jeudi 14 septembre 2017

Journal secret 2 ( extraits ) Alexandre Pouchkine ( Roman Russie )


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                                                      Journal secret 2 ( suite extraits )

            Une fois nous avons fait le pari qu'elle serait satisfaite même si elle n'était pas d'humeur à cela. Je connais trop bien la façon dont l'indifférence chez une femme se transforme en désir quand un homme sait ce qu'il fait. Dans le cas de N. son indifférence à ce moment précis était si évidente qu'il était impossible d'imaginer la facilité avec laquelle elle pouvait disparaître sans une trace !
            Je lui ai fait boire deux verres de champagne, me réservai une demi-heure ce qui fut suffisant.......
           Comme je l'aimais dans ces moments fulgurants !....... Je ne la lâchais pas d'un pouce....... J'étais encore abasourdi par la métamorphose d'une déesse en simple mortelle...... mais dans les moments de trop grande intimité l'enchantement s'évanouit, et je me suis débarrassé de ma vénération excessive qui souvent peut contrecarrer la soumission féminine.
            Le pouvoir des belles femmes dans la haute société réside dans l'illusion entretenue autour de leur divinité, celle-là même qui se dissipe si agréablement dans l'intimité. O connaissance grandiose et charmante ! Un regard sur la beauté la plus inapprochable et vous savez sans erreur possible ce qu'elle sent, où elle se rend en quittant un salon et le pourquoi de son départ. la vision de ces genoux fermés et de la courbe de ces hanches véritablement divines. L'admiration me faisait tourner la tête. Mais simultanément je sentais clairement que l'on me dissimulait quelque chose d'extrêmement important........... Quand la première fois......... j'ai vu le visage de la Vérité, j'ai au même instant pris conscience de ma destinée, servir cette divinité blottie....... et chanter les sensations produites par elle.........

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                                                                                                                            pinterest.com 
Résultat de recherche d'images pour "portrait d'une tres belle femme peinture"            Quand j'étais célibataire rien de particulier ne me hantait, sauf, peut-être, le désir d'un bonheur que je recherchais vainement, et cela me rendait malheureux. Il me semblait que le mariage avec une fille jeune, jolie, au grand coeur, m'apporterait la paix et la liberté, les deux éléments consécutifs du bonheur. Hélas, la vie donne soit la paix, soit la liberté, mais jamais les deux. La paix vient d'une résignation débilitante, et une telle paix ne laisse aucune place à la liberté/ La liberté m'entraîne dans des aventures sans fin, au sein desquels aucune paix ne peut exister.
            En dépit de mon bon sens, des projets de mariage brûlaient en moi et s'enflammaient chaque fois que je croisais une jeune beauté. J'étais prêt à épouser n'importe quelle femme, sans délai, du moment que je pouvais me montrer avec elle, en société, sans avoir honte. Olénina et Sof. ne voulaient pas d'un mari fou. N. n'avait pas le choix. Voilà comment Dieu m'a mis à l'épreuve.

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            Je me suis marié avec placidité, convaincu d'être protégé par mon expérience des espoirs inutiles et des naïves illusions. Mais ma conception du mariage n'était qu'une sèche théorie. Il est impossible de comprendre les émotions sans les ressentir intensément. C'est ainsi que le coeur peut être atteint, et seul le coeur peut enrichir l'esprit. Toute mon expérience était celle d'un amant, non celle d'un mari.
            Ma passion pour N. ne dura pas même deux mois. J'étais conscient de la fuite de cette passion mais, découragé par cette évidence, parce que pour la première fois il s'agissait de ma propre femme.
            Au bout du premier mois je ne tremblais déjà plus par anticipation joyeuse lorsque N. se déshabillait devant moi. Au bout de deux mois, la maîtresse en elle n'avait plus de secrets pour moi. Elle ne pouvait plus me surprendre avec quoi que ce soit. Je savais par avance les mouvements qu'elle ferait, les gémissements que j'entendrais, comment elle s'accrocherait à moi et comment elle soupirerait de contentement.
            Ses odeurs ne m'incitaient plus à me ruer sur elle comme avant. Je ne les remarquais pas, comme s'il s'agissait des miennes. L'arôme du fromage allemand m'excitait plus que les lourdes senteurs de sa peau.
            Parce que cela me faisait penser à d'autres femmes.

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            J'avais tort de penser que je pouvais modeler N. comme bon me semblait. Non, le talent n'est pas quelque chose que l'on apprend. On naît avec. De la même manière il faut être né pour l'amour, et N. était née pour la coquetterie. Ce que moi j'appelle excellence, elle le nomme bassesse. La capacité de ressentir les convulsions de l'amour n'est absolument pas un talent amoureux. Le talent de l'amour implique un désir si puissant et si vite inflammable que toute minauderie, toute honte disparaissent complètement. Les femmes douées pour l'amour en deviennent les esclaves. Elles font des maîtresses merveilleuses mais des épouses.... Encore une fois il faut faire un choix entre une merveilleuse maîtresse et une épouse merveilleuse. Mon mariage se trouve être l'un des meilleurs car, si j'avais
une femme douée pour l'amour, en d'autres termes une mauvaise femme, il serait impossible de compenser son inaptitude à être une bonne épouse par des à-côtés, alors qu'il n'est pas difficile de trouver ailleurs une maîtresse talentueuse.
Image associée  *          J'ai compris que le tempérament de N. est celui qui convient le mieux au mariage. Elle me tuerait si elle avait une faim omnivore semblable à celle de Z. ou R. Ce qui m'offensait n'était pas son manque d'entrain mais mon indifférence devant son corps. Mon coeur ne parvenait pas à se résigner. Quoi ! pouvoir m'allonger nu aux côtés de N. et m'endormir sans le désir de la prendre ? C'était, pour moi, absolument impensable avec n'importe quelle autre femme, et N., la plus belle d'entre toutes, m'a émasculé. Je la regardais, impassible, et pensais que si, à cet instant, n'importe quelle femme étrangère, même peu séduisante, prenait sa place, je la défoncerais avec le désir que N. ne sera plus jamais capable de provoquer en moi. Je sentais en moi la colère brûler à petit feu.
            Mon désir de corps nouveaux devint plus puissant que l'amour, plus puissant que la beauté, mais je ne voulais pas que cela devienne plus puissant que ma fidélité envers ma femme.

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            J'ai essayé de rendre N. enceinte. Durant les premiers mois de notre mariage, avant que la haute société ne tombe amoureuse d'elle, N. s'ennuyait à ses heures de loisir. Je lui ai appris à jouer aux échecs, lui ai donné à lire " Histoire de Karamzine ", mais cela l'a davantage ennuyée. Elle pouvait lire des romans français insipides, l'un après l'autre, avec une exaltation enfantine. Une fois je lui ai lu quelques-uns de mes poèmes. Elle les a écoutés avec une telle expression de nonchalance que je n'ai plus jamais osé l'importuner avec mes compositions, et elle ne m'en a plus réclamées...
            Les nouveaux habits et les compliments relatifs à sa beauté étaient ses plus grands plaisirs Cela ne me fâchait pas du tout. Je savais qu'une fois les enfants arrivés elle serait occupée par des choses réelles. Entre-temps elle brodait et je regardais son joli visage, mais le plaisir que j'en retirais était plus esthétique qu'érotique.
            N. avait rejeté la bonne moitié de ma vie liée à la poésie. L'autre moitié c'était l'amour, où la tendresse remplace les sensations poignantes. Mais nous ne sommes pas capables de trouver l'extase autrement que par la stimulation des sens

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            Moi qui me glorifiais autant de mon prestige d'amant que de ma célébrité de poète, je ne trouvais pas de place pour ce genre d'activité dans ma vie familiale. N. entretenait ma vanité avec sa
beauté, sa gentillesse et son innocence. Mais son innocence a fini par devenir de la coquetterie, sa gentillesse du sentimentalisme, et je suis tellement habitué à sa beauté qu'elle m'est devenue imperceptible. Je ne me sentais fier que lorsque tous admiraient la beauté de N., malheureusement , cette sensation dégénérait de plus en plus souvent en jalousie.
            Pour la première fois dans mon existence de sauvage je m'endormais et me réveillais chaque jour avec la même femme. Auparavant aussi je perdais vite la fascination qu'exerçait sur moi la douceur de la nouveauté, si bien que je changeais de maîtresse ou ajoutais l'une à l'autre. Je me rends compte avec chagrin qu'en ce qui concerne l'homme marié un tel comportement est inacceptable.
            La différence entre une épouse et une maîtresse, c'est qu'avec une épouse on se couche sans désir. Voilà la raison pour laquelle le mariage est sacré. Le désir s'en trouve graduellement exclu et les rapports deviennent simplement amicaux, indifférents même et souvent hostiles. Alors le corps nu n'est plus considéré comme péché, parce qu'il n'est plus tentant.

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                                                                                                                        br.pinterest.com
Image associée            Parfois je ressentais le calme, une joie tranquille, en regardant innocemment ma Madone ( existe-t-il une autre façon de regarder la Madone ? ). Le désir devenait une partie minime de notre vie. La majeure partie consistait en une angoisse des petites choses, le châtiment de la passion. De manière inexcusable, et sans retour possible, je commençai à croire à mon droit irrévocable au corps de N.

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            Les fantasmes commencèrent à me hanter, et c'était l'oeuvre du Diable.........
            Depuis ma jeunesse je me connaissais un goût prononcé pour le voyeurisme............
            J'avais cette espèce de vision quand je prenais N. dans mes bras........
            Parfois, je m'asseyais dans mon bureau et je tentais d'écrire, mais mes pensées s'envolaient vers des femmes inconnues, des intimités........ et le désir me prenait d'un coup........
            Lorsque N. entrait dans mon bureau pendant ces chauds moments de rêverie, mon désir disparaissait sans une trace........ La regarder est toujours un plaisir et une joie, mais elle ne m'excite ni ne m'inspire. Je la regarde comme une oeuvre d'art, vraiment comme une Madone ( dont la seule imperfection serait un oeil-de-perdrix à l'orteil ).
            N. est devenue pour moi un moyen de me débarrasser de mes hantises charnelles. En d'autres mots, je baisais ma femme non pour le plaisir mais pour lui rester fidèle.
            Cependant je me suis révélé incapable d'oublier mes fantasmes, si courte que fût la période que je m'assignais. Ils finissaient par s'agiter d'eux-mêmes au fond de moi et se redressaient comme l'herbe après la pluie...........

