dimanche 22 juillet 2018

Palaces et Hôtels Aux Tuileries in Le Piéton de Paris ( Nouvelles France )

Image associée
hotelopia.fr



                                    Palaces et Hôtels
                                                                         dans
                                                Le Piéton de Paris

            Il y a au Waldorf Astoria de NewYork, une téléphoniste qui est préposée, spécialement, exclusivement, aux " Habitudes ". Elle est, en quelque sorte, la mémoire des clients.
            Elle rappelle à celui-ci qu'il est l'heure de prendre son bain, mais elle pourrait aussi bien lui signaler, sur sa demande, s'il est sensible, que le journal du jour ne compte aucun crime et qu'il peut l'ouvrir sans crainte.  Rien ne montre mieux que la vie d'hôtel est la seule qui se prête véritablement aux fantaisies de l'homme. Paresseux, noctambule, excentrique, celui qui choisit de vivre à l'hôtel est d'bord un client, surtout en Amérique, et la loi, l'impératif est de se mettre à sa disposition sans manifester jamais d'étonnement, demanderait-il quelques grammes de radium ou un éléphant...
            Paris......... ne pouvait rester indifférent à ce code admirable qui permet au citoyen le plus obscur de vivre en prince pendant quelques heures...........
            Dans tous ces établissments, qu'ils soient palaces ou maison meublée, machine à habiter ou simple simple garni, le rôle de l'hôtelier est de participer le plus étroitement possible à la vie de ses clients, que certains patrons nomment leur famille. La vie d'hôtel est l'image même de la société........
L'hôtel est un pays en petit. On y vient au monde, on y souffre, on y travaille et parfois l'on y meurt. Certains être choisissent les hôtels comme lieu de suicide, car la mort y est pratique. D'autres n'ont encore rien trouvé de mieux pour jouir pleinement de l'adultère. Quelques-un considèrent l'hôtel comme un refuge. 
                               L'hôtel est un séjour charmant
                           Pour un coeur fatigué des luttes de la vie...
            Si le rat d'hôtel a disparu, comme la cravate à système et le tricycle à pétrole, l'escroc n'a pas renoncé à abuser de la confiance et de la largeur d'esprit du personnel hôtelier. Faire un agréable séjour quelque part et filer sans régler sa note est une habitude dont certains hommes se débarrasseront difficilement. Celui-ci essayera de remettre à la caisse des chèques sans provision, et parfois des billets faux. Celui-là commandera un déjeuner somptueux de plusieurs couverts au restaurant et en profitera pour emprunter cent francs au maître d'hôtel, après quoi il ira manger, debout, un croissant au bar voisin.
            Il y a une anthologie à composer avec les stratagèmes employés par quelques voyageurs pour vivre gratis dans les conditions les meilleures du monde. La certitude que les directeurs sont en rapport avec la police ne les arrête jamais..........                                        cannes-encheres.com
Image associée            Une des questions qui sont particulièrement importantes dans le tourbillon de la vie d'hôtel est celle des chiens, source d'ennuis et de tracas, voire de complications diplomatiques pour le personnel. Une armée de grooms doit être mobilisée plusieurs fois par jour pour la promenade hygiénique des clients à quatre pattes. Il faut de plus éviter les rencontres entre pékinois d'opinions politiques différentes, rencontres qui dégénèrent rapidement en bagarres. Enfin, il faut fermer les yeux sur de petits accidents d'ordre naturel, si naturels que certaines clientes ne comprennent pas que l'on s'en étonne et menacent de quitter l'hôtel à la moindre observation.
            Dans les grands hôtels que ne hantent que des animaux de luxe, perroquets de musées, roquets d'expositions, le régime des chiens est aussi soigné que celui des maîtres. Il ne se passe pas de jour qu'on n'aperçoive sur quelque commande " une aile de poulet pour chien ", ou " une côte de mouton pour chien " .
            Certaines dames, dont on ne sait si elles son plus originales que réservées, préfèrent ne pas mentionner que l'aile de poulet est pour le toutou, et passent volontiers, malgré le souci qu'elles prennent de leur ligne, pour de grosses mangeuses. 
            On imagine sans peine les drames que provoque dans un hôtel la mort de quelque chien auquel on s'était habitué comme à un client. Il faut non seulement consoler la maîtresse éplorée, mais s'occuper des obsèques, et se mettre en quatre, pour découvrir, dans un cimetière pour chiens, une concession digne du défunt.

