jeudi 1 août 2013

Anecdotes et Réflexions d'hier pour aujourd'hui 22 journal Samuel Pepys ( Angleterre )

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                                                 Journal                                                                                                                                                                                                               
                                                                                                              17 mai 1660                                                                                                                                 
            Debout de bonne heure pour consigner mes observations de ces deux derniers jours. Ensuite, le Dr Clarke vint me dire qu'il avait appris ce matin de certains Hollandais, qui sont déjà à bord pour visiter le navire, qu'un Portugais a été fait prisonnier à La Haye pour avoir ourdi le projet d'assassiner le roi. Mais j'appris par la suite qu'il s'agissait d'une méprise à propos d'un homme qu'on avait vu en train de se promener l'épée nue, parce qu'il avait perdu son fourreau.
            Avant le dîner, Mr Edward et moi, William Howe, Pim et mon domestique allâmes à Scheveningen. Nous prîmes une voiture pour La Haye. En nous promenant nous espérions rencontrer quelqu'un qui nous montrerait le roi incognito. Je rencontrai le capitaine Whittington, qui avait naguère apporté une lettre à milord de la part du maire de Londres, et il me promit de nous le montrer. Mais nous allâmes d'abord dîner, dans une auberge française mais il nous fallut payer 16 shillings pour être membre du club. Au dîner nous fûmes rejoints par le Dr Cade, le joyeux pasteur écervelé du roi. Après dîner tous deux nous emmenèrent, l'enfant et moi, les autres ne purent entrer, faute de place, voir le roi qui embrassa l'enfant avec beaucoup d'affection. Nous pûmes baiser les mains du roi et celle du duc d'York et de la princesse royale. Le roi semble être un homme très réservé. Il a une cour magnifique par le nombre de personnes de qualité qui l'entourent, des Anglais aux habits somptueux. Après le roi nous allâmes voir le lord chancelier qui était cloué au lit par la goutte. Il nous parla, à l'enfant et à moi, de manière très enjouée. Après cela, en allant rendre visite à la reine de Bohême, je rencontrai le duc Fuller que j'envoyai dans une taverne en compagnie de Mr Pickering, tandis que j'allai voir avec les autres, la reine qui nous traita avec grand respect. Nous lui baisâmes tous la main. Elle semble être une dame très débonnaire, mais sans beauté.
            Après cela, chez le docteur où nous restâmes un moment à boire. Ensuite, grâce à la voiture du Dr Cade, nous allâmes voir une maison appartenant à la princesse douairière dans un parc situé à environ une  demi-lieue de La Haye, où se trouve l'une des plus belles galeries de peinture du monde. Elle avait mis son propre portrait au-dessus de tous les autres avec ces mots, le dédiant à la mémoire de son époux.
                                       Imcomparabili marito inconsolabilis vidua 
                                                                                                                      
            Je rencontrai là Mr Woodcok de Cambridge, Mr Hardy et un autre
gentilhomme. Nous tous chantâmes deux ou trois belles chansons, d'autant
plus belles que nous nous trouvions dans un havre d'agrément et dans un pays
inconnu. Jamais de ma vie je n'éprouvai plus de plaisir, après nous nous
quittâmes., retour à La Haye. Nous fîmes un ou deux tours dans le Voorhout où, le soir, les dames se promènent comme chez nous à Hyde Park. Mais, Seigneur ! Je n'en ai pas trouvé une seule jolie. Cependant leurs équipages étaient splendides ainsi que leurs toilettes.
            De là, après avoir pris congé du docteur, nous prîmes une voiture jusqu'à Scheveningen, où nous eûmes une altercation avec le maître d'équipage du Richmond, qui refusait de nous emmener à bord gratuitement. Il finit cependant par accepter, mais il était alors si tard que nous n'osâmes pas nous embarquer. Nous repartîmes donc, entre 10 et 11 heures du soir, dans l'obscurité, en voiture, vers La Haye. Une fois arrivés nous allâmes nous coucher là où nous trouvâmes tant bien que mal à nous loger. Donc, au lit.