                                                                         *********************

            A une époque je pensais que les spasmes divins étaient le but de l'amour. Eh bien, non ! Car s'il en était ainsi la fidélité ne représenterait pas un tel fardeau et une épouse pourrait complètement satisfaire mes désirs. La finalité ne réside pas dans les convulsions.......... mais dans la révélation du mystère de l'intime féminin. Ce mystère qui cesse de vous exciter à cause de contacts répétés chaque nuit avec la même femme, ne disparaît pas et ne se résout pas entièrement mais s'envole vers d'autres femmes..........
            La seule chose qui remet le mystère à sa place légitime est la séparation. Alors une épouse devient à nouveau désirable, mais pour une nuit seulement, ensuite la satiété reprend sa place, tout aussi légitime.

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Résultat de recherche d'images pour "portrait d'une tres belle femme peinture"            En décembre je ne pouvais plus le supporter et j'ai fui Moscou. J'ai pensé que la séparation ranimerait ma passion pour N. Mais la séparation doit s'effectuer dans l'isolement, et non au milieu d'une foule de Tsiganes invités par Naschokine. La distance n'a pas seulement rallumé ma passion, elle m'a aussi fait oublier mes voeux de fidélité. Quand Olenka est venue à moi, toute ma passion renaissante pour ma femme s'est reportée sur la femme la plus proche. Il m'a semblé qu'elle était la première femme de ma vie, tant mes sensations étaient fraîches. L'intime était redevenu divinité.
            Mais, repu d'elle, je me suis mis à rêver de N. comme assoiffé. Si elle était apparue à côté de moi je me serais précipité sur elle avec une passion toute neuve. N. était lointaine, une étrangère et en conséquence excessivement désirable. Ce n'était pas une de mes inventions. Je ressentais la même chose à l'endroit des autres femmes, mais pour je ne sais quelle raison je m'étais convaincu que les lois habituelles ne s'appliquaient pas à mon épouse. Ainsi donc, lorsqu'une nouvelle fois tout s'est répété avec elle, j'ai compris que mon désir pouvait se porter sur la première femme venue.
            Et ventre à terre je suis retourné aux p... Celles qui avaient entendu parler de la grande beauté de ma femme me reprochaient de leur rendre visite et de laisser une telle merveille à la maison. Comment pouvaient-elles comprendre que la beauté ne protège pas de la satiété et que la variété est la seule chose qui maintienne en vie ? Des soupirants amoureux de N. me regardaient avec colère ou étonnement., comment pouvais-je oser désirer une autre femme que ma sublime épouse ? De nombreux admirateurs lui écrivaient, lui promettaient leur vie en échange de ses faveurs. Leur lecture nous faisait rire. Si seulement les personnes amoureuses savaient à quel point l'admiration s'estompe rapidement et combien on en vient à la regretter ! Car, une fois que l'on s'en rend compte il devient impossible de s'habituer à sa disparition.
            Le sacrifice de sa propre vie dans l'unique dessein de posséder une beauté trouve une signification profonde : on évite ainsi d'être ignoré, situation offensante entre toutes quand il s'agit d'une passion naissante. La mort est la façon la plus sûre de rester fidèle à celle qui habite vos pensées. Je comprends la raison du suicide de Roméo et Juliette. Ils ont agi intuitivement, sans comprendre, mais dans la même perspective, rester fidèles à leur amant même après la mort, ce qui est impossible pour un corps jeune, beau et vivant.

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                                                                             ( à suivre .........)
            

mercredi 13 septembre 2017

LesFleurs ne saignent Pas Alexis Ravelo ( Roman policier Espagne )

Les fleurs ne saignent pas
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                                                                 Les Fleurs ne saignent Pas

            A Las Palmas de Grande Canarie, la vie s'écoule entre nuages et soleil pour Diego, dit le Marquis, et Lola sa jolie compagne, arnaqueurs de petite envergure, mais des arnaques répétées leur ont permis d'être propriétaires d'une maison, La Maison rouge, où Lola cultive un petit potager et des fleurs.Leurs amis se nomment Paco, le Sauvage, Fito, Pâquerette et Ruth. " Lola venait d'avoir trente ans et son tempérament de feu cédait la place à d'autres envies.........  Leur spécialité c'était les petites arnaques rapides........ sans se faire repérer..... " Une île n'est pas le continent. Tout se sait et à part l'eau nul endroit où se fondre dans la foule. Aussi hésitèrent-ils tous beaucoup avant d'accepter le plan, un kidnapping, que l'un des leurs propose et qui n'apparaissait pas dans leurs petits vols, mais était parfaitement renseigné sur le père de la jeune fille. Une des grosses entreprises de l'île est dirigée par deux associés, Perera et Isidro Padron. Tous deux, outre des affaires confortables et diverses, trempent dans des projets immobiliers qui les forcent depuis des années à jouer un jeu d'argent dangereux. Les arnaqueurs hésitent mais rêvent d'un gros coup qui permettra à l'un de se libérer de ses dettes, l'autre de voler Ruth à un mari brutal, ou encore profiter de quelque répit entre deux arnaques. Mais un kidnapping c'est sauter dans une autre catégorie. Leur plan élaboré minutieusement pourrait aboutir sans l'Argentin et ses acolytes, employés par Perera au Service Sécurité. De plus les ordinateurs offrent de précieux renseignements à qui sait un peu décripter les pages. Ils lurent, suivirent des traces, et le carnage commença. Ce fut saignant, haineux, et ce qui resta vivant se trouva l'un grandi par le courage solitaire d'un tueur, d'autres pour avoir gagné le titre de grand arnaqueur.
C'est écrit dans l'esprit des personnages, vivant, sympathique, dépaysant.

samedi 2 septembre 2017

Ma mère cette inconnue Philippe Labro ( biographie France )


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                                           Ma mère,
                                                       Cette inconnue

           Appelée Netka, après être prénommée Henriette à sa naissance, ses petits enfants la surnommèrent Mamika. Elle eut quatre fils, un jour ils s'interrogèrent qui était-elle ? car il n'y avait pas de grands-parents. Elle n'aimait pas répondre aux questions, alors après avoir lu ses carnets et les quelques souvenirs qu'elle laissa à sa mort, ils remontèrent le temps, et celui qui des quatre frères était l'écrivain fut désigné pour décrire sa vie. Au milieu du livre Philippe Labro avoue avoir peiné dans la rédaction de l'ouvrage, puis arrivent les années de guerre et lui-même présent l'histoire se déroule facilement. Marie-Hélise ne connut pas son père, mais elle fut la première de la famille à étudier.  Institutrice elle trouva un poste chez le comte Henry de Slizien, grand propriétaire polonais, père de plusieurs enfants. De cette rencontre naquirent les deux enfants, l'aîné né à Villepinte, Henriette en Suisse. Ils ne furent pas reconnus par le père mais il paya la pension où il les fit placer, tant qu'il pût , car les bolcheviks saisirent sa propriété et l'emprisonnèrent vivant chez lui avant de l'éliminer. De Suisse les deux enfants furent placés dans un internat à Versailles. Ils furent de bons élèves, entourés avec bienveillance par deux femmes attentionnées. Henry entra à Saint-Cyr, Netka se tourna vers le droit et entra dans l'administration sans grand enthousiasme. Lors d'un thé-bridge elle rencontra Jean Labro conseiller financier, de vingt ans son aîné. Ils se marièrent et quelques années après la naissance des enfants ils décidèrent de quitter Paris pour Montauban où Jean Labro avait déjà acquis une propriété. La guerre de 40 fut déclarée. Montauban resta en zone libre quelques mois puis occupé comme le reste du pays. Contacté discrètement le couple accueillit, cacha des juifs qui fuyaient vers des lieux plus sûrs espéraient-ils. Dora arrivait d'Autriche, épuisée elle demanda à rester. Un jour elle fut obligée de fuir à la suite d'une dénonciation. Plus tard Philippe Labro sera " accueilli comme un fils ", lors de son séjour aux EtatsUnis où son évasion a conduit Dora. " Le document signé Dora fut le premier de nombreux témoignages qui autorisèrent Yad Vashem à honorer comme Justes parmi les Nations Jean-François Labro et Henriette, née Carisey, de longues décennies plus tard........ " à Nice alors que mon père avait déjà disparu, une courte cérémonie....... ses quatre fils, les adultes et leurs propres enfants étaient présents. Nous avions voulu que chacun de nos enfants...... comprennent mieux qui étaient leurs grands-parents et ce que signifiaient ces mots ....... camps de concentration, Shoah, résistance, libération, solidarité, engagement...... Le visage ridulé...... - Maman tu vas bien nous dire quelque chose ?........
- Oh, vous savez, ce n'était pas très difficile de faire ce qu'on a fait. C'était normal : on les aimait. "
Netka aurait voulu atteindre les cent ans, elle mourut à 99 ans. Un jour elle cita une ligne d'une chanson; Sarah, que Philippe Labro a écrit pour John Halliday " Merci pour ton effort ". L'auteur saisi, visiteur trop rare pour sa mère, oublia l'heure et manqua la navette et l'avion.


vendredi 1 septembre 2017

Claude C'était ma mère Alain Pompidou ( Document France )


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                                          Claude,
                                                    
