mardi 21 octobre 2014

Histoire d'un phoque Gérard de Nerval ( nouvelle France )



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                                                          Histoire d'un phoque

            Je crains vraiment de fatiguer l'attention du public avec mes malheureuses pérégrinations à la recherche de l'abbé de Bucquoy. Toutefois, les lecteurs de feuilleton ne doivent plus s'attendre à l'intérêt certain qui résultait naguère des aventures attachantes, dues à la liberté qui nous était laissée de peindre des scènes d'amour.
            J'apprends qu'on menace en ce moment un journal pour avoir dépeint une passion, réelle pourtant, qui se développe dans les récits d'un voyage au Groënland.
            Ceci m'empêcherait peut-être de vous entretenir d'un détail curieux que je viens d'observer à Versailles, où je m'étais rendu pour voir si la Bibliothèque de cette ville contenait l'ouvrage que je cherche.
            La Bibliothèque est située dans les bâtiments du château. Je me suis assuré de ce fait qu'elle est encore, comme la plupart des nôtres, en vacances.
            En revenant du château par l'allée de Saint-Cloud, je me suis trouvé au milieu d'une fête foraine, qui a lieu tous les ans à cette même époque.
            Mes yeux se sont trouvés invinciblement attirés par l'immense tableau qui indique les exercices du Phoque savant.
            Je l'avais vu à Paris l'an dernier, et j'avais admiré la grâce avec laquelle il disait " papa maman " et embrassait une jeune personnes, dont il exécutait tous les commandements.
            J'ai toujours eu de la sympathie pour les phoques depuis que j'ai entendu raconter en Hollande l'anecdote suivante.
            Ce n'est pas un roman, si l'on en croit les Hollandais. Ces animaux servent " de chiens " aux pêcheurs
ils ont la tête du dogue, l'oeil du veau et les favoris du chat. Dans la saison de la pêche ils suivent les barques et rapportent le poisson quand le pêcheur le manque ou le laisse échapper.
            En hiver ils sont très frileux, et chaque pêcheur en a un, qu'il laisse traîner dans sa cabane et qui, le plus souvent, garde le coin du feu, en attendant quelque chose de ce qui cuit dans la marmite.

                                                                                                                    rauzier-hyperphoto.com
                                                       Histoire d'un phoque

            Un pêcheur et sa femme se trouvaient très pauvre, l'année avait été mauvaise, et les subsistances manquant pour la famille, le pêcheur dit à sa femme :
            - Ce poisson mange la nourriture de nos enfants. J'ai envie de l'aller jeter au loin dans la mer ; il ira retrouver ses parents, qui se retirent l'hiver dans des trous, sur des lits d'algues, et qui trouvent encore des poissons à manger dans des parages qu'ils connaissent.
            La femme du pêcheur supplia en vain son mari en faveur du phoque.
            La pensée de ses enfants mourant de faim arrêta bientôt ses plaintes.
            Au point du jour le pêcheur plaça le phoque au fond de sa barque, et arrivé à quelques lieues en mer, il le déposa dans une île. Le phoque se mit à folâtrer avec d'autres sans s'apercevoir que la barque s'éloignait.
            En rentrant dans sa cabane, le pêcheur soupirait de la perte de son compagnon.
            Le phoque, revenu plus vite, l'attendait en se séchant devant le feu.
           On supporta encore la misère quelques jours ; puis, troublé par le cri de détresse de ses enfants, le pêcheur prit une plus forte résolution.
            Il alla fort loin, cette fois, et précipita le phoque dans la haute mer, loin des côtes.
            Le phoque essaya, à plusieurs reprises, avec ses nageoires qui ont la forme d'une main, de s'accrocher au bordage. Le pêcheur exaspéré lui appliqua un coup de rame qui lui cassa une nageoire. Le phoque poussa un cri plaintif, presque humain, et disparut dans l'eau teinte de son sang.
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            Le pêcheur revint chez lui le coeur navré.
            Le phoque n'était plus au coin de la cheminée, cette fois.
            Seulement, la nuit même, le pêcheur entendit des cris dans la rue. Il crut qu'on assassinait quelqu'un et sortit pour porter secours.
            Sur le pas de la porte, il trouva le phoque, qui s'était traîné jusqu'à la maison, et qui criait lamentablement, en levant au ciel sa nageoire saignante.
            On le recueillit, on le pansa, l'on ne songea plus à l'exiler de la famille ; car, de ce moment la pêche était devenue meilleure.