                                                                                                              18 mai

            Debout de très bonne heure. Ayant appris que le duc d'York, notre lord Grand Amiral, se rendrait à bord aujourd'hui, Mr Pickering et moi-même nous rendîmes en voiture à Scheveningen, laissant l'enfant aux mains du docteur, Mr Pearse, à qui nous donnâmes l'ordre de l'empêcher de sortir toute la journée jusqu'à nouvel ordre.               
            Comme il y avait tempête aucun bateau ne pouvait quitter le rivage, nous retournâmes donc à La Haye, après avoir déjeuner avec un gentilhomme de la suite du duc et le commissaire Pett, qui étaient envoyés afin de prévenir milord de la venue du duc. J'appris que l'enfant était parti visiter la ville de Delft, donc nous tous ainsi que Mr Ibbot, le ministre du culte, prîmes une péniche et, très contents des manières et de conversation des passagers, dont la plupart parlaient français, les suivîmes et les rattrapâmes en chemin. Nous continuâmes cependant sans nous arrêter. Lorsque nous arrivâmes nous demandâmes au domestique d'un forgeron de la ville de nous servir de guide. Malheureusement il ne savait parler qu'hollandais. Il nous montra l'église où Van Trump est enterré dans un très beau tombeau. Son épitaphe se termine par ses mots : Tandem Bello Anglico tantum non victor certe invictus vivere et vincere desijt. On y peut voir une sculpture en marbre splendide représentant une bataille navale. La fumée y est représentée à la perfection.
            De là à la grande église qui se trouve sur une belle place de marché, en face de l'Hôtel de Ville. Là
je vis le tombeau magnifique du vieux prince d'Orange, tout en marbre et en bronze. On y voit représentés entre autres choses exceptionnelles, les anges avec leurs trompettes comme s'ils annonçaient le jugement dernier. Les deux églises contenaient de belles orgues. Delft est une ville très agréable, avec une rivière et des ponts dans chaque rue.
            Ayant remarqué que dans toutes les tavernes on trouve dans chaque pièce un tronc pour les pauvres, je désirai connaître la raison de cette coutume. On me dit que c'est l'usage chez eux de confirmer toutes les tractations en mettant quelque chose dans le tronc des pauvres, et que ce geste lie les parties tout autant qu'un contrat.                           
            Nous visitâmes égalemeunent l'asile des pauvres, où il était très plaisant de voir les bonnes conditions dans lesquelles les pauvres sont hébergés. Nous vîmes l'un d'eux qui était en train de mourir.
            Après avoir vu tout cela nous tombâmes pas hasard sur une taverne anglaise. Nous y bûmes et y passâmes un joyeux moment à discuter de la ville et de l'objet qui pend comme un boisseau, dans l'Hôtel de Ville. On m'apprit qu'il s'agissait d'une sorte de punition pour certains criminels qui doivent porter cet objet, qui pèse très lourd, sur leur tête à travers les rues de la ville. Nous revînmes par coche d'eau. Il y avait à bord une jolie jeune fille hollandaise, réservée, qui lut pendant tout le trajet. Je ne parvins pas à lier la moindre conversation avec elle.
            En débarquant nous rencontrâmes le commissaire Pett qui descendait vers le canal en compagnie du major Harley qui part pour un e mission  Comme ils avaient une voiture je quittai le pasteur et mon domestique et j'accompagnai le commissaire Pett et ses amis, Mr Ackworth et Mr Daws, et je retournai chez la princesse douairière. Milord Fairfax et quelques autres Anglais de la noblesse vinrent également la visiter. Mon plaisir fut plus intense de la visiter pour la seconde fois. En outre, nous allâmes au jardin : il contient des noeuds d'amour tels que je n'en ai jamais vu de plus magnifiques, et un remarquable écho sous la demeure dans une voûte faite tout exprès, avec des colonnes où je jouai de mon flageolet avec un bel effet.                                                                                 
            Retour à La Haye où, ne trouvant pas Mr Edward, je fus fort ennuyé,  mais j'allai dîner avec le pasteur chez le commissaire Pett, où nous restâmes fort tard. Entre autres sujets de plaisanterie Mr Ackworth compara les femmes, chacun essayant de présenter sa propre femme à son avantage. Il paraît qu'il a une femme belle à ravir, mais Mr Daws ne voulut rien dire de sa femme.
            Après quoi, à notre auberge où Mr Howe et moi fûmes extrêmement ennuyés de ne pas savoir ce qu'il était advenu de notre jeune garçon. Donc, au lit.


                                                                                                                        19 mai 1660

            Debout de bon matin, sans nouvelles de l'enfant, nous nous rendîmes à Scheveningen où je constatai qu'il était impossible d'embarquer, bien que le duc d'York envoyât voir tous les jours s'il pouvait embarquer ou non.
            J'y rencontrai Mr Pinkney et ses fils et je retournai avec eux à La Haye. En chemin nous arrêtâmes voir une femme qui fait des rocailles miniatures en coquillages, etc. Si j'avais été sûr de pouvoir en ramener sans les briser j'en aurais acheté.
            A La Haye nous allâmes acheter quelques tableaux. Je vis une sorte de peinture faite sur un drap de laine, le dessin faisait croire qu'un rideau recouvrait le tableau. C'était très séduisant mais cher.
            Je vis un autre beau tableau. Le jeune Pinkney et moi pariâmes une somme importante sur la question de savoir s'il s'agissait d'un original ou d'une copie. Ne sachant comment trancher, nous renonçâmes à notre pari et je fis aligner au vieil homme l'équivalent de ma pièce d'or. J'évitai ainsi de perdre mon argent, c'eussent été, je le crains, 24 shillings dilapidés.                                         
            Tandis que nous achetions des tableaux nous vîmes débarquer Mr Edward et sa suite. Ils me dirent qu'ils avaient passé toute la nuit à Leyde, ce qui me courrouça contre Mr Pearse. Je crois que nous ne serons pas amis pendant un bon moment.
            A notre auberge pour dîner. Après quoi nous allâmes acheter du beau linge en vue de demain, puis chez le barbier. Après cela, en voiture à Loosduinen où étaient nés les 365 enfants. Nous vîmes la colline où on prétend que se trouvait la demeure qui s'est enfoncée dans la terre et où les enfants naquirent. Les bassins qui servirent à baptiser les enfants mâles et femelles sont posés sur une grande table le long d'un mur sur lequel on peut lire toute l'histoire en hollandais et en latin. Cela commence par " Margarita Herman Comitissa, etc... ", la chose se produisit il y a environ 200 ans..
            La ville est un tout petit village, très semblable à bien des égards à l'un de nos petits villages qui s'appelle Chesterton et, n'eût été la langue des habitants, on se serait cru en Angleterre.
Résultat de recherche d'images pour "peinture sur drap de laine hollande 187 siècl"            Nous allâmes dans un petit débit de boissons où se trouvaient un grand nombre de paysans hollandais, qui mangeaient du poisson avec des façons paysannes, mais qui étaient très joyeux à leur manière. Les maisons en cet endroit étaient aussi coquettes que dans les grandes villes. De là, retour à La Haye. En voiture  nous fîmes, Mr Edward, Mr Ibbot, William Howe, Mr Pinkney et moi, des bouts-rimés. A l'arrivée, William Howe, Mr Ibbot et Mr Pinkney partirent pour Scheveningen, tandis que moi-même et l'enfant restâmes à nous promener dans la ville. J'y rencontrai mon vieux camarade de chambre Mr Charles Anderson et un de ses amis, tous deux médecins, Mr Wright, qui m'emmena dans une maison hollandaise où il y avait une jeune fille extrêmement jolie et prête à batifoler, mais, comme c'était samedi, nous n'avons pas pu beaucoup profiter de sa compagnie. Je restai cependant avec eux. J'avais laissé l'enfant chez son oncle Pickering  que j'avais rencontré dans la rue, jusqu'à minuit, heure à laquelle Charles était presque ivre. Il décida alors de partir, résolu à revenir après m'avoir raccompagné à mon auberge, et à coucher avec la fille. Le lendemain il me dit qu'il l'avait effectivement fait.
            En chemin vers mon logis nous rencontrâmes le veilleur de nuit en train de faire tourner une crécelle. Je la pris dans ma main. C'est exactement la même crécelle que les jeunes garçons de chez nous utilisent pour chasser les oiseaux de blés, l'été, en Angleterre. Au lit.