                                               C'était ma mère

            Un jour de juillet 1942 Alain Pompidou entre dans la famille qui l'adopte. Il a trois mois ses père et mère sont mariés depuis sept ans. Il sera leur seul enfant. Chacun est heureux. Soixante-quinze ans plus tard il se penche sur ses années passées dans ce foyer où il côtoiera intellectuels, artistes et hommes d'état auprès de Claude et Georges Pompidou devenu Président de la République. Claude a sept ans, sa soeur cinq ans lorsque leur mère meurt emportée par la grippe espagnole, en 1919, le père est médecin, interne des hôpitaux au Havre. Les petites filles sont élevées par leur grand-mère. Une bibliothèque fournie, des études classiques, quelques années de droit et Claude rencontre Georges, agrégé de lettres. Ils se marient, Georges Pompidou enseigne français, grec et latin à Marseille. Le couple passe souvent ses vacances dans un joli village peu connu alors, Saint-Tropez. Voir les jolies photos qui complètent le récit. Puis remontée vers Paris où Georges Pompidou, né à Montboudif de parents instituteurs, enseigne dans les classes supérieures à Henry IV avant d'être mobilisé en 1940 et après être démobilisé. Claude apprécie leur vie, n'apprécie pas beaucoup le changement de situation qui s'annonce, son mari est contacté par la banque Rothschild. Déjà au fait des affaires, grâce à un ami gaulliste, René Brouillet, il obtient un poste de chargé de mission pour l'Education nationale. Ainsi d'enseignant et après divers postes, le statut social du couple s'améliore. Claude préférait la quiétude de leur vie pourtant par l'entremise de René Fillon ( oncle de François Fillon ) il entre à la Banque Rothschild, et le soir étudie avec acharnement les arcanes financières lui qui avoue " ne pas connaître la différence entre une traite et une lettre de change ". Le couple entre dans le cercle incontournable des Lazareff, Claude Pompidou  suit sans grand enthousiasme l'évolution de la carrière politique de son mari, fidèle au général de Gaulle qui le nomme premier ministre. Et si le couple fréquente les meilleurs artistes du moment, de Dali à Guy Béart, Sagan qui leur signale un joli coin de France, Cajarc où le couple achète et réhabilite maisons et étables où ils installent des moutons, Claude suit avec inquiétude leur progression vers une éventuelle présidence de la République. Claude Pompidou n'a jamais aimé l'Elysée qu'ils habitèrent le temps de cette présidence, 1969/1974. Claude Pompidou représenta parfaitement la France, les couturiers lui prêtaient les habits, Dior, Chanel qui lui apprit à les porter et à marcher. Les photos du milieu du livre en sont la démonstration. Claude Pompidou aime les robes mais aussi la décoration intérieure, elle modernise le mobilier de l'Elysée. Alain Pompidou devient médecin et père de famille, trois fils. Ils seront presque tous présents lorsqu'elle mourra à quatre-vingt-treize ans, quai de Béthune où Georges Pompidou mourut plus de trente ans plus tôt. Près du Centre Pompidou, l'Ircam qu'investit Pierre Boulez très apprécié des Pompidou et la Fondation Claude Pompidou. A la suite de la mort du Président Pompidou son épouse fut très attachée à la reconnaissance des ouvrages créés par son époux. " A quelques exceptions près elle n'aime pas la compagnie des femmes....... - La conversation des femmes est souvent trop potinière et trop personnelle, il faut se forcer pour y participer, dit-elle. "
Claude Pompidou emporte un peu de terroir lors des voyages : " Pour les séjours à l'étranger, elle emporte dans ses bagages un pain de campagne, un saucisson sec et une bonne bouteille de vin afin d'occuper son entourage durant les moments d'attente...... " Claude et Georges Pompidou sont enterrés à Orvilliers où ils avaient acquis une propriété et se rendaient régulièrement.

mardi 29 août 2017

L'homme est un dieu en ruine Kate Atkinson ( Roman Grande Bretagne )


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                                               L'homme est un dieu en ruine 

            Des cinq enfants Teddy était le dernier et le préféré de Sylvie, sa mort pouvait la tuer. Mais fort habile elle multiplie les couvées et autres cultures maraîchères et défend la propriété pendant les années de disette, alors que le rationnement et les tickets sont le quotidien des citadins. Teddy s'est engagé, attend son ordre de route, et l'auteur raconte dans ce second volume la vie des Anglais qui bombardent l'Allemagne. Les avions descendus en flammes, les sauts en parachute en toute extrémité. Pages de guerre. Revenu à la vie civile Teddy élève son petit-fils, il est journaliste et travaille pour une petite revue du côté de York. Après les destructions de Brême, Berlin et ailleurs, de jolies lignes décrivent la flore. Beaucoup de jacinthes, des bois et des jardins. Deux femmes obtiennent un succès facile en littérature enfantine, Izzie, soeur de Hugh dans Une vie après l'autre et la maman de Sunny qu'elle abandonne sans sentiment à son grand-père, le père Dominic, fils de famille, punk, drogué dangereux, ne subvient pas aux besoins de l'enfant, il peint de grandes toiles inabouties. Ursula apparaît, mais le principal du livre sont la guerre et les séquences bucoliques.
" L'alouette est connue pour son chant, dit-il, il est très beau...... Le but de l'Art est d'exprimer la vérité et pas d'être la vérité en soi....... " Au retour de la guerre Teddy et son épouse Nancy marquent leur désaccord lorsqu'il s'agit de l'achat d'un article fabriqué hors d'Angleterre " Alors tu as acheté un moulin à café Philips ? Et tu vas me dire qu'ils ne se sont pas salis les mains eux ? Tout le monde se salit les mains dans une guerre. - Pas Philips. Frits Philips a été déclaré " Juste parmi les Nations " après la guerre...... " Teddy a des souvenirs pleins la tête " A quatre cents pieds les jauges de carburant indiquaient zéro...... Teddy ordonna à tout le monde de prendre la position amerrisage...... Ils touchèrent l'eau à une vitesse de 95 Noeuds......... " Viola est-elle enfin prête à écouter la voie de la sagesse qu'enseigne le professeur de yoga son fils " Dharma... D'après une légende hindoue, autrefois tous les hommes étaient des dieux mais ils abusèrent de leur divinité............ Je sais où nous allons cacher la divinité de l'homme. Nous allons la cacher en lui. Il fouillera le monde entier mais il ne regardera pas au fond de lui......... " 

Une vie après l'autre Kate Atkinson ( Roman Grande Bretagne )

Une vie après l'autre
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                                                               Une vie après l'autre

            Sylvie Todd enfouie dans ses coussins bordés de dentelles souffre. Près d'elle seule un petite servante trop jeune pour la circonstance, Bridget, s'affole, apporte l'eau chaude, les linges que sa maîtresse lui commande entre des douleurs de plus en plus aigües. C'est un 11 février 1910, bien qu'assez proche de Londres le futur père ne peut rentrer assez tôt, bloqué par la neige, de même le médecin. L'auteur a deux alternatives, Ursula naît et meurt étranglée par le cordon ombilical, où sauver celle qui sera l'une des héroïnes du roman et que découlerait-il, quel serait le destin des autres personnages tous bien vivants. Ursula vit, Maurice, l'aîné n'a pas cessé de jouer aux Indiens, et le Dr Fellowes se fait servir un solide petit déjeuner par la gouvernante habituellement assez médiocre cuisinière, pour ses côtes de veau à la russe entre autres. Trois enfants suivront la naissance d'Ursula. Ursula qui développe une intuition très forte assez longtemps. Arrive 1914 et la guerre, Hugh est mobilisé, à Fox House les femmes tricotent. Beaucoup d'hommes sont morts, ceux qui reviennent sont blessés, défigurés. Bridget annonce à son entourage que son fiancé est sauvé, ils vont fêter la victoire à Paris. Sylvie et Mrs Glover s'inquiètent à juste raison. 24 heures après leur retour à la propriété le jeune homme meurt, victime de la grippe espagnole. Hugh garde secrets ses souvenirs de guerre. La vie reprend son cours, il retourne à la banque, sa soeur attend un enfant. Izzie est éloignée, l'enfant adopté par un couple allemand. La vie sentimentale d'Ursula est entâchée, sa mère ne l'aide guère. L'auteur décrit un milieu très puritain. Entre celle que l'on appela la Grande Guerre 14/18 et la seconde du siècle dernier la famille Todd voit s'éloigner les enfants. Mais Paméla revient, mariée à un médecin à Leeds, mère d'enfants jeunes elle trouve un abri dans la maison familiale lorsque commencent les bombardements sur l'Angleterre. Et là Kate Atkinson atteint son but. Elle dit avoir voulu décrire la guerre, et c'est réussi. Des dizaines de bombes tombent chaque nuit sur le sud du pays. Londres en ruines. Ursula travaille le jour et le soir devient bénévole, apprend son rôle :
" Patrouiller et surveiller, telle était la devise de Miss Wolf  ".Les garçons survivront-ils militaires engagés ? Chapitres courts, il faut entrer dans le jeu de l'auteur, avancer, reculer, et retrouver les personnages nombreux, les jacinthes, les prés et les landes et l'habileté de Sylvie dans la suite
" L'homme est un Dieu en ruine ".









   

            


            

samedi 26 août 2017

Journal secret Alexandre Pouchkine extraits ( Roman Russie )

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                                                                         JOURNAL SECRET
                                                                            (1836 / 1837 )

                                                                                                                A ma femme

            La prédiction se réalise. J'ai provoqué d'Anthès en duel. L'Allemande ne m'avait-elle pas annoncé une mort violente par la main d'un homme blond ? Je sens la puissance du destin, je vois comment il commence à se réaliser, mais je ne peux pas l'éviter car le déshonneur est plus terrible que la mort.
            Le déshonneur est une graine que j'ai plantée moi-même. A présent ses branches m'étranglent. D'Anthès est devenu la punition du destin pour ma faiblesse de caractère. Défiant d'Anthès je deviens comme Jacob aux prises avec l'Ange.
            Si je triomphe je réfuterai les lois de Dieu......
             Mes contemporains ne doivent pas me connaître aussi intimement que je le permettrai aux futures générations. Je devrai veiller sur l'honneur de N. et sur celui de mes enfants tant qu'ils seront en vie. Mais je ne peux pas m'empêcher de coucher mon âme sur le papier. .
            C'est la maladie incurable de l'écrivain.
             Cette maladie est souvent fatale. Mes contemporains me tueraient pour ces révélations à coeur ouvert, ces vraies révélations,  s'ils les apprenaient. Mais les générations futures ne pourront rien nous faire, ni à moi ni à mes arrières petits-enfants........
            À l'inverse du présent, l'histoire n'est ni dangereuse,  ni offensante, seulement amusante et didactique.
            Je ne veux pas emporter dans le tombeau mes péchés, erreurs et tourments.
            Ils sont trop considérables pour ne pas être intégrés à mon monument.
            Dans environ deux cents ans, quand en Russie la censure sera sûrement abolie, on publiera d'abord Barkov et ensuite ces notes, bien que je ne puisse imaginer la Russie sans la censure. Cela signifie que ces textes seront publiés en Europe, mais plus probablement dans la lointaine Amérique.
            C'est affreux de penser qu'à ce moment-là je ne serai plus vivant, et que même mes os seront tombés en poussière.
             Je regarde ma main tandis qu'elle écrit ces lignes et j'essaie de l'imaginer morte..... J'ai de la peine à croire ce destin, pourtant irréfutable...... La mort est la réalité la plus difficile à comprendre, alors que nous acceptons sans sourciller et sans réfléchir les mensonges les plus divers.
          
