pinterest.fr
1er Février
Lever tard, en voiture sur rendez-vous à St James afin de présenter mes devoirs au duc d'York et à milord Belasyse, me fit perdre tout espoir de tirer bénéfice du louage d'un navire pour transporter des hommes à Tanger. Mais sur ordre du Duc ce matin à la Bourse où je me vis à la fin confier une affaire, après de longs pourparlers par Mr Gifford et Mr Houblon, affaire qui pourrait me valoir les bénéfices que j'en espère..... après bien du mal et sans pouvoir manger un morceau avant 4 heures. Sur le chemin du retour me suis arrêté dans une gargote près de la barrière du Temple et là, avec Tom mon petit valet, avons mangé une poularde. Puis à la maison, à mon bureau, toujours fâché contre ma femme pour sa sottise d'hier. Puis avec mon valet à la taverne du Soleil, derrière la Bourse, comme convenu avec le marchand de drapeaux, Mr Young, nous retrouvâmes Mr Hill, Mr Andrews et Mr Houblon qui est ma foi homme de sérieux. Et ce fut là deux bons et beaux plats et une conversation plaisante. Après souper on chanta. Comme je suis resté jusqu'à minuit je me suis fait éclairer jusque chez moi par la ronde. Puis au lit toujours contrarié. Une fois couché mes gens me viennent dire qu'il y a une franche odeur de brûlé, mais point de fumée. Nous avons réveillé les gens de sir William Mennes et de sir William Batten, ainsi que Griffin et ceux de la maison de fous, mais on ne trouva rien qui eût pu en être la cause. Nous fûmes ainsi occupés jusqu'à plus de 3 heures du matin, puis l'odeur de brûlé se dissipa, me recouchai donc ainsi que mes gens, et me levai fort tard le lendemain matin.
2 février
Levé et à mon bureau jusqu'à midi, puis à la Bourse, ensuite au café où nous quatre, Gifford, Houblon, le capitaine du navire et moi relûmes et approuvâmes une charte-partie pour le transport de marchandises à Tanger, ce dont j'espère tirer quelque bénéfice. Retournai chez moi affligé de maux de tête dus à un manque de sommeil et à un surcroît de labeur. A mon bureau. Le soir est venu Povey, et sommes allés chez Mrs Bland à propos d'un service que je pourrais lui rendre, à savoir lui faciliter un passage à Tanger. J'ai entendu chez elle l'une de ses proches parentes chanter trois ou quatre bien jolis airs, et de belle manière. A la maison, puis souper. Jane, ma cuisinière et domestique, et sa maîtresse se sont fait leurs adieux, et Jane est partie ce jour. Quant à moi je suis vivement contrarié, mais j'ai résolu de ne plus chercher querelle. Après souper à mon bureau puis, au lit.
