mercredi 8 mai 2013

Un anarchiste Joseph Conrad 2 ( nouvelle Angleterre



barcelone
                                                     Un anarchiste
                                                                             ( suite 2 )

            C'est en ses termes que le digne régisseur du domaine de Maranon me raconta l'arrivée du supposé anarchiste. Il voulait le tenir ( au nom des intérêts de la Compagnie ) et le  répandaient l'histoire dans toute la ville quand ils partaient en congé. Ils ne savaient pas ce que c'est un anarchiste, pas plus qu'ils ne connaissaient Barcelone. Ils l'appelaient : " Anarchisto de Barcelona ", comme si c'était un nom et son prénom.Mais les gens de la ville qui avaient lu dans les journaux les exploits des anarchistes européens, se montraient for émus. L'adjonction de " Barcelona " faisait glousser de rire Mr Harry Gee de satisfaction.
            - C'est une espèce particulièrement meurtrière, hein ? Tous les propriétaires de scieries craignent d'autant plus d'avoir affaire à lui, comprenez-vous ? exultait-il sans fard. Je le tiens mieux avec ce nom-là que si je le tenais enchaîné par la jambe au pont de mon canot. Remarquez bien, d'ailleurs, ajoutait-il après un instant de silence, qu'il ne proteste pas. Je ne le calomnie en rien. De toute façon, d'une espèce ou d'une autre, c'est un forçat.
            - Je suppose cependant que vous lui donnez un salaire ? demandai-je.
            - Un salaire ! Qu'a-t-il besoin d'argent ici ? Il trouve à manger dans ma cuisine et des vêtements au magasin. Bien sûr, je lui donnerai quelque chose à la fin de l'année, mais vous ne croyez pas que je vais employer un forçat et lui donner les mêmes gages qu'à un honnête homme ? Je regarde avant tout aux intérêts de la Compagnie.
            Je reconnus qu'à une compagnie qui dépensait 50000 livres par an en publicité, la plus stricte économie s'imposait, évidemment. Le régisseur de l'estancia Maranon poussa un grognement approbateur.
            - Et puis écoutez, reprit-il, si j'étais certain que ce fût un anarchiste et qu'il eût le toupet de me réclamer de l'argent, je lui enverrais le bout de ma botte quelque part. Je lui accorde le bénéfice du doute. Je veux bien admettre qu'il se soit contenté de planter son couteau dans un dos quelconque, avec circonstances atténuantes, à la française, vous savez. Mais cette farce sanguinaire et subversive qui voudrait se défaire de toutes les lois et de l'ordre du monde, ça me fait bouillir le sang. C'est couper l'herbe sous le pied à tous les travailleurs honnêtes et respectables. Je vous dis qu'il faut protéger la conscience chez les gens qui en possèdent, comme vous et moi, sans quoi la première fripouille venue vaudrait autant que moi à tous égards. Jugez un peu, quelle absurdité !
            Il me regarda d'un oeil indigné. Je fis un petit signe de tête et murmurai qu'il y avait certainement beaucoup de vérité subtile dans cette façon de voir.