   Anton Tchekov -by Levitan                                     ************************           
            
            L'ultime volet de la prédiction de la voyante allemande s'accomplissant, la mort de Delvig était un signe effrayant. À l'époque je n'en étais pas conscient,  mais aujourd'hui tout m'apparaît tellement évident et rempli de signification. La chute de la bague lors de la cérémonie nuptiale, la flamme vacillante de la bougie qui s'est éteinte toute seule, m'ont irrévocablement convaincu qu'il ne pouvait rien advenir d'heureux dans ce mariage. En fait nous prédisons nous-mêmes notre avenir.
             Pour ne pas perdre le reste de courage, je me suis consolé en songeant à la nuit de noces qui m'attendait : la joie de posséder enfin N. prié Dieu pour que cette joie perdure ma vie entière d'homme marié. 
             Une soif de bonheur absolu me poussa à me marier. Oui le mariage me paraissait le remède magique à ma débauché et à mon ennui. Il s'agissait de tenter de me fuir moi-même, étant incapable de changer et de devenir un autre. 
Résultat de recherche d'images pour "peintres russes 1900"             N. fut ma chance fatale. Dans ma négociation pour soustraire N. à sa mère j'ai sacrifié toute dot et je me suis beaucoup endetté pour payer les festivités des épousailles. En attendant le jour du mariage, après les fiançailles, j'ai pensé..... comment ma vie allait être bouleversé après mon serment de fidélité, car je comptais sincèrement le respecter.
            Auparavant il m'arrivait fréquemment de posséder cinq femmes par jour. Je me suis habitué à une grande variété.... de tempéraments féminins et à tout ce qui différencie une femme d'une autre. Un tel renouvellement ne permettait pas à mes passions de s'engourdir et la poursuite constante de cette diversité était la substance même de ma vie.
            Quand j'ai vu N. pour la première fois j'ai compris qu'il se produisait quelque chose d'irréversible. Le désir de la posséder fut immédiatement si puissant qu'il s'est instantanément transformé en désir de l'épouser. Cela m'était déjà arrivé mais jamais avec une telle force. Je n'avais jamais ressenti une telle admiration pour l'élue de mon coeur.
            Lorsque ma proposition fut finalement acceptée, je me suis arrangé, profitant de ma position de futur gendre, pour rester seul avec elle. Je l'ai attirée à moi et embrassée et, laissant ma main remonter jusqu'à son sein, j'ai commencé à gratter avec l'ongle l'endroit où était supposé se trouver le téton. Très vite mon ongle a trébuché dessus. N. rougit mais ne me repoussa pas et chuchota seulement :
            - Arrêtez, maman pourrait vous voir.
             Sa mère est une vraie salope.......... Elle opprimait ses filles de mille et une manière et les cloîtrait comme au couvent. J'ai regardé les soeurs de N. et songé à faire de ce couvent mon harem.
            En bon futur marié je me reprochais ces pensées pécheresses, bien qu'il me fût impossible de m'en débarrasser.
            J'adorais ma novice et envisageais de la métamorphoser pas à pas en amante experte. Mais il était écrit que mes plans ne se réaliseraient pas, et voilà sans doute pourquoi je suis toujours amoureux d'elle.
            Je ne vis pas passer la lune de miel tant son éducation m'était agréable. J'appris la langue que parlait son corps et N.apprit à réagir à ma langue,  et pas seulement à elle. Mon obstination et son adresse la conduisaient de plus en plus souvent à des hurlements déchirants qui, à mes oreilles sonnaient comme de la musique.
            Posséder une telle beauté idéale, et de surcroît vierge, est le plus grand bonheur de l'homme.
            L'intensité qui s'en dégage est si forte qu'elle ne peut pas durer. Quand je m'enfouissais dans mon épouse fraîchement cueillie, l'enlaçant avec passion, sentant ses mouvements timides réprimés par sa honte et son immaturité, sentant sa respiration chaude au creux de mon oreille, mon état d'exaltation était comparable à celui de la création artistique.

                                                                                          ******************
                                                                                                                   
Résultat de recherche d'images pour "peintres russes 1900"               Quelle joie de conduire N. dans les allées sinueuses du jardin des plaisirs..........
                ........... Malheureusement,  elle n'est pas douée au lit....... Elle n'a qu'un orgasme par nuit et après avoir joui ne veut plus en entendre parler. Chez une épouse c'est une qualité de grande valeur,  elle ne vous importune pas avec son désir lorsque vous voulez dormir. Mais au début je la chatouillais beaucoup.                                                                                                   

            J'avais tout le temps la sensation de tricher avec la nature. Moi, un nain avec le visage d'un singe, possédant une déesse. Et elle n'est pas apte à apprécier mes qualités d'amant parce que pour ce faire il lui faudrait un point de comparaison,  Dieu l'en préserve.
            Au cours de ces premières journées nous avions décidé de ne nous cacher aucune de nos pensées,  d'un commun accord,  si intime fût-elle. Je me rendais compte que je serais bien incapable de respecter cet accord mais voulais faire naître en N. l'impression de vouloir partager ses pensées et désirs avec moi. Le plus important était de ne pas s'énerver quoi qu'elle pût me raconter. Obéissant à cette règle je faisais de mon mieux pour ne pas lui laisser voir la tempête d'indignation ou de jalousie à l'écoute de ses histoires.
            N. avait pris notre accord au sérieux. Je lui ai demandé si elle avait déjà eu, de quelque manière, une affaire de coeur,  et elle s'est confessée.
            Lorsqu'elle avait dans les quatorze ans, elle avait été invitée, avec sa mère et ses soeurs au palais du Tsar. A un moment elle s'est trouvée perdue parmi les invités. Une très belle demoiselle d'honneur s'est avancée vers elle et a dit que Sa Majesté voulait qu'on la lui présentât. Ma petite fille a tremblé de peur et a humblement suivi la demoiselle d'honneur. Celle ci a conduit N. au petit salon. Le Tsar était là, assis dans un fauteuil. La demoiselle a annoncé N. et l'a laissée debout au milieu de la pièce lugubre. Le Tsar s'est levé, est allé jusqu'au sofa et l'a fait asseoir près de lui. Il l'a questionnée tout en remontant sa jupe de plus en plus haut. N. n'osait pas bouger et essayait de répondre de manière détaillée. Quand l'impérial a écarté ses jambes N. a senti " des vagues de chaleur la balayer ". C'est ainsi qu'elle m'a décrit ce qu'elle avait ressenti.
            Soudan quelqu'un a frappé à la porte. Le Tsar s'est levé,  a rajusté sa robe, et a quitté le petit salon. Dans la minute la demoiselle d'honneur est revenue et a raccompagnée N. jusqu'à la salle de bal où dansaient les autres invités.
            La mère de N. commençait à s'inquiéter de sa disparition, mais quand la demoiselle d'honneur lui a dit qu'elle avait été présentée au Tsar, elle s'est calmée et s'est contentée de regarder N. avec suspicion.
            N. semblait si excitée par cette aventure qu'à leur retour à la maison sa mère l'a convoquée dans ses appartements et lui a demandé si elle était restée seule avec le Tsar. N. a répondu qu'il n'y avait personne dans le petit salon, à part eux, qu'on était venu chercher le Tsar et qu'ils n'avaient pas eu le temps de beaucoup parler.
            - Espèce de... menteuse ! ai-je dit aussi calmement que possible, effrayé à l'idée qu'elle pourrait entendre grincer mes dents.
             Ma femme a répondu qu'elle n'aimait pas mentir, que tout ce qu'elle avait dit à sa mère était vrai et que celle-ci n'avait pas posé d'autres questions.
Image associée            Quand Koko est devenue demoiselle d'honneur je lui ai interdit d'habiter le palais, ce qui a rendu le Tsar encore plus furieux contre moi.
            N. se montra fort gênée de l'argent que le Tsar lui a donné en cadeau de mariage. Je l'ai bien remarqué. Lorsque nous avons déménagé à Tsarskoie Selo, elle a tenté par tous les moyens d'éviter le chemin du Tsar, choisissant des endroits isolés pour nos promenades. Mais un jour,  lors d'une sortie paisible autour du lac, nous avons rencontré le couple impérial, et l'impératrice a confié N. au palais.
             De retour à la maison N. s'est lamentée, elle ne voulait plus se montrer en société. Cela m'a paru suspect,  et je lui ai soutiré la confession que je viens de rapporter.
            J'avais appris, il y a bien longtemps,  de la bouche d'une demoiselle d'honneur que  j'ai guérie de ses crises de nerfs en la baisant, la passion que nourrissait l'empereur pour ses petits pêchés innocents. Ainsi donc la confession de N. ne m'étonna pas. Je savais d'avance ce qu'elle allait me raconter. Je ne voulais simplement pas découvrir que ma femme était une de ces " images vivantes ". Le Tsar a fait un grand serment de fidélité à l'impératrice et, en conséquence ne baise personne à part elle. Cependant pour profiter de l'essaim de jeunes filles qui l'entoure il leur ordonne de se déshabiller....... Ses yeux se délectent....... s'en va sans les toucher.
            L'Impératrice sait tout cela,  mais estime qu'il ne rompt pas son serment en agissant de la sorte.
            De nombreuses demoiselles d'honneur souffrent de ces rapports bénins avec le Tsar, mais N. était contente que pour elle ils fussent restés de nature innocente.
            Que le Tsar essayât à nouveau de l'approcher l'inquiétait. Je l'ai consolée et lui ai conseillé, au cas où le Tsar tenterait encore de badiner ainsi, de me décrire comme un mari jaloux au point de promettre la mort à quiconque essaierait de seulement regarder son minon. Plus tard elle m'a appris que peu après cette conversation, un jour qu'il tentait de la retenir elle avait eu l'occasion de le lui dire. Depuis il n'a plus osé recommencer. Je sais qu'il a peur de moi.
            Comme il sera heureux si je meurs. Enfant de putain !
            Je regrettais déjà à ce moment - là d'avoir imposé à N. un accord de sincérité, mais je me suis préparé à accepter toutes les conséquences agréables et désagréables qu'entraînait son adhésion. Un mari qui ignore les pensées de son épouse risque de devenir cocu. Et être cocu est dégoûtant et insupportable.  Nul n'a autant tiré parti que moi de l'inconsciente ignorance des maris, et combien j'ai pris plaisir à regarder leurs cornes grandir, invisibles à tous sauf à moi.