                                                                                                                  20 mai                                                                                                                                                                                  
            Debout de bonne heure. Avec Mr Pickerint et l'enfant en voiture pour Scheveningen. Comme le temps ne permettait pas de s'embarquer j'allai dormir dans une chambre de l'auberge où, dans un autre lit, dormait une jolie Hollandaise, seule. Mais bien que j'en eusse très envie, je n'eus pas l'audace de la rejoindre. Je dormis donc là une heure ou deux. Enfin elle se leva. Je me levai alors et arpentai la chambre et je la regardai s'habiller à la mode hollandaise. Je lui parlai autant que je le pus, et je saisis l'occasion à propos de la bague qu'elle portait à l'index je lui baisai la main. Mais je n'eus pas le front de lui proposer plus. Finalement, je la laissai là et je rejoignis mes amis.
            Vers 8 heures, j'allai à l'église de Scheveningen qui était magnifique. Dans le choeur se trouvait la mâchoire supérieure d'une énorme baleine. Elle était d'une taille prodigieuse, plus grandes que les chaloupes de nos navires.
            Le commissaire Pett vint enfin à notre auberge et donna l'ordre aux bateaux de partir. Certains dans un bateau, certains dans un autre, nous dîmes tous adieu au rivage.                      
            Mais, en raison du mauvais temps nous nous trouvâmes en grand péril, et il nous fallut longtemps pour gagner le navire, si bien que de tout notre groupe, moi seul n'eus pas le mal de mer, je décidai de rester dehors, bien que je fusse trempé en conséquence. Cela fait longtemps, paraît-il, qu'on n'a pas vu un tel temps quatre jours de suite à cette époque de l'année. En vérité nous avons de grandes craintes pour la sécurité de notre flotte, mais nous découvrîmes que tout allait bien. Mr Crew vint à bord.
            Après avoir dit un mot ou deux à milord, comme je ne me sentais pas très bien, en partie à cause de la boisson de la nuit dernière et aussi du manque de sommeil, je m'étendis en robe de chambre sur mon lit et je dormis jusqu'à ce que le coup de canon de 5 heures me réveillât le matin suivant, croyant que c'était le coup de canon de 8 heure du soir, et en me levant pour pisser, je pris le soleil levant pour le soleil couchant du dimanche soir.


                                                                                                          21 mai 1660

            Me recouchai à même le lit et dormis jusqu'à 9 heures.
            John Goods me réveilla alors et me fit porter par le domestique du commandant quatre bourriches d'huîtres de Mallow que le capitaine Tatnell m'avait envoyées de Murlace.
            Aujourd'hui encore, toute la journée, temps de chien.
            Après dîner, à écrire diverses choses tout le reste de la journée et à mettre mes papiers en ordre après une aussi longue absence.
            Le soir, Mr Pearse, le commissaire ( l'autre Pearse et moi ne nous sommes pas parlés depuis notre querelle à propos de Mr Edward ) et Mr Cooke vinrent bavarder dans ma cabine et soupèrent avec moi. Ensuite j'allai me coucher.
            Par une lettre arrivée en mon absence, j'apprends que le Parlement a donné l'ordre que soient traduites et jugées toutes les personnes qui siégèrent comme juges et qui ordonnèrent l'exécution du feu roi ainsi que tous les officiers de justice qui furent présents au tribunal.
            Sir John Lenthall ayant demandé à la Chambre que tous ceux qui avaient pris les armes contre le roi fussent exemptés de pardon, il fut appelé à la barre de la Chambre et; après une réprimande sévère on lui a retiré son titre de chevalier. Il semble qu'à la Cour le ton monte. Les membres de l'ancien clergé parlent comme s'ils étaient sûrs de retrouver leurs biens et se moquent des presbytériens. Selon la rumeur les ventes des biens du roi et des évèques ne seront jamais confirmées par le Parlement, car désormais aucun homme ne peut les empêcher, ni eux ni le roi, de faire ce qu'ilsveulent, et tout le monde est prêt à se soumettre en tout.                      
            Chaque jour nous nous attendons à voir le roi et le duc à bord dès que le temps s'arrangera.                                                                                                                                                                                                                                                                                                 
            Milord ne fait rien en ce moment, mais soumet tout au bon vouloir du duc en sa qualité de Grand Amiral, de sorte que je ne sais quoi faire.
            Debout de bonne heure. Je commence maintenant à reprendre mes esprits. Ce matin me suis occupé de consigner mes observations des quatre derniers jours. Après quoi me fis raser par un barbier qui ne m'a encore jamais rasé, car mon Espagnol se trouve à terre.
            Reçûmes la nouvelle que les deux ducs viennent bientôt à bord. Ils vinrent en effet à bord d'un bateau hollandais. Le duc d'York portait un habit à garnitures jaunes, le duc de Gloucester était en gris et rouge.
            Milord alla en bateau à leur rencontre, tandis que le commandant, moi-même et les autres nous tenions à la coupée d'entrée à bord.
            Dès qu'ils furent à bord, toute la flotte tira des salves de canon. Après quoi ils passèrent le navire entièrement en revue. Ils en furent satisfaits au plus haut point.
            Tous deux sont appatemment des gentilshommes très distingués.
            Cela fait, à la table du gaillard d'arrière, sous l'auvent, le duc d'York et Milord, Mr Coventry et moi-même passâmes une heure à déterminer quel serait le rôle de chaque navire lors du retour en Angleterre. Cela fait, ils allèrent dîner. A table toutes les places étaient occupées, les deux ducs se trouvaient au haut bout, Mr Obdam à droite de l'un et Milord à gauche de l'autre.
            On tira deux coups de canon pour chaque personne qui but à la santé du roi, et on fit de même lorsqu'on but à la santé du duc.
            J'emmenai Mr d'Esquier à la grande cabine du pont intérieur et je dînai seul avec lui, en grand apparat, avec seulement un ou deux de ses amis.
           Pendant tout le dîner, le harpiste qui apprtenait au capitaine Sparling, joua pour les ducs.
           Après dîner, les ducs et milord allèrent rendre visite au vice-amiral et au contre-amiral. je les suivis dans un autre bateau.
           Cela fait, ils regagnèrent la côte sur le bateau hollandais qui les avait conduits jusqu'à nous, et je m'embarquai avec eux. Mais sur le rivage il y avait tellement de monde qui attendait leur arrivée que la plage qui, d'ordinaire est de sable blanc, était noire car les gens se touchaient.
            En approchant du rivage milord les quitta et monta sur son propre bateau en compagnie du général Penn et de moi-même. Milord était très content des événements de cette journée.
            Lorsque nous fûmes de nouveau à bord on nous annonça que le roi était sur le rivage, milord fit donc tirer deux salves de canon et toute la flotte fit de même. A la fin, les salves furent tirées dans le désordre et cela me sembla du meilleur effet.
            En l'honneur du roi je tirai moi-même le canon situé juste au-dessus de ma cabine. C'était la première fois qu'il était salué en personne par ses propres navires, depuis le changement. Mais comme je tenais ma tête trop au-dessus du canon, je manquai de perdre l'oeil droit.
            Nous ne fîmes presque rien d'autre de toute la journée que tirer le canon. Dans la soirée nous commençâmes à déménager les cabines. J'allai dans la cabine du charpentier en compagnie de Mr Clarke qui vint à bord cet après-midi, après être tombé par deux fois à l'eau aujourd'hui en venant de la côte, comme d'ailleurs Mr North et John Pickering. De nombreux domestiques du roi sont montés à bord ce soir
et tellement de Hollandais de toutes sortes sont venus visiter le navire jusqu'à ce qu'il fasse tout à fait nuit, que nous ne pouvions plus circuler sur le navire, ce qui nous causa à tous une grande gêne.
            Cet après-midi Mr Downing, qui a été fait chevalier hier par le roi, est venu à bord et a obtenu un navire pour le transporter en Angleterre avec son épouse et ses domestiques. Par la même occasion il me fit appeler alors que j'étais sur le point de rédiger l'ordre à cet effet,pour me dire que je dois désormais l'appeler " Sir George Downing ".
            Milord a dormi cette nuit dans la Chambre du Conseil.
            J'ai veillé tard ce soir pour écrire moi-même, sur ordre de milord, à " Monsieur Kragh, Ambassadeur de Danmarke à La Haye ", une lettre en français que milord signa au lit. Après quoi, au lit, en compagnie du docteur. Dormis bien.                                                                                                                                                                                                                                                                                                       
                                                                                                                                                                                                                                                  