3 février
Levé et suis sorti à pied avec mon petit valet, que je n'ose à cause de ma femme qui l'encourage à la paresse, laisser à la maison. D'abord à Salisbury Court pour m'excuser de manquer le dîner chez Mrs Turner qui, je le vois bien, est contrariée de ce que je n'apporte point ma contribution au grand festin qui sera donné en l'honneur de la désignation de son mari comme lecteur, en lui procurant des victuailles à bon compte, mais peu me chaut. Elle était en train de se vêtir près de la cheminée dans sa chambre et profita de l'occasion pour me montrer sa jambe. Et c'est, ma foi, la plus belle que j'aie jamais vue et elle n'en est pas peu fière. Puis chez milord Belasyse et de là chez Mr Povey ainsi qu'à divers endroits dans ce quartier de la ville pour diverses affaires. Par ce beau temps de givre la marche fut plaisante. Revins à pied à la Bourse, prenant au passage mes livres à la reliure chez mon libraire. Il m'en a coûté pour réassortir à ma bibliothèque les reliures de plusieurs vieux ouvrages, à quoi s'ajoutent d'autres livres neufs mis sur la même facture 3 £, mais ce sera du plus bel effet. A la Bourse où j'apprends cette nouvelle fraichement arrivée de Deal, que le soir du jour où milord Sandwich s'embarquait de là-bas avec sa flotte, on repéra des bâtiments de guerre hollandais à l'abri des sables de Goodwin, qui, selon toute probabilité doivent être en vue de la flotte de milord, auquel cas ils devront faire feu. Puis chez mon oncle White où toute la famille était invitée à dîner, parmi laquelle la jolie Mrs Margaret, très jolie dame en vérité. Et bien que pour m'en tenir à mon voeu il m'en ait coûté 12 pence par baiser, le premier non compris, je me suis laissé aller à lui en prendre deux. Puis chez moi, et parmi les diverses lettres il s'en trouve une de Jane récemment renvoyée qui me dit que sa maîtresse refuse de lui payer son trimestre de gages, et ajoute que celle-ci fait passer deux ou trois heures dans le noir au petit valet à raconter des histoires, mais ne mentionne rien de plus, si ce n'est l'indélicatesse de ma femme à se rabaisser de la sorte. J'y remédierai mais je suis fâché que Jane ait fait écrire une lettre aussi longue ce qui rend la chose publiqueis en voiture pour rendre visite à milady Sandwich qui me fit connaître par le détail son opinion sur le mariage, si toutefois milord y consentait, de milady Jemima avec le fils aîné de sir George Carteret. Mais je crains qu'il n'ait encore aucune fortune foncière. Je vais m'informer et lui donnerai mon opinion. Puis Mrs Pickering, à la demande de milady, car notre entretien privé achevé nous étions passés dans une autre pièce, me narra la mascarade donnée l'autre jour devant le roi et la Cour, où six femmes, parmi lesquelles milady Castlemaine et la duchesse de Monmouth, et six hommes, le duc de Monmouth, lord Arran et " monsieur " Blanquefort, entre autres, masqués, vêtus de costumes fort riches et anciens, dansèrent avec une splendeur et une grâce admirables. Dieu nous accorde d'autres occasions de semblables réjouissances. Chez moi et après un moment à mon bureau, souper et, au lit.
4 février
5 février Jour du Seigneur Au lit le plus clair de la matinée, puis levé et descendis dans mon cabinet voir mes nouveaux livres. Quel plaisir pour les yeux que de pouvoir contempler ma bibliothèque tout entière, ou presque, d'une seule et même reliure ! Puis dîner et tout l'après-midi en compagnie de Will Hewer à mon bureau, à signer des papiers, tant mes affaires ont pris du retard ces derniers temps. Le soir, Mr Shipley me rend visite, arrivé de sa campagne, à laquelle il retourne demain. C'est à mon sens un homme de bien, généreux envers moi. Arrivent aussi Mr Andrews et Hill et nous chantons fort plaisamment. Eux partis, souper avec ma femme, puis prières et, au lit.
6 février
Levé et avec sir John Mennes et sir William Penn à St James, mais le Duc est sorti. Allai donc à Whitehall pour le trouver et je lui parlai. Puis à Westminster pour quelque affaire et enfin à la Bourse où j'eus aussi à faire. Repartis achever mon contrat pour le " Kingfisher " affrété pour Tanger et dont j'espère quelque avantage. Rentrai dîner puis rendis visite à sir William Batten de nouveau malade, plus encore qu'auparavant et m'est avis que c'est grave. A mon bureau où, entre autres, je passai quatre heures ou plus avec sir William Warren jusqu'à très tard à discourir de choses et d'autres, et pris la ferme résolution, en sa présence, de servir son intérêt, ainsi que le mien autant que faire se peut. M'est avis qu'il me sera précieux et qu'il saura se montrer reconnaissant. Chez moi, souper puis, au lit. Aujourd'hui il a fait le froid le plus terrible, au dire de tous, que l'Angleterre ait jamais connu. J'ai passé la journée à craindre d'avoir attrapé une fièvre pour avoir porté un habit qui n'a pas été aéré depuis longtemps, et je prie Dieu que cela ne me cause aucun mal.