                                                                             à suivre...............


vendredi 4 août 2017

Françoise Dolto Marie Pierre Farkas Marianne Ratier ( BD France )



                                                  Françoise Dolto

                                                     L'heure juste 

            Françoise née Marette ne devait pas devenir médecin, et dû même lutter pour se présenter au bac. En 1908, année de naissance à Paris dans le l6è arrondissement, les jeunes filles se préparent à devenir de bonnes épouses. Sa mère préférait sa soeur aînée, et le drame qui frappe la famille creuse le fossé entre Françoise et madame Marette. Elle s'obstine et passe tous les examens avec l'appui de son père " ....... Papa..... il aime jouer aux échecs avec maman, matin et soir. Le reste du temps il calcule, par exemple quelle serait la courbe dessinée par la cuillère accrochée à la queue du chat...... " Enfant curieuse elle pose des questions "......  Au ciel c'est quoi, c'est comment, c'est où au ciel ?...... " Elle apprend à lire, mais déçue, veut " désapprendre ". Elle préfère les histoires qu'elle se raconte. Elle s'occupe toujours, mademoiselle l'a compris, " ....... un vieux carton pour que je confectionne un lit pour ma poupée..... " et elle tricote. Sa mère ne lui fait guère de compliments. Et les années de guerre, 14/18, crainte pour les proches. Et Françoise a des idées précises sur Judas mais Madame Marette semonce la fillette " .....  Françoise, Françoise..... demande donc au Bon Dieu de t'empêcher de penser...... " Après le drame, cette maladie inguérissable, Madame Marette s'attache à déjouer les projets de Françoise. Elle dissimule l'enveloppe qui convoque la jeune fille au bac. Et Françoise obstinée, obligée de quitter le domicile familiale tant la tension entre sa mère et elle est forte, pousse les portes et pratique le métier qu'elle s'était choisi, elle est pédiatre et s'est attachée à soigner les conflits entre mère et enfants, entre autres. Elle-même a, plusieurs années, suivi une analyse. Texte et dessins agréables, joli roman-biographie graphique. Une approche pour poursuivre la lecture des ouvrages de Dolto.

lundi 31 juillet 2017

Premier arrêt après la mort Jacques Attali ( Roman policier France )



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                                                 Premier arrêt après la mort

            2018, 16 juillet 2018. la France épargnée par des attentats terroristes, alors que les pays voisins comptent leurs morts, la France apprend le 1er assassinat, affreusement mutilé, difficilement identifiable, seul maigre indice un vers d'un poète quasi inconnu hors des pays anglo-saxons. Et une course contre la montre débute, le ou les meurtrier donne une date limite à qui doit se reconnaître dans ces quelques mots et avouer un passé sulfureux. Dans le cas contraire le pays sera l'objet de grands drames. Parallèlement, Jacques Attali fait le point chaque jour sur les événements mondiaux, La Chine et la Corée, le Japon qui accepte de ne pas avoir de bombe nucléaire, Poutine et son désintérêt pour la Syrie, et d'autres informations que nous recevons aujourd'hui chaque jour. Car l'enquête semble inquiéter le chef de l'Etat et certains de ses ministres. Efficace l'histoire, car l'enquête est bien conduite, par des policiers en plein déménagement : ils quittent le mythique quai des Orfèvres pour les Batignolles mais il faut avouer que le malaise vient des personnages. Fatima l'enquêtrice principale est tellement préoccupée par ses problèmes sentimentaux et sa vie personnelle, qu'elle semble hors jeu, pourtant elle tient entre les les mains un livre, sur le conseil de son père libraire : " Un roi sans divertissement ", Giono, explicatif peu-être " ...... Il racontait parfaitement combien chaque être humain peut être fasciné par le mal....... " Léo, on ne sait trop. Zemmour, adjoint de la commissaire, semble plus probable, modèle selon l'auteur, de Colombo. L'histoire parce que bien menée se termine dans la nuit du 4 août, 20 jours plus tard.





vendredi 28 juillet 2017

Anecdotes et Réflexions d'hier pour aujourd'hui 80 Samuel Pepys ( Journal Angleterre )

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                                                                                                               17 octobre 1662

            Ce matin visite de Tom, il me demande de le conseiller sur la façon d'agir avec la mère de sa maîtresse pour ce qui est de lui assigner un douaire. Mais j'entends lui parler sous peu et lui dire mon opinion.. 
            Puis par le fleuve chez milord Sandwich à qui je racontai comme les choses se sont bien passées à la campagne, ce dont il a été très content et il paraît s'intéresser fort à moi. Puis à la Grand-Salle avec Mr Creed et ensuite le capitaine Ferrer que j'avais fait appeler. Nous allâmes tous trois dans la chambre de Creed où nous restâmes un bon moment à boire du chocolat. On me raconte les événements de la Cour : que les jeunes gens ont le dessus et que les vieux seigneurs graves sont mal en cour. Que sir Henry Bennet ayant pris la place de sir Edward Nicholas sir Charles Berkeley est nommé à la Bourse privée. C'est un homme fort vicieux et dont Mr Pearse, le chirurgien ce qui m'amuse, m'a raconté qu'il offrait à son épouse 300 livres par an pour être sa catin. Il m'a dit aussi que personne à la Cour n'avait davantage l'oreille du roi. L'influence de milady est plus grande que jamais. Et que Mrs Haslerigge, célèbre beauté, a été engrossée et est couchée. Il me dit aussi que c'est milord St Albans qui sera le probable trésorier général. Toutes choses qui m'affligent fort.
            Restai à causer un bon moment. Puis par le fleuve chez Mr Moore qui n'est plus alité et est convalescent. Puis à la maison et avec le commissaire Pett par le fleuve voir les mâts que Wood propose de vendre, nous les trouvons mauvais. Puis à Deptford pour certaines affaires et rentrai et allai à mon bureau. Nous n'avons parlé que de la vile conduite que sir John Mennes et sir William Batten ont eue à son égard quand ils furent, il y a peu, à Chatham. Ce que je suis fâché d'apprendre. Mais je ne doute pas que nous terrassions sir William Batten avant longtemps.
            A mon bureau. Apprenant que sir William Penn n'était pas bien je fus le voir et restai avec lui, puis à la maison, et au lit.


                                                                                                    18 octobre
Résultat de recherche d'images pour "samuel PEPYS"            Ce matin, ayant décidé que mon frère recevrait la mère de sa maîtresse demain, j'ai envoyé ma femme coucher chez eux ce soir pour le conseiller en cette affaire. Et moi au bureau toute la matinée et l'après-midi attentif à mes ouvriers, particulièrement mes menuisiers qui vont embellir ma salle à manger. Le soir à mon bureau puis allai voir sir William Penn qui continue à beaucoup souffrir, puis rentrai et, seul, au lit. Mais préoccupé par mes affaires et celles de Tom je ne dormis guère, non parce que j'étais tracassé mais parce qu'une foule de pensées m'obsédait.

                                                                                                     19 octobre
                                                                                 Jour du Seigneur
            Fis ma toilette le matin et mis ma première cravate de dentelle neuve. Et celle-ci est si élégante que je suis résolu à faire ma principale dépense de cravates de dentelle ce qui mettra tout le reste d'autant plus en valeur. Puis à pied chez mon frère où je trouvai Mr Cooke et, en parlant, je m'aperçois que lui et Tom ont promis un douaire de 50 livres à sa maîtresse et disent que j'ai donné mon accord à ce qu'elle reçut un douaire de 30 livres par an sur Stirtloe et le reste pris sur sa dot. Ce qui me rendit fou furieux et très courroucé de ce que cette affaire soit conduite si sottement, contre mon opinion et contre toute raison. Mais je voulus bien me retenir de le manifester et je reçus Mrs Butler sa mère et Mr Lull et sa femme, gens fort polis, très aimablement sans trace de mécontentement. Tom nous fit servir un bon et élégant dîner. Nous parlâmes peu affaires, laissant cela à un certain Mr Smith pour son compte et à moi pour le nôtre. Je pris congé pour aller voir Mr Moore qui se remet bien. Son médecin, un certain Dr Merrett, vient le voir. Il nous entretient fort bien un moment d'anatomie entre autres, très agréablement. Puis allai me promener au jardin avec Mr Townshend. Leur demandai conseil sur l'affaire de Tom. Il me dit qu'il parlera à Smith et dit que mon offre de lui donner un douaire de 30 livres par an et non davantage est raisonnable.
            Puis Tom m'attendant nous prîmes le chemin de ma maison en causant et le grondant de sa sottise et en lui disant clairement à quoi il doit s'attendre s'il continue de cette façon, car jamais il n'aura cette femme aux conditions qu'ils exigent, 50 livres.
            Il me laissa et je fus chez mon oncle Wight où je soupai. Il y avait la jolie Mrs Margaret Wight que je juge très jolie et que j'ai grand plaisir à regarder. Nous fûmes très gais et je plaisantai. Mais je suis fâché d'apprendre que la nouvelle vente de Dunkerque est si généralement mal prise, ce qui, je le vois, est le cas chez les négociants. Et d'autres choses, comme la révocation d'officiers à la Cour, gens de bien mal remplacés, et tout le reste rendu bien pire dans la rumeur publique que dans la réalité. Et ce soir, pour je ne sais quelles raisons, ordre de fermer les portes de la Cité et de doubler la garde partout. Puis rentrai et après avoir préparé ma visite au Duc demain, au lit.
            En vérité je trouve que tout le monde a l'esprit très agité et que ce que font la Cour et le Conseil est très mal pris, ce qui est très fâcheux s'il y a un début de troubles, ce qu'à Dieu ne plaise.


                                                                                                             20 octobre
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Résultat de recherche d'images pour "samuel PEPYS"            Levé et dans le carrosse de sir John Mennes, et avec sir William Batten à Whitehall où le Duc est maintenant revenu loger et dans la nouvelle petite chambre de Mr Coventry. Au bout d'un moment montai voir le Duc qui était à sa toilette. Là, le jeune Killigrew fit un tel éloge du Maraud, nouvelle pièce de Tom Porter jouée seulement samedi chez le Duc qu'on aurait cru que jamais pareille pièce n'avait été vue sur scène. C'est aussi ce que me dit hier le capitaine Ferrer, et plus tard ce matin le Dr Clarke qui l'a vue. A tel point qu'après en avoir terminé avec le Duc puis être allé avec le commissaire Pett chez Mr Lely le grand peintre qui sortit pour nous recevoir, mais s'imaginant que je venais lui commander un tableau prit les devants en nous disant qu'il n'aurait pas le temps durant trois semaines, ce qui me paraît exceptionnel et puis de voir avec quel faste sa table était dressée pour dîner seul. Entre autres tableaux j'ai vu le portrait de milady Castlemaine que je désirais tellement voir, tableau ravissant et dont il me faut une copie. Puis chez mon frère où je mangeai quelque chose et emmenai ma femme au Théâtre du Duc. La salle était pleine de monde mais, soit que nous en ayons trop attendu ou pour une autre raison, je ne sais, je n'ai jamais été moins content d'une pièce de théâtre, bien qu'il y eût des chants et des danses de qualité, mais pas d'invention. Et ce qui la rendait moins satisfaisante, c'était ma conscience qui me disait que je n'aurais pas du venir à cause de mon  voeu, qu'en outre mon travail me réclamait. Mais enfin, quand je rentrai je versai ma pièce d'une couronne dans le tronc des pauvres selon mon voeu. Il n'y a donc pas de mal, que du travail et de l'argent perdus et ma vieille habitude des plaisirs réveillée que je réprimerai plus soigneusement par la suite car, Dieu merci ! ces plaisirs perdent leur charme au moment même où je m'y livre. Retour en voiture après avoir un peu travaillé à mon bureau et avoir vu sir William Penn toujours malade et je fus au lit.
             Dunkerque, me confirme-t-on est définitivement vendu. Ce dont je suis bien fâché.


                                                                                                         21 octobre

            Levé et m'habillai devant mon frère Tom. Je le grondai pour être assez sot pour s'être laissé berner en contractant ce mariage. Je vois qu'il fait tout ce qu'il peut pour obtenir cette femme et qu'elle et les siens auront plus que ne mérite sa dot passée maintenant de 6 ou 700 livres à 450; Je montrai petit à petit à Tom qu'il ne gagnerait pas 100 livres à l'épouser à sa façon de lui constituer un douaire. Ayant terminé avec lui au bureau toute la matinée. Au milieu de notre réunion comme mes ouvriers posaient ma balustrade sur ma terrasse, sir John Mennes les aperçut et se mit à jurer. Je ne fis pas attention mais fus contrarié, et le suis encore au vif par crainte que cela ne le décide à prendre le cabinet et ma chambre, ce dont, je l'affirme, j'ai maintenant peur. Mais c'est mon immense sottise que d'être tant tracassé par ces vétilles plus que par la perte de 100 livres ou par des événements de plus grande conséquence. J'oublie la leçon que je prêche aux autres " ce qui dépend de nous et ce qui  ne dépend pas de nous " ( Epictète ).
            Après dîner à mon bureau la tête et le coeur tout pleins d'affaires difficiles, puis par le fleuve avec Mr Smith voir Mr Lechmere, l'avocat, au Temple pour l'affaire Field. Il me dit nettement que puisqu'il y a verdict du jury contre nous on ne peut empêcher que l'affaire ne vienne en jugement. Il m'en coûtera 30 livres de dommages-intérêts pour avoir, avec les autres, fait emprisonner Field sans que nous soyons juges de paix pour la Cité, bien que nous le soyons pour le Middlesex. Ceci me tracasse, mais j'espère que le roi nous remboursera  .  botterman-empire.blogspot.fr
Image associée            Puis allai à Ludgate Hill voir Mr Smith le notaire à qui Mrs Butler confie son affaire concernant sa fille et mon frère. Il me dit que la dot n'est que de 400 livres, ce qui me tracasse plus que jamais. Ils se plaignent, trouvent que la maison de mon frère est trop petite. Aussi après lui avoir nettement dit mon opinion je partis. Nous devons nous revoir demain, mais je crois que l'affaire sera rompue, ce dont je suis désolé pour Tom, mais cela ne se peut empêcher sans causer sa perte. De là chez Mr Moore assez bien remis. Nous examinâmes l'affaire de Mrs Goldsborough, et le fils de celle-ci arrivant, comme convenu, je lui dis notre décision de lui faire rétrocéder la propriété.
            Mon frère est aussi venu et en présence de Mr Moore je l'ai avisé et conseillé sur son mariage et lui exposai comme nous avons tous été trompés par la sottise de Mr Cooke. Puis à mon bureau, réglai maintes affaires, rentrai et souper et au lit. Sir William Penn toujours très souffrant.


                                                                                                                 22 octobre 1662

            Levé et emmenai ma femme et son frère à Covent Garden près du nouveau logis de son père, en voiture. J'allai chez milord Sandwich qui me reçoit avec de plus en plus de bonté, maintenant qu'il voit que le monde me respecte, et il est mon très noble protecteur.
            Parlons beaucoup avec milord et Mr Povey des affaires de Tanger.
            De là, rencontrai Mr Cooke à qui j'ai parlé de la dot de Mrs Butler. Il persiste à dire qu'elle s'élèvera certainement à 600 livres, alors qu'il sait aussi bien que moi qu'elle n'est que de 400 livres. Mais c'est un sot et il s'est payé notre tête. Puis par le fleuve chez mon frère, de là chez Mr Smith avec qui je m'entretins franchement, et elle avec moi. Je constate qu'elle ne donnera que 400 livres et pas davantage et qu'elle ne veut pas donner cela sans douaire auquel elle s'attend et que je ne veux pas accorder pour cette dot. Je constate que Cooke a fait des promesses tout à fait inconsidérées des deux côtés et nous a donc trompés, mais je ne vois pas ce qu'on peut faire car je constate qu'elle avait une beaucoup plus haute idée de la maison et de la situation de Tom. Enfin nous rompîmes l'affaire complètement, mais avec beaucoup d'amitié et d'amabilité. Nous aurions été contents de savoir à quoi nous en tenir plus tôt, sans être égarés par cet individu, à notre honte et pour notre embarras. Car je la trouve discrète et sérieuse, sa fille, me dit-on et je le crois, est femme de bien, et si leurs fortunes étaient en proportion, bien qu'elle critique la maison de Tom et ses défauts de parole, je crois que nous nous serions mis d'accord sur le reste. Après nous être dit adieu aimablement je fus chez Tom et lui fis un compte rendu complet de cette triste nouvelle. Je vois bien qu'il en est grandement agité, mais paraît disposé à se laisser guider, et qu'agir autrement ne serait pas dans son intérêt. Je le persuade de se remettre à son travail et espère que c'est ce qu'il fera. Mais pour ce qui est du rôle qu'ont joué Cooke et le Dr Pepys je saurai une autre fois que ce sont deux sots.
            Puis, comme il pleuvait à verse, rentrai en voiture après m'être fait raser par Benier qui connaît tous les acteurs et me dit que Betterton n'est pas marié avec Ianthe, comme on le prétend, mais aussi que c'est un homme posé et sérieux, travailleur et modeste et déjà riche de ce qu'il gagne et met de côté. Et jusque tard à mon bureau, réglai de nombreuses affaires et mis de l'ordre dans mes pensées pour mes affaires fort nombreuses en ce moment. Puis rentrai et au lit.
            Ce soir, comme me l'apprend le son des cloches de l'église de Barking, on a enterré ma pauvre Morena dont la maladie sans espoir a tué son pauvre père. Lui mort de chagrin elle dit qu'elle ne saurait guérir ni avoir envie de vivre et, à partir de ce moment, elle fut de plus en plus languissante, et la voilà morte et enterrée.


                                                                                                          23 octobre

            Levé et au milieu de mes ouvriers puis au bureau en réunion toute la matinée. Nous rendîmes tous visite à sir William Batten qui, paraît-il, n'a pas été bien du tout de tout hier, mais on l'a saigné et va maintenant assez bien. Après le bureau j'allai voir sir William Penn, mais il souffre toujours beaucoup de la goutte et est au lit, il ne peut faire aucun mouvement sans beaucoup souffrir. A mon bureau toute la soirée, réglai des affaires publiques et privées. Le soir à la maison, souper et au lit. Depuis que je me suis remis au travail, rempli de contentement. Que Dieu ne m'en prive point !

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            Après être, avec grand plaisir, resté couché avec ma femme à causer et à folâtrer au lit ( cela fait plusieurs années que nous sommes, et maintenant de plus en plus, un couple très heureux, Dieu soit loué ! ) je me levai et allai à mon bureau, puis par le fleuve et à pied à Deptford pour m'entretenir avec Mr Crowley et Davies du dessein que j'ai eu ces temps-ci de tenir des rôles des différents travaux effectués dans les arsenaux, ce contre quoi ils n'ont point d'objection que leur ignorance et leur répugnance à faire ce qui est pénible et qui n'est pas leur routine. Mais cela me plaît et je veux persévérer. Puis à la maison où je dînai avec ma femme d'un excellent plat de tripes selon ma recette, couvert de moutarde, comme je l'ai déjà vu chez milord Crew. Somptueux repas et je me fis apporter un verre de vin. Puis allai voir sir William Penn toujours alité et qui souffre beaucoup. Puis au Trésor voir sir John Mennes qui payait des soldes de marins, et le soir rentrai et dans mon bureau ayant vu sir William Batten toujours malade, je commençai à rédiger mon projet sur les rôles que tiendraient dans les arsenaux les vérificateurs des rôles, selon les différents travaux qui s'y font, projet qui me satisfait tout à fait et je suis sûr qu'il rendra de grands services. A 9 heures du soir rentrai et souper et au lit.
            Ce midi visite de Mr Pearse, le chirurgien. Il me raconte le fâcheux état de la Cour, que le roi fait grise mine à quiconque est acquis à la reine, et en particulier aux Anglais qu'elle a amenés ou qu'elle a depuis ici, de crainte qu'ils n'aillent lui conter comment il se comportement avec Mrs Palmer, de sorte que, bien qu'il ait promesse et qu'il doive sans faute être nommé chirurgien de la reine il ne sait que faire, s'il doit accepter ou non, puisque le roi est si changé. Et elle n'accorde rien à tous ses protégés qu'elle laisse repartir pour le Portugal, bien qu'elle les eût fait venir en les arrachant à leur famille contre leur gré, par des promesses d'avancement, sans rien faire pour eux. Mais il me dit que c'est le propre médecin de la reine qui lui a dit, il y a moins de trois jours, que la reine sait ce que fait le roi et comment il se comporte envers milady Castlemaine et envers d'autres, comme tout un chacun. Mais bien qu'elle ne manque pas de caractère, comme il ne lui servirait de rien d'y prêter attention pour le moment elle se fixe pour règle la patience. Ce dont je suis très heureux. Mais je prie Dieu de nous garder en paix, car ceci et d'autres choses causent un mécontentement général.


                                                                                                                 25 octobre 1662

            Levé et au bureau en réunion avec Mr Coventry, nous deux seulement les autres étant absents ou malades. Dînai à la maison avec ma femme d'un bon plat de pieds de boeuf à la moutarde. Tout l'après-midi seul à mon bureau et au milieu de mes ouvriers qui ont terminé ma salle à manger, tout à fait belle et complètement à mon goût.
            Dans la soirée à mon bureau pour différentes affaires puis à la maison et au lit, l'esprit chaque jour plus serein depuis que je m'applique à mon travail et je serai bien heureux quand les tracas que causent ma maison seront achevés.


                                                                                                                   26 octobre
                                                                                                Jour du Seigneur
            Levé et mis ma nouvelle cravate de dentelle qui est très élégante. A l'église où j'ai vu pour la première fois Mr Milles en surplis. Mais il était ridicule qu'il l'ôtât en le faisant passer pardessus la tête, au pupitre après avoir fini, devant tous les fidèles pour monter dans la chaire prêcher sans surplis.
            A la maison et dînai avec Mr Simpson, mon menuisier et mon frère Tom, d'un excellent cochon bien gras. Tom est fort affecté par sa déception, mais tout cela s'arrangera bientôt. Puis de nouveau à l'église où j'entendis un Écossais peu futé faire un sermon très ennuyeux. Puis rentrai et allai voir sir William Batten à peu près remis, puis chez mon oncle Wight pour montrer ma belle cravate et voir Mrs Margaret Wight, mais elle n'y était pas. Toute la journée des soldats ont parcouru la ville, car il y avait une alerte et de nombreux quakers et d'autres ont été emprisonnés. Mais je crois que c'est sans raison. Seulement on dit que dans le comté de Dorset on a découvert un soulèvement. Rentrai après souper et puis dans mon cabinet de travail et faisant mes comptes du mois je me trouve un peu moins en fonds que le mois dernier, à la suite de mes dépenses de cravates et de vêtements. J'ai encore 679 livres, ce dont Dieu soit loué. Puis rentré et au lit, l'esprit en paix, Dieu soit béni, mais craignant que ma chandelle ne s'éteigne, d'où ce griffonnage.


                                                                                                            27 octobre
                                                                                                                  lasultanemag.com 
Image associée            Levé et après avoir donné ordre au plâtrier de commencer le dernier enduit de ma maison allai par le fleuve présenter mes respects au Duc et, pendant que je déambulais dans la grande galerie arrivent Mr Coventry et sir John Mennes. Nous nous rendons chez le Duc et, après que celui-ci eut fait sa toilette, dans son cabinet, où je lui ai rendu compte de la situation. Ensuite, comme sir John Mennes demandait à avoir quelqu'un qui l'assurât dans sa charge, sir William Penn est désigné pour l'aider et Mr Pett assistant de l'intendant de la Marine. Mr Coventry demanda à en être exempté, de sorte que j'espère, c'est du moins ce qu'il me semble, qu'on ne m'adjoindra personne. Seulement Mr Coventry désire que je trouve du travail pour un de ses commis, ce que je ne lui ai pas refusé. Enfin j'y songerai pour savoir si je puis le faire sans porter tort à mes commis.
            Puis chez milord Sandwich qui, maintenant, m'appelle dans son cabinet et s'est entretenu seul avec moi des craintes de la Cour d'un soulèvement populaire. Il ne lui plaît pas du tout que Mr Monck soit si acharné contre une bande de pauvres hères qu'il harcèle dans les rues. Il voudrait qu'il s'emparât des principaux meneurs et les châtiât, alors que cela ne fait que marquer les hésitations du roi. Quant à Dunkerque, il ne comprend pas que les gens avisés s'en souviennent et ne fait aucun cas de ce qu'on dit, car il déclare que ce n'était pas Dunkerque mais les autres ports qui nous inquiétaient et continueraient de le faire. Tout se passait en effet comme si nous ne l'avions pas. Il m'a aussi parlé des nouveaux ministres d'Etat, sir Henry Bennet et sir Charles Berkeley, de leur nomination et du gros jeu que joue milady Castlemaine à la Cour, que je pris l'occasion de mentionner car on en parle beaucoup.Il me parla ensuite du pauvre Mr Spong qui, interrogé avec d'autres devant le Roi et le Conseil ( ils avaient été arrêtés comme suspects et il me semble que Spong est considéré comme assez coupable pour lui infliger le supplice du chevalet ou autre ), remarque milord Sandwich et dit qu'il était bien connu de Mr Pepys. Mais milord savait que les seules relations qu'il eût avec moi concernaient la musique et la flûte à bec, que je le croyais quelqu'un de tout à fait innocent, et en vérité j'ai grande pitié de lui. A la fin de notre entretien particulier nous sortîmes et avec les commandants Cuttance et Bunn j'examinai leur dessin d'un pont pour Tanger, qu'ils apporteront demain au bureau à ma demande.
            A la Grand-Salle de Westminster où je me promenai longtemps avec Mr Creed puis à la grande table d'hôte à une demi-couronne de la Tête du Roi près de Charing Cross. Fort excellent et élégant dîner et compagnie fort distinguée et très bien servi.
            Après dîner nous allâmes dans une autre pièce causer en buvant une cruche de bière. Il m'a montré notre commision où le duc d'York, le prince Rupert, le duc d'Albermarle, milord Peterborough, milord Sandwich...... moi-même et le commandant Cuttance, sont associés pour assurer le service de Tanger, ce qui, à mes yeux est un grand honneur qu'on me fait.
            Il m'a dit quelle grande faction il y a à la Cour et par-dessus tout on murmure que le jeune Crofts est le fils légitime du roi qui avait épousé sa mère. Ce qu'il y a de vrai là-dedans, Dieu le sait. Mais je crois que le duc d'York ne se laissera pas ainsi escamoter trois couronnes.
            Puis longue promenade à Whitehall dans les galeries jusqu'à ce que, comme ils en ont ordre à l'égard de tous les inconnus, un homme s'approcha pour nous dire que, puisque nous n'étions pas connus et qu'on nous avait vus déambuler quatre ou cinq heures, ce qui était faux à moins de compter le matin, on lui ordonnait de nous demander qui nous étions. Nous le lui dîmes il s'excusa alors de sa question et se trouva satisfait. Ces façons témoignent d'une grande crainte et inquiétude. Pensant assister à toute la pièce qu'on doit jouer devant le roi ce soir nous restâmes, mais comme c'était Le Maraud et que ma femme n'était pas là, je n'en eus pas envie.
            Allâmes donc à la Bourse où nous nous promenâmes longtemps. Remarquai entre autres une jeune et très jolie vendeuse, le visage couvert de mouches, ce qui était étrange à voir. Nous nous séparâmes et j'allai en voiture voir Mr Moore, restai une heure. Je le trouve en assez bonne sante, il veut sortir demain. Comme il pleuvait fort je rentrai en voiture et ayant fait visite aux deux sirs William, tous deux malades, mais qui promettent d'être bientôt guéris, j'allai travailler un peu au bureau et rentrai et au lit.
            Chez sir William Batten rencontrai Mr Milles qui me dit qu'il n'a rien pu tirer de la jeune voisine, qui a pris du poison, avant sa mort, qu'elle lui seulement dit que c'était parce qu'elle ne s'aimait pas, depuis très longtemps, elle ne s'aimait pas ni rien de ce qu'elle faisait. Il paraît qu'elle était assez jolie, mais difforme, et c'est tout ce qu'il put lui faire dire, ce qui est fort étrange.


                                                                                                      28 octobre
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Image associée            Au bureau en réunion toute la matinée, puis dîner à la maison avec ma femme. Nous passâmes ensuite une ou deux heures en conversations innocente et à mon bureau jusqu'à 9 heures du soir, puis rentrai et souper et au lit.
            Il n'y aura bientôt plus de saleté dans ma maison, je l'espère, le plâtrier et le peintre mettent fin à tous mes tracas, je pense, tout à fait d'ici une quinzaine.


                                                                                                           29 octobre
                                                                                          Jour du Seigneur
            Je voulais me faire beau et sur invitation aller dîner avec milord le maire aujourd'hui. Mais allant voir William Batten je trouve sir George Carteret et sir John Mennes, et nous allons tous les quatre examiner les comptes de sir George Carteret pour l'année dernière. Nous avons travaillé toute la journée, sauf une pause pour le dîner que sir George nous offrit. Comptes terminés le soir nous nous séparâmes et allai à mon bureau où je mis de l'ordre dans mes papiers et des affaires pour demain. J'ai reçu une lettre aujourd'hui de mon père qui m'annonce d'autres ennuis à propos de mon oncle Thomas, son affaire et la nôtre. Il revendique Brampton et tout l'héritage de mon oncle, parce qu'il est donné sous condition que nous payions les legs, ce que nous n'avons pas encore fait, mais j'espère que cela ne nous portera pas tort. Dieu nous soit en aide si cela se produit, mais cela m'inquiète. J'ai aussi une lettre de milord Sandwich qui veut pour une question importante que j'aille le trouver de bonne heure demain matin. Je me demande ce que cela peut être. L'esprit occupé par une foule de pensées et quelques tracas, rentrai le soir et au lit.
            Sir George Carteret qui avait été présent à l'interrogatoire de la plupart des gens récemment incarcérés, dit qu'il ne croit pas qu'il y ait grand complot parmi eux, toute bonne envie qu'ils en auraient. Mais ils sont si pauvres, si stupides et de condition si basse qu'il ne les craint pas du tout.


                                                                                                                    30 octobre 1662

            Guère dormi cette nuit à force de penser à mes affaires. Levé à la chandelle et par le fleuve à Whitehall, chez milord Sandwich levé dans sa chambre. En tête à tête m'a appris son affaire, qui est que notre vieille connaissance Mr Wade, d'Axe Yard, lui a révélé que 7 000 livres étaient cachées dans la Tour, dont il devait avoir 2 pour le prix de sa découverte, milord lui-même 2 et le roi les 3 autres quand on les aurait trouvées. Et que l'autorisation du roi est à mon nom pour le compte de milord et au nom d'un certain Mr Leigh pour le compte de sir Henry Bennet pour demander au lieutenant de la Tour l'autorisation de faire des fouilles. Lorsqu'il m'eut exposé toute l'affaire je pris congé et me hâtai de revenir à mon bureau pensant qu'une lettre de milord viendrait me dire de me mettre à cette affaire. Réunion toute la matinée avec les officiers. Quand ce fut fini arrive Mr Wade avec la lettre de milord et il m'expose toute l'affaire. Nous décidâmes que j'irai d'abord trouver sir Henry Bennet actuellement, avec de nombreux membres du Conseil privé, à la Tour occupé à interroger leurs prisonniers pour voir quand commencer.
            J'y fus donc, et la garde de la porte sur le fleuve m'obligeant à laisser mon épée, je fus forcé d'attendre si longtemps dans la taverne voisine que mon petit laquais s'en allât chez moi chercher mon manteau que l'actuel lord-maire, sir John Robinson lieutenant de la Tour, et toute sa compagnie étaient repartis dans leurs voitures pour sa demeure de Minching Lane. Mon manteau arrivé j'y allai à pied. Et là, grâce à sir George Carteret je parlai bientôt à sir Henry Bennet qui me montra et me remit l'autorisation du roi ainsi qu'à Mr Leigh, et une autre à lui de verser 2 000 livres à milord et 2 autres aux inventeurs. Après un moment d'entretien on apporta le dîner et je dînai avec eux, étions nombreux, un beau dîner. Ensuite sir Henry Bennet nous prit à part lord-maire et moi, et il l'informa de notre affaire. Il ne parut pas et n'osa pas paraître le moins du monde hostile et promit d'apporter sur le champ toute l'assistance possible. Mr Leigh et moi à mon bureau où nous attendîmes l'arrivée de Mr Wade et d'un certain Evett qui le guidait dans cette affaire, ainsi que William Griffith et d'un portier avec des pioches, etc. Ils vinrent avec nous à la Tour et sir Henry Bennet et le lord-maire nous donnèrent pleine autorisation pour nous mettre à la tâche. Notre guide demande une chandelle et descend dans les caves en demandant si c'était celles qu'avait toujours eues Barkestead. Nous pénétrâmes dans plusieurs petites caves et ressortîmes à l'air libre. Et puis à Coleharbour, mais rien ne répondait si bien aux repères qui lui avaient été donnés pour le trouver qu'une certaine cave voûtée. Après avoir longuement délibéré si nous allions nous mettre à l'oeuvre maintenant ou attendre de meilleurs renseignements et plus complets, nous commençâmes. Et on creusa jusqu'à près de 8 heures du soir, sans rien trouver. Nos guides ne paraissaient cependant pas du tout découragés car ils sont sûrs que l'argent qu'ils cherchent s'y trouve, mais n'étant jamais entrés dans les caves ils ne pouvaient être certains de l'endroit et, par conséquent, veulent s'informer plus complètement maintenant qu'ils y ont été, auprès de ceux qui les renseignent. Aussi, refermant la porte à clé, nous arrêtâmes le travail pour ce soir, et nous rendîmes chez le sous-gouverneur, milord le maire et tous les autres étaient partis une heure avant, et il s'engagea à garder la clef de la cave de façon que personne n'y pût entrer à son insu. Mais grand Dieu ! de voir quel jeune petit-maître sot et extravagant on a fait sous-gouverneur, c'est à devenir fou. Et comment il réclame sa robe de chambre de soie à seule fin de nous la faire voir. Et pourtant pendant une demi-heure, ne pensant pas que c'était là le sous-gouverneur, je ne lui parlai de rien et attendis qu'un autre vînt. A la fin je lui dis un mot de notre affaire. Il promit d'y veiller et nous partîmes. Avec Mr Leigh à Whitehall où je rendis compte à milord Sandwich de ce que nous avions fait et qu'il y avait quelque raison d'espérer quelque chose, et je lui dis adieu. Et rentrai en voiture à la maison où, à mon grand ennui, je découvre que le peintre n'est pas venu travailler aujourd'hui, ce qui me contrarie beaucoup. Puis à mon bureau pour écrire mon journal et rentrai et au lit.                                                                                        pinterest.com      
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            Ce matin me promenant avec Mr Coventry au jardin, il me raconte que sir George Carteret a réussi à obtenir l'autorisation de payer lui-même la somme due à l'entrepreneur des subsistances contrairement à l'ancienne pratique. Je vois bien qu'il en est irrité, mais je ne crois pas qu'il lui veuille du mal, mais seulement qu'on procède comme il se doit. Il s'attend à ce que sir George se venge en le salissant en privé, non en public, à quoi il est prêt à répondre en le traînant dans la boue, jurant qu'il le fera en remontant aux origines, depuis Jersey jusqu'à maintenant. Pour ce qui est des droits qu'il a lui-même touchés et des gratifications excessives pour des places qu'il a vendues, il a l'intention de prouver qu'il était incité par sir George Carteret, entre autres. Et en même temps il rend justice à George Carteret, disant que c'est un homme qui s'applique et se donne à son travail plus que tout autre à la Cour, et ne cherche aucunement les plaisirs ou les divertissements. Ce qui est tout à fait vrai. Mais ce qui m'a fait un immense plaisir, c'est qu'il m'a dit, en propres termes, qu'il était décidé, quoiqu'il pût lui en coûter, à faire l'expérience, voir si on pouvait se maintenir à la Cour en agissant ouvertement et en marchant la tête haute, sans jouer aucun jeu particulier. En agissant de la sorte, si le sol lui manque il se résignera. Mais il est décidé à ne jamais fermer les yeux sur quoi que ce soit qui fasse tort au roi, où que ce soit, ce qui est une décision bien courageuse. Il fut très confiant avec moi et, par ma foi, je trouve en lui plus de vraie valeur qu'en presque aucun homme que je connaisse.
            Je ne veux pas oublier deux anecdotes qu'a racontées sir John Mennes hier au dîner. L'une, comment il se fait qu'on ne voit pas de verrats à Londres, mais seulement des pourceaux et des truies, à cela on répondit que le lieutenant de police s'en saisit la nuit. L'autre, la façon dont Thomas Killigrew réussissait à voir des pièces de théâtre quand il était enfant. Il allait au Taureau Rouge et quand l'homme criait aux enfants : " - Qui veut faire le diable, et il verra la pièce pour rien ? " alors il allait faire le diable et il voyait la pièce.


                                                                                                                  31 octobre

            Fis assez longtemps la grasse matinée puis levai et allai au milieu de mes ouvriers. Les charpentiers posent aujourd'hui le plancher dans ma salle à mange, et je restai avec eux un bon moment. Puis un peu à mon bureau et je rentrai dîner. Et tout l'après-midi avec mes charpentiers, à leur faire poser toutes mes planches sauf une dans ma salle à manger aujourd'hui, ce qui, j'en suis sûr leur aurait pris deux bonnes journées de travail si je n'avais pas été présent. Et elle sera très agréable. Le soir à mon bureau où je restai tard, et rentrai souper et au lit.
             Ainsi se termine ce mois. Moi et ma famille sommes en bonne santé mais excédés de la saleté, mais nous espérons en être débarrassés en deux ou trois semaines. Je suis tracassé par la quantité d'affaires, mais particulièrement par la crainte que sir John Mennes me réclame ma chambre. Mais j'espère que maintenant ce danger est presque passé, car je vois qu'il prépare son installation pour emménager la semaine prochaine. Puis mon procès au sujet de Brampton me rend presque fou par manque de temps pour m'en occuper. Mais il ne faut absolument pas que je le néglige. Je rends grâce à Dieu de ce que je mets de l'argent de côté, même si ce n'est qu'un peu. Mais j'espère trouver quelque tâche qui me rapportera de quoi assurer ma position.
            Je suis aussi à découvrir pour milord Sandwich et sir Henry Bennet, grâce à Mr Wade, une partie de l'argent que Barkstead a caché dans une des caves de la Tour. Si nous le trouvons cela peut me valoir 10 ou 20 livres.
            Je rends grâce à Dieu de ne pas avoir d'ennuis mais seulement force travail qui me préoccupe. En tout le reste je suis aussi heureux qu'on peut l'être, car le monde entier semble me faire bon visage et, si ma maison était terminée, que je puisse m'appliquer à mon travail, je ne doute pas de bien servir Dieu et le roi et moi-même. Et tout cela je l'attribue presque entièrement à la tempérance que je me suis imposée récemment, depuis que j'ai pris mes résolutions concernant le vin et le théâtre, ce qui me fait, avec beaucoup de bonheur et de contentement, m'appliquer à mon travail. En quoi Dieu me fasse persévérer.
            Les affaires publiques sont causes de mécontentement, avec la vente de Dunkerque et milady Castlemaine et sa faction à la Cour. Mais je ne sais pas ce qu'ils veulent, outre le fait de débaucher le roi, que Dieu l'en préserve. Et puis on parle de la découverte de grands complots et on dit que toutes les prison de la ville sont pleines de gens du commun arrachés à leurs lieux de culte dimanche dernier. Ce qui est certain, c'est qu'il y eût quelque complot, mais qu'il avorta.


                                                                               à suivre.....

                                                                                                      1er novembre 1662

            Levé et après.......