                                             Celui que les hôteliers redoutent :

invraisemblable.com                                              Le Journaliste
Image associée
            Une autre plaie de l'hôtel est le journaliste, autant le dire tout de suite et sans précautions. L'observation est d'ailleurs tout à l'honneur de la profession. Le journaliste est un monsieur qui a reçu l'ordre d'approcher coûte que coûte les grands personnages, de leur arracher une déclaration, de les surprendre dans l'intimité. Or, le grand personnage est généralement un voyageur excédé, qui n'a rien à dire et qui ne sait plus ce que c'est que la vie privée. Tant mieux, répond le journaliste, c'est justement ceci qui est intéressant.
            L'hôtelier proteste, le journaliste insiste et, quand on lui fait la vie dure, il n'hésite pas à emprunter les vêtements d'un sommelier ou d'un veilleur de nuit pour se faufiler dans la chambre où se cache le sujet de son article.
            L'hôtel est le séjour préféré d'une nuée d'originaux qui, dès l'instant qu'ils règlent leurs notes, étalent leurs manies et sonnent à tout propos. J'ai connu un fantaisiste qui, sur ses vieux jours, s'était constitué dans son appartement une collection d'objets volés dans des établissements où il avait séjourné : cendriers, essuie-mains, verres à dents, fourchettes, poivriers, cintres, provenant de Milan, de Dresde, d'Edimbourg, de Rio, encriers, presse-citrons et papier à lettres. Tel autre, qui ne se lavait les dents et les mains qu'à l'eau de Contrexéville, avait besoin d'un livreur particuleir et contrôlait lui-même les bouteilles.

                                                 Secret professionnel

            Le premier devoir, et le plus strict, de l'hôtelier, est le respect absolu du secret professionnel. Il sait parfaitement que le monsieur chauve du 307 et la dame blonde du 234 sont du dernier bien, que l'une de ces deux chambres est toujours vide la nuit, mais il l'ignore parfaitement, le 307 et le 234 se saluant à peine dans le couloir et affectant souvent d'avoir l'un pour l'autre un profond mépris. On m'a cité le cas d'un riche provincial que ses affaires obligent à faire à Paris trois séjours annuels à Paris d'une assez longue durée, en compagnie de sa femme. Or cette femme, qui est toujours légitime, n'est jamais la même. Mais tout le monde à l'hôtel doit l'ignorer, et veiller à ne pas remettre à l'épouse de juillet la combinaison rose oubliée par l'épouse de décembre.
            Pus redoutable que le journaliste, et cette fois plaie au féminin, me faisait remarquer un gérant subtil, est la madone des palaces. Après s'être fait annoncée par des lettres qui ne laissent aucun doute sur sa distinction mystérieuse, après avoir câblé et recâblé qu'elle avait fait un peu de cinéma, par condescendance, entre deux divorces princiers, elle se présente à l'hôtel, encombrée de bagages et de châsses mastodontes, comme une ambassade du XVIè siècle, mais le porte-monnaie vide..................