            La première vérité que l'on pouvait découvrir dans les idées de Paul le mécanicien, c'est qu'un détail futile suffit à causer la ruine d'un malheureux.
            - Il n'en faut pas beaucoup pour perdre un homme, me dit-il un soir d'un ton pensif.
            Je rapporte cette réflexion en français, car le pauvre garçon venait de Paris et pas du tout de Barcelone. Au Maranon il vivait à l'écart de la ferme, dans un petit appentis à toit de tôle et parois de paille qu'il appelait " mon atelier ". On y avait placé un établi, plusieurs couvertures de cheval et une selle, non qu'il eût jamais l'occasion de monter à cheval, mais parce que les employés de l'établissement qui étaient tous vaqueros, bouviers, ne connaissaient pas d'autre literie. Et comme un fils des plaines il dormait sur ce harnais de cavalier, couché au milieu de ses outils, entourée de ferraille rouillée, une forge portative sous l'établi qui retenait sa moustiquaire crasseuse. De temps à autre je lui apportais quelques bouts de chandelle arrachés à la maigre provision du régisseur. Il m'était très reconnaissant de ce cadeau, il n'aimait pas rester éveillé dans l'ombre. Il se plaignait d'insomnie
            - Le sommeil me fuit, déplorait-il avec l'habituel accent de stoïcisme résigné qui le rendait sympathique et touchant. Je lui avais fait comprendre que je n'attachais pas une importance excessive à sa condition d'ancien forçat.
            C'est ce qui l'amena un soir à me parler de lui-même. Comme un des bouts de chandelle placé sur l'établi menaçait de s'éteindre, il en alluma vivement un autre.
            Il avait fait son service militaire dans une garnison de province avant de retourner à Paris pour exercer son métier. C'était un travail bien payé. Il me conta avec orgueil qu'il était arrivé en peu de temps à se faire ses dix francs par jour. Il songeait à s'établir bientôt à son compte et à se marier.
            Là il poussa un profond soupir et se tut un instant. Puis avec un regain de stoïcisme :
            - Il faut croire que je ne me connaissais pas assez.
            Le jour de ses vingt-cinq ans deux camarades de l'atelier où il travaillait lui offrirent à dîner. Il fut profondément touché de cette attention.
            - J'étais un homme sérieux, m'expliqua-t-il, mais j'aimais autant la société qu'un autre.
            La fête projetée eut lieu dans un petit café du boulevard de la Chapelle. On but du vin cacheté, du vin excellent. Tout était excellent et le monde, selon son expression, semblait un endroit où il faisait bon vivre. Il avait un bel avenir, un peu d'argent de côté, et l'affection de deux excellents amis. Il offrit de payer toutes les consommations, après le dîner, ce qui était la moindre des politesses.
            Ils burent du vin, puis des liqueurs, du cognac, de la bière, des liqueurs encore, et encore du cognac. Deux étrangers assis à la table voisine le regardaient avec tant de cordialité, me dit-il, qu'il les invita à se joindre à leur groupe.
            De sa vie il n'avait tant bu. Il se trouvait rempli d'un enthousiasme sans borne et si délicieux, et que dès qu'il le sentait mollir il se dépêchait de commander de nouvelles consommations.
            - Il me semblait, disait-il de son ton paisible, en regardant à ses pieds dans le triste local plein d'ombre, il me semblait que j'allais atteindre un grand, un prodigieux bonheur. Un dernier verre, me semblait-il, et j'y serais. Les autres me soutenaient, bravement, verre pour verre.
            Puis il se passa quelque chose d'extraordinaire. Sur un mot des étrangers son exaltation tomba. Des pensées lugubres, des idées noires, se pressaient dans sa tête. Le monde à l'extérieur du café lui faisait l'effet d'un lieu sinistre et méchant, où une multitude de pauvres diables devaient travailler en esclaves, pour permettre à quelques individus de se pavaner dans des équipages, et de mener dans des palais une vie d'orgies. Il eut honte de son bonheur. La grande pitié de l'humanité douloureuse lui tordait le coeur. Il tenta, d'une voix étranglée par l'affliction d'exprimer ses sentiments. Il pleurait et jurait tour à tour.
            Les deux nouveaux venus se hâtèrent d'applaudir à son indignation humaine. Oui, la somme d'injustices du monde était scandaleuse. Il n'y avait qu'une façon de traiter une société pourrie. Il fallait démolir toute cette " sacrée boutique ", faire sauter ce monde d'iniquités.
            Leurs têtes se rapprochaient par-dessus la table. Ils lui soufflaient à l'oreille des paroles enflammées, sans s'attendre sans doute à l'effet de leur éloquence. Il était extrêmement ivre, fou d'ivresse. Tout à coup, avec un cri de rage, il bondit sur la table. Renversant à coups de pieds verres et bouteilles, il clama : " Vive l'anarchie ! Mort aux capitalistes ! " Il poussa ce cri à diverses reprises. Autour de lui les verres se brisaient, les chaises volaient, les gens se sautaient à la gorge. La police fit irruption. Il cogna, mordit, griffa, lutta jusqu'au moment où il reçut un coup violent sur la tête.
            Il revint à lui dans une cellule, emprisonné sous l'inculpation de voies de faits, de cris séditieux et de propagande anarchiste.
            Il fixait sur moi le regard de ses yeux liquides et brillants, qui semblaient très grands dans la pénombre.
            - Mauvaise affaire, fit-il lentement, mais j'aurais peut-être encore pu m'en tirer.
            J'en doute. En tout cas ses chances furent compromises par un jeune avocat socialiste qui s'offrit bénévolement à le défendre. Il eut beau affirmer qu'il n'était pas anarchiste, qu'il était un brave ouvrier paisible, uniquement soucieux de faire ses dix heures de travail quotidien, on le présenta au tribunal comme une victime de la société. On interpréta ses clameurs d'ivrogne comme l'expression d'une souffrance infinie. Le jeune avocat avait son chemin à faire, et cette affaire était exactement ce qu'il lui fallait pour démarrer. Sa plaidoirie fut fort admirée.
            Le pauvre garçon se tut, avala sa salive et conclut :
            - J'ai eu la peine maximale pour un premier délit.
            Je fis entendre un murmure apitoyé. Il pencha la tête et croisa les bras :
            - Quand on me relâcha, reprit-il doucement, je retournai naturellement à mon ancien atelier. Mon patron avait toujours eu de la sympathie pour moi mais, du plus loin qu'il me vit, il verdit de terreur, et me montra la porte d'une main tremblante.
            Tandis qu'il se tenait dans la rue, inquiet et déconfit, il fut abordé par un homme d'un certain âge, qui se présenta comme étant lui aussi mécanicien ajusteur.
            - Je te connais,dit-il, j'ai assisté à ton procès. Tu es un bon camarade et tu as des idées saines. Le diable, c'est que tu ne trouveras plus de travail nulle part, maintenant. Ces bourgeois vont conspirer pour te faire crever de faim. C'est comme ça qu'ils sont. Pas de pitié à attendre des riches.
            D'entendre ces paroles amicales en pleine rue le réconforta. Il était sûrement de ces êtres qui ont besoin d'appui de sympathie. L'idée de se retrouver sans travail l'avait complètement démoralisé. Si son patron qui le connaissait pour un ouvrier paisible, rangé et habile, ne voulait plus entendre parler de lui, personne d'autre ne l'emploierait, sûrement. C'était bien clair. La police qui le tenait à l'oeil s'empresserait de prévenir tous les patrons qui pourraient être tentés de lui donner de l'ouvrage. Désemparé, tout à coup; inquiet et oisif, il suivit l'homme dans un estaminet du coin, où il trouva d'autres bons compagnons. On lui affirma qu'on ne le laissera pas jeûner, avec ou sans travail. On but à la ronde, à la ruine de tous les exploiteurs du travail et à la destruction de la société.
            Il se mordait la lèvre.
            - Voilà comment je suis devenu " compagnon ", Monsieur, fit-il en passant sur son front une main tremblante. Tout de même il faut qu'il y ait quelque chose de mauvais dans un monde où un type peut être perdu pour un verre de trop.
            Il ne levait pas les yeux mais je voyais qu'il commençait à s'animer malgré sa tristesse. Il frappa l'établi de sa main ouverte.    
            - Non, cria-t-il, c'était une existence impossible. Surveillé par la police, surveillé par les camarades, je ne m'appartenais plus, je ne pouvais plus aller retirer quelques francs sur mes économies sans trouver un camarade rôdant près de la porte pour voir si je n'allais pas prendre la poudre d'escampette ! Et la plupart d'entre eux n'étaient ni plus ni moins que des cambrioleurs. Les plus intelligents en tous les cas. Ils volaient les riches. Ils ne faisaient que reprendre leur dû, proclamaient-ils. Quand j'avais bu, je les croyais. Il y avait aussi des imbéciles et des fous. Des exaltés, quoi ! Quand j'étais saoul je les aimais, et si je buvais davantage j'entrais en fureur contre le monde. C'étaient les meilleurs moments. La rage devenait un refuge contre la misère. Mais on ne peut pas toujours être saoul, n'est-ce pas Monsieur ? Et quand j'avais retrouvé ma tête je n'osais pas m'échapper. Ils m'auraient saigné comme un cochon.
            Il croisa de nouveau les bras et leva son menton osseux avec un sourire amer.
            - Un jour on me dit qu'il était temps de me mettre à l'ouvrage. L'ouvrage, c'était le sac d'une banque. L'affaire faite on jetterait une bombe pour démolir l'immeuble. Mon rôle de débutant serait de faire le guet dans une rue de derrière, et de veiller sur un sac noir contenant la bombe, jusqu'à ce qu'on en eût besoin. Après la réunion où l'affaire avait été arrangée, un camarade de confiance ne me lâcha plus d'une semelle. Je n'avais pas osé protester. J'avais peur de me faire estourbir en douce dans la pièce. Seulement en marchant à côté du compagnon, je me demandais si je ne ferais pas mieux de me jeter tout à coup dans la Seine. Mais, le temps de retourner cette idée dans ma tête, nous avions passé le pont, et l'occasion ne se retrouva plus.
            Dans la lueur du bout de chandelle, avec ses traits osseux, sa petite moustache et son visage ovale, il manifestait tout à coup une jeunesse fragile et gaie, et la vieillesse d'un être décrépit, douloureux, aux bras serrés sur la poitrine.
            - Eh bien ? Comment cela a-t-il fini ?



                                                                             - Par la............ ( à suivre in 3 )

                                                                                                         Conrad

dimanche 5 mai 2013

M'ennuie fort j'oserai le dire Pierre de Vic Troubadour ( poésie )






                                                      M'ennuie fort
                                                                             j'oserai le dire


            M'ennuie fort j'oserai le dire, bavard qui sert un parvenu
            homme qui aime trop tuer, m'ennuie et cheval qui tire,
            je n'aime pas que Dieu m'aide, un jeune qui montre écu,
            qui n'a jamais reçu de coup, ni chapelain, ni moine barbu,
                        ni lausengier au bec pointu

            Je tiens dame pour ennuyeuse, quand elle est pauvre et orgueilleuse,
            mari qui aime trop son épouse même si c'est une dame de Toulouse,
            je n'aime pas un chevalier, loin de son pays insolent,
            quand chez lui il ne sert à rien qu'à piler dans le mortier,
                          poivre ou rester près du foyer

            M'ennuie particulièrement, homme lâche portant bannière,
                          mauvais autour pour chasser les oiseaux,
            peu de viande dans un grand chaudron, et m'ennuie par saint Martin
            trop d'eau dans trop peu de vin, rencontrer un boiteux le matin,
            m'ennuie et un aveugle aussi, je ne les aime pas en chemin

            M'ennuie une longue attente, la viande mal cuite et dure,
            prêtre qui ment ou se parjure et vieille putain qui trop dure
            et m'ennuie, par saint Delmas, homme vil en trop grand confort,
            courir quad la route est gelée, et fuir sur un cheval armé
                         m'ennuie, et qu'on dise mal du jeu

            Et m'ennuie, par la vie éternelle, manger sans feu au fort de l'hiver,
            ou coucher à la veillée dans le vent, qui m'apporte odeur de taverne,
            et m'ennuie, et vraiment je déteste, qu'un laveur de plats courtise,
            je n'aime pas un mari sauvage quand je lui vois femme belle,
                          ni celui qui ne me donne ni n'offre