7 février 1665
Levé et à mon bureau, travaillé toute la matinée, à la maison pour dîner, mangé de très bons beignets car c'est le mardi-gras. Tout l'après-midi et la soirée à mon bureau. Le soir rentré souper et, au lit. Sir William Batten malade depuis quatre ou cinq jours est aujourd'hui au plus mal, si bien qu'on commence à redouter sa mort. Quant à moi je ne puis décider s'il m'accommoderait de le voir mourir, car c'est un méchant homme, ou vivre, de peur qu'un autre bien pire ne le remplaçât.
8 février
Levé puis en voiture chez milord Peterborough où arrivèrent aussitôt milord Ashley et sir Thomas Ingram, ainsi que Povey pour ses comptes. Ce comptable est l'un des plus misérables que l'on ait jamais connus, et que je préfèrerais voir pendu plutôt que de traiter avec lui, si toutefois la question de mon billet à ordre de 117 £ était réglée. Comme il n'entend rien à ses propres comptes il n'y a personne dans son entourage qui puisse y entendre davantage. Restai tard jusqu'à ce que j'en fusse las, ayant à faire ailleurs. De là chez moi en voiture et après dîner, diverses affaires et à mon bureau fort tard, puis chez moi, souper et, au lit.
9 février
Levé et à mon bureau très occupé toute la matinée. A midi chez moi, dîner, puis retour à mon bureau où sir William Petty m'est venu dire, entre autres, que Mr Barlow est mort. Ce dont, Dieu m'est témoin, j'éprouve autant de chagrin qu'il est possible et que quiconque éprouverait pour un inconnu dont la mort lui vaut 100 livres par an et qui fut par ailleurs un véritable honnête homme. Mais, à la réflexion quand je viens à considérer la providence divine qui m'accorde ainsi inopinément, 100 £ de plus de revenus j'ai tout lieu de bénir le Seigneur et je le fais du fond du cœur. Chez moi tard et au lit.
Herodote.net
10 février
Levé et me rendis près de Saint-Paul pour voir les derniers de mes livres nouvellement reliés, entre autres, ma Cour du roi James et Grandeur et Décadence de la famille Stuart. Et me voici fort satisfait de mon cabinet, un ravissement pour les yeux. De là à Westminster, dans la voiture de Mr Grey, et j'apprends qu'hier le roi a rencontré les Chambres pour attribuer par vote extraordinaire un crédit s'élevant à 2 500 000 £. Après quelques affaires à la maison où Mr Moore dîna avec moi et compara nos estimations du capital et intérêt de la dette de milord Sandwich envers moi. Il s'avère qu'à présent, l'un et l'autre compris, la somme qui m'est due se monte à 257 £ et 7 shillings, et je remercie Dieu que ce ne soit pas davantage. Au bureau tout l'après-midi. Rentré souper tard, prières puis, au lit.
11 février
Levé et à mon bureau toute la matinée. A midi à la Bourse en voiture avec milord Brouncker. Travaillai beaucoup puis rentré dîner. A mon bureau tout l'après-midi, jusqu'à plus de minuit, fort occupé. Puis à la maison et, au lit.
12 février Jour du Seigneur Levé puis à l'église St Lawrence pour entendre le très savant docteur Wilkins, par pure curiosité, car je ne l'ai encore jamais entendu. Toutefois, il ne me plut guère, mais sur le banc où je m'étais par hasard assis se trouvait un gentilhomme qui chantait à merveille, et à son visage je me souvins qu'il était du collège Saint-Paul, mais ne retrouvai pas son nom. L'église m'enchanta aussi, elle est fort belle. Ensuite, rentré dîner et à mon bureau tout l'après-midi. Arriva Mr Hill mais sans Andrews et nous passâmes une bonne soirée à chanter, souper, bavarder. Ensuite prières et, au lit.