            Cette légende ne vous paraîtra sans doute pas dangereuse.
            Il ne s'y trouve pas un mot d'amour.
            Mais je suis embarrassé pour vous raconter ce que j'ai entendu dans l'établissement où l'on montre le phoque, à Versailles. Vous jugerez du danger que ce récit peut présenter.
            Je fus étonné, au premier abord, de ne pas retrouver celui que j'avais vu l'année passée. Celui que l'on montre aujourd'hui est d'une autre couleur, et plus gros.
            Il y avait là deux militaires du camp de Satory, un sergent et un fusilier, qui exprimaient leur admiration dans ce langage mélangé d'alsacien et de charabia, qui est commun à certains régiments.
            Excité par un coup de baguette du maître, le phoque avait déjà fait plusieurs tours dans l'eau. Le sergent n'avait jeté dans la cuve que le coup d'oeil dédaigneux d'un homme qui a vu beaucoup de poissons savants.
            Le sergent. - Ça n'est pas toi que tu te tournerais comme cela dans l'eau de la merr...
            Le fusilier. - Je m'y retournerais tout de même, si l'eau n'était pas si froide ou si j'avais un paletot en poil comme le poisson.              
            Le sergent. - Qu'est-ce que tu dis d'un paletot en poil qu'il a, le poisson ?     fr.academic.ru
            Le fusilier. - Tâtez, sergent.
            Le sergent s'apprête à tâter.
            - N'y touchez pas, dit le maître du phoque... Il est féroce quand il n'a pas mangé...
            Le sergent, avec dédain. - J'en ai vu en Alger des poissons, qu'ils étaient deux ou trois fois plus longs ; il est vrai de dire qu'ils n'avaient pas de poils, mais des écailles... Je ne crois pas même qu'il y ait de ceux-là en Afrique !
            Le maître. - Faites excuse, sergent ; celui-ci a été pris au Cap-Vert.
            Le sergent. - Alors il a été pris au Cap-Vert, c'est différent... c'est différent... Mais je crois que les hommes qui ont retiré ce poisson de la merr... ont dû avoir du mal !...
            Le maître. - Oh ! sergent, je vous en réponds. C'était moi et mon frère... Il n'y faisait pas bon à le toucher.
            Le sergent, au fusilier. - Tu vois que c'était bien véritable ce que je t'avais dit.
            Le fusilier, étourdi par le raisonnement mais avec résignation.- C'est vrai tout de même, sergent.
            Le sergent, flatté, donne un sou pour voir le déjeuner du phoque, soumis aux chances de la libéralité des visiteurs.
            Bientôt, grâce à la cotisation des autres spectateurs, on fut à la tête d'un assez grand nombre de harengs pour que le phoque commençât ses exercices dans son baquet peint en vert.
            - Il s'approche du bord, dit le maître. Il faut qu'il sente si les harengs sont bien frais... Autrement, si on le trompe, il refuse d'amuser la société.
            Le phoque parut satisfait et dit : - Papa et Maman, avec un accent du Nord qui laissait cependant percevoir les syllabes annoncées.
            - Il parle en hollandais, dit le sergent..., et vous disiez que vous l'avez pris au Cap-Vert !
           - C'est vrai. Mais il ne peut perdre son accent, même en s'approchant du Midi... Ce sont des voyages qu'ils font dans la belle saison, pour leur santé. Ensuite, ils retourneront au Nord... à moins qu'on ne les pêche, comme on a fait de celui-ci, pour leur faire visiter Versailles.
            Après les exercices phonétiques, récompensés chacun par l'ingurgitation d'un hareng, on commença la gymnastique. Le poisson se dressa debout sur sa queue, dont les phalanges régulières représentent presque des pieds humains. Puis il fit encore diverses évolutions dans l'eau, guidé par l'aspect de la badine et moyennant d'autres harengs.
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            J'admirais combien l'esprit des pays du Nord agissait même sur ces êtres mixtes. Le pouvoir ne peut rien obtenir d'eux sans de fortes garanties.
            Les exercices terminés, le maître nous montra, étendue sur la muraille la peau du phoque qu'il avait fait voir à Paris l'année dernière. Le soldat triompha en ce moment de son supérieur, dont les regards avaient été peut-être éblouis précédemment par le champagne de Satory.
            Ce que le soldat avait appelé le paletot de ces sortes de poissons était véritablement une bonne peau couverte de poils tachetés de la longueur de ceux d'un jeune veau. Le sergent ne songea plus à maintenir les privilèges de l'autorité.

            En sortant, j'écoutai le dialogue suivant entre la directrice et une dame de Versailles :
            - Et cela mange beaucoup de harengs, ces animaux-là ?
            - Ne m'en parlez pas, madame, celui-ci nous coûte vingt-cinq francs par jour, comme un représentant. Chaque hareng vaut trois sous, n'est-ce pas ?
            - C'est vrai, dit la dame en soupirant... Le poisson est si cher à Versailles !...
            Je m'informai des causes de la mort du phoque précédent.
            - J'ai marié ma fille, dit la directrice, et c'est ce qui en est cause : le phoque en a pris du chagrin, et il est mort. On l'avait cependant mis dans des couvertures et soigné comme une personne..., mais il était trop attaché à ma fille. Alors j'ai dit à mon fils : " - Va-t'en chercher un autre ... et que ce ne soit plus un mâle, parce que les femelles s'attachent moins. " Celle-ci a des caprices, mais avec des harengs frais, on en fait tout ce que l'on veut !

            Que cela est instructif, l'observation des animaux ! et combien cela se lie étroitement aux hypothèses soulevées par des milliers de livres du siècle dernier !
            En parcourant à Versailles les étalages des bouquinistes, j'ai rencontré un in-12 intitulé " Différence entre l'homme et la bête ". Il y est dit : que pendant l'hiver les Groenlandais enterrent sous la neige des phoques, " pour les manger ensuite crus et gelés, tels qu'ils les en retirent.                                                                                                                                fangpo1.com
            Ici, le phoque me paraît supérieur à l'homme, puisqu'il n'aime que le poisson frais.
            A la page 93, j'ai trouvé cette pensée délicate : " Dans l'amour on se connaît parce qu'on s'aime. Dans l'amitié on s'aime parce qu'on se connaît. "
            Et cette autre ensuite : " Deux amants se cachent mutuellement leurs défauts et se trahissent ; deux amis, au contraire, se les avouent et se les pardonnent. "
            J'ai laissé sur l'étalage ce moraliste qui aime les bêtes,... et qui n'aime pas l'amour !
            Nous venons de voir pourtant que le phoque est capable et d'amour et d'amitié.

            Qu'arriverait-il cependant si l'on saisissait ce feuilleton pour avoir parlé de l'amour d'un phoque pour
sa maîtresse ; heureusement je n'ai fait qu'effleurer le sujet.
            L'affaire du journal inculpé pour avoir parlé d'amour dans un voyage chez les Esquimaux est sérieuse, si l'on en croit cette réponse d'un substitut auquel on a demandé ce qui distinguait le feuilleton de critique , de voyages ou d'études historiques, du " feuilleton-roman, et qui aurait dit :
            " Ce qui constitue le feuilleton-roman, c'est la peinture de l'amour, le mot - roman - vient de 
- romance -. Tirez la conclusion.
            La conclusion me paraît fausse ; si elle devait prévaloir, le public répéterait ces vers de Rêveries renouvelées, des Grecs :
                                       Sur un petit brin d'amour
                                              Finit la tragédie
                                       Ah ! quant à moi, je suis pour
                                              Un petit brin d'amour !