                                                Les Tuileries                         youtube.com              
Résultat de recherche d'images pour "saint saens"
            Quelqu'un disait jadis, peut-être Saint-Saëns, qu'il y avait trois sortes de musique : la bonne musique, la mauvaise musique, et la musique d'Ambroise Thomas. Excellente formule, qui peut servir à caractériser la clientèle d'une des maisons les plus illustres de France : le Meurice. Et l'on peut ainsi poser en principe qu'il y a trois sortes de clientèle : la bonne, la mauvaise et celle du Meurice.
            Le vrai client du Meurice a été dessiné plus de cent fois par Sem. C'est un monsieur qui porte des faux-cols trop hauts, évasés en cornet, pareils à l'enveloppe d'un bouquet de fleurs, et qui montent jusqu'aux yeux. Avant la guerr ee, l'épouse de ce personnage solennel et délicieux, immensément riche, lui remettait méticuleusement chaque matin son argent de poche : cinq francs en monnaie, ce qui en fait cinquante environ à l'heure qu'il estt. Mais si l'on y cherche une vraie cliente, je pense à la femme du grand peintre Sert, qui y habita très longtemps.
            En 1806, le Meurice était situé au 223 de la rue Saint-Honoré. Il avait été construit sur l'emplacement de la salle du Manège, où, du 7 novembre 1789 au 9 mai 1793, se tinrent les séances de l'Assemblée Constituante, de l'Assemblée Législative et de la Convention Nationale. Il est donc contemporain de la République. En 1816, la poste aux chevaux de Calais, dirigée par M. Meurice, s'installa dans les restes du couvent des Feuillants et s'y maintint jusqu'en 1830. En 1917, les terrains, qui appartenaient aux Feuillants et sur lesquels s'élèvent aujourd'hui les bâtiments du Meurice, fut mis en vente comme faisant partie du domaine de la Couronne. Le comte Greffulhe acheta deux parcelles de ces biens nationaux pour 41 700 francs. Les immeubles de la rue de Rivoli, dont le percement avait été décidé en 1802 furent bâtis conformément aux plans imposés aux propriétaires, et à la condition que les boutiques des arcades ne pourraient être louées à des artisans, ni à des bouchers, charcutiers, boulangers ou pâtissiers, et à toute autre profession faisant usage du four et du marteau. 
            La tranquillité raffinée dont jouissent les clients du Meurice commençait. Et ces prescriptions se sont continuées jusqu'à nos jours. Le Meurice est situé dans un quartier d'hygiène serrée. Dans un autre hôtel, à quelques pas de là, on désinfecte les chambres après le départ de chaque client.
        
herodote.net                                            Anglais, Dandies et Nobles Etrangers
Image associée
            Lorsque Paris se fut apaisé après vingt années de remous et troubles, les Anglais se précipitèrent chez nous pour voir ce que la Capitale de la France était devenue.
            Les plus riches descendirent au Meurice, dont la réputation à l'époque de la Restauration, était excellente. L'hôtel venait d'ouvrir quatre nouveaux appartements en face du jardin des Tuileries, dans l'un desquels, stipule un prospectus du temps, " on pouvait, si cela était nécessaire, installer jusqu'à trente lits ".
            Des appartements plus petits, à un seul lit, dont le prix était de trois francs la nuit, avaient été également mis à la disposition de la clientèle. La maison se flattait qu'aucun hôtel en Europe ne fût mieux réglé ni mieux organisé pour offrir le plus grand confort aux Anglais, dont elle avait le souci constant de respecter les habitudes et les tradition.............
            Lorsque la rue de Rivoli fut achevée en 1835, l'hôtel s'installa en façade dans des bâtiments neufs. Pendant la Monarchie de Juillet et le Second Empire, les clients " sans pension ", les pensionnaires ou les visiteurs du Meurice, Anglais, dandies, nobles étrangers, gens de Cour, Parisiens brillants, firent au Meurice la réputation d'être la maison la mieux fréquentée de Paris, réputation qui ricocha jusqu'au triomphe, puis jusqu'au stade de ce qu'on appelle " l'exclusif " en argot hôtelier.
            Acheté en 1905 par une nouvelle société, remanié de fond en comble, un nouveau Meurice naquit en 1907 sous la bénédiction des fées qui président aux événements parisiens.
            Rois et reines du monde entier n'attendaient que ce signal pour inscrire la rue de Rivoli au nombre de leurs résidences : l'Angleterre, la Belgique, le Danemark........ l'Italie, la Grèce........ furent tour à tour représentés dans les appartements du Meurice par leurs monarques, héritiers et princesses. Défilé éblouissant, à propos duquel on m'a rapporté le mot touchant d'une petite fille de Paris qui passait des heures à faire le guet au coin des rue de Castiglione et de Rivoli aussitôt qu'elle avait appris par le journal ou la rumeur qu'un roi ou qu'une reine se trouvait au Meurice. Comme on lui demandait un jour la raison de cette obstination, la petite répondit :
            " - Je viens voir si ces messieurs-dames ressemblent bien aux portraits de ma collection de timbres... "