            M'ennuie, par saint Sauveur, en bonne cour mauvais violoneux,
            peu de terre entre trop de frères, et pour bon jeu mauvais prêteur,
            et m'ennuie, par saint Marcel; deux fourrures sur un seul manteau,
            trop d'invités dans un château, homme riche qui fait peu de fêtes
                          en tournoi  javelots et flèches
         
            M'ennuie que Dieu m'aide, longue table à nappe courte,
            mains sales pour couper la viande, haubert lourd à mailles mauvaises,
            il m'ennuie de rester au port en mauvais temps et forte pluie,
            entre amis un désaccord m'ennuie, c'est pire que la mort,
                         surtout s'ils ont également tort

            Je vous dirai que je déteste, vieille putain qui s'habille trop
            qui méprise une pauvre fille, jeune homme qui s'admire les jambes,
            et m'ennuie, par saint Avon, dame grasse à maigre cou,      
            et seigneur qui tond ses serfs, ne pouvoir dormir quand j'ai sommeil
                         je ne sais pire ennui au monde
                                                                              
            Il y a d'autres choses qui m'ennuient, chevaucher sans cape pour la pluie,
            trouver près de mon cheval une truie qui, sa mangeoire lui vide,
            et m'ennuie, et je ne trouve pas bon, selle qui tombe à l'arçon,,
            une boucle sans ardillon, homme mauvais en sa maison,
                          qui ne fait et ne dit que du mal.


                                                                                                    
                                                                                      Moine de Montaudon                      
                                                                                              troubadour  XIIIè sc

                                                        Be m'enueia
                                                                            so auzes dire

            Be m'enueia so auzes dire. hom parliers qu'es d'avol servire. et hom
            que vol trop autr'aucire. m'enueia e cavalh que tire. el enueia-m si
            Dieus m'aiut. joves homs qan trop port'escut. que negun colp no y a
            avut. cap-ellan et monge barbu. et lauzengier bec esmolut.


            E tenc domna per enueioza. qant es paupra et ergulhoza. e marit
            qu'ama trop s'espoza. neys s'era dona de Toloza. et enueia-m de
            cavalier. fors de son pays ufanier. quant en lo seu non a mestier. mes
            sol de pizar el mortier. pebre o d'estar al foguier.

            Et enuia-m de fort maneira. hom volpilhs que porta baneyra. et avols
            austors en ribeira. e pauca carns en gran caudeyra. et enueia-m per
            sanh Marti. trop d'aigua en petit de vi. e quan truep escassier mati.
            m'enueia e d'orp atressi. quar no m'azaut de lor cami.

            Enueia-m longua tempradura. e carns quant es mal cuech'e dura. e
            prestre qui ment ni-s perjura. e vielha puta que trop dura. et enueia-
            m per san Dalmatz. avols hom en trop gran solatz. e corre quant per
            vi'a glatz. et fugir ab cavalh armatz. m'enueia e maldur de datz.

            Et enueia-m per vit'eterna. manjar ses fuec quant fort hiverna. e jaser
            a veill'ab galerna. quan m'en ven flairor de taverna. et enueia-m e
            m'es trop fer. quan sel que lav'olla enquer. et enueia-m de marit fer.
            quanieu li vey belha molher. et qui no-m dona ni-m profer.

            E enueia-m per Sant Salvaire. en bona cort avols viulaire. et a pauca
            terra trop fraire. et a bonjoc paupre prestaire. et a enuia-m per sant
            Marcelh. doas penas en un mantelh. et trop parier en un castelh. e
            ricx hom ab pauc de revelh. et en torney dart e cairelh.

            Et enueia-m si Dieus mi valha. longua taula ab breu toalha. et hom
            qu'ap mas ronhozas talha. et ausbercs pezans d'avol malha. et
            enueia-m estar a port. quan trop fa greu temps e plou fort. et entre
            amics dezacort. m'enueia-m e-m fai piegz de mort. quan say que
            tenson a lur tort.
      
            E dirai vos que fort me tira. vielha gazal can trop s'atira. e paupra
            soudadeir'aïra. e donzelh que sas cambas mira. et enueia-m per sant
            Aon. dona grassa ab magre con. e senhoratz que trop mal ton. que no
            pot dormir quant a son. major enueg no sai el mon.

            Enquar hi a mais que m'enueia, cavalcar ses capa de plueia. e quan
            truep ab mon caval trueia. que sa manjadoira li vueia. et enueia-m e
            no-m sap bo. de selha quan croll'a l'arso. e fivelha ses ardalho.e
            malvatz hom dins sa maiso. que no fa ni dotz si mal no.
    
      
 

                                                                                         Moine de Montaudon,
                                                                           né Pierre de Vic,
                                                                  nom du château en terre d'Auvergne.


           

vendredi 3 mai 2013

LiverFool Gihef et Vanders ( bande dessinée France )



                                             LiverFool
                                                              l'histoire * vraie * du
                                                                                Premier Manager
                                                              des Beatles


            C'était au temps où Liverpool était le lieu où... des groupes de rock prenaient leur essor... où la musique anglaise s'installait dans les bars et les jeunes glorifiaient le " Merseyboat ", où un certain Allan Williams, plombier dans une première vie devient gérant de bar et accueille des musiciens, puis accepte après certaine réticence quatre garçons en mal de batteur qui feront leur chemin à partir du Jacaranda. Allan Williams conte des souvenirs aigres-doux, premier manager il dit "... Jouer devant des lycéens tellement imbibés de bière qu'ils sont capables de prendre le bruit d'une pétrolette pour Blue Suède Shoes ça va un temps... " Mais les Quarrymen  ( leur premier nom ) sont têtus, ont de l'allant, ils poursuivent leur manager provisoire, veulent jouer dans d'autres boîtes, ils acceptent une offre de Hambourg très amateur de cette musique pleine de bruit venue de Grande-Bretagne. Si leur premier voyage fut épique tant leurs moyens étaient réduits, les fabfour ont inspirés confiance, connu le succès, et alors "... que pouvais-je encore leur apporter qui justifiait 10% de commission... " Brian Epstein sera celui qui lance la carrière des Beatles. Le dessin en noir et blanc accompagne les brumes britanniques, notamment lors de l'enterrement de l'un des leurs à 21 ans, ou aucun d'eux n'était présent, images très noires. Traits rudes, déformés parfois, un texte simple pour ce résumé du départ du groupe qui connut la gloire sitôt leur coiffure à frange copiée.

lundi 29 avril 2013

Un Anarchiste Joseph Conrad 1 ( nouvelle Angleterre )


                                        
joseph conrad

                                                       Un anarchiste
                                                                               conte enragé


            Cette année-là je passai les deux plus beaux mois de la saison sèche sur l'un des domaines,  sur le principal domaine d'élevage devrais-je dire, d'une célèbre société de fabrication d'extrait de viande.
            B.O.S. B.O.S.Vous avez lu les trois lettres magiques sur les pages de réclame des journaux et des revues,  à la devanture des marchands de comestibles et dans les calendriers de l'année à venir que la poste vous apporte au mois de novembre. Ils diffusent aussi des brochures rédigées en plusieurs langues, en un style d'un enthousiasme nauséeux,  dont les statistiques de massacre et de sang auraient de quoi faire pâlir un Turc. L'oeuvre d'art destine à illustrer cette littérature représente en couleurs brutales et luisantes un énorme taureau noir qui piétine furieusement un serpent jaune convulse d'agonie dans une herbe vert émeraude,  le tout se détachant sur un ciel de cobalt. C'est atroce et allégorique.  Le serpent symbolise la maladie,  la faiblesse,  peut-être simplement la faim, cette maladie chronique de la plus grande partie de l'humanité.  Naturellement tout le monde connaît la B.O.S.Co Ltd, avec ses produits sans rivaux,  Vinibos, Jellybos, et la suprême,  l'inégalable perfection, le Tribos, dont les vertus nutritives vous sont offertes sous une forme non seulement hautement concentrée, mais déjà à moitié digérée.  Tel est apparemment l'amour que la Compagnie Limited porte à ses contemporains,  amour pareil à celui des père et mère pingouins pour leurs rejetons affamés.
            Évidemment il faut bien employer de façon productive les capitaux d'un pays, et je n'ai rien à dire contre la Compagnie. Mais, étant moi-même animé de sentiments d'affection pour mes frères en humanité,  je suis attristé par le système de publicité moderne. Malgré tout ce qu'il peut attester d'énergie,  d'ingéniosité,  de trouvailles et d'impudence chez certains individus,  il trahit surtout, à mon sens, la triste prédominance de cette forme de dégradation mentale qui s' appelle crédulité.
            J'ai dû en maintes régions du monde, civilisées ou non, avaler du B.O.S. avec plus ou moins de profit pour moi-même,  mais toujours sans grand plaisir.  Dissous dans de l'eau chaude et abondamment poivré pour en faire ressortir le goût,  cet extrait n'est pas absolument imbuvable.  Mais je n'ai jamais pu avaler sa réclame. Peut-être ont-ils manqué d'audace.  Autant que je m'en souvienne, ils ne promettent pas une jeunesse éternelle à ceux qui font usage du B.O.S., et n'ont pas encore attribué à leur estimable produit le pouvoir de ressusciter les morts. Pourquoi cette réserve austère,  je me le demande.  Je ne crois d'ailleurs pas qu' ils m'auraient eu,même à ce prix. Quelle que soit la forme de dégradation humaine dont je puisse, étant humain moi-même,  souffrir ce n'est pas de la forme populaire. Je ne suis pas gobeur.
            Je me suis appliqué à souligner ce point me concernant en vue du récit qui va suivre.  J'en ai, dans la mesure du possible,  contrôlé les données.  J'ai consulté des collections de journaux français,  et j'ai interrogé,  lorsque le hasard de mes voyages m'amena à Cayenne,  l'officier qui commande la garde militaire de l'île Royale.  Je crois l'histoire vrais,  au fond. Ce n'est pas, me semble-t-il , le genre d'histoire qu' un homme invente sur son propre compte,  car elle n'est ni grandiose ni glorieuse,  ni assez drôle non plus pour flatter une vanité pervertie.
            Elle a trait au mécanicien d'un petit vapeur appartenant à la Compagnie B.O.S. Ltd., dans son domaine de Maranon. Ce parc à bestiaux est aussi une île,  une île grande comme une petite province,  située dans l'estuaire d'un grand fleuve de l'Amérique du Sud. Elle est sauvage et sans beauté,  mais l'herbe qui pousse sur ses plaines basses paraît douée de qualités nutritives et aromatiques exceptionnelles.  Elle retentit des beuglements des troupeaux innombrables,  un bruit sourd et déchirant qui monte sous le. Vaste ciel comme une protestation formidable de prisonniers condamnés à mort. Sur la terre ferme,  par-delà vingt milles d'eau boueuse et décoloré e, dort une ville que nous appellerons, si vous voulez, Horta.
            Le trait le plus intéressant de cette île,  qui fait l'effet d'une sorte de pénitencier pour animaux,  c'est qu' elle est le seul habitat connu d'un papillon rarissime et somptueux.  L'espèce en est même plus rare que belle,  ce qui n'est pas peu dire. J'ai déjà fait allusion à mes voyages. Je voyageais à cette époque,  mais strictement pour moi, et avec une modération inconnue de nos jours où l'on peut prendre un billet pour faire le tour du monde. Je voyageais même avec un but. En fait, je suis, " Ha! Ha , un enragé tueur de papillons,  ha ! ha! Ha! ".
            C'est en ces termes et sur ce ton que Mr Harry Gee, régisseur du domaine parlait de mes travaux.  J'incarnais pour lui la plus parfaite absurdité du monde, alors qu' à ses yeux la Compagnie B.O.S. Ltd représentait au contraire le summum des. réalisations du XIX e siècle.  Je crois qu' il gardait ses guêtres et ses éperons pour dormir. Ses journées en selle,galopant à travers plaines,  suivi d'une escorte de cavaliers à demi sauvages qui l'appelaient Don Enrique et ne se faisait pas une idée bien nette de la Compagnie B.O.S.Ltd qui payait leurs gages. C'était un excellent  régisseur,  bien que je ne m'explique pas pourquoi il s' obstinait, quand nous nous retrouvions aux repas, à me donner de grandes tapes dans le dos, en me demandant d'une voix forte et moqueuse :
            - Alors grand Chasseur,  encore un carnage aujourd'hui ? Une hécatombe de papillons.? Ha, ha, ha !
            D'autant moins qu' il me facturait deux dollars par jour l'hospitalité de la B.O.S. Co Ltd, au capital de 1 500 000 livres sterling, entièrement versé,  dont le bilan pour cette année-là doit sans doute faire état de ces versements.
            - Je ne crois pas, en toute justice pour la Compagnie,  pouvoir vous demander moins, m'avait-il expliqué avec une gravité extrême,  en réglant avec moi les conditions de mon séjour dan l''île.
            Ces bouffonneries auraient été assez inoffensives s' il n'y avait toujours quelque chose de détestable dans une intimité qui ne comporte aucun sentiment amical.  Et puis ses plaisanteries n'étaient pas des plus amusantes.  Elles consistaient en une répétition lassante et soulignées d'éclats de rire des épithètes descriptives appliquées à ses victimes. " Enragé tueur de papillons ! Ha, ha, ha ", voilà un échantillon de cet esprit que lui en tout cas prisait fort. Et c'est. avec le même humour qu'il attira mon attention sur le mécanicien du vapeur,  un jour que nous arpentions le sentier qui longe la baie.
            La tête et les épaules de l'homme émergeaient au-dessus du pont où gisaient divers outils et quelques pièces de mécanique. Il effectuait une réparation sur les machines.  Au bruit de nos pas il leva avec inquiétude un visage encrasse au menton pointu et à la petite moustache blonde. Ce que je distinguai de ses traits délicats sous les zébrures noires, m'apparut livide et épuisé,  dans l'ombre verdâtre de l'arbre énorme qui étendait son feuillage au-dessus du bateau amarré à la berge.
            A ma grande surprise Harry Gee interpella le mécanicien en l'appelant " Crocodile ", avec ce ton mi moqueur, mi brutal qui traduit une parfaite suffisance chez les gens de sa charmante espèce.
            - Comment va le travail aujourd'hui,  Crocodile ?
            J'aurais dû vous dire déjà que l'aimable Harry Gee avait appris un peu de français,  dans une colonie quelconque,  et qu' il prononçait cette langue avec une précision forcée très déplaisante,  comme s' il voulait s' en moquer. L'homme du bateau lui répondit aussitôt d'une voix agréable.  Ses yeux avaient une douceur liquide et ses dents luisaient d'un éclat extraordinaire entre ses lèvres minces et flétries. Le régisseur se tourna vers moi pour m'expliquer d'un ton jovial et bruyant.
            - Je l'appelle Crocodile parce qu' il vit à moitié dans l'eau, à moitié sur terre.  Un amphibie,  quoi ! Il n'y a pas d'autres amphibies sur l'île que les crocodiles,  alors il faut qu' il appartienne à cette espèce-là,  hein ? En réalité,  ce n'est rien moins qu' un citoyen anarchiste de Barcelone !
           - Un citoyen anarchiste de Barcelone?  répétai-je stupidement observant l'homme qui s' était remis à l'ouvrage et se penchait sur la machine en nous tournant le dos. Je l'entendis protester à voix très intelligible,  sans changer de position
            - Je ne sais même pas l'espagnol.
            - Hein ? Comment ? Vous osez nier que vous venez de là-bas ? se récria brutalement le régisseur modèle.
            - Sur quoi l'homme se redressa, laissa choir une clé anglaise dont il venait de se servir, et nous regarda. Il tremblait de tous ses membres.
            - Je ne nie rien, rien, rien du tout, fit-il excédé.
            Et ramassant son outil, il se remit au travail sans prêter plus d'attention à notre présence.  Après l'avoir regardé une ou deux minutes nous nous éloignâmes.
            - Est-ce vraiment un anarchiste ? demandai-je une fois hors de portée.
            - Je m'en fiche comme de l'an quarante,  répondit le jovial employé de la B.O.S. Je lui ai donné ce nom-là parce qu' il me convenait de le désigner ainsi. C'est l'intérêt de la Compagnie.
            - De la Compagnie ? m'écriai-je en m'arrêtant net.
            - Aha ! triompha-t-il, en levant son museau glabre de roquet et en écartant ses grandes jambes maigres.  Ça vous épate ? Je me crois tenu à faire de mon mieux pour la Compagnie,  qui a d'énormes frais. Tenez, notre représentant de Horta me dit qu'on dépense 50000 livres pour faire de la publicité dans le monde entier. Il ne faut pas lésiner sur le tape-à-l'oeil ! Eh bien, écoutez.  Quand je suis arrivé ici il n'y avait pas de canot à vapeur,  j'en ai réclamé un tout de suite et n'ai pas cessé par chaque courrier de réclamer jusqu'à ce que je l'obtienne. Seulement le bonhomme qu' on avait envoyé avec nous a lâches au bout de deux mois en laissant son bateau amarré au ponton de Horta. Il avait trouvé un poste plus avantageux dans une scierie du fleuve, le sagouin ! Et depuis ce temps-là c'est toujours la même histoire.  Par ici, le moindre vagabond écossais ou yankee qui s' intitule mécanicien vous demande dix-huit livres par mois, et à peine avez-vous eu le temps de vous retourner qu'il décampe, après avoir démoli quelque chose en général.  Je vous donne ma parole que certains des animaux que j'ai eus comme mécaniciens ne distinguaient pas la chaudière de la cheminée.  Quant à celui-là il connaît son affaire, et je n'ai pas envie de le laisser filer, comprenez-vous ?
            Il me donna un petit coup sur la poitrine pour accentuer l'effet de ses paroles.  Sans m'arrêter à cette familiarité je lui demandai ce que venait faire là-dedans la profession d'anarchiste de cet homme.
            - Tiens, ricana le régisseur.  Si vous voyez un beau jour un va-nu -pieds en loques se cacher dans les fourrés du côté de la mer, et en même temps à moins d'un mille de la côte,  une petite goélette filer à toutes voiles, vous ne croiriez pas le gars tombé du ciel, n'est-ce pas ? Et il ne pourrait venir que du ciel ou de Cayenne.  Moi, j'ai l'esprit vif. Dès que j'ai vu ce drôle de gibier je me suis dit : " Un forçat évadé ! " J'en étais aussi certain que de vous voir là devant moi, en ce moment. Je poussai mon cheval droit sur lui. Il a fait face un moment, perché sur un monticule de sable, en criant:
            - Monsieur, Monsieur, arrêtez !
            Puis à la dernière minute il a flanché et pris ses jambes à son cou. Je me suis dit : " Toi, je te materai avant de te lâcher ! " Et sans un mot je continuai la poursuite en le rabattant de droite à gauche. Je finis par le ramener à la côte et par l'acculer sur une petite langue de terre.  Les talons dans l'eau, il n'avait derrière lui que le ciel et la mer, et devant, à moins d'un mètre,  mon cheval qui s' ébrouait et piétinait le sable.
        *    Il croisa les bras sur la poitrine,  et leva le menton d'un geste d'enragé. Je n'allais pas me laisser impressionner par ces façons de mendigot.
            - Vous êtes un forçat échappé ? lui dis-je.
            En entendant parler français son menton tomba et il changea de figure.
            - Je ne nie rien, répondit-il, encore tout haletant, car je l'avais fait gambader joliment vite devant mon cheval.  Je lui demandai ce qu' il faisait là.  Il avait retrouvé le souffle et m'expliqua qu' il voulait gagner une ferme du voisinage,  dont probablement les gens de la goélette avait parlé. Je me mis à rire, ce qui l'inquiéta. L'aurait-on trompé ? N'y avait-il pas de ferme à portée de marche ?
            Je riais de plus en plus fort. Je riais de plus en plus fort et le premier troupeau croisé en route l'aurait réduit en charpie à coups de sabots. Un homme surpris à pied dans les pâturages n'a pas l'ombre d'une chance de s'en tirer.
            - Vous devez certainement la vie à notre rencontre, lui dis-je et il répondit que c'était bien possible, bien qu'il eût plutôt cru d'abord que je voulais l'écraser sous les sabots de mon cheval. Je lui affirmai que rien n'aurait été plus facile, si j'en avais eu envie. Sur quoi notre entretien s'enlisa. Je ne pouvais imaginer ce que j'allais faire du forçat, à moins de le pousser à l'eau. Je m'avisai de lui demander ce qui l'avait fait déporter. Il pencha la tête : Voyons, insistai-je : cambriolage, assassinat, viol ou quoi ? Je voulais savoir ce qu'il allait trouver à raconter, tout en attendant bien sûr un mensonge, mais il se contenta de dire:
            - Imaginez ce qu'il vous plaira. Je ne nie rien. Ça ne sert à rien de nier.
             Je le regardai fixement et une idée me vint.
             - Il y a des anarchistes là-bas, dis-je. Peut-être que vous êtes des leurs ?
             - Je ne nie rien du tout, Monsieur, répéta-t-il.
             Cette réponse me fit douter qu'il fût réellement anarchiste. Je crois que ces sacrés toqués-là sont plutôt fiers d'eux-mêmes. S'il avait été anarchiste il l'aurait proclamé tout de suite.
            - Qu'est-ce que vous étiez avant d'être forçat ?
            - Ouvrier, répondit-il, et bon ouvrier encore !
            Là je me dis que c'était sûrement un anarchiste, après tout. C'est de cette classe qu'ils sortent presque tous, n'est-ce pas ? J'ai horreur de ces brutes lâches qui jettent des bombes. J'étais presque décidé à tourner bride et à laisser le bonhomme se noyer ou crever de faim, à son gré. Quant à traverser l'île pour venir m'embêter, les bêtes sauraient bien l'en empêcher. Je ne sais ce qui me poussa à lui demander / Quel espèce d'ouvrier ?
            Je me souciais comme d'une guigne qu'il réponde ou pas, mais quand je l'entendis répliquer
            - Mécanicien, Monsieur.
            Je faillis tomber de selle de saisissement. Le canot en panne dormait dans la baie depuis trois semaines. Mon devoir envers la Compagnie était bien clair. Il avait remarqué mon sursaut et nous restâmes une grande minute à nous regarder dans les yeux, comme ensorcelés.
            - Montez en croupe derrière moi, commandai-je. Vous allez remettre mon canot d'aplomb.


                                                                C'est en ces termes que ............./
* papillon hibou                                                                                                                    à suivre 



                                                          
      
          

samedi 20 avril 2013

Sinatra Anthony Summers & Robbyn Swan ( Biographie États-Unis )


Sinatra
                                              Sinatra
                                                           la vie

       
            La vie d'un homme qui à peine sorti de l'adolescence décida qu'il serait chanteur et rien d'autre. Ses parents immigrés italiens sont installés à Hoboken, dans le New Jersey. Cité, avant de devenir riche lieu de villégiature, pauvre, violente, partagée entre les irlandais et les siciliens. Marty Sinatra, presque illettré épouse Dolly petite femme maigre qui donnera naissance à un bébé de 6kg 100, du forceps il gardera les traces d'un tympan perforé, et des marques sur la joue, l'oreille et le côté gauche du cou.17 décembre 1915. Il deviendra ( Harry James... ) " ... ce petit chanteur maigrelet qui chante si bien... " Méticuleux jusqu'à l'excès, son articulation et son don musical, son instinct apporteront à la chanson populaire une dimension surprenante. Mais homme ombrageux, dispendieux, amoureux sans doute surtout d'Ava Gardner, " la demoiselle du sud " épouse préférée de sa mère, ils se déchirèrent.  Sa vie professionnelle n'aurait pas vraiment pris son essor sans l'intervention de Moretti, et de différents mafieux, tout au long de sa carrière. Imposé dans L'homme au bras d'or, Tant qu'il y aura des hommes... Les auteurs décrivent le rôle de la mafia dans les productions hollywoodiennes. Homme hyper actif, il est co-actionnaires dans différents casinos  à Las Végas, volontiers cogneur, il boit, fume, transporte des valises de dollars toujours pour la mafia, épisode raconté par Jerry Lewis, en politique, il apporte son soutien au parti démocrate, grand admirateur de JFK, pour qui il organise des séjours chez lui à Palm Springs. Violemment déçu  par son éviction en raison de ses trop nombreuses amitiés mafieuses, le père du président l'étant déjà largement.
Homme ouvert, il n'admet pas la ségrégation ni l'antisémitisme. Il créé le Rat Pack avec Sammy Davis Jr Dean Martin Shirley Mac Laine. Un monde à lui seul, il aimait et admirait les caïds. Quatre fois marié, père de famille, généreux il aidait sans compter, ses amitiés amoureuses très, très nombreuses portent les noms des plus belles comédiennes, de Marlène Dietricht à Marilyn Monroe proche aussi par leurs relations mafieuses, Ses admirateurs l'appelaient The Voice, Blue man eyes.Il aimait la cou:leur orange, portait une pochette orange sur sa veste de smoking. Il travailla, perdu parfois sur scène jusqu'à 80 ans. A sa mort, à Las Vegas où il donna tant de représentations  "... toutes les lumières du Strip s'éteignirent quelques minutes, la circulation s'arrête et des milliers de personnes se tiennent chandelles à la main... A NewYork la pointe de l'Empire State Building est à nouveau illuminée en bleu, à Hollywood le sommet de la tout des Capitol Records est drapé de noir... Beverly Hills, messe solennelle en présence du tout Hollywodd, Gregory Peck, Larry King, Jack Nicholson, Faye Dunaway, Bruce Sprinsteen... etc. " 12 mai 1998. Les auteurs enquêtèrent 4 ans, et donnent une imposante biographie des 60 ans de carrière du chanteur un moment idole, et d'une époque, notamment l'imbrication de la mafia dans l'épopée Kennedy.

vendredi 19 avril 2013

Anecdotes et Réflexions d'hier pour aujourd'hui 17 Samuel Pepys ( Angleterre journal )



                                                         Journal

                                                                                                                24 mars 1660

            Je travaillai dur toute la journée à écrire des lettres au Conseil d'Etat, etc... Aujourd'hui Mr Creed vint à bord et eut le front de dîner avec milord, mais il ne put pas coucher à notre bord.
            Le soir le capitaine Isham qui avait passé toute la nuit précédente à Gravesend vint et amena avec lui Mr Lucy ( une relation de Mrs Pearse qui m'avait emmené chez elle ). Je bus avec lui dans la cabine du capitaine, mais comme j'avais du travail je ne pus lui tenir compagnie. J'expédie aujourd'hui de nombreuses lettres à l'étranger aussi nous n'avons pu aller nous coucher que tard. Mr Shipley et Mr Howe ont soupé avec moi dans ma cabine. Eliezer, le domestique, a renversé un pot de bière sur mes papiers et m'a occasionné beaucoup de travail. Puis, au lit.


                                                                                                            25 mars

            Vers 2 heures du matin, des lettres sont arrivées de Londres par notre chaloupe. Ils me réveillèrent donc, mais je refusai de me lever et donnai l'ordre d'attendre le matin, ce qu'on fit. Je me levai alors et portai les lettres à milord qui les lut au lit. Entre autres il y avait la lettre et le mandat l'autorisant à choisir les représentants au Parlement pour les Cinque Ports. Il y avait également une lettre pour moi de Mr Blackborne qui, de sa propre main, avait ajouté dessus " à S.P. gentilhomme ", ce qui ne m'a pas rendu qu'un peu fier. Après quoi j'ai écrit une lettre au secrétaire du château de Douvres pour l'inviter à venir voir milord au sujet de l'envoi de ses lettres.
            Vers 10 heures Mr Ibbot, au bout de la grande table, commença à prier et à prêcher. En vérité il fit un très bon sermon sur le devoir de tout chrétien d'être solide dans sa foi.
 *           Après cela le capitaine Cuttance et moi mangeâmes des huîtres, cependant que milord restait dans sa cabine, bien décidé à ne pas bouger aujourd'hui. Après cela nous montâmes dans la chambre des officiers au-dessus pour dîner avec le capitaine. Le capitaine Isham et touts les officiers du navire étaient là. J'avais la préséance sur tous, excepté le capitaine. Après dîner j'écrivis un grand nombre de lettres à mes amis à Londres. Ensuite de quoi le sermon recommença, mais je dormis tout le temps, Dieu me pardonne !
            Après cela, comme il faisait une belle journée, je me suis promené sur le pont avec le capitaine et nous avons bavardé. Le soir j'ai soupé avec lui et ensuite j'ai reçu des ordres de milord sur quelque affaire à régler pour demain. J'ai donc veillé tard pour m'en acquitter. Puis, au lit.


                                                                                                                26 mars

            Aujourd'hui cela fait deux ans qu'il plut à Dieu que je fusse opéré de la pierre chez Mrs Turner dans Salisbury Court. J'ai résolu de commémorer ce jour tant que je vivrai, comme je l'ai fait l'an dernier chez moi, et de toujours inviter Mrs Turner et ses amis. Mais, pour le présent, il plaît à Dieu que je sois là où je suis et je ne peux le faire ouvertement. Je ne peux me réjouir et bénir Dieu que dans mon âme, ce que je fais car, que son saint nom soit béni, je n'ai jamais été en aussi bonne santé de ma vie qu'en ce moment.
            Ce matin je me suis levé de bonne heure et me suis occupé de dresser un état de toute la flotte et de faire la liste de tous les bateaux, avec leur contingent d'hommes et de canons. Une heure plus tard, nous avons eu une réunion des principaux commandants de bord et officiers de marine pour évaluer nos forces. Après cela, dîner. Il y avait beaucoup de commandants à bord. Tout l'après-midi milord m'a dicté de très nombreux ordres, jusqu'à ce que je sois très las.
            Le soir, Mr Shipley et William Howe vinrent m'apporter quelques bouteilles de vin et des victuailles dans ma cabine, où nous passâmes un joyeux moment, en commémoration du jour où on m'a enlevé ma pierre. Le capitaine Cuttance vint ensuite et resta à boire une bouteille de vin jusqu'à 11 heures du soir. C'est là une marque d'amitié qu'il n'accorde habituellement pas à l'officier le plus gradé du navire. Après cela, au lit


                                                                                                                 27 mars
            Levé de bonne heure pour dresser un nouvel état de la flotte pour envoyer au Conseil. Ce matin, le vent s'est levé et nous sommes entrés dans le Hope. En passant devant le vice-amiral lui et le reste des frégates qui l'accompagnent nous ont salué de nombreuses salves et nous leur avons rendu leur salut, à tel point que les déflagrations ont brisé toutes les fenêtres de ma cabine et ont arraché le barreau de fer placé devant l'écoutille afin d'empêcher quiconque de s'y glisser. Ce midi j'ai dîné, pour la première fois que je suis en mer, à la table de milord. Tout l'après-midi j'ai été très occupé à écrire des lettres et des ordres. Dans l'après-midi, sir Harry Wright vint à bord discuter de son élection au Parlement. Milord l'a amené voir ma cabine, tandis que j'étais plongé dans mon travail d'écritures. Le soir j'ai soupé en compagnie de milord avec le capitaine. Après cela je me suis remis au travail jusque tard dans la nuit. Puis, au lit.


                                                                                                                     28 mars

            Ce matin et toute la journée, beaucoup de travail, d'autant plus que Mr Burr s'est occupé toute la journée de ses propres affaires à Gravesend. Le soir, un gentilhomme très bien éduqué, du nom de Banes, qui se rendait à Flushing, et qui parlait très bien français et latin, fut amené à bord comme prisonnier sur ordre du capitaine Clarke, pour avoir crié, depuis le navire qui le transportait : " Où est votre roi ? Nous avons fait ce qu'il fallait faire : vive le Roy ! " *Il a avoué qu'il était Cavalier dans son coeur et que lui et toute sa famille avait combattu pour le roi, mais qu'il était ivre quand il avait crié, car il avait passé toute la nuit précédente en permission à Gravesend, et qu'il ne se rappelait pas ce qu'il avait dit. Mais ses paroles et son comportement montraient qu'il était gentilhomme. Milord le trouva sympathique; mais pensa qu'il n'était pas sûr de le relâcher. Il donna cependant des ordres pour qu'on le traite avec civilité. On le conduisit donc à la cabine du lieutenant de vaisseau, où on lui donna à souper. Entre-temps, j'écrivis une lettre au Conseil à son sujet et un ordre pour qu'on renvoie le navire sur lequel on l'avait pris. Mais, peu après , il envoya une lettre à milord, que milord trouva fort à son goût, si bien qu'il discuta avec moi du meilleur parti à prendre. De sorte que je dis un mot à milord, puis au capitaine, en faveur de relâcher ce gentilhomme et d'arrêter la lettre, ce qui fut fait. Je montai alors bavarder avec lui en latin et en français, et je bus une ou deux bouteilles de vin avec lui. Vers 11 heures du soir, il repartit sur son bateau, et Dieu le bénisse ! De là, à ma cabine et au lit. Aujourd'hui nous avons reçu la nouvelle selon laquelle Bernard et Pedley ont été élus à Huntingdon. Milord fur très fâché que ses amis aient été battus.


                                                                                                               29 mars

            Nous mouillons un peu au-dessus de Gravesend.
            Dans la soirée Mr Shipley est revenu de Londres et nous a donné les résultats de plusieurs élections pour le prochain Parlement. Il nous a rapporté qu'on refaisait une effigie du roi pour la remettre à la Bourse.
***            Ce soir on murmurait un peu partout que certains des capitaines du vice-amiral étaient mécontents et avaient l'intention de combattre contre l'amiral. Mais on a vite fait taire ces rumeurs. Le vice-amiral a formellement démenti la chose et a protesté de sa fidélité à l'amiral.
            Le soir Mr Shipley, William Howe et moi avons soupé dans ma cabine. Puis nous sommes montés dans la cabine du lieutenant de vaisseau où nous sommes restés bavarder. Puis, au lit.


                                                                                                                  30 mars

            Je fus salué au matin par deux lettres de personnes auxquelles j'avais fait une faveur, qui contenaient chacune une pièce d'or. Aujourd'hui, tandis que milord et moi étions en train de dîner, le Naseby se profila devant nous et vint finalement s'ancrer près de nous. Après dîner, milord et nombre d'autres montèrent à bord. Tout y était en désordre. Une nouvelle cheminée avait été installée pour milord dans sa chambre à coucher, et il en fut très content. Milord, par son discours, révéla qu'il était très attaché à ce bateau.


                                                                                                                  31 mars 1660

            Ce matin, le capitaine Jowles, commandant le Wexford, est venu à bord. C'est moi qui lui ai obtenu auprès de milord ce commandement, une fois la chose faite, il était entendu qu'il compléterait les 20 shillings qu'il m'avait donnés hier, à concurrence de 5 livres. Je lui fis donc signer un billet selon lequel il me doit 4 livres et j'envoyai mon domestique avec lui à Gravesend. Il lui donna 4 livres pour moi et le garçon lui remit discrètement le billet. Ce matin Mr Hill, qui habite dans Axe Yard, est venu à bord avec le vice-amiral. Je lui ai donné une bouteille de vin. Cela me fait extrêmement plaisir d'être en mesure d'honorer mes amis. De nombreux ordres à écrire tout l'après-midi. Le soir Mr Shipley, Mr Howe, Mr Ibbot et moi avons soupé ensemble dans ma cabine.


                                                                                                ............/     1er Avril 1660



*    van loo
**   en français
*** l'angleterre au xvii sc











lundi 15 avril 2013

Sainte Lucie Jacques de Voragine '( conte - récit extrait de La Légende dorée )





                                                   Sainte Lucie , Vierge

            Lucie, vierge de Syracuse, noble d'origine, entendant parler par toute la Sicile de la célébrité de Sainte Agathe, alla à son tombeau avec sa mère Euthicie qui, depuis quatre ans, souffrait sans espoir de guérison d'une perte de sang. Or, à la messe, on lisait l'évangile où l'on racontait que N. S. guérit une femme affligée de la même maladie. Lucie dit alors à sa mère :
            - Si vous croyez ce qu'on lit, croyez que Agathe jouit toujours de la présence de celui pour lequel elle a souffert. Si donc vous touchez son tombeau avec foi, aussitôt vous serez radicalement guérie.
            Quand toute l'assistance se fut retirée la mère et la fille restèrent en prières auprès du tombeau. Le sommeil alors s'empara de Lucie, et elle vit Agathe entourée d'anges, ornée de pierres précieuses, debout devant elle et lui disant :
             - Ma soeur Lucie, vierge toute dévouée à Dieu, que demandez-vous de moi que vous ne puissiez vous-même obtenir à l'instant pour votre mère ? Car elle vient d'être guérie par votre foi.
             Et Lucie qui s'éveilla dit :
             - Mère, vous êtes guérie. Or, je vous conjure au nom de celle qui vient d'obtenir votre guérison par ses prières de ne pas me chercher d'époux. Mais tout ce que vous deviez me donner en dot, distribuez-le aux pauvres.
            - Ferme-moi les yeux auparavant, répondit la mère, et alors tu disposeras de ton bien comme tu voudras.
            Lucie lui dit :
            - En mourant si vous donnez quelque chose c'est parce que vous ne pouvez l'emporter avec vous. Donnez-le moi tandis que vous êtes en vie, et vous en serez récompensée.
            Après leur retour on faisait journellement des biens une part qu'on distribuait aux pauvres. Le bruit du partage de ce patrimoine vint aux oreilles du fiancé, et il en demanda le motif à la nourrice. Elle eut la précaution de lui répondre que sa fiancée avait trouvé une propriété de plus grand rapport qu'elle voulait acheter à son nom. C'était le motif pour lequel on la voyait se défaire de son bien. L'insensé croyant qu'il s'agissait d'un commerce tout humain, se mit à faire hausser lui-même la vente. Or, quand tout fut vendu et donné aux pauvres, le fiancé traduisit Lucie devant le conseil Pascasius : il l'accusa d'être chrétienne et de violer les édits des Césars. Pascasius l'invita à sacrifier aux idoles, mais elle répondit :
            - Le sacrifice qui plaît à Dieu, c'est de visiter les pauvres, de subvenir à leurs besoins, et parce que je n'ai plus rien à offrir, je me donne moi-même pour lui être offerte.
            Pascasius dit :
            - Tu pourrais bien dire cela à quelque chrétien insensé comme toi, mais à moi qui fais exécuter les décrets des princes, c'est bien inutile de poursuivre.
            - Toi, reprit Lucie, tu exécutes les lois de tes princes, et moi j'exécute la loi de mon Dieu. Tu crains les princes, et moi je crains Dieu. Tu ne voudrais pas les offenser et moi je me garde d'offenser Dieu. Tu désires leur plaire et moi je souhaite ardemment de plaire à J.C. Fais donc ce que tu juges te devoir être utile, et moi je ferai ce que je saurai m'être profitable.
            Pascasius lui dit :
            - Tu as dépensé ton patrimoine avec des débauchés, aussi tu parles comme une courtisane.
            - J'ai placé, reprit Lucie, mon patrimoine en lieu sûr, et je suis loin de connaître ceux qui débauchent l'esprit et le corps.
            Pascasius lui demanda :
            - Quels sont-ils ces corrupteurs ?
            Lucie reprit :
            - Ceux qui corrompent l'esprit, c'est vous qui conseillez aux âmes d'abandonner le créateur. Ceux qui corrompent le corps, ce sont ceux qui préfèrent les jouissances corporelles aux délices éternelles.
            -Tu cesseras de parler, reprit Pascasius, lorsqu'on commencera à te fouetter.
            - Les paroles de Dieu, dit Lucie, n'auront jamais de fin.
            - Tu es donc Dieu, repartit Pascasius
            - Je suis, répondit Lucie, la servante du Dieu qui a dit " Alors que vous serez en présence des rois et des présidents, ne vous inquiétez pas de ce que vous aurez à dire, ce ne sera pas vous qui parlez, mais l'Esprit parlera en vous.
            Pascasius reprit :
            - Alors tu as l'esprit saint en toi ?
            - Ceux qui vivent dans la chasteté, dit Lucie, ceux-là sont les temples du Saint-Esprit.
            - Alors, dit Prascasius, je vais te faire conduire dans un lieu de prostitution pour que tu y subisses le viol, et que tu perdes l'esprit-saint.
            - Le corps, dit Lucie, n'est corrompu qu'autant que le coeur y consent, car si tu me fais violer malgré moi je gagnerai la couronne de chasteté. Mais jamais tu ne sauras forcer ma volonté à y donner consentement. Voici mon corps, il est disposé à toutes sortes de supplices. Pourquoi hésites-tu ? Commence, fils du diable, assouvis sur moi ta rage de me tourmenter.
            Alors Pascasius fit venir des débauchés en leur disant :
            - Invitez tout le peuple, et qu'elle subisse tant d'outrages qu'on vienne dire qu'elle en est morte.
            Or quand on voulut la traîner, le Saint-Esprit la rendit immobile et si lourde qu'on ne put lui faire exécuter aucun mouvement. Pascasius fit venir mille hommes et lui fit lier les pieds et les mains, mais ils ne surent la mouvoir en aucune façon. Aux mille hommes il ajouta mille paires de boeufs, et cependant la vierge du Seigneur demeura immobile. Il appela des magiciens afin que par leurs enchantements ils la fissent remuer, mais ce fut chose impossible. Alors Pascasius dit :
            - Quels sont ces maléfices ? Une jeune fille ne saurait être remuée par mille hommes ?
            Lucie lui dit :
            - Ce ne sont pas maléfices mais bénéfice de J.C. et quand vous en ajouteriez encore dix mille vous ne m'en verriez pas moins immobile.
            Pascasius pensant , selon quelques rêveurs, qu'une lotion d'urine la délivrerait du maléfice, il l'en fit inonder. Mais comme auparavant on ne pouvait venir à bout de la mouvoir, il en fut outré. Alors il fit allumer autour d'elle un grand feu et jeter sur son corps de l'huile bouillante mêlée de poix et de résine.
            Après ce supplice Lucie s'écria :
            - J'ai obtenu quelque répit dans mes souffrances, afin d'enlever à ceux qui croient la crainte des tourments, et à ceux qui ne croient pas, le temps de m'insulter.
            Les amis de Pascasius le voyant fort irrité, enfoncèrent une épée dans la gorge de Lucie qui, néanmoins, ne perdit pas la parole :
            - Je vous annonce, dit-elle que la paix est rendue à l'Église, car Maximien vient de mourir aujourd'hui, et Dioclétien est chassé de son royaume. Et, de même que ma soeur Agathe a été établie la protectrice de la ville de Catane, de même j'ai été établie la gardienne de Syracuse.
            Comme la vierge parlait ainsi, voici venir les ministres romains qui saisissent Pascasius, le chargent de chaînes et le mènent à César. César avait en effet appris qu'il avait pillé toute la province. Arrivé à Rome, il comparaît devant le Sénat, est convaincu, et condamné à la peine capitale.
            Quant à la vierge Lucie elle ne fut pas enlevée du lieu où elle avait souffert, elle rendit l'esprit seulement quand les prêtres furent venus lui apporter le corps du Seigneur. Et tous les assistants répondirent : Amen.
            Elle fut ensevelie dans cet endroit-là même où on bâtit une église. Or, elle souffrit au temps de Constantin et de Maxime, vers l"an de N.S. 310.




                                                 ( éd GF  Jacques de Voragine - Varazze 1225/1230 ? - 1298 )
                                            

vendredi 12 avril 2013

La Maison des Anges Pascal Bruckner France ( roman )





                                                         La Maison des Anges

            " Polar du bitume ", dit l'auteur. De son enfance Antonin a retenu les larmes de son père, communiste, supportant la très grande liberté de sa mère, par ailleurs garçon bien éduqué " ils l'avaient révulsé par leur indiscipline systématique ", deviendra d'une méticulosité obsessionnelle. " Un appartement n'est impeccable que pour un regard superficiel... " Sa cohabitation avec Monika propriétaire d'un chien tourne à la tragédie pour l'animal d'une affection débordante. Antonin travaille dans une agence immobilière, vend des appartements à Paris et des maisons en proche province. Une visite de l'un de ces logements situé dans la plaine Monceau destiné à des acheteurs brésiliens tourne à la catastrophe dès l'entrée. Un clochard vomit devant le marbre et les pieds des visiteurs. Plus tard vente ratée Antonin tabasse, à coups de pieds l'homme mendiant et fuit le croyant mort. Puis il rencontre une femme, grande bourgeoise, mais aussi bienfaitrice bénévole des plus démunis. Troublant personnage qui a travaillé auprès Mère Thérésa entraîne Antonin dans son action de bénévolat et à sa perte. Pascal Bruckner essayiste, romancier dépeint un Paris propriété des clochards de dernière zone, des sans-papiers, des sans-emplois-sans logements, des sous-terrains, des soupes populaires, des maisons d'accueil, des sentiments de chacun face à la misère la plus noire, les sentiments douteux " des artistes de gauche, des bobos... " Le roman pourrait être l'un de ceux d'un romancier américain décrivant les bas-fonds newyorkais, tant ils ressemblent à ce qu'est devenu Paris, s'ils étaient aussi bien écrits. Paris traversé d'est en ouest et du nord au sud. La mendicité décrite comme un commerce, des mendiants organisés. Pascal Bruckner travailla dans l'humanitaire, son regard aigu accroche tous les travers des riches, des pauvres. A lire, Paris d'aujourd'hui.