            Je suis honteux véritablement d'entretenir vos lecteurs de pareilles balivernes. Après avoir terminé cette lettre, je demanderai une audience au procureur de la République. La justice chez nous est sévère, dure comme la loi latine ( dura lex, sed lex ), mais elle est française, c'est-à-dire capable de comprendre plus que toute autre, ce qui est du ressort de l'esprit...

                                                                 Admirez, s'il vous plaît ma fermeté, je viens de me rendre au                                                               Palais de Justice.
            On a souvent peur, en pareils cas, de ne sortir du parquet du procureur de la République que pour être guillotiné. Je dois à la vérité de dire que je n'ai trouvé là que des façons gracieuses et des visages bienveillants.
            Je me suis entièrement trompé en rapportant la réponse d'un substitut à la question qui lui était faite touchant le roman-feuilleton. C'était sans doute un substitut de province en vacances, qui n'exposait qu'une opinion privée dans un salon quelconque, où, certes, il n'a pu conquérir l'assentiment des dames.
            Par bonheur, j'ai pu m'adresser au substitut officiel chargé des questions relatives aux journaux et il m'a été dit : " Que l'appréciation des délits relatifs au roman-feuilleton ne concernait nullement le parquet. "
            Le parquet n'agit que d'après les déclarations de contraventions qui lui sont faites par la direction du Timbre, lequel a des agents chargés d'apprécier le cas où un simple feuilleton pourrait mériter le titre de
" roman " et se trouver soumis aux exigences du Timbre.
            Le parquet n'a connaissance encore que d'une seule contravention relative à l'Évènement pour la reproduction du roman Dieu dispose d'Alexandre Dumas, qui n'était publié qu'en supplément. C'est une affaire sans gravité.
            Il en est ainsi du journal " Les villes et campagnes " à l'occasion de la reproduction d'un feuilleton de Marie Aycard, et de l'avertissement donné au Droit pour un feuilleton du même auteur, arrêté à la poste, mais qu'on a pu faire partir en consignant le prix de l'excédent de timbre qu'il était supposé avoir encouru.
            Ce sont des affaires qui se termineront administrativement.
            Rassurons-nous donc pour le présent, sans oublier qu'il nous faut encore aller consulter la direction du Timbre, laquelle ressort de l'administration de l'enregistrement et des domaines.



                                                                                                   Gérard de Nerval
                                                                         
                                                 

lundi 13 octobre 2014

Charlotte David Foenkinos ( roman France )



                                                                Charlotte

            La grand'mère et le grand-père de Charlotte Salomon n'assistent pas à l'enterrement de la première des deux soeurs. Douleur, honte. Le deuxième suicide, celui de la mère de Charlotte, laisse la famille et la petite fille dans un trouble irréparable. Le père de Charlotte, médecin, travaille sans répit, délaissant sa jeune femme fragile, rencontrée dans les camps de blessés de la guerre de 14/18, où elle est infirmière. Longtemps Charlotte pense que sa mère est un ange et un jour sans doute elle recevra une lettre de cette mère musicienne. Mais à Berlin, être une petite fille, puis une jeune fille juive, intelligente et talentueuse n'ouvre pas les portes, l'avenir sourit à la jeunesse pro-nazie. Charlotte est troublée, par les propos à demi-prononcés sur les antécédents familiaux. Qui sont ces morts ? Oncles, tantes, cousins, comment sont-ils morts ? Suicides ? Charlotte dessine, freine son talent, quelques rencontres l'encouragent, elle reprend goût à l'ouvrage, mais l'outrage fait aux juifs la traumatise un peu plus, elle déjà si silencieuse. Nuit de cristal. A la maison elle s'entend assez bien avec la deuxième épouse de son père, Albert et la cantatrice Paula. Il admet mal les restrictions, la perte de ses droits au travail alors qu'il ne s'occupe que de médecine. Il faut fuir vite, l'Allemagne ferme ses frontières. Les grands-parents d'abord qui scelleront en définitive le destin de Charlotte. Elle peint et écrit dans l'urgence l'histoire de sa vie, dessine indéfiniment le portrait du premier homme qu'elle a connu et qui l'encourage à poursuivre ce travail de création. Son oeuvre qu'elle intitule " Vie ? Ou Théâtre ? " est quelque part dans un musée hollandais. Extrêmement troublant le livre écrit une ligne par phrase. L'auteur a découvert Charlotte à travers sa biographie, intéressé il a suivi son parcours, visité les lieux où elle a vécu. Livre curieux dans sa forme ne pouvait à l'évidence pas être présenté différemment. Personnages et lecture très attachants. Prix Renaudot 2014. - Prix Goncourt des Lycéens 2014. -

                                          

vendredi 10 octobre 2014

Quiconque exerce ce métier stupide mérite tout ce qui lui arrive Christophe Donner ( roman France )




                                      Quiconque exerce ce métier stupide
                                                                                  mérite ce qui lui arrive

            Mais quel est ce métier stupide ? Le cinéma, et les acteurs de ce livre qui se lit presque aussi vite que les personnages vivent la vie. J.P. Rassam tout d'abord libanais, riche fils de l'homme qui a construit sa fortune dans les puits de pétrole aux côtés de Gulbenkian, ses collections d'art sont parmi les plus recherchées. Installé à Paris il fait Sciences Po. Sa grande proximité avec sa soeur Anne-Marie montre un homme possessif, jaloux, joueur. Il rencontre Claude Berri et se joue de lui, pourtant ce dernier épouse cette soeur libre et attachée. Les deux hommes ont un point commun,  le cinéma. Un troisième homme en mal de producteur se joint à eux,  Maurice Pialat, doté d'un caractère hyper ombrageux, marié, il entretient une longue liaison avec la soeur de Berri, entre autres. Dix années d'environ 1965-6 à 1975 de cinéma. Berri fils d'un fourreur ne possède rien au départ. La lutte entre les deux hommes est cruelle. Imagination, calcul, jeu. Rhomer, Truffaut, Pialat, Godard, Berri obtient un grand succès avec " Le vieil homme et l'enfant ". La drogue accomplit son oeuvre destructrice, Rassam en subit les conséquences. "... Les principes de Berri s'arrêtent où ceux de Rassam commencent : ils feront tout à l'inverse de l'autre,  moins par goût que par défi... " J.P. Rassam sera le producteur de Jean Yanne, " Tout le monde... " et les autres. Les événements de 68 brouille un peu les projets,  mais Ferreri et sa Grande Bouffe trouve son producteur. Plus tard Rassam déjà moins fortuné trouve un associé pour certains films, Marcel Dassault. Étonnant virage. Des débuts incertains, une énergie très grande, ils reussissent le rapatriement des deux enfants de Milos Forman, encore à Prague alors envahie lors d'un voyage en voiture ultra rapide. Courte vie d'un producteur de cinéma intelligent et ambitieux, il voulut racheter la Gaumont.


samedi 4 octobre 2014

Anecdotes et Réflexions d'hier pour aujourd'hui Journal 33 Samuel Pepys (Angleterre )


Le Nain
                                                                                                                 16 Octobre 1660

            Ce matin, mon frère Tom vint me voir. Je réglai mes comptes avec lui pour mes vêtements jusqu'à ce jour. Après avoir mangé un plat d'anchois avec lui le matin, ma femme et moi avions l'intention de sortir pour aller voir une pièce au Cockpit cet après-midi, mais comme Mr Moore vint me voir, ma femme resta à la maison et je sortis avec lui. Je me rendis chez le tapissiers et en divers autres endroits où j'avais à faire, puis retour à la maison et de là au Cockpit où voyant qu'on y jouait " l'Esprit sans argent " ( John Fletcher 1614 je ne voulus pas rester et rentrai à la maison par le fleuve. Je lus en chemin deux autres histoires que contient le livre que j'ai lu hier soir, mais elles me plurent moins.
            De retour à la maison Will me rapporta que milord désire me parler ce soir. Je m'en retournai donc par le fleuve. En arrivant j'appris que c'était seulement pour savoir de quels vivres il disposerait sur les navires qui doivent l'accompagner pour le retour de la reine-mère. Je lui en fis un état détaillé.
            Comme il semblait d'humeur chagrine, j'appris par William Howe que c'était à la suite de la perte d'une grosse somme aux cartes. Il pense que sa passion pour ce jeu devient excessive. Ensuite à la maison par le fleuve, et au lit.


                                                                                                                    17 Octobre
                                                                                                      Jour de bureau
            A midi Mr Creed vint me voir, je l'emmenai à la taverne des Plumes dans Fish Street où le capitaine Cuttance m'avait invité à dîner. Dîner préparé par Mr Dawes et son frère. On nous servit deux ou trois plats de viande bien cuisinés. Leur grande idée était de m'intéresser à l'une de leurs affaires relative à un de leurs bateaux actuellement en service, que leur a loué le roi. Je promis de leur rendre tous les services que je pourrais. De retour à la maison avec Mr Creed j'y trouvai Mrs Theophila Turner et sa tante Dike. Je ne voulus pas me faire voir et me promenai dans le jardin jusqu'à leur départ. Mr Spong me rendit alors visite. Comme elles étaient parties ainsi que Mr Creed, nous prîmes notre musique pour chanter. Après son départ, ma femme et moi nous occupâmes à ranger tous mes livres dans mon cabinet d'étude. Je lui donnai     musicologie.org                      ses livres/ Après quoi, au lit.


                                                                                                                     18 Octobre

            Ce matin, comme on s'attendait à ce que le colonel Hacker et Axtel fussent exécutés, je me rendis à Newgate, mais j'appris qu'on leur avait donné un sursis jusqu'à demain. Je me rendis donc chez ma tante Fenner, j'y pris ma boisson du matin avec elle et mon oncle. Ensuite chez mon père où je donnai l'ordre qu'on me confectionnât d'ici à demain matin deux revers en serge noir pour mon haut-de-chausse. Ce qui fut fait.
            Ensuite chez milord. Nous causâmes, il aurait voulu me garder à dîner, mais je me rendis chez Mr Blackborne où je retrouvai ma femme et le père et la mère de mon Will, c'est la première fois que je les vois. Le dîner était très bon. Mr Creed était également présent. Aujourd'hui en entendant ses grands discours je découvre que Mrs Blackborne est une très grande dame, qui coûte cher.
            A la maison avec ma femme en voiture. Ce soir Mr Chaplin et Nicholas Osborne vinrent me voir. Je les reçus avec joie et les gardai très tard. Ensuite, au lit.
            En rentrant à la maison je découvris que la Turner a envoyé chercher une couple de colombes que ma femme lui a promises. Et comme ne les lui a pas fait porter dans la plus belle cage elle les a renvoyées avec une lettre méprisante qui me courrouça. Cependant je suis ravie qu'elle soit fâchée.


                                                                                                                                                                                                                                 animogen.com
                                                                                                                       19 Octobre

            Bureau le matin. Ce matin ils ont terminé ma salle à manger avec des tentures en serge verte et du cuir doré, l'effet est très heureux.
            Ce matin Hacker et Axtel furent exécutés et taillés en quartiers comme les autres.
            Ce soir restai tard à préparer les comptes que je dois présenter demain à milord. Il apparaît qu'il me doit plus de 80 livres, ce qui me fait plaisir. Dieu en soit loué !


                                                                                                                      20 Octobre 1660

            Ce matin quelqu'un vint me voir pour décider avec moi où il convient de percer une fenêtre dans ma cave pour remplacer celle que sir William Batten a fait murer. En descendant dans ma cave je mis le pied sur un gros tas d'étrons qui me fit découvrir que le cabinet d'aisances de Mr Turner est plein et se déverse dans ma cave, ce qui m'ennuie. Mais je vais faire arranger cela.
            Chez milord par voie de terre, m'arrêtant en différents endroits pour mes affaires. Dînai avec milord et milady. Il était très joyeux et parla abondamment de son désir d'avoir un cuisinier français et un grand écuyer, et qu'il aimerait que son épouse et sa fille portent des mouches. Cela me parut étrange, mais il est devenu un parfait courtisan. Entre autres choses milady dit qu'elle voudrait marier sa fille Jemima à un marchand mais il répondit qu'il préférerait la voir avec un sac de colporteur sur le dos, et qu'elle épouserait un gentilhomme et non un bourgeois.
            Cet après-midi en traversant Londres et en m'arrêtant chez Crow le tapissier de St Bartholomex, je vis les membres de certains de nos nouveaux traîtres exposés à Aldersgate. C'était un spectacle lugubre. Ces deux dernières semaines furent sanglantes : dix furent pendus, écartelés et taillés en quartiers. A la maison, et après avoir écrit une ou deux lettres à mon oncle par la poste, j'allai au lit.


                                                                                                                                                                                                                                                                                           21 Octobre                        
                                                                                               Jour du Seigneur
           A l'église de la paroisse le matin où Mr Milles fit un bon sermon.
            Après dîner chez milord et, de là, à l'abbaye, où je rencontrai Mr Spicer et Dick Vines et d'autres de la vieille équipe, de sorte que laissant mon secrétaire m'attendre à l'abbaye nous allâmes chez Price par la porte située derrière le palais, mais comme on refusa de nous servir à boire nous nous rendîmes à la Couronne dans la cour du Palais. En chemin George Vines s'arrêta chez lui, me conduisit au sommet de sa tourelle où se trouve exposée la tête de Cookes en tant que traître, tandis que celle d'Harrison se trouve de l'autre côté du palais de Westminster. De là je pouvais très bien les voir et j'avais également une très belle vue de Londres. De la Couronne à l'abbaye pour chercher mon secrétaire, mais il n'y était plus. Vu son jeune âge je me demandais ce qui lui était arrivé. Je passai chez milord où je trouvai Mr Adams, l'ami de Mr Shipley, et chez mon père, mais ne le trouvai pas. Ensuite chez moi, où il était. Il avait retrouvé le chemin de la maison sans trop de difficulté, ce dont je fus content. Ensuite, après avoir soupé et lu quelques chapitres de la Bible, j'allai au lit. Depuis un jour ou deux ma femme souffre de ses abcès à l'endroit habituel, ce qui l'ennuie beaucoup.
            Aujourd'hui à midi, Dieu me pardonne ! j'accordai mon luth que je n'avais pas touché depuis très longtemps.


                                                                                                                           22 Octobre
                                                                                                              Jour de bureau
            Après le bureau, dîner à la maison, côtes de boeuf rôties de chez le traiteur ( où nous nous fournissons depuis quelque temps du fait de la présence constante des peintres ou d'autres ouvriers, et que nous ne pouvions et que nous ne pouvions faire la cuisine à la maison ). Après dîner, chez milord, où il semble que tout le monde prépare le départ de milord en mer demain pour ramener la reine-mère.
            Le soir, milord rentra. Je restai longtemps avec lui et nous bavardâmes beaucoup. Entre autres, j'obtins son autorisation de faire copier son portrait, celui exécuté par Lely. Nous parlâmes de religion, et il apparut qu'il était totalement sceptique. " Il dit que rien n'ira bien tant qu'il y aura autant de sermons et que ce serait mieux si on ne lisait à l'église que des homélies. "    
            Cet après-midi le roi et milord le grand chancelier ont réuni des théologiens épiscopaliens et presbytériens, continua milord, mais il ne put me dire ce qui s'était passé.
            A la fin de notre conversation j'allai dormir avec Mr Shipley, dans sa chambre. Mais toute la nuit j'eus du mal à dormir, car le lit était mal fait et lui un mauvais compagnon de lit.


                                                                                                                           23 Octobre

            Nous nous levâmes de bon matin pour préparer les affaires de milord. Comme Mr Shipley s'apprêtait à mettre ses pistolets chargés dans leurs étuis, un coup partit. Il plut à Dieu que le canon du pistolet fût dirigé vers le bas, si bien que nous ne fûmes pas blessés, mais je pense n'avoir jamais couru un tel danger de ma vie, et cela me causa un grand effroi.
            Vers 8 heures milord partit, traversant le jardin il rencontra Mr William Montagu qui lui parla d'un domaine qui venait de tomber entre les mains du roi et pense que milord devrait le solliciter. A cet effet milord écrivit aussitôt une lettre à milord le grand Chancelier lui demandant de faire cette démarche pour lui. Après avoir pris congé de milord au pont de Whitehall je portai cette lettre à Warwick House où je rencontrai le lord grand chancelier et tous les juges qui se rendaient à cheval au palais de Westminster, car c'était le premier jour du terme. C'était la première fois que je voyais une telle procession solennelle.
            Ayant terminé à Warwick House je retournai à Whitehall où je rencontrai mon ami Ashwell, son cousin Samuel Ashwell et Mr Mallard. Je les emmenai à la Jambe dans King Street et leur offris un plat de viande pour dîner, que je payai. De là me rendis à Whitehall où je rencontrai Catau Sterpin en deuil, elle me raconta que sa maîtresse venait de mourir de la petite vérole et qu'elle-même était maintenant mariée à Mr Petit et me dit aussi ce que sa maîtresse lui avait laissé, ce qui était fort bien. Elle m'emmena à son logement qui était très misérable, chez un ferronnier de King Street. Je découvris par une lettre qu'elle me montra, que son mari avait adressée au roi, qu'il est un vrai Français et plein de leurs projets. Il envisage une réforme des universités et d'instituer des écoles pour l'apprentissage des langues afin de les parler naturellement et non pour l'acquisition des règles. Je sais que tout cela n'aboutira à rien.
            De là chez milord d'où je me rendis avec milady chez Mrs Packer, puis je la ramenai chez elle. Là je pris le portrait de milord et le portai chez Mr de Cretz pour qu'il en fasse une copie.
            Ensuite à Whitehall où je rencontrai Mr Spong. Je le raccompagnai chez lui et nous jouâmes et chantâmes. Puis souper avec lui et sa mère. Après souper nous regardâmes de nombreux livres et instruments qu'il possédait, en particulier la girouette en bois dans sa cheminée, qui tourne avec la fumée, ce qui en vérité est très ingénieux.
            C'est à mon sens l'homme le plus habile et le plus agréable que j'aie jamais rencontré, et je ne me lasse pas de l'admirer, tout simple et illettré qu'il soit.
            De là en voiture à la maison, et au lit. Je fus heureux de retrouver mon lit après une nuit d'absence.


                                                                                                                     24 Octobre 1660

            Aujourd'hui je restai longtemps couche, à dormir. Jour de bureau, je saisis l'occasion de me mettre en colère contre ma femme avant de me lever, du fait qu'elle avait mis une demi-couronne qui m'appartenait, dans une poivrière et avait ensuite oublié où elle l'avait mise. Mais nous nous réconciliâmes, comme toujours. Je me levai ensuite car Jack Cole était venu. Ensuite au bureau. Puis à la maison pour dîner, j'y trouvai le capitaine Murford qui me mit 3 livres dans la main pour une faveur que je lui ai accordée. Mais je refusai des les prendre, et lui ordonnai de les garder jusqu'à ce qu'il ait assez pour acheter un collier à ma femme.
            Cet après-midi des ouvriers au travail dans ma maison pour pratiquer une ouverture du côté de la cour pour éclairer ma cave.
            A Whitehall, en chemin rencontrai Mr Moore qui revint avec moi.
            Il me raconte, entre autres choses, que le duc d'York se repent maintenant d'avoir couché avec la fille de milord le grand chancelier, qui vient juste d'accoucher d'un garçon.
            De Whitehall chez Mr de Cretz que je trouvai occupé au portrait de milord. De là chez Mr Lilly, comme je n'y trouvai pas Mr Spong j'allai chez Mr Greatorex, où il était. Nous allâmes dans une taverne à bière où je lui achetai un crayon à dessin et où il me montra comment fonctionnent les lentilles grossissantes qui transmettent la lumière à une grande distance. Elles sont utiles pour lire au lit, et j'ai l'intention d'en acheter une.
            Ensuite avec Mr Spong chez Mr Lilly où nous fûmes bien reçus, car il y avait ce soir une réunion de ses amis, entre autres Mr Ashmole qui me paraît un gentilhomme très ingénieux. Spong et moi chantâmes dans le bureau de Mr Lilly. Cela fait nous nous quittâmes et je rentrai à la maison en voiture, emmenant Mr Booker avec moi. Il m'apprit un grand nombre de choses stupides qu'on peut faire avec les horoscopes, et il blâma Mr Lilly d'écrire pour plaire à ses amis et de suivre la mode, comme il l'avait jadis fait lui-même, à son grand déshonneur, et non les règles de l'art qui, s'il les suivait, ne pourraient l'induire en erreur, comme ce fut le cas.
            Je le déposai au bout de Lime Street, puis à la maison où je trouvai un coffre d'outils de charpentier envoyés par mon cousin Thomas Pepys, que je lui avais commandés pour m'en servir de temps à autre.
            Au lit.


                                                                                                                    26 Octobre
                                                                                                           Bureau
            Mon père et le docteur Thomas Pepys dînèrent chez moi. Je saoulai presque ce dernier avec de la bière de Margate. Mon père est très content de l'aménagement de ma maison. Je lui donnai de l'argent pour régler plusieurs factures.
            Après cela j'allai à Westminster, à Whitehall où je vis le duc de Soissons qui venait d'être reçu par le roi, sortir en très grande pompe. Son propre carrosse tendu de velours rouge orné de dentelle d'or, tiré par six barbes et escorté de 20 pages très richement vêtus.
            Au palais de Westminster où j'achetai entre autres livres, un ouvrage sur la vie de notre reine. Je le lus à la maison à ma femme, mais il était écrit de si niaise façon que nous ne fîmes qu'en rire. Il est entre autres dédié à ce parangon de vertu et de beauté, la duchesse d'Albemarle.
            Selon la rumeur, le duc d'York reconnaît maintenant son mariage avec la fille du lord chancelier.


                                                                                                                      27 Octobre

            A Londres et à Westminster toute la journée à payer ce que je dois et à faire des achats pour ma maison.
            En chemin je passai par hasard devant la maison du nouveau lord-maire, sir Richard Browne, près de la maison des orfèvres qui est actuellement en réparations. En vérité c'est une très belle demeure.
            Sur le chemin du retour, je m'arrêtai dans l'enclos de Saint-Paul et j'y achetai " l'Encyclopédie d'Alsted ", qui me coûta 38 shillings.
            A la maison et au lit. Ma femme souffrait beaucoup de son mal habituel.
                                                                                                                                                                                                                                  allersretours.com
                                                                                                                     
                                                                                                                     28 Octobre
                                                                                                        Jour du Seigneur
            Le Dr Williams envoya des pilules et des emplâtres, ce matin, pour ma femme.
            J'allai à l'abbaye de Westminster où je pénétrai avec beaucoup de difficultés en passant par le cloître, car c'était aujourd'hui une grande journée : on consacrait cinq évêques. Cela fut fait après le sermon, mais je ne pus entrer dans la chapelle d'Henri VII. Je me rendis donc chez milord où je dînai avec milady, le jeune milord et Mr Sidney qu'on avait été cherché à Twickenham hier pour qu'il voit la procession du lord-maire demain, Mr Child était aussi présent.
            Après dîner à la chapelle de Whitehall. Milady, milady Jemima et moi fûmes admis dans l'oratoire du roi, parti à la rencontre de la reine. Ayant rencontré un certain Mr Hill qui ne connaissait pas milady, il nous emmena dans l'oratoire du roi et nous pûmes y rester durant tout le service, ce qui était, je crois, un grand honneur.
            Nous revînmes chez milord, je pris alors congé de milady et rentrai à la maison, où je trouvai ma femme beaucoup mieux après ses remèdes. Ensuite, au lit.