                                            Le rendez-vous des poètes
                          et des originaux.                                                                            herodote.net
Colette en costume masculin, avant 1915.
            On sait qu'avant la guerre des pelotons de curieux et d'admirateurs se livraient à toute une stratégie devant le Meurice pour apercevoir Edmond Rostant, client fidèle, et qui composa Chanteclerc à l'hôtel. Un murmure d'admiration s'élevait sur son passage. Le poète avait du reste tout ce qu'il faut pour séduire les foules : une moustache d'officier de hussards, un visage d'un galbe fin, un monocle brisant et un " paille " dont, quelques années plus tard, Maurice Chevalier devait éprouver les vertus au music-hall. Rostand n'a pas été remplacé dans le hall du Meurice. Aussi bien la littérature a dû céder le pas à la haute couture, à la boxe, à la politique. C'est Mme Chanel, que j'ai aperçue récemment rue de Rivoli, Coco Chanel, qui est une reine aussi, et qui reçoit assurément plus de visites qu'un auteur dramatique. Pour la moustache, c'est celle du maréchal Pétain qui assure le service de la célébrité. Quant au " paille ", j'ai bien cru remarquer que le maharadjah de Kapurthala en portait un, mais, comme dit l'autre :
            " -  Allez vous y retrouver ! Il y a au moins deux Kapurthala par hôtel en ce moment ! "
            Plus que ses égaux en luxe, et sans doute par les vapeurs de snobisme qu'il dégage, le Meurice a la spécialité d'attirer les grands originaux, du moins ceux qui ont assez d'argent vrai pour avoir des idées fausses, depuis l'Anglais qui ne voyage qu'avec une boussole de façon à pouvoir toujours dormir la tête tournée vers le Nord, jusqu'à cet Américain qui, lorsqu'il vient à Paris, tient absolument à voir la Tour Eiffel de sa fenêtre................
            " - Si encore, me confiait un barman, nous n'avions affaires qu'aux maniaques doux, qu'aux fantaisistes solitaires qui se contentent de fétiches ou de jouets ! Mais il y a les clients à scandale, et même pis. Je ne puis vous citer le nom de l'établissement où cela s'est passé, mais essayez de vous représenter les conséquences de la chose : un jour, un dîneur mécontent, croyant à un attentat, a abattu, en pleine salle, un malheureux maître d'hôtel. Il était mort, monsieur, mort, mort, mort ! Homicide par imprudence, si l'on veut, d'accord, mais tout de même, mettez-vous à la place du 
 client ! "
            Admirables nuances du métier ! C'est le client que l'on plaignait et non le défunt, ni la famille d'iceluy. Un client qui devait être fort embarrassé et qui, sans doute, changerait d'hôtel. Voici comment les choses s'étaient passées :
             On Heiservait des oeufs de pluvier farcis à un client bien pris dans un smoking parfait, mais voici qu'un oeuf de pluvier tombe maladroitement entre ce smoking parfait et la pure chemise du monsieur. Le maître d'hôtel perd son sang-froid, bleuit, pâlit et, croyant bien faire, cherche vivement à retirer l'oeuf de ses doigts tremblants, ce qui crépit le plastron du client d'une longue peinture de Braque. Devenu fou furieux, le dîneur, parant l'attaque, se lève, tire son browning et abat le maître d'hôtel !    
            - Hein ! dit le barman, c'est du roman policier, ça ! Mais pour ma part, j'aime mieux ceux qui prennent la chose gaiement..........
            Ce que l'on pourrait appeler le paroxysme du Meurice se produit une fois l'an, au cours de la grande semaine parisienne, un peu avant l'heure du dîner, paroxysme dont le fumet se répand dans le quartier et qui ne trompe pas. Il y a là un mariage de bas de soie, de perles, de lèvres fardées, des froissements de chèques, des conversations, des chuchotements qui font ressortir le plus pur de l'actualité, des allées et venues, des coups de téléphone, un parfum, un esprit qui disent assez que l'endroit est un lieu géométrique, une capitale minuscule, un noeud vital. Sous le porche, flegmatique, important, rêve le chasseur, un des personnages les mieux renseignés de Paris, les plus influents aussi, et qui faillit être réprimandé un jour pour ne pas avoir deviné que quelqu'un aurait la curiosité de fouiller les bagages de Lloyd George, lors de la Conférence de Paris.



                                                                   Léon Paul Fargue
                                                                                    in
                                                                    Le Piéton de Paris

                                                à suivre...................



















Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire