mardi 24 juillet 2012

Lettres à Madeleine 41 Appolinaire



Villiers de l'Isle-Adam par Valloton
                                                        Lettre à Madeleine
                                                     Dans sa lettre du 7 novembre Appolinaire interroge Madeleine : doit-il donner
                                                  Lamur ou Oran comme lieu de destination lors de son espérée permission et lui confirme ses
                                      sentiments amoureux.
                                                                                                             8 nov 1915

            Tu as raison d'être décidée, mon amour et j'approuve ce que tu as fait pour Marthe. En effet, l'histoire de la petite Liliane n'est pas banale. Je connais son père Sadia Lévy depuis fort longtemps douze ans environ. Nous écrivions tous deux à La grande France. Le premier livre dont j'ai eu à parler ou plutôt à écrire était : XI journées en force par Sadia Lévy et Robert Randau. Après quoi Sadia Lévy étant venu à Paris nous avons sympathisé. Mais non avec Randau que j'ai rencontré plus tard chez Sadia Lévy. Sadia Lévy est venu quelquefois chez moi et j'ai été quelquefois chez lui à Montrouge. C'est un disciple attardé de Villiers de l'Isle-Adam et il aurait eu bien du talent si cette passion n'avait pas entravé son génie. Mais Sadia Lévy écrit avec peine. Il a écrit un bon roman  Rabbin et un autre assez curieux mais non publié en volume et qui est le roman de son impuissance. Ce livre a eu le bonheur d'être imité par Guiseppe Papini un des meilleurs écrivains de l'Italie actuelle : Un uomo finito  et sous cette forme il a eu beaucoup de succès. Sadia Lévy est un orgueilleux plein de modestie. Il avait commencé une magnifique traduction des psaumes qu'il a à tort interrompue. C'est un juif roux et sacerdotal. Plein d'honnêteté il était incapable de faire des affaires et vivait sur son pécule que lui a dévoré, escroqué de la façon la plus vilaine son meilleur ami qui pour le faire à l'aise a plusieurs années durant flatté sa manie ou plutôt son exclusive passion pour l'auteur des Contes cruels.
            J'aimais bien Sadia Lévy mais comme nous n'avons jamais été camarades, j'en avais d'autres qui
n'étaient point mariés et il l'était. La femme de       
                                                                              
Sadia Lévy Rachel était bonne comme lui elle avait une beauté juive plantureuse et assez remarquable, elle était sourde malheureusement. La petite fille au temps où je la vie était le type parfait de la jolie petite fille juive. A la suite de l'escroquerie dont ils furent les innocentes victimes, les Lévy durent s'en retourner en Algérie, mais je ne savais pas que c'était à Oran. Ils y doivent vivre aux dépens du frère de Sadia à moins que celui-ci ne se soit mis à faire des affaires ou à travailler. Le fait est que depuis plusieurs années il n'a plus collaboré à aucune revue et je n'avais plus eu de ses nouvelles.
            Sadia Lévy est à ma connaissance un brave garçon. Et si l'occasion se présente tu peux transmettre
à cette famille l'expression sincère de mon meilleur souvenir. Moi aussi mon amour, je ne suis jamais mieux qu'au soleil, mais tu es mon soleil.
            Que j'adore ta sensation laiteuse sous ma caresse et j'adore ton corps nu étendu à mes pieds où il se love comme un serpent et je te caresse lentement tout entière t'enveloppant peu à peu d'un satin de volupté qui te pénétrera enfin jusqu'au coeur. Oui j'aurai toujours faim de toi, mon amour, ma faim de toi est immense, mon beau, mon adorable Madelon. J'adore ton frisson sous la peau... J'adore ta bouche le puits de nos baisers. Que j'aime nos sourires après la passion ! Ma Madeleine. Je te donne mon sourire et le tien est bien à moi. Nous nous sourions toujours et notre gravité même sera un sourire illuminé. Ô ma belle cavalière, je t'adore. Je sens la fermeté de tes seins contre ma poitrine et je me mets sur toi aussi ma très belle cavale et tes jambes si tu veux se croisent sur mes reins pour que notre enlacement soit plus profond plus serré, plus sauvage plus passionné. Je suis content que tu n'aies plus à rentrer tard le soir.
            L'histoire du vieil Arabe m'a bien amusé, ma blanche Madeleine aux yeux pers. J'attends avec une tranquille impatience l(alliance qui aura touché tout ton corps et que tu auras porté plusieurs jours.

Parle-moi aussi de ton coucher d'une façon bien détaillée mon amour.
            Peut-être n'est-ce pas facile en effet de prendre toi-même le dessin de ton sein d'après l'ombre...
            Ma chère perfection je mordille tout ton corps depuis les orteils le mollet le ventre je fouille de ma langue la conque rose du nombril, l'entre-deux des seins, la fraise des seins, ton cou exquis l'oreille ta bouche et le parvis je le mordille et m'étendant sur toi j'écarte les lèvres exquises de la blessure adorée de façon à ce que la volupté s'éveillant en toi par mon va-et-vient  tu y participes par le jeu lascif de tes hanches, pour ici que nos bouches unies s'aspirent à en mourir et que nos yeux échangent les âmes. J'adore les soubresauts de tout ton corps et l'ardeur qui nous anime de plus en plus vive nous amène finalement à répandre l'un et l'autre en ton sein des torrents de nectar voluptueux et quelle langueur souriante succède à nos ébats tandis que ma bouche alerte se rejoint infiniment à la tienne Madelon.

                                                                                                              
                                                                                                      Gui
                                                                                                          







                                                                               

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