                                                                                                                         29 Octobre

            Debout de bonne heure, car c'était l'anniversaire du lord-maire, sir Richard Browne. Négligeant mon bureau je me rendis à la Garde-Robe du roi où je retrouvai milady Sandwich et ses enfants. Après avoir bu un bordeaux très fort d'une qualité incomparable offert par Mr Rumbold qui nous emmena ainsi que Mr Townshend et les enfants. Ils nous installèrent chez un certain Mr Nevill, drapier dans l'enclos de Saint-Paul. Milady, milady Pickering et moi allâmes chez un certain Mr Jackson, fabricant de drap de lin à la Clef dans Cheapside, où il y avait une compagnie de belles dames et où nous fûmes traités avec force civilité et fûmes bien placés pour voir les tableaux, nombreux et à mon goût bien faits, dans la mesure où de telles représentations peuvent l'être, mais je les trouve, à vrai dire, médiocres et absurdes. Lorsque les dames eurent pris place j'emmenai Mr Townshend et Mr Jackson à côté, à la taverne où je dépensai 5 shillings pour leur offrir à boire. Le spectacle terminé nous nous rendîmes, non sans mal, à Saint-Paul, où je laissai milady dans la voiture et accompagnai milady Pickering à pied jusqu'à sa maison, qui était un pauvre logement dans Blackfiriars, où elle ne m'invita pas le moins du monde à entrer avec elle, ce qui me sembla une conduite très étrange.
            Puis à la maison, où j'appris que milady Davies venait d'emménager dans la maison voisine et avait fait fermer les portes qui me permettait d'aller sur la terrasse, ce qui me contraria tellement que j'allai me coucher mais m'empêcha de dormir, toute la nuit.


                                                                                                                          30 Octobre

            Restai chez moi le matin et dînai à la maison, l'esprit si troublé que je ne pouvais m'intéresser à rien ni rien faire jusqu'à ce que je parle au contrôleur de la Marine à qui les logements appartiennent. L'après-midi, pour me calmer, j'allai tout seul au Cockpit voir une très belle pièce intitulée Le dompteur dompté ( Fletcher
qui était très bien jouée.    l
            Après cela je me rendis chez Mr Crew où j'avais laissé mon jeune valet, allai prendre un verre avec lui et Mr Moore, qui voulut m'accompagner un bout de chemin, comme à accoutumée, aux colonnes d' Hercule. Nous y lûmes la Déclaration du roi sur les questions de religion qui a été publiée aujourd'hui. Elle me paraît très bien rédigée et donne satisfaction à la plupart.
            Ensuite à la maison où j'appris que les gens de Mr Davies ont forcé le verrou de la porte de ma chambre qui donne sur la terrasse. J'allai voir et constatai qu'il en était bien ainsi. Ce qui me contraria davantage. J'envoyai donc chercher Griffith ( portier à la Marine )  et lui demandai de visiter leur maison pour tâcher de découvrir ce que tout cela signifiait, mais je ne pus rien apprendre ce soir. Je suis cependant assez content d'avoir fait cette découverte.
            Aucune nouvelle de milord pour le moment. Je ne sais s'il a quitté les Downs pour aller chercher la reine. Je crois qu'il est parti et est sur le retour.


                                                                                                                          31 Octobre 1660
                                                                                                               Jour de bureau
            Toute la matinée je fus préoccupé par cette affaire de promenade sur la terrasse. J'en parlai au contrôleur et à tous les principaux officiers. Aucun n'est prêt à se mêler de quoi que ce soit qui risque de mettre milady  Davies en colère, de sorte que je suis contrait de renoncer tant qu'elle persévère dans cette voie.
            Dîner à la maison, ensuite au palais de Westminster où je rencontrai Billing le quaker, dans la boutique de Mrs Mitchell. Il persiste dans l'opinion qu'il avait des ecclésiastiques de toutes sortes. Je trouve que c'est un personnage matois. A la maison, j'appris là que Mr Penn avait décidé de se rendre à la résidence de campagne de sir William Batten demain et souhaitait que je l'accompagne, si bien que je veillai tard pour préparer mes affaires pour monter à cheval et que je dus découper une paire de vieilles bottes pour confectionner des lanières pour celles que j'allais mettre. Au lit.
            Je termine le moi l'esprit chagrin d'avoir perdu l'accès à la terrasse, et aussi d'avoir trop dépensé ces derniers temps, au point que je ne pense pas avoir devant moi plus de 150 livres actuellement. Mais je possède, Dieu en soit loué ! beaucoup de belles choses pour la maison.
            J'ai appris aujourd'hui que la reine a débarqué à Douvres et sera ici vendredi prochain, 2 novembre.
            Ma femme a tellement souffert ces derniers temps de son mal habituel que je n'ai pratiquement pas couché avec elle depuis quinze jours, ce qui me fait de la peine.


                                                                                                     ( à suivre  1er novembre )....../
                                                                                           ........./
            Ce matin sir........

         
* images 21 au 23 octobre Goya         
  portrait femme du 30 landon
         
         

20 ans avec mon chat Inaba Mayumi ( roman Japon )

chat


                       
                                                 20 ans avec mon chat

            Une fin d'été au Japon, l'auteur nous conte l'histoire de sa rencontre avec celle qui sera sa compagne, son amie dans les bons et les mauvais moments durant les vingt années de vie de " ... une boule de poils, toute vaporeuse... un chaton... se balançait dans le vide... " En cette année 1977, elle habite encore Fuchû. Alors que son mari est nommé à Osaka, elle perd son travail, mais son couple en perdition, et un très fort désir d'écriture la convainquent de rester dans cette vieille maison proche des bois où elle sait ne pouvoir demeurer qu'un temps limité. Durant ces mois la chatte et la jeune femme s'apprivoisent. Tout est installé pour le bien-être du chat, chatières, véranda ensoleillée, nourriture recherchée, et Mi passe les nuits dehors et triste manque mourir après avoir été engrossée par un énorme matou dont elle était tombée amoureuse et qu'elle ne daignera plus regarder après l'accouchement provoqué du très gros foetus mort. A Tokyo la plupart des logeurs refusent la présence de chats, cependant Mi et sa maîtresse qui travaille dans un bureau en plus du premier roman qu'elle publie doivent abandonner la vieille maison. La recherche est ardue, mais ne pouvant louer elle achète un petit logement au 4è étage à Tokyo. Le dépaysement est rude pour la chatte habituée aux gambades nocturnes dans la fraîcheur des bois. Les visites chez le vétérinaire fréquentes. Dans l'immeuble elles trouvent deux amies des chats, l'une est peintre, de santé délicate, "... J'ai fini par beaucoup aimé cette artiste qui n'était pas comme tout le monde... La couleur est puissante, m'a-t-elle dit un jour,... elles sont imprégnées de musique... Les mots l'emportent toujours sur les couleurs... " Et la vie continue, les années passent, les animaux comme les hommes vieillissent. Les premiers signes de faiblesse, puis de maladie apparus les soins apportés à la chatte l'aident à vivre au mieux grâce surtout aux mains d'une maîtresse qui connaît très bien son petit animal. 20 ans ont passé, joli nombre d'années pour un chat. Une fin tout en douceur, et une lecture pleine de charme. Il y a la Chatte de Colette et il y a ce délicieux livre pour tous.

            
                                         

vendredi 3 octobre 2014

Une éducation catholique Catherine Cusset ( roman France )



                                     Une éducation catholique

            Prise entre le marteau et l'enclume Marie. Son père breton catholique pratiquant entraîne la petite fille à la messe une fois par semaine, promenade qu'elle apprécie jusqu'à sa communion solennelle, mais difficile de confesser ses vols au supermarché en compagnie de Nathalie, ou "...  je dérobe à mon père des billets de dix francs dans le portefeuille... " Il y a les amies imposées et les amies choisies. Et il y a Dieu. Sa mère juive non pratiquante permet cette éducation catholique, sa morale. " J'étais très croyante. J'ai cru en Dieu bien plus longtemps que je n'ai cru au Père Noël... " Et puis sa soeur " ... a trois ans et demi de plus que moi... j'aime la lecture... elle est douée dans tous les sports... " Elle hait sa soeur. A l'heure de sa communion sa foi bascule, peut-être le choix de sa marraine et de son parrain a-t-il été le point de départ du basculement. Mais Marie va chercher et trouver un autre Dieu, ce sera Ximenia avec qui elle a une brève histoire charnelle, mais qui la secoue et la tient sous sa coupe quelques années. Bonnes élèves toutes deux elles sont les préférées de leur professeur de latin grec. Marie tombe amoureuse de la jeune femme mère de famille, qui la comprend, mais elle avoue son sentiment à Ximenia qui lui dit "... Ne me refait jamais ça... " Pouvoir divin sur une Marie toujours prête à se dévaloriser. Problème d'adolescence, sentiments contradictoires. Samuel entre dans sa vie, et la violence d'une passion charnelle. Dieu est-il dans leur relation, peut-être. Mais Marie est infidèle et Samuel pas très beau, pas très grand, passe des concours, sérieux. Et Samuel souffre, même s'ils sont liés par le verbe, "... La souffrance de Samuel était tellement plus grande, elle me liait à lui viscéralement... " De Boston à Rome, de Paris en Sardaigne, Marie cherche, trouve. Autofiction, l'auteur n'est vraiment pas tendre avec son personnage qui pleure beaucoup, lycéenne cisaille ses poignets, cherche un Dieu sans religion, la foi. L'auteur a enseigné à Yale, vit à NewYork, 

vendredi 26 septembre 2014

Les feux de Saint - Elme Daniel Cordier ( récit France )





                                   








                                                   Les Feux de Saint-Elme      

            En juillet 1934 l'élève Daniel, fils de parents divorcés, passe des vacances partagées chez sa mère dans un village du sud-ouest. Durant l'année scolaire, pensionnaire à Saint-Elme, bon élève jusqu'au moment où sa sexualité s'affole. Lecteur vorace, arrive entre ses mains Les Thibault de Martin du Gard. L'histoire du Daniel du livre le comble, une réflexion de son beau-père sur Gide sans doute à propos de l'Immoraliste, qu'il lit en cachette le déçoit. Mais il poursuit ses lectures, lit tout Beaudelaire, Rousseau, la Bible. La rentrée puis l'année scolaire s'annoncent difficiles, l'adolescent préoccupé par ses attirances vers des camarades pas toujours réceptifs à son désir, l'angoisse du bien, du mal, dans ce collège religieux il porte son fardeau auprès de son conseiller qui, tout d'abord l'absout et lui ordonne dix Notre Père, Daniel retourne souvent vers ce conseiller vertueux, puis un jour malgré une vie plutôt douce dans cet institut proche d'Arcachon, de Bordeaux où Daniel se rend chez ses grands-parents, il ne se résout pas, ou mal à concrétiser sa très forte attirance pour David, et pense avoir été mal dirigé. Des mois difficiles pour des amitiés mal définies, de garçons que l'auteur nous décrit affamés de tendresse, loin de leur famille. " ... Cette adolescence romanesque fit apparaître le vide de mon existence. Pourtant, comme Jacques, la passion me dévorait. Pourquoi n'avais-je pas inventé les formules qui en étaient l'aveu et qui auraient brisé ma solitude... " Les années vont passer, chacun suit une route tortueuse. La guerre de 40... Mais des années durant Daniel est obnubilé par le souvenir de David. Une fixation, dit-il. Et il fait du personnage un être qu'il décrit très atteint dans son vieil âge. Daniel Cordier termine par " ... En chacun de nous il y a un regret qui veille... C'est la que nous nous rejoignons tous, dans ce qu'on appelle la nostalgie. "