13 février
Levé puis à St James où nous fîmes nos affaires habituelles auprès du Duc. De là à Westminster et par eau, prenant au passage Mr Stapely le cordier à sa fabrique de cordes et à sa chaulerie, pour voir les chaufours, et j'appris d'excellentes choses. Au retour me rendis à bord de l'Experiment de sir William Petty. C'est un beau vaisseau, fort spacieux qui, je l'espère, ira loin. Puis accostai à une auberge hollandaise pour boire une bière de froment. Je rencontrai des Hollandais, on causa des fours à chaux et de la confection des câbles. Il faut voir avec quel mépris ils disent qu'il nous faut largement plus de mains qu'eux pour la moindre tâche et qu'ils terminent avec 20 hommes le câble que nous faisons avec 60; Rentré chez moi manger un morceau, puis à mon bureau très tard, puis souper et, au lit. Apparemment le capitaine Stoakes est mort à Portsmouth, enfin.
14 février 1665
* Saint-Valentin Ce matin très tôt arrive Dick Penn pour être le Valentin de ma femme, et qui s'approche de notre lit. Je le fais alors venir près de moi, croyant l'obliger ainsi à m'embrasser, mais il me devina et il n'y eût rien à faire. Il alla ensuite trouver sa Valentine. Quel garçon remarquable, robuste et plein d'esprit. Levé, ayant fort à faire mais, en ouvrant la porte j'aperçois la femme de Bagwell. Nous bavardons puis elle m'annonce effrontément qu'elle est venue assez tôt dans l'espoir d'être ma Valentine, et la voilà donc. Mais mon serment m'a gardé de perdre du temps avec elle. Sorti avec mon petit valet à Westminster pour régler deux ou trois affaires, retour à la Bourse où j'eus beaucoup à faire. Il semble que milord Sandwiche soit dans la baie de Aldeburgh avec sa flotte. Rentré dîner puis à mon bureau jusqu'à presque minuit. Rentré, souper puis, au lit.15 février
Levé et à mon bureau toute la matinée, fort occupé. A midi dîner avec Creed à Trinity House, fort bon, avec la bande de joyeux lurons. On raconta comment le Roi Oak s'était abîmé dans la bais de Bentam, sur les rochers des Sorlingues. Il y eut dans ce récit bien des détails extraordinaires, que je consignerai par écrit si je le peux. De là avec Creed à Gresham College où la semaine dernière Mr Povey avait proposé que j'en fusse membre, et j'y fus admis ce jour, après avoir signé un registre, donné la main à milord Braouncker et entendu quelques mots d'accueil. Mais c'est un rare plaisir que d'assister à leurs débats et de voir leurs expériences. Ils ont traité aujourd'hui de la nature du feu et de sa faculté de s'éteindre là où l'air est confiné, et de durer moins longtemps lorsque l'air est raréfié, ce qu'ils démontrèrent à l'aide d'une machine appropriée. Lorsque ce fut fait ils allèrent à la taverne de la Couronne, derrière la Bourse, et milord ainsi que la plupart se réunirent pour le souper de leur cercle, qui comprend sir Paul Neale, sir Robert Moray, le docteur Clarke, le docteur Whistler, le docteur Goddard et d'autres fort éminents. Il y avait surtout à l'assemblée Mr Boyle et puis particulièrement encore Mr Hooke, l'homme le plus brillant et celui qui montre le moins de signes d'excellence. Ce furent de remarquables conversations jusqu'à environ dix heures du soir. Puis chez moi et chez sir William Batten où j'apprends que sir Thomas Hervey entend déloger Mr Turner de chez lui et y venir habiter lui-même, ce qui sera très rude pour eux. Et, bien que je n'aime pas cet homme, je le plains à cause de sa famille. Chez moi, puis, au lit.
* bulliescenterblog.net à suivre.........
16 février 1665
Levé et
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire