homme aurait pu apprendre très convenablement l'anglais, en prenant la peine, mais il était français et ne voulait pas. Combien différents sont les gens de chez nous ! Ils ne négligent aucun moyen. Il y a quelques soi-disant protestants français à Paris. Ils ont construit une jolie petite église sur l'une des grandes avenues qui partent de l'Arc de Triomphe, se proposant d'y aller écouter la bonne parole, prêchée en bonne et due forme dans leur bonne langue française, et d'être heureux. Mais leur petite ruse n'a pas réussi. Le dimanche les Anglais arrivent toujours là les premiers et prennent toute la place.Quand le ministre se lève pour prêcher il voit sa maison pleine de dévots étrangers, tous sérieux et attentifs, avec un petit livre dans les mains. C'est une bible reliée en maroquin, semble-t-il. Mais il s'agit seulement d'une apparence. En réalité c'est un admirable et très complet petit dictionnaire français-anglais qui, de forme, de reliure et de dimension
 est juste comme une bible. Et ces Anglais sont là                                                                               
 pour apprendre le français. Ce temple a été surnommé : l'église des cours gratuits de français.
              D'ailleurs les assistants doivent acquérir plutôt la connaissance des mots qu'une instruction générale. Car, m'a-t-on dit, un sermon français est                                                                         
 comme un discours français. Il ne cite jamais un événement    
historique, mais seulement la date. Si vous n'êtes pas fort sur les dates, vous n'y comprenez rien. Un discours en France est quelque chose dans ce genre :
            - Camarades, citoyens, frères, nobles, membre de la seule sublime et parfaite nation, n'oublions pas que le 10 août nous a délivrés de la honteuse présence des espions étrangers, que le 5 septembre s'est justifié lui-même à la face du ciel et de l'humanité, que le 18 Brumaire contenait les germes de sa propre punition, que le 14 juillet a été la voix puissante de la liberté proclamant la résurrection, le jour nouveau et invitant les peuples opprimés de la terre à contempler la France divine de la France et à vivre. Et n'oublions pas nos griefs éternels contre l'homme du 2 Décembre, et déclarons sur un ton de tonnerre, le ton habituel en France, que sans lui il n'y aurait pas eu dans l'histoire de 17 mars, de 12 octobre, de 19 janvier, de 22 avril, de 16 novembre, de 30 septembre, de 2 juillet, de 14 février, de 29 juin, de 15 août, de 31 mai, que sans la France, ce pays pur, noble et sans pair, aurait un calendrier serein et vide jusqu'à ce jour !
             J'ai entendu un sermon français qui finissait par ces paroles éloquentes et bizarres :
            - Mes frères, nous avons de triste motifs de nous rappeler l'homme du 13 janvier. Les suites du crime du 13 janvier ont été en justes proportions avec l'énormité du forfait. Sans lui n'eût pas été de 30 novembre, triste spectacle ! Le forfait du 16 juin n'eût pas lui-même existé.C'est à lui seul que nous devons le 3 septembre et le fatal 12  octobre. Serons-nous donc reconnaissants au 13 janvier qui soumit au joug de la mort vous et moi et tout ce qui respire ? Oui mes frères, car c'est à lui aussi que nous devons aussi le jour qui ne fut jamais venu sans lui, le 25 décembre béni !
             Il serait peut-être bon de donner quelques explications,   René Magritte
bien que pour beaucoup de mes lecteurs cela soit peu nécessaire : l'homme du 13 Janvier est Adam. Le crime à cette date fut celui de la pomme mangée. Le désolant spectacle du 30 novembre est l'expulsion de l'Eden, le forfait du 16 juin le meurtre d'Abel, l'événement du 3 septembre le départ en exil de Caïn pour la terre de Nod, le 12 octobre les derniers sommets de montagnes disparurent sous les eaux du déluge. Quand vous irez à l'église en France, emportez un calendrier, - annoté.



                                                                                                    Mark Twain
                                                                                          ( in contes humoristiques )

lundi 15 octobre 2012

Lettre à Madeleine 50 Apollinaire


              
                       Pioupious jeunes recrues 14/18
                                                      Lettre à Madeleine

                                                                                                          2 décembre au soir 1915

            Je m'étais trompé de date hier, mon amour, c'était le 1er. Aujourd'hui pas de lettre encore, pas de journaux, pas de ravitaillement. Les officiers ça va encore, parce que notre cuisinier se débrouille, mais les hommes ! Ils sont admirables d'héroïsme simple .Le ravitaillement n'arrivera je crois que cette nuit à 4 heures du matin. Je me suis fait installer une planche par les pionniers pr pouvoir écrire. Ici le temps est vraiment long. Éboulements perpétuels, les hommes ne dorment plus, travaillent tout le temps. La vie de tranchées en hiver a quelque chose de si simple qu'on sent ce que pouvait être la vie des Troglodytes de la préhistoire. Nous sommes au demeurant de véritables Troglodytes.
            J'ai ici deux camarades agréables dont l'un est mon supérieur, le lieutnt qui fait fonction de capitaine et commande la compagnie et un de mes sergents. Le premier est distingué et un causeur aimable assez au courant des choses des lettres et des arts et le second est un simple extrêmement rusé, adroit, malin et brave, il conduit très bien les hommes.. Ici on sent ce que c'est que l'autorité et ce qu'elle peut faire faire quand elle est à la fois douce et ferme. Je fais coucher avec moi mes deux sergents et j'ai pris aussi un petit garçon de la classe 15 innocent et brave à qui j'apprends à lire car il l'ignore.
            Mon sergent Jean-Marie est donc très bien. Il est en outre un grognard de 1è classe, mais on sent qu'on peut se fier à lui et cependant il rouspète tout le temps. Mais quel type amusant !
Mon amour les éléphants pare-éclats s'effritent de plus par la base et leur apparence d'éléphants se marque de plus en plus.
            Mon amour dans l'horreur mystérieuse métallique muette mais non silencieuse à cause des bruits épouvantables des engins qui sifflent geignent éclatent formidablement notre amour est la seule étoile, un ange parfumé qui flotte plus haut que la fumée noire ou jaune des bombes qui explosent.
            Il sourit au fond des sapes où il fait l'écoute anxieuse, il veille aux créneaux repérés que la balle ennemie traverse à intervalles réguliers, il plane sur le mystère ineffable des premières lignes dont l'horreur blanche fait rêver d'un paysage lunaire. Effrayante monotonie d'où l'eau, même l'eau non potable est absente. Ö pures tranchées comme des lys qui fleurissent en terre au lieu de fleurir vers le ciel. C'est la terre même qui fleurit. Pour utiliser le très peu de charbon que j'ai j'ai fait faire un encensoir avec une vieille gamelle percée de trous.On la balance au bout d'un fil de fer.
                                                                                                          site 14/18 grognard
                Écris-moi de l'amour, sois-moi ma panthère pour me remettre dans la vie de notre cher amour.
            Songe à quel point dans la vie de tranchées on est privé de tout ce qui vous retient à l'univers, on est qu'une poitrine qui s'offre à l'ennemi.
            Comme un rempart de chair vivante.
            Comme on se rend compte que la guerre des artilleurs est un véritable plaisir une partie de campagne, une excursion dont les risques ne sont pas beaucoup plus grands que ceux de l'Alpinisme. Ici le lien est solennel et désolé. La végétation ne l'orne même pas on est plus bas que terre.
            Je termine ce soir mon quatrième jour de 1res lignes. On a tué aujourd'hui un Boche qui s'est hasardé sur le parapet vers le mystère des hexaèdres, des chevaux de frise et des sphères.
           Je sens vivement maintenant toute l'horreur de cette guerre secrète sans stratégie mais dont les stratagèmes sont épouvantables et atroces.
            Mon amour je pense à ton corps exquis, divinement toisonné, et je prends mille fois ta bouche et ta langue.
                                                                                                                 Gui
                    
   hexaèdre                                                                                                                                            4 décembre 1915

            Mon amour, j'ai enfin tes deux lettres adorées du 23 et du 24 nov. Je crois d'après ce que je lis dans ta lettre du 23 que tu m'as écrit une lettre datée du 22 une lettre volupté que je n'ai pas eue. Comme je t'accuse toujours réception de tes lettres tu verras facilement si je t'ai parlé de celle-là et si je ne m'abuse en la pensant égarée. Si elle est perdue tu me la remplaceras dis ? Tes 2 lettres ont transfiguré pour moi la tranchée, je t'adore. J'ai fait ma demande de permission, le colonel m'avait demandé si j'avais de la famille à Oran ou si j'y avais mon domicile légal. J'ai répondu que je comptais y aller dans la famille de ma fiancée professeur au lycée de jeunes filles d'Oran et le maire d'Oran pouvait en témoigner. J'espère qu'il le fera puisque c'est la vérité. En ce cas, je pense que ma permission ne tardera pas. Je ne demande pas mieux que la guerre finisse vite d'après ce que tu prévois, mais je n'aperçois pas encore cette fin. Je commence aujourd'hui mon 5è jour de tranchée. Boue, éboulements contre lesquels on lutte jour et nuit comme Sisyphe contre son rocher. Je t'adore, mon amour, et ton amour me console de tout.Oui, je sens tes caresses, je sens contre moi le corps souple de ma Madeleine, je te serre contre moi, nous ne faisons qu'un, je sens ta douce chaleur qui me pénètre et la douceur de tes membres qui s'enroulent aux miens et l'odeur de ton corps qui m'enivre. A moi aussi la volupté venant de toi est une, par la caresse la plus ardente et la plus profonde. J'adore tes reins qui se cambrent, ton ventre et tes seins tendus vers mon baiser. Je te prends, mon amour, avec une violence surhumaine.iJe suis follement gourmand de toi,
                                                                      Le Titien
Madelon et je te dévore. J'adore tes ongles, ta porcelaine délicate. J'aime ma petite Madeleine caméléon. J'aime les ongles pointus de tes mains et les ongles ronds de tes orteils. J'adore ton cou au ton chaud. J'y mordrai follement à ce cou rond et flexible. Je dévorerai tes frisons, mon amour exquis. Je les ferai tomber de ton chignon bas. Je lécherai follement tes narines voluptueuses qui palpitent comme des moineaux dans la main.
            Mon amour ce que tu m'apprends du petit ermite me réjouit follement. Je l'adore, durci comme il était. C'est bien lui, tu l'as trouvé, mon amour chéri. J'adore ta langue, ta belle langue. Oui je suis fou de tes seins et je les mange. Je donne à ta bouche ma virilité durcie. Puis je te pénètre profondément. La folle caresse que tu as inventée est exquise. Oui, amour nous avons la même nature J' adore la dînette que tu inventes. Merci amour de ce que je prendrai pendant la perm. Je te mange. Tout jouit en moi quand je pense à toi. Oui, amour, je commence à sentir l'étreinte à distance, tu commences à me la rendre sensible tant tu mets d'art voluptueux dans tes lettres. Oui tu es ma toute fleur et je t'adore, je t'adore, je prends ton derrière et je le baise de toutes mes forces et de toutes ma volupté douce et insistante. Je te prends dans mes bras amour et t'empale moi debout, toi les jambes croisées autour de mes reins les bras passés autour de mon cou et mes bras et mes mains soutiennent ton superbe derrière qu'elles claquent ouvrent et caressent la porte secrète, un doigt y pénètre pr occuper le plus de tes portes et ma bouche est attachée à la tienne, je t'adore follement, je t'aime, je te veux follement. Ta toison est la seule végétation dont je me souvienne ici où il n'y a pas de végétation. Je prends ta bouche et le petit ermite durci se donne aussi ensuite à ma bouche affolée.


                                                                                                             Gui
                                                       
                                                                                                                                                                                                     
                                                                                                       

samedi 13 octobre 2012

Une lettre au Ministre des Finances ( Nouvelle Mark Twain EtasUnis )


John Griffin Carlisle, Brady-Handy photo portrait, ca1870-1880.jpg
John Carlisle 1893/1897
                                                Une lettre au Ministre des Finances

                                 A son Excellence Monsieur le Ministre des Finances à Washington


                        Monsieur le Ministre,
            Le prix des différentes sortes de combustibles étant hors de la portée des écrivains peu fortunés, je vous adresse la commande suivante :
            Quarante-cinq tonnes des meilleurs vieux titres sur l'Etat bien secs, pour alimenter les calorifères, ceux de 1864 de préférence.
            Douze tonnes des anciens billets de banque, pour fourneaux de cuisine.
            Huit barils de timbres-poste, mélangés de 25 à 50 cents, vignettes de 1866, pour allumer les feux.
            Veuillez avoir la bonté de me livrer ces marchandises le plus tôt possible et d'envoyer la facture à
                                                                        Votre respectueux serviteur,



   1868 timbre le plus rare des USA Benjamin Franklin Z- Grill poiçon inversé vendu 3 millions de dollars en 2005 le lot de 4

                                                                                                              MARK TWAIN
            qui vous sera très reconnaissant et votera bien.

Craquez pour les rillettes Frank Schmitt ( cuisine France )


                                                    Craquez pour les rillettes


            Ce joli petit volume propose 30 recettes et photos de " ces brunes confitures de cochon "( Balzac )
qui nous viennent de Touraine, du Mans dès le XVè peut-être avant. Ici adapatées à nos estomacs l'auteur oublie chaudrons graisses trop épaisses et très longues cuissons, ( 15 h par exemple ). Certaines sont végétariennes * Rillettes au chèvre, amandes et noisettes * 3mn de cuisson 10mn de préparation. Celles-ci sont proposées avec des pommes de terre vapeur. Pour les autres différentes sortes de pain les accompagnent. * Baguette à l'ancienne * pour les * Rillettes de maquereaux à l'aneth * mélange de baies roses petits suisses et divers arômates. *Rillettes de poulet rôti aux herbes * accompagnées de pain au lin ou baguette à l'ancienne pour cette recette plus longue à préparer 20mn et à cuire 2h, mixage de chair - lard - carrés de fromage frais et fromage blanc - différents arômates. Les classiques * Rillettes pur porc " 4h de cuisson ou pour un apéro sympathique rapide et délicieux les * Rillettes de roquette au roquefort et noix de pécan * sans cuisson ! Attentin mixer indispensable. Le livre existe en e-book.
      

jeudi 11 octobre 2012

Lettres à Madeleine 49 Apollinaire


IMGP03951418C
photo site bleu horizon                                  Lettre à Madeleine


                                                                                                     2 décembre 1915

            Mon amour, cette lettre qui partira demain 3 décembre, je te l'écris ce soit 2 à7h, en attendant le ravitaillement qui n'arrive pas. Les hommes n'ont rien eu de chaud et rien à boire aujourd'hui. - Et il faut travailler tout le temps. Ah ! la vie du fantassin est pénible, plus pénible que tout ce qu'on sait. Ça n'a rien à voir avec l'artillerie. Les artilleurs sont gais, grossiers dans leurs propos, indisciplinés. Ici les gens dans la gaieté ne dépassent pas la narquoiserie, ils sont sérieux, jamais grossiers et disciplinés. Du poste d'écoute j'ai regardé les cadavres dans les fils de fer barbelés. Amour, je t'écris et t'écrivais il y a de cela 2 heures encore, mais pr pouvoir t'envoyer la lettre j'ai dû l'interrompre.Il était question de notre aumônier de Rgt soldat de 2è classe c'est un père de la Chartreuse de Parkminster, par Partridge Green, Angleterre. J'ai causé assez longtemps avec ce Chartreux pendant un quart que je prenais.Il a une grande action de consolateur sur les hommes... Mon amour, depuis les deux heures où je ne t'ai pas écrit on a eu alerte de gaz, innocent exercice que j'aime mieux sous cette forme que la réelle. En ce moment les Boches envoient des 105 par 4, ça fait
                                                                    