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                                                                                                                                    ( à suivre 23 mai 
                                                                                                                                                                            

samedi 27 juillet 2013

Les eaux tumultueuses Aharon Appelfeld ( roman Israel )


Les eaux tumultueuses

                                             Les eaux tumultueuses


            Un été peu d'années avant la guerre de 40 au pays Ruthène, les paysans moissonnent forts et fortes, autour de la petite ville d'eaux et de la pension Zaltzer qui accueille chaque été des habitués, joueurs invétérés, ruinés avant même d'avoir commencé les parties de cartes. Rita a vendu ses derniers biens au grand dam de son fils, lucide et cruel, pour jouer, Benno intelligent vélléitaire, vit sous la pression d'une mère qui craint de le perdre et le bombarde de courriers recommandés, n'ouvrira pas le dernier telégramme, il y a Van qui aime Zoussi qui n'a d'amour admiratif que pour son généreux père. Les uns les autres nourris par Marie cuisinière et nounou d'un petit monde angoissé pas assez nombreux pour jouer. Mais où sont passés les quelques quarante estivants qui envahissaient le petit hôtel ? Trop peu nombreux pour jouer, chaque jour ils traversent les champs pleins de l'espoir de retrouver dans la gare proche les visages familiers. Pour tromper la peur qui se diffuse entre eux ils boivent le cognac frelaté d'un barman fourbe, s'aiment, interrogatifs, juifs et catholiques. Jour d'orage, prémonitoire des années à venir, le fleuve déborde, les eaux tumultueuses envahissent et détruisent le jardin de l'hôtel. Mais demain... le lendemain deux solides ruthènes ôteront les pots cassés, sarcleront le sol, refairont un joli espace où ces estivants qui s'aiment et jouent le temps d'un été désespèrent de voir revenir les joies passées. Des personnages simples, joyeux, malheureux, surfant au bord de l'abîme, attachants, touchants. Vie futile, vie d'angoisse. Court roman précieux.

mercredi 24 juillet 2013

Quattrocento Stephen Greenblatt ( roman EtatsUnis )

Prévisualisation pour l'ouvrage Quattrocento



                                                QUATTROCENTO
                                                                                  1417
                                         Un grand humaniste florentin découvre un manuscrit perdu
                                                        qui changera le cours de l'histoire

            Le hasard et la curiosité ont fait se rencontrer l'auteur, Greenblatt alors jeune étudiant à Yale et Lucrèce à travers la couverture du livre de poche représentant un tableau de Max Ernst. " De la Nature ", écrit au premier siècle avant notre ère ( les dates de Lucrèce sont mal connues ), long poème en six livres de 7 400 hexamètres perdu croyait-on. 1417, Poggio Bracciolini, Le Ponge, toujours en quête de nouveaux manuscrits, mode lancée un siècle plus tôt, tombe sur un exemplaire dans un monastère allemand. Il n'a de cesse de le recopier, comme à son habitude pour les oeuvres importantes qu'il croise, de sa très élégante écriture beaucoup plus lisible que celle des autres moines. Et nous est contée la vie de ce fils dernier né d'une famille ruinée fuyant créanciers et village, néanmoins au Pogge humaniste "... les bibliothèques des vieux monastères constituait le terrain de chasse préféré... " Et ainsi sont reconstituées au fil des chapitres, les bibliothèques de Pompéi, par exemple, les livres à peine grands comme la main avaient été préservé par la lave durcie. Vivant quelle que soit l'époque les propriétaires d'ouvrages ne prêtaient pas volontiers les volumes afin de copies. De l'antiquité à la Renaissance, à travers la vie de Ponge latiniste frappé par l'approche de la vie de Lucrèce, car "... retrouver les traces perdues du monde antique était son but suprême... " Et que dit Lucrèce : Il croit en des dieux indifférents à la vie des mortels . Tout est constitué d'atomes... " ... les semences des choses sont éternelles... jamais la création ou la destruction ne prend le pas...L'Univers n'a pas de créateur... La Providence est le fruit de l'imagination... " Parmi les lecteurs qui eurent accès à " De la Nature ", entre autres, un certain Montaigne. Un ouvrage annoté et traduit de sa main, sa signature authentifiée récemment, mais aussi Molière, élève à Louis-le-Grand de Gassendi, épicurien ( Epicure fut le maître de Lucrèce ) philosophe, traduisit lui aussi le texte perdu aujourd'hui. Stephen Greenblatt philosophe et enseignant tient son lecteur, sa passion transmise, comme ce fut le voeu du Poge : Transmettre. Prix Pullitzer, document se lit comme un roman.




                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                              

mardi 23 juillet 2013

Dictionnaire des Idées reçues Flaubert ( extraits France )


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                                             Dictionnaire des
                                                                         Idées Reçues
               
            A -
            Accouchement - Mot à éviter : le remplacer par événement: " Pour quelle époque attendez-vous
                                        l'événement ? "

            Albion              - Toujours précédé de blanche, perfide, positive. Il s'en est fallu de bien peu que
                                        Napoléon en fît la conquête. En faire l'éloge : " La libre Angleterre. "

            Anglais             - Tous riches.

            Anglaises          - S'étonner de ce qu'elles ont de jolis enfants.

            F -

            Fusions des Branches royales  - L'espérer toujours !

            G-

            God Save the King - Chez Béranger se prononce : " God savé te King " et rime avec sauvé;
                                               préservé.



                                                                                                             Gustave Flaubert

samedi 20 juillet 2013

Anecdotes et Réflexions d'hier pour aujourd'hui 21 journal Samuel Pepys ( Angleterre )


                                                  Journal

                                                                                                                  9 mai 1660

            Debout de bonne heure pour écrire une lettre au roi de la part de deux amiraux de la flotte en réponse à la lettre que le roi leur avait adressée. Dans cette réponse milord présente au roi ses plus humbles remerciements pour sa gracieuse lettre et sa déclaration, et lui promet dévouement et obéissance absolus.
            Cette lettre fut portée ce matin à sir Peter Killigrew qui vint ici de bonne heure ce matin apporter à milord un ordre de la Chambre des Lords l'autorisant à donner une réponse au roi. Ce matin milord St John et d'autres personnalités importantes vinrent voir milord, puis partirent pour Flushing.
            Après leur départ milord et moi écrivîmes des lettres pour Londres, nous les envoyâmes par Mr Cooke qui était très désireux de s'y rendre car il voulair voir ma femme avant qu'elle ne quittât la capitale.
            Alors que nous nous mettions à table pour dîner, Noble vint apporter à milord une lettre de la Chambre des lords, lui demandant de fournir des navires pour transporter les commissaires qui vont voir le roi et qui doivent arriver ici cette semaine. Il nous confirma la nouvelle comme quoi le roi avait été proclamé hier en grande pompe et nous apporta l'une des proclamations, ce qui nous emplit de joie.  Dieu soit loué !
            Après dîner, jeu de quilles : perdis 5 shillings.                                                      
            Ce matin, Mr Sanderson, celui qui a écrit l'histoire du roi, vint nous voir en chemin. Il se rend auprès du roi. Il m'appelle " cousin ". Il semble savoir beaucoup de choses.            
            Après souper au lit. Je laissai milord en conversation avec le commandant dans la chambre du conseil.
                                                                                                                                                                   

                                                                                                                10 mai

            Ce matin vinrent à bord Mr Pinkney et son fils. Ils allaient voir le roi avec une pétition joliment écrite par Mr Hoare afin d'être brodeur pour le roi. Je lui procurai pour lui et pour Mrs Sanderson un navire. Ce matin Milord Winshelsea accompagné d'un nombre important de gentilshommes vint dîner à bord.
            Dans l'après-midi, tandis que milord et moi faisions de la musique dans la grande cabine, un messager vint nous annoncer que Mr Edward Montagu, fils de milord, était arrivé à Deal. Il vint ensuite à bord accompagné de Mr Pikering. Le soir l'enfant eut le mal de mer.
            Dans la soirée, tandis que milord soupait, milord Lauderdale et sir John Grenville vinrent souper à bord, puis repartirent. Après leur départ, milord m'appela dans sa cabine et me dit qu'on lui avait donné l'ordre de faire voile immédiatement pour retrouver le roi et qu'il en était très content. Il me fit donc écrire des lettres et d'autres documents ce soir-là jusqu'à une heure avancée, cependant qu'il allait se coucher. Je lui portai ensuite les documents à signer au lit. Après avoir encore travaillé un peu, allai moi aussi me coucher.


                                                                                                                      11 mai

            Debout de bonne heure ce matin. Encore fort à faire afin de nous rendre là-bas aujourd'hui. Que Burr soit allé à terre la nuit dernière m'a mis très en colère. J'envoyai donc chercher Mr Pitt sur le navire du vice-amiral et décidai de ne plus envoyer Burr à l'avenir. Mais comme Burr à plusieurs reprises vint m'implorer de lui pardonner, et comme Pitt ne vint pas, je mis Burr au travail.
            Ce matin, nous commençâmes à enlever tous les écussons de l'Etat sur les navires de la flotte, nous envoyâmes dans le même temps quérir de peintres et autres ouvriers à Douvres pour qu'ils vinssent mettre en place les armes du roi.
            Le reste de la matinée à écrire des lettres pour Londres que j'envoyai ensuite pour Londres.
            J'eus ce matin pour la première fois l'occasion de discuter avec le Dr Clarke qui me semble un homme très agréable et très savant. Il se rend auprès du roi sur notre navire.
            Milord Crawford, milord Cavendish et un certain nombre d'Ecossais dînèrent à notre bord. Je donnai ensuite l'ordre qu'on les prît à bord du Plymouth et qu'ils nous tinsent compagnie.
            Après dîner nous mîmes les voiles et quittâmes les Downs. Je laissai mon domestique derrière nous pour qu'il allât à Deal chercher mon linge.
            Dans l'après-midi trois ou quatre gentilshommes nous dépassèrent : deux Bertie et un certain Mr Dalmahoy, gentilhomme écossais, qui s'avéra par la suite un homme remarquable. Ils rapportèrent à milord qu'ils avaient entendu dire que les commissaires avaient quitté Londres aujourd'hui, aussi milord jeta l'ancre devant le château de Douvres, qui salua notre passage d'une salve de quelques 30 canons. Et après un long débat avec le vice-amiral et le contre-amiral pour savoir s'il était prudent de continuer sans attendre les commissaires, il se résolut à envoyer sir R Stayner à Douvres pour demander à milord Winchelsea s'ils avaient quitté Londres ou non et à attendre demain pour décider de partir ou non, ce qui fut fait.
            Le vent souffla fort toute la nuit, au point que j'eus peur pour mon domestique. Vers 11 heures les chaloupes arrivèrent de Deal, avec une grande quantité de provisions. Par la même occasion John Goods me rapporta que 20 volailles étaient mortes étouffées. Mais mon domestique avait pu monter à bord du Norwich. Au lit.


                                                                                                                         12 mai

            Ce matin je m'enquis de mon domestique. Etait-il bien arrivé ? On me répondit qu'il allait bien et qu'il était couché.
            Milord m'appela dans sa cabien. De son lit il me donna de nombreux ordres à rédiger contenant des instructions pour les navires qui restent dans les Downs. Ils ont pour consigne absolue de ne prendre aucun passager à leur bord lorsqu'ils viendront pour nous rejoindre dans la baie de Schevingen, à l'exception de Mr Edward Montagu, de Mr Thomas Crew et de sir Henry Wright.
            Sir Robert Stayner est venu à bord tôt ce matin et a dit à milord que milord Winchelsea estime, d'après les lettres qu'il a reçues, que les commissaires sont seulement venus à Douvres pour attendre la venue du roi. En conséquence milord donna l'ordre de lever l'ancre. Ce qui fut fait, et nous fîmes voile toute la journée.
            Sur notre route, le matin, comme nous naviguions à mi-chemin entre Douvres et Calais, nous pûmes voir ces deux ports très distinctement. Je trouvai cela très plaisant, mais plus nous avançâmes plus nous perdîmes les deux côtes de vue.
            Dans l'après-midi jeux de cartes avec Mr North et le docteur. Nous croisâmes sur la frégate le Lark sir R. Freeman et quelques autres envoyés par le roi en Angleterre. Ils s'arrêterrent pour voir milord avant de continuer leur voyage.
            Dans l'après-midi, sur le gaillard d'arrière, le docteur raconta à Mr North et à moi, une histoire admirable appelée  La Précaution inutile.* C'est une très jolie histoire qui mérite que je me démunisse d'un autre ouvrage lorsque je pourrai trouver le livre..
           Ce soir Mr Shipley qui était resté à Deal et à Douvres pour faire des provisions et emprunter de l'argent, vint à bord.
           Tard dans la soirée, après discussion avec le docteur erc.. , au lit.
* scarron

                                                                                                                13 mai
                                                                                                            Jour du Seigneur
           Me fis couper la barbe et les cheveux ce matin, après quoi dans la cuisine avec Mr Shipley. C'est la première fois que je m'y rendais depuis le début du voyage.
           Ensuite, sur le gaillard d'arrière, où les tailleurs et les peintres travaillaient à découper des pièces de drap jaune pour former une couronne et les initiales C.R., et les cousaient sur un beau drap afin de faire un nouveau pavillon qui remplace les armes de l'Etat. Ils eurent fini après dîner et le pavillon fut hissé après qu'on l'eu montré à milord qui prenait sa purge aujourd'hui et gardait la chambre. Il lui plut tellement qu'il m'ordonna de donner 20 shillings en partage aux tailleurs pour leur travail.
            Ce matin John Boys et le capitaine Isham nous croisèrent à bord du Nonsuch, le premier après un mot ou deux avec milord partit devant, l'autre resta avec nous.
            J'appris par eux que Mr Downing n'a jamais envoyé aucun message au roi et que pour cette raison la Cour le déteste au plus haut point, qu'il se trouvait à bord d'un navire hollandais qui passait alors près de nous et qu'il retournait en Angleterre en disgrâce.
            J'appris également que Mr Morland avait été fait chevalier par le roi cette semaine et que le roi avait ouvertement donné la raison de cet anoblissement : à savoir que c'était pour les informations confidentielles qu'il n'avait cessé de lui faire parvenir alors qu'il travaillait au service du secrétaire Thurloe.
            Dans l'après-midi conseil de guerre, dans le seul dessein de signifier aux commandants que la harpe devait disparaître de tous leurs pavillons car elle offensait gravement le roi.
            Mr Cooke nous rejoignit à bord du Yarmouth, il m'apporta une lettre de ma femme et une lettre en latin de mon frère John. Ces deux lettres me firent extrêmement plaisir.
            Aucun sermon aujourd'hui car nous naviguions. Nous récitâmes seulement des prières le soir. Mr Ibbot pria pour tout ce qui nous touchait au plan spirituel et au plan charnel.
            Nous arrivâmes en vue du rivage de Middleburg.
            Tard dans la soirée nous écrivîmes des lettres au roi dans lesquelles nous lui annoncions notre venue. Mr Edward Pickering fut chargé de les porter.
            Le capitaine Isham alla à terre où personne ne lui témoigna le moindre respect, aussi, le vieil homme, très dignement, prit-il congé de milord, et milord, très froidement , lui dit : " Dieu soit avec vous ! " Cela était fort singulier. Mais il paraît qu'il a beaucoup bavardé et fait des commérages à terre, à la cour du roi, sur l'emprise qu'il a sur milord, etc...!
            Après le départ des lettres, au lit.


                                                                                                                     14 mai
                           
            Ce matin lorsque je me réveillai et me levai, une fois hors de l'écoutille, je vis que j'étais près du rivage. J'appris ensuite qu'il s'agissait du rivage hollandais. La Haye se présentait distinctement à ma vue.
            Milord monta en robe de chambre jusqu'à la cuisine arrière pour voir quelles dispositions prendre pour lui-même et pour nous qui étions à son service, et donner des ordres pour que l'on nous débarquât aujourd'hui.
            Quelques Hollandais solidement charpentés vinrent à bord offrir leurs bateaux pour transoporter nos affaires sur le rivage, etc., moyennant paiement.
            Avant midi des gentilshommes vinrent à bord en provenance de la côte, pour baiser les mains de milord. Ensuite, Mr North et Mr Clarke allèrent baiser les mains de la reine de Bohème de la part de milord, accompagnés d'une douzaine de personnes de notre navire. Parmi eux j'envoyai mon domestique qui, comme moi, brûle toujours de voir des choses nouvelles.
            Après midi ils s'en revinrent, après avoir baiser les mains de la reine de Bohème. Ils furent alors envoyés par milord faire de même auprès du prince d'Orange. Aussi priai-je le commandant de demander pour moi l'autorisation d'aller avec eux. Milord y consentit et je les accompagnai. J'emmenai avec moi mon domestique et le juge rapporteur de la flotte. Il faisait gros temps, nous étions trempés lorsque nous approchâmes du rivage, car c'est un lieu où il est difficile de débarquer.
            Le rivage comme toute la côte jusqu'à La Haye n'est que de sable. Le reste de la compagnie prit une autre voiture. Mr Creed et nous installâmes à l'avant d'une voiture où se trouvaient trois très jolies dames très à la mode, avec des mouches qui chantèrent très gaiement pendant tout le trajet, et fort bien, et qui, très librement embrassèrent les deux gaillards qui étaient en leur compagnie.
            Je sortis mon flageolet et en jouai, mais en jouant je laissai tomber ma canne-épée. Lorsque j'arrivai à La Haye je renvoyai mon domestique la chercher et il la retrouva, ce pourquoi je lui donnai 6 pence, mais quelque cheval avait marché dessus et avait brisé le fourreau. La Haye est un endroit très propre à tous égards. Partout et en toutes choses les maisons sont aussi propres qu'il est possible.
            Nous nous sommes promenés un grand moment dans la ville qui est en ce moment pleine d'Anglais, car les Londoniens avaient débarqué aujourd'hui.
            Mais lorsque nous allâmes voir le prince il était sorti avec son précepteur. Nous nous promenâmes donc dans la ville et aux abords du palais afin de visiter les lieux, grâce à l'aide d'un étranger, un Anglais, nous vîmes de nombreux endroits et nous eûmes la possibilité de comprendre de nombreuses choses, comme ce que signifiaient les mâts que nous vîmes érigés devant la porte de chaque grand personnage et qui étaient de taille différente selon la qualité de la personne. Vers 10 heures du soir le prince revint au palais et nous fûmes reçus sans difficulté. Sa suite était très réduite pour un prince. Il avait cependant belle allure et son précepteur était un homme agréable et lui-même beau garçon. Il faisait ce soir un beau clair de lune. Ensuite nous allâmes dans un lieu que nous avions retenu pour souper. On nous servit, pour la dizaine que nous étions, une salade et deux ou trois côtes de mouton, ce qui était fort étrange. Après souper, le juge et moi allâmes nous coucher dans un autre endroit et les laissâmes là. Lui et moi partageâmes l'un de leurs lits, tandis que deux autres personnes couchaient dans la même pièce. Mais tout était joli et propre. Mon domestique dormit sur un banc près de moi. Nous restâmes couchés jusqu'à 3 heures passées.


                                                                                                               15 mai 1660

            Puis debout et arpentâmes la ville pour la voir de jour. Nous y vîmes les soldats de la garde du prince, tous très beaux, et les bourgeois de la ville avec leurs armes et leurs mousquets brillants comme de l'argent. Je rencontrai ce matin un maître d'école qui parlait bien anglais et bien français. Il nous accompagna et nous fit visiter toute la ville. En vérité je ne peux dire assez de bien de l'élégance de la ville. Toutes les personnes de qualité parlent français ou latin, ou les deux. Quant aux femmes, beaucoup d'entre elles sont fort jolies et bien habillées, élégantes et portent des mouches.
            Il m'accompagna acheter deux paniers, l'un pour Mrs Pearse, l'autre pour ma femme.
            Après qu'il fut parti, nous avions d'abord pris un verre avec lui à notre logis, le juge et moi allâmes dans la grande salle, où on nous montra l'endroit où les Etats Généraux siègent en conseil. Cette salle est un endroit très vaste où on accroche tous les drapeaux pris à l'ennemi. Il y a aussi des boutiques, comme à Westminster. Les deux endroits se ressemblent, sauf que ce n'est pas aussi grand chez eux, mais c'est beaucoup plus propre.
            Après quoi, chez un libraire. J'achetai pour leur reliure 3 ouvrages : les Psaumes en français en quatre parties, l'Organum de Bacon et le Rhetoricus de Farnaby.
            Après quoi le juge, moi et mon domestique retournâmes en voiture à Scheveningen où nous allâmes boire dans un lieu de réjouissances, car le vent faisait rage. Nous vîmes chavirer deux bateaux. Il fallut tirer les galants sur le rivage par les talons, cependant que leurs malles, leurs coffres, leurs chapeaux et leurs plumes nageaient dans la mer. Je vis entre autres les ministres du culte qui accompagnaient les commissaires trempés jusqu'aux os, Mr Case comme les autres. Ils vinrent donc à l'auberge où nous étions. Comme j'étais pressé j'y laissai mon couteau qui venait de Copenhague, que je perdis donc.
            Nous restâmes longtemps en ce lieu, puis un gentilhomme qui allait baiser les mains de milord de la part de la reine de Bohème et moi-même louâmes un bateau hollandais pour quatre rixdales pour qu'il nous pritt à bord. Nous dûmesattendre longtemps avant de pouvoir quitter le rivage car la mer était grosse.
            Le Hollandais aurait volontiers fait payer tous ceux qui montèrent sur notre bateau, outre nous deux et notre suite, car nombre de ceux qui étaient à terre s'embarquèrent avec nous. Mais certains d'entre eux n'avaient pas d'argent, car ils avaient tout dépensé à terre.
            En arrivant à bord nous trouvâmes tous les commissaires de la Chambre des Lords en train de dîner avec milord. Après dîner milord se rendit à terre.
            Mr Morland, maintenant sir Samuel, était à bord, mais il ne me semblait pas que milord ou quiconque lui ait témoigné le moindre respect car milord, comme tout le monde, le considère comme un coquin. Entre autres il a trahi sir Richard Willys, qui a épousé la fille du Dr Fox, en révélant qu'il lui avait donné une fois 1 000 livres sur ordre du Protecteur et du secrétaire Thurloe, pour des renseignements qu'il lui avait transmis concernant le roi.
            Dans l'après-midi milord m'appela pour me montrer ses beaux habits qui viennent d'arriver à bord. En vérité,ils sont somptueux, avec leurs galons d'or et d'argent. Seule son épée ne nous plaît pas, à lui comme à moi.
            Dans l'après-midi milord et moi nous sommes promenés ensemble dans la Chambre du Conseil pendant deux heures et avons discuté de toutes sortes de questions, comme la religion. Je découvre qu'il est toujours en quête de vérité, comme je le suis, car il dit qu'en fait les protestants manifestent la plus grande intolérance vis-à-vis de l'Eglise de Rome. Il est en faveur d'une religion et d'une liturgie uniformes.
            Sur les affaires de l'Etat, il me dit entre autres que sa conversion à la cause du roi, car je lui disais que je me demandais depuis quand le roi pouvait le considérer comme faisant partie de ses amis, remontait à son séjour dans le Sund, lorsqu'il avait découvert comment il risquait d'être traîté par la République.
            Milord, le commandant et moi soupâmes dans la cabine de milord, ce qui me fait penser qu'il commence à me témoigner beaucoup plus de respect qu'il ne l'a jamais fait auparavant.
            Après souper milord m'envoya chercher pour que je vinsse jouer aux cartes avec lui, mais comme je ne savais pas jouer au cribbage nous nous mîmes à discuter de nombreuses questions, jusqu'à ce que, la mer étant très agitée, le navire tanguât tellement que je ne pouvais plus tenir debout. Il m'envoya alors me coucher.


                                                                                                                        16 mai
                         
             Dès que je fus debout je descendis me faire raser dans la grande cabine en bas, mais à ce moment même certaines personnes vinrent présenter les respects de leurs maîtres. Entre autres, un secrétaire de l'amiral Obdam qui parlait bien latin, mais ni français ni anglais. Milord me confia le soin de lui faire part de ses réponses et de lui tenir compagnie. Il fit cadeau à milord de la part de l'amiral d'un tonneau de vin et d'un barril de beurre.
            Après quoi, j'en finis avec le barbier. Tandis qu'il me rasait Mr North vint à bord en provenance de la côte avec un fort mal de mer et se mit au lit. Après cela, dîner auquel participa le commissaire Pett. Il veillait à ce que tout fut prêt à bord pour le roi.
            Pour la première fois milord porte  plus bel habit dans l'attente de présenter ses respects au roi. Mais Mr E. Pickering vint dire de la part du roi que ce dernier ne voulait pas imposer à milord la peine de venir jusqu'à lui aujourd'hui, mais qu'il se rendrait sur le rivage pour inspecter la flotte. Nous attendîmes donc, nos canons prêts à le saluer et nos garnitures d'embelles pourpres sorties ainsi que nos fanions de soie. Mais il ne vint pas.
            Milord et nous jouâmes aux quilles cet après-midi sur le gaillard d'arrière. C'est un sport très agréable.
            Ce soir, Mr John Pickering est venu à bord comme un niais, avec son chapeau à plumes et un nouvel habit qu'il s'est fait faire à La Haye. Milord est très fâché qu'il soit resté à terre. Il m'avait fait le rappeler peu auparavant, en me confiant qu'il craignait qu'à cause de son père, on ne s'en prit à lui, à moins qu'il n'usât du nom de l'amiral.
            A souper. Après souper, cartes. Je restai à regarder les joueurs jusqu'à 11 heures du soir. Puis, au lit.
            Cet après-midi, Mr E. Pickering me fit part du dénuement dans lequel se trouvait le roi, quant à ses vêtements et à ses ressources, ainsi que ceux qui l'escortaient, lorsqu'il était allé le voir la première fois de la part de milord. Leurs vêtements les plus beaux ne valaient pas 40 shillings. Et de la grande joie du roi lorsque sir John Grenville lui avait apporté quelque argent. Une joie si grande qu'il avait appelée la princesse royale et le duc d'York pour contempler cer argent dans le coffret où il se trouvait avant qu'on ne l'en sortît. Milord me dit aussi que le duc d'York vient d'être  nommé grand amiral d'Angleterre.


                                                                                                          .../ 17 mai
                                                                                           à suivre                   .../
                                                                                              
          Debout...