" pocpocploc " très vite et avec une force telle que le coeur remue à chaque tonnerre. Il remue non de peur, d'émotion choses qui n'existent plus après 15 mois de guerre, mais il remue en fait parce que le déplacement d'air secoue tout. Comme singularité presque toute ma tranchée est prise d'enfilade par un fusil mécanique boche qui fait péter la balle toutes les minutes. Elle pète jusque devant ma cagnat, cette régularité donne à l'atmosphère une sonorité qui n'est pas un des plus singuliers mystères d'ici. T'ai-je dit que nous étions 3 officiers à ma Cie 1 lieutt  faisant fonction de capitaine et 2 sous/lieutt chefs de section, les 2 autres chefs de section de la Cie sont  l'adjudant et le sergent-major. µLes 3 officiers vivent ensemble en popote, c'est un ancien cuisinier de l'Hôtel de Paris à Monte-Carlo qui nous fait à manger. Tu dois t'imaginer que ce n'est pas mal. Ce qui manque un peu ce sont les fruits. Notre chef de popote le s/ltnt Ferrier reçoit de chez lui des poissons excellents, notre lieutnt reçoit toutes sortes de friandises très bonnes. La viande que nous avons de l'ordinaire est exquise. Jamais je n'en ai mangé de si bonne. Mais aujourd'hui et peut-être demain pas d'eau pas de pain pas de charbon. On ne mangera donc guère autre chose que du saucisson et du chocolat sans pain sans boire.
            J'essaie d'éviter la vermine mais je ne sais si j'y parviendrai, en tout cas quand je partirai en permission je m'enduirai d'onguent gris pour tuer tous les poux si j'en ai, ce qui ne saurait tarder, le colonel en a ! Et bien enduit j'irai jusqu'à Oran où je m'habillerait je ne sais comment ( j'achèterai tout à Marseille ).  
Aussitôt j'irai au bain me changer et il faudra, mon amour s'enquérir d'une étuve pour y faire passer dans la journée même mon uniforme linge etc. -                         Il n'y a pas de poux de têtes, mais rien que des poux du corps et des poux du pubis. Les officiers d'infanterie plus soldats que ceux d'artillerie qui sont des ingénieurs après tout, sont aussi plus chiquement vêtus qu'eux, mais ils sont tous rongés par la vermine. En réalité, aucun écrivain ne pourra dire la simple horreur, la mystérieuse vie de la tranchée.
            Mais assez sur cette froide et blanche et contemplative guerre de boyaux trop blancs. Je t'aime mon Madelon exquis, d'une façon enfantine et virile et l'une et l'autre vont si bien en mon coeur. Je te caresse divinement tout en faisant à tout le pays un rempart de ma poitrine. J'ai pensé aujourd'hui avec une folle ardeur à ta bouche si bien dessinée et à ta poitrine exquisément belle.
            A tes longues mains que tu m'as décrites à ta longue taille. Mon amour comme je t'aime ! Ma bouche effleure tout ton corps et je broute l'adorable gazon que tu sais. Ma bouche te donne toutes les caresses uniques que tu aimes, ô mon amour, mon Madelon.
           Ici, mon amour malgré le travail incessant le temps est plutôt long dans les tranchées. On y cause uniquement de la guerre, du Boche si proche, des morts ou blessés quotidiens. Le pays n'aura jamais une admiration assez grande pour les simples fantassins soldats admirables qui meurent glorieusement comme des mouches. Ô la solitude irréelle pour ainsi dire entre la tranchée boche et la française. Quelle singulière chose.
            Je suis exténué je prends ta bouche et te donne ma langue ma chère esclave chérie.


                                                                                                                Gui

mardi 9 octobre 2012

Une interview Mark Twain ( Nouvelle EtatsUnis )


The Mark Twain House 300x225 The Mark Twain House
         maison de mark twain                                              Une interview

            Le jeune nerveux, alerte et déluré, prit la chaise que je lui offrais, et dit qu'il était attaché à la rédaction du " Tonnerre quotidien ". Il ajouta :
            - J'espère ne pas être importun. Je suis venu vous interviewer.
            - Vous êtes venu quoi faire ?
            - Vous interviewer.
            - Ah ! très bien. Parfaitement. Hum !...Très bien...
            Je ne me sentais pas brillant, ce matin-là. Vraiment mes facultés me semblaient un peu nuageuses. J'allai cependant jusqu'à la bibliothèque. Après avoir cherché six ou sept minutes je me vis obligé de recourir au jeune homme.
            - Comment l'épelez-vous ? dis-je.
            - Épeler quoi ?
            - Interviewer.
            - Bon Dieu !que diable avez-vous besoin de l'épeler ?
            - Je n'ai pas besoin de l'épeler, mais il faut que je cherche ce qu'il signifie.
            - Eh bien, vous m'étonnez, je dois le dire. Il m'est facile de vous donner le sens de ce mot. Si...
            - Oh, parfait ! C'est tout ce qu'il faut. Je vous suis certes très obligé.
            - I-n, in, t-e-r, ter, inter... 
            - Tiens, tiens... vous épelez avec un i.
            - Évidemment.
            - C'est pour cela que j'ai tant cherché !
            - Mais, cher monsieur, par quelle lettre auriez-vous cru qu'il commençât ?
            - Ma foi, je n'en sais trop rien... Mon dictionnaire est assez complet. J'étais en train de feuilleter les planches de la fin, si je pouvais dénicher cet objet dans les figures. Mais c'est une très vieille édition.
            - Mon cher monsieur, vous ne trouverez pas une figure représentant une interview, même dans la dernière édition. Ma foi, je vous demande pardon, je n'ai pas la moindre intention blessante, mais vous ne me paraissez pas être aussi intelligent que je l'aurais cru... Je vous jure, je n'ai pas l'intention de vous froisser.
            - Oh ! cela n'a pas d'importance. Je l'ai souvent entendu dire, et par des gens qui ne voulaient pas me flatter, et qui n'avaient aucune raison de le faire. Je suis tout à fais remarquable à ce point de vue. Je vous assure. Tous en parlent avec ravissement.
            - Je le crois volontiers. Mais venons à notre affaire. vous savez que c'est l'usage maintenant, d'interviewer les gens connus.
            - Vraiment, vous me l'apprenez.Ce doit être fort intéressant. Avec quoi faites-vous cela ?
            - Ma foi, vous êtes déconcertant. Dans certains cas; c'est avec un gourdin qu'on devrait interviewer. Mais d'ordinaire ce sont des questions que pose l'interviewer, et auxquelles répond l'interviewer. C'est une mode qui fait fureur. Voulez-vous me permettre de vous poser certaines questions calculées pour mettre en lumière les points saillants de votre vie publique et privée ?
            - Oh ! avec plaisir. J'ai une très mauvaise mémoire, mais j'espère que vous passerez là-dessus. C'est-à-dire que j'ai une mémoire irrégulière, étrangement irrégulière. Des fois elle part au galop, d'autres fois, elle s'attardera toute une quinzaine à un endroit donné. C'est un grand ennui pour moi.

                                          
            - Peu importe. Vous ferez pour le mieux.
            - Entendu. Je vais m'y appliquer tout entier.
            - Merci. Etes-vous prêt ? Je commence.
            - Je suis prêt
            - Quel âge avez-vous ?
            - Dix-neuf ans, en juin
            - Comment ! Je vous en aurai donné trente-cinq ou trente-six ans. Où êtes-vous né ?
            - Dans le Missouri.
            - A quel moment avez-vous commencé à écrire ?
            - En 1836.
            - Comment cela serait-il possible, puisque vous n'avez que dix-neuf ans ?
            - Je n'en sais rien. Cela paraît bizarre en effet.
            - Très bizarre. Quel homme regardez-vous comme le plus remarquable de ceux que vous avez connus ?
            - Aaron Burr.
            - Mais vous n'avez jamais pu connaître Aaron Burr si vous n'avez que dix-neuf ans !
            - Bon ! si vous savez mieux que moi ce qui me concerne pourquoi m'interrogez-vous ?
            - Oh ! ce n'est qu'une suggestion. Rien de plus. Dans quelles circonstances avez-vous rencontré Aaron Burr ?
            - Voici. Je me trouvais par hasard un jour à ses funérailles et il me pria de faire un peu moins de bruit, et...
            - Mais bonté divine, si vous étiez à ses funérailles, c'est qu'il était mort. Et s'il était mort, que lui importait que vous fassiez ou non du bruit ?
            - Je n'en sais rien. Il a toujours été un peu maniaque de ce côté-là.
            - Allons, je n'y comprends rien. Vous dites qu'il vous parle, et qu'il était mort.             Aaron Burr sénateur 1756/ 1836
            - Je n'ai jamais dit qu'il était mort.
            - Enfin était-il mort ou vivant ?
            - Ma foi, les uns disent qu'il était mort, les autres qu'il était vivant.           
            - Mais vous, que pensez-vous ?
            - Bon ! Ce n'était pas mon affaire. Ce n'est pas moi que l'on enterrait.
            - Mais cependant... Allons, je vois que nous n'en sortirons pas. Laissez-moi vous poser d'autres questions. Quelle est la date de votre naissance ?
            - Le lundi, 31 octobre 1693.
            - Mais c'est impossible ! Cela vous ferait cent-quatre-vingts ans d'âge. Comment expliquez-vous cela ?
            - Je ne l'explique pas du tout.
            - Mais vous me disiez tout à l'heure que vous n'aviez que dix-neuf ans ! et maintenant vous en arrivez à avoir cent-quatre-vingts ans ! C'est une contradiction flagrante.
            - Vraiment ! L'avez-vous remarqué ? - ( Je lui serrai les mains ). Bien souvent en effet cela m'a paru comme une contradiction... Je n'ai jamais pu, d'ailleurs, la résoudre. Comme vous remarquez vite les choses!
            - Merci du compliment, quel qu'il soit. Aviez-vous, ou avez-vous des frères et des soeurs ?
            - Eh ! Je... Je... Je crois que oui, mais je ne me rappelle pas.
            - Voilà certes la déclaration qu'on m'ait jamais faite !
            - Pourquoi donc ? Pourquoi pensez-vous ainsi ?
            - Comment pourrais-je penser autrement ? Voyons. Regardez par là. Ce portrait sur ce mur, qui est-ce ? N'est-ce pas un de vos frères ?
            - Ah !oui, oui, oui ! Vous m'y faites penser maintenant. C'était un mien frère, William, Bill, comme nous l'appelions. Pauvre vieux Bill !
            - Quoi ! il est donc mort ?
            - Certainement. Du moins, je le suppose. On n'a jamais pu savoir. Il y a un grand mystère là-dessous.
            - C'est triste, bien triste. Il a disparu, n'est-ce pas ?
            - Oui, d'une certaine façon, généralement parlant. Nous l'avons enterré.
            - Enterré ! Vous l'avez enterré, sans savoir s'il était mort ou vivant !
            - Qui diable vous parle de cela ? Il était parfaitement mort.
            - Ma foi ! J'avoue ne plus rien comprendre. Si vous l'avez enterré, et si vous saviez qu'il était mort...
            - Non, non nous pensions seulement qu'il l'était.
            - Ah ! je vois. Il est revenu à la vie.
            - Je vous parie bien que non.
            - Eh bien ! Je n'entendis jamais raconter chose pareille. Quelqu'un est mort. On l'a enterré. Où est le mystère là-dedans ?
            - Mais là justement ! C'est ce qui est étrange. Il faut vous dire que nous étions jumeaux, le défunt et moi. Et un jour, on nous a mêlés dans le bain, alors que nous n'avions que deux semaines et un de nous a été noyé. Mais nous ne savons pas qui. Les uns croient que c'était Bill. D'autres que c'était moi.
            - C'est très curieux. Et quelle est votre opinion personnelle ?
            - Dieu le sait ! Je donnerais tout au monde pour le savoir. Ce solennel et terrible mystère a jeté une ombre sur toute ma vie. Mais je vais maintenant vous dire un secret que je n'ai jamais confié à aucune créature jusqu'à ce jour. Un de nous avait une marque, un grain de beauté, fort apparent, sur le dos de la main gauche. C'était moi. Cet enfant est celui qui a été noyé.
            - Ma foi, je ne vois pas dès lors, qu'il y ait là-dedans le moindre mystère, tout bien considéré.
            - Vous ne voyez pas. Moi, je vois. De toute façon,
je ne puis comprendre que les gens aient pu être assez stupides pour aller enterrer l'enfant qu'il ne fallait pas. Mais chut ! N'en parlez jamais devant la famille. Dieu sait que mes parents ont assez de soucis pour leur briser le coeur sans celui-là.
            - Eh bien, j'ai, ce me semble, des renseignements suffisants pour l'heure, et je vous suis très obligé pour la peine que vous avez prise. Mais j'ai été fort intéressé par le récit que vous m'avez fait des funérailles d'Aaron Burr. Voudriez-vous me raconter quelles circonstances en particulier vous fit regarder Aaron Burr comme un homme si remarquable ?
            - Oh ! un détail insignifiant. Pas une personne sur cinquante ne s'en serait aperçue. Quand le sermon fut terminé, et que le cortège fut prêt à partir pour le cimetière, et que le corps était installé bien confortablement dans le cercueil, il dit qu'il ne serait pas fâché de jeter un dernier coup d'oeil sur le paysage. Il se leva donc et s'en fut s'asseoir sur le siège, à côté du conducteur.
            Le jeune homme, là-dessus, me salua et prit congé. J'avais fort goûté sa compagnie, et fut fâché de le voir partir.


                                                                                              Mark Twain

                                                                                   ( in contes humoristiques )
                                                                                                                                                                                       

                                                                                                              

samedi 6 octobre 2012

Chanel intime Isabelle Fiemeyer photos Francis Hammond ( Document France )


Chanel intime
                                                 Chanel Intime


             Gabrielle Chanel a toujours suivi ses intuitions raconte sa petite-nièce Gabrielle Palasse-Labrunie. Née dans un foyer modeste elle seule suivra un chemin qui l'a conduite à la renommée et à la fortune. Une route parsemée de drames. Gabrielle Chanel voit mourir sa mère, crachant le sang, de tuberculose, à 32 ans. Le père abandonne ses enfants. Absence irréparable. Placés dans des fermes. Puis pensionnat, puis atelier de confection où elle retrouve sa tante Adrienne. Elles ont le même âge et resteront toujours très liées. D' Aubazine proche de Brive-la-Gaillarde, celle que son père avait surnommée Coco vit et travaille à Moulins où elle rencontre son premier protecteur Etienne Balsan, riche propriétaire. Un jour Coco Chanel emprunte une tenue d'équitation de Balsan et la découpe et la porte ainsi. Elle prouve ainsi son goût. Débute d'abord comme modiste. Mais elle rencontre Boy Capel, l'amour de sa vie dit encore sa nièce qui vécut près d'elle fréquemment. Chacun lui apporte différentes formes de culture et elle accède grâce à leurs relations à une clientèle fort utile lorsqu'elle ouvre ses boutiques de couture à Deauville, à Biarritz, à Paris. Très indépendante elle rembourse Boy Capel qui malheureusement meurt dans un accident de voiture en Angleterre. Coco Chanel poursuit son ascension se lie avec le duc de Westminster, avec Dimitri, jeune russe qui l'introduit dans le milieu du cinéma, mais elle ne s'adapte pas à Hollywood, par contre à Paris, ce sont Picasso, Cocteau, Diaghilev qui lui demandent des costumes pour leurs spectacles puis des metteurs en scène pour leurs films. Mécène elle aide les artistes, Cocteau dans ses désintoxications. Chanel a découvert les antiquités, entourée de paravents de Coromandel, elle les démonte en couvre parfois ses murs rue Cambon où sont installés boutique et ateliers du 21 au 29. Tant d'anecdotes, histoires de quelques moments de Melle Chanel plus célèbre et plus reconnue aux EtatsUnis qu'en France. Voir la photo des soldats américains à la porte du 25 rue Cambon pour acheter les célèbre n°5. Chiffre symbolique pour Coco Chanel, assez fétichiste par ailleurs, propriétaire de châteaux qu'elle offre à ses proches, de bijoux volés à sa mort. Ce bel album outre les différentes étapes de la vie Chanel, elle voit mourir ses soeurs et frères et d'autres proches, comporte un grand nombre de photos, véritables documents. Sa liaison avec un espion allemand, et son arrestation à la fin de la guerre. Gabrielle Chanel fut rapidement libérée après l'intervention de Churchill. Très beau livre sur celle qui logea au Ritz trente ans, d'abord côté Vendôme puis côté Cambon et libéra les femmes de leur corset.

jeudi 4 octobre 2012

Lettre à Madeleine 48 Apollinaire


                                                                                                                                    

     
atelier_d_artisanat_tranch_e
photo extraite site 14/18 la grande guerre
atelier du graveur dans une tranchée
                                         
                                                 Lettre à Madeleine

                                                                                                             30 novembre 1915

            Mon amour, notre deuxième jour de 1è ligne est commencé. C'est calme. Il n'y a que la mousqueterie et l'artillerie pr le moment. Notre tranchée est prise d'enfilade et les balles y sifflent tout le temps. Je la fais creuser pr parer à cet inconvénient qui peut coûter la vie à de braves gens. A certaines heures à peu près fixes on nous bombarde des obus de 105 et quelques 77 fusants, une pièce qui doit être tout près. Mais enfin pr le moment pas de ces horribles engins de tranchée qui sont plus terribles que tout et on parle si peu :
            Youyous  ainsi nommés du bruit plaintif qu'ils faisaient entendre en venant et que les Boches sont arrivés à supprimer. Si bien qu'on ne les entend plus venir et comme ils les peignent maintenant en bleu ciel on ne les voit plus non plus.
            Boîtes à merde, sortes de lits ou de grandes malles qui arrivent à une 60aine de mètres de hauteur et piquent brusquement et détruisent 200 m. de tranchée avec tout ce qui s'y trouve.
            Seaux à charbon, espèce de bombes ainsi nommées de leur forme et pleines de toutes sortes de ferraille. Engin horrible.
            Marie-Louise le plus grand de tous ces engins, bombe très haute et d'effets épouvantables.
            Nous, nous n'avons que nos petits paniers avec les grenades à main.
            La section de réserve tandis que nous veillons fabrique, les sphères, les chevaux de frise, les trébuchets pr augmenter nos défenses accessoires.                                                                 
                                                                             
            Tout ça est bien singulier et bien épouvantable. Pas plus que la vie de tranchée même. Les fantassins dorment partout, brusquement, sous la pluie, sur le sol. Ils aiment se creuser des niches de 40 centimètres de haut sur 1 m 80 de long en forme de berceau à flanc de tranchée, ils mettent leur toile de tente devant et les voilà pourvus d'un appartement où ils se trouvent bien.
            Mon amour adoré pas de lettre de toi, d'ailleurs aucune lettre de personne parce que l'on ne m'a pas encore fait suivre. J'ai oublié de te dire que je t'ai envoyé avant-hier de notre train de combat deux paquets. L'un contient deux catalogues de l'Exposition Delaunay en 1913 ou 1914, l'un est à moi, tu me le garderas. L'autre porte mon ex dono pour toi. Tu y liras un de mes poèmes que j'aime le plus, " Les Fenêtres ". C'est au demeurant, un de mes livres les plus rares que cette belle édition des " Fenêtres ". Je serai content que tu l'aies, mon amour. Le second paquet contient mes éperons dont je n'ai plus besoin et que tu me garderas, ma cagoule d'artilleur qui t'amusera, mon couvre-képi, que j'ai retrouvé et qui a fait campagne sur mon képi que tu as, une petite boîte contenant la dernière bague que j'ai faite comme artilleur ( ici, on n'a pas le temps ! ). Elle est pour ta maman, je crois qu'il faudra :lui donner 1 petit coup de pâte à polir. Les papiers de la boîte sont à garder aussi. Ce sont : ma permission de Châlons et des notes d'achats à Châlons. Je vais tâcher de savoir quel est mon tour de permission et te l'écrirai aussitôt. J'espère que ça ne tardera pas. Comme officier je voyage en première. Je crois d'après ce qu'on m'a dit mais ce n'est pas certain que le bateau n'est pas gratuit, sans doute 1/4 de place. Mon amour, nous dormirons le moins possible pr être le plus longtemps possible ensemble. Tu es mon amour chéri. Je te prends toute profondément. Je souhaite une lettre de toi aujourd'hui. S'il m'arrivait quelque chose tu serais prévenue, car j'ai donné ton nom comme personne à prévenir. J'ai donné toi et ma mère. Mais j'ai beaucoup de confiance, certitude même qu'il ne m'arrivera rien même si on monte à l'assaut de l'affreuse butte ( tu te souviens de ce qui était écrit sur le journal italien ).
            9 jours sans se laver, couché par terre, sans paille, sur un sol rempli de vermine, pas une goutte d'eau sinon celle qui sert aux appareils Vermorel pour vaporiser les masques à l'hyposulfite en cas de gaz. Nous avons mis des girouettes sur les parapets pr connaître la direction des vents et j'ai donné une douille de 75 à un de mes guetteurs pour frapper dessus comme sur un gong dès qu'il verra onduler les gaz. La tranchée de craie est très mauvaise et s'éboule souvent, il faut tout le temps consolider au moyen de sac à terre. Le quart qui se répète de 6h en 6h est très embêtant mais très nécessaire, sans quoi les hommes s'endormiraient aux créneaux par la grande fatigue. Moi qui dors peu, je n'ai qu'à m'étendre sur le sol comme font ces pauvres enfants que je commande et je m'endors aussitôt.
            C'est fantastique, ce qu'on peut supporter. Il n'y a guère de charbon, mais forcément on fournit la ration réglementaire des officiers. Alors j'ai pris mes deux sergents à coucher avec moi et les hommes qui ont froid peuvent se chauffer 4 par 4. De plus mon feu sert à réchauffer leur soupe. Ils sont très contents les pauvres gars. J'ai 2 sergents épatants, qui font campagne depuis le début.
            Jean Jean-Marie, Toulousain 33 ans, croix de guerre, proposé pr adjudant, énergique, rouspéteur, grognard mais de 1er ordre.
            Varroqueaux ( de l'Aisne, son village est envahi 20 ans ) courage du lion.
            Les caporaux sont moins bien, mais les sergents savent les mener.
            Mon amour je prends ta bouche, je t'adore. Tu... mon Madelon chéri et c'est passionnément que ma bouche prend ton parvis adoré.

                                                
                                                                                                               Gui
                             reste de l'église détruite durant la guerre 14/18


                                                                                                                                                               1er décembre 1915

            Mon amour, je n'ai eu encore aucune lettre de toi ni de personne. C'est triste, si triste. Notre secteur défend l'Arbre, le plus fameux des arbres d'aujourd'hui. Si tu suis les communiqués tu sais lequel. En somme on est juste devant où nous étions en batterie. Si tu sais où, je suis content, mais si tu ne le sais pas je ne peux préciser. Un parapet de ma tranchée est construit en partie avec des cadavres... Brr ! Mon poste de commandement est un abri-caverne avec des voûtes ogivales. Mon amour je t'adore. J'ai dormi une heure cet après-midi tandis que je n'étais pas de quart. Ah ! quelle autre vie celle des fantassins que celle des artilleurs. Ceux-ci font à peine la guerre. Une vraie idylle à côté du drame nu et profondément fatal de la guerre de première ligne. Ah ! mon amour, comme je t'aurais gagnée ! Tu sais que j'ai été nommé au titre de l'active. Je me demande pourquoi tant d'honneur. Enfin ! Mais il est clair que j'irai à l'assaut un de ces jours ! Ça ne fait pas un pli !! et je me doute bien de l'endroit dont il s'agira ! En attendant j'organise défensivement ma section. Ce n'est pas une sinécure tandis que passe uniquement la chanson des obus des balles et les rran des marmites qui éclatent, le jjj des éclats qui tombent, les plac des balles qui touchent un parapet. Je t'écris ce soir 30 à 8 h et continuerai demain cette lettre qui partira demain soir et porte la date de demain
       
                              
            Mon amour, je continue ma lettre, le 1er à 4h. Pas été ravitaillés hier. - Comme choses curieuses de tranchées il y a les pare-éclats taillés dans la tranchée et appelés éléphants selon leur forme. Il y a les girouettes pour voir la direction du vent en cas de gaz asphyxiants. Ma cagnat ou caverne porte un écriteau avec l'indication Ville Ste Anne. Si on a moins à faire je tâcherai de faire les ronds de serviette ces jours-ci après quoi, je crois que je ne ferai plus souvent d'objets, maintenant que je suis officier je n'en aurai plus guère les loisirs. T'ai-je dit qu'avant de quitter la position de mon ancienne Batterie au Trou-Bricot j'ai visité un autre cimetière beaucoup plus beau que le premier que je t'ai décrit. Croix très bien sculptées, aigles, inscriptions générales : celle-ci en ancien germanique et qui est peut-être tirée de Nibelungen et '" Liewer düd as slaw " ( plutôt mort qu'esclave ) et celle-ci : " Kein Schönrer Tod ist auf der Welt als Wer vor 'm Feind erschlagen " ( il n'est pas de plus belle mort au monde que de tomber frappé devant l'ennemi ). Et sur chaque tombe est avant le nom la formule suivante : " den Heldentod starb... " mourut de la mort des Héros ( un tel ). Ici la vie est bien plus mystérieuse, fatale que dans l'artillerie où l'on s'abrite dès que ça marmite. Ici au contraire si ça marmite tout le monde sort et tant pis s'il meurt ou s'il est blessé. Le langage des fantassins n'est pas grossier. Pauvres et braves soldats ! Leur rêve, c'est la bonne blessure ( un bras coupé ). Mais ils sont braves et naturellement car ils ont eu plusieurs fois à monter à l'assaut. Puis il y a le mystère des tranchées prises d 'enfilade soit par le fusil mécanique, soit par le canon-revolver, soit par la mitrailleuse, le mystère des sphères, des postes d'écoute, des sapes, des bruits entendus, des dénominations inattendues pr désigner les différents points de la carte secrète. Mon amour, je t'aime, je me lave sommairement avec l'eau
de Cologne que tu m'as envoyée, je fume les cigarettes qui sont bien arrivées ( 6 paquets dans une boîte de figues ). Je porte le petit tricot que tu m'as envoyé.                            
             Mon amour, je me suis lavé ce qui est tout à toi avec ton eau de Cologne. Tu es mon mignon chéri. Je t'aime d'une façon merveilleusement conquérante ma toute chérie.. Mon amour a encore augmenté et je croyais que c'était impossible. J'espère une lettre ce soir. Ici l'aumônier joue un rôle...Les lettres doivent partir je prends ta bouche.


                                                                                